lundi 15 juillet 2019

Fatiha Agag-Boudjahlat décrypte la guerre des mots communautariste (partie 1/3)

Alors qu’elle vient de sortir un nouveau livre préfacé par Elisabeth Badinter, « Combattre le voilement », prochainement revu sur le blog, il est plus qu’utile de revenir sur le livre de Fatiha Agag-Boudjahlat, « Le grand détournement ». Une contribution importante, où elle s’emploie à décrypter les détournements sémantiques des communautaristes islamistes et leurs soutiens.


 « La liberté, c’est l’esclavage »

Moi qui essaie d’apporter ma contribution au combat sémantique contre l’oligo-libéralisme, je suis d’autant plus sensible à l’ambition de Fatiha Agag-Boudjahlat. Il faut doublement la remercier, comme professeur à une époque où l’Etat oublié ceux qui instruisent nos enfants, mais aussi comme défenseuse de notre modèle républicain face aux assauts des islamistes, aidés les communautaristes d’inspiration anglo-saxonne, entre complaisance et complicité. Pour elle, « le don le plus précieux que m’a fait la République est celui de me donner les moyens de penser par moi-même, de forger mon opinion, indépendamment de mes racines, de mon sexe, de mes convictions religieuses ».

Dans ce livre, elle dénonce cette « nouvelle réalité langagière », ce combat pour le sens de mots comme « tolérance, égalité, féminisme, vivre ensemble, laïcité ». Son objectif est « d’étudier ce grand détournement qui conduit à un grand renversement des valeurs, et à une fracturation de la société », notant qu’il « n’y a pas d’idéologie sans mots qui lui donnent corps. Ces derniers ont une dimension normative. Modifier ce qu’ils désignent, sans les modifier eux, permet d’instiller et d’installer de nouvelles représentations et de nouvelles idéologies (…) les mots font advenir une réalité, qui peut être redessinée par l’idéologie. Beaucoup de termes dont nous pensions la définition arrêtée sont aujourd’hui détournés, dévoyés, jusqu’à devenir des éléments de langage d’une offensive idéologique ».

Pour elle, « le concept d’islamophobie permet de fixer et de naturaliser une pratique de l’islam. Si l’opposition au voile est islamophobe, c’est parce que le voile est musulman et qu’il n’y a pas de bonne pratique de l’islam sans port du voile. Telle est la logique infernale (…) L’islamophobie est donc un ‘formatage’ de la communauté musulmane coalisée autour d’une pratique qui, par sa radicalité, sédimente le lien avec ses leaders et ses pairs ». Elle rappelé que l’Etat de l’Ontario, au Canada, reconnaît des tribunaux confessionnels musulmans depuis 2004, chargés de statuer sur les affaires familiales, comme en Angleterre, où existent 85 charia’s courts, où la femme n’est pas l’égale de l’homme dans l’héritage… Pour elle, « notre tolérance favorise l’emprise des religieux ». La logique est un retour à la ségrégation, commune dans le monde anglo-saxon. Pour elle, « on empêche l’enracinement, la religion agit comme un démulplicateur d’alterité », renforcé par les mariages arrangés avec « une épouse de là-bas ».

Elle dénonce remarquablement bien les accommodements d’une partie des élites. Dans la logique communautaire, « le commun ne rassemble pas, il réduit les liens et les échanges à leur minimum utilitaire » et demande « en quoi cette pratique rigoriste protègera-t-elle de la discrimination ? ». Elle dénonce le discours victimaire des manuels scolaires, transformant l’école en « fabrique d’indigènes ». Pour elle, « au lieu de donner sa place aux individus, on les enferme dans des identités communautaires (…) transformant des personnes nées et scolarisées en France en étrangers ». Pour elle « le foulard porté par des jeunes filles françaises ne saurait relever de la même logique. Elles ne portent pas le foulard par tradition, c’est un choix dicté par un chantage ». Pour elle, « les jeunes filles voilées font le choix de s’exclure en refusant d’enlever leur voile dans l’enceinte de l’école. On n’est pas victime d’exclusion quand on choisit de désobéir à la loi ». Enfin, elle note que les accusations d’islamophobie sur le blasphème reviennent à « sommer les non-musulmans de tenir compte et de respecter le dogme musulman ».

Pour ceux qui ne l’auraient pas encore fait, je vous encourage vivement à acheter les livres de Fatiha Agag-Boudjahlat, dont vous pourrez découvrir des interviews données sur TMC ou PolonyTV. Merci pour votre combat de défense de notre République, dans des contextes pas toujours évidents. Avec d’autres, comme Malika Sorel, Céline Pina ou Zineb El Rhazoui, vous êtes des Marianne du 21ème siècle.


Source : « Le grand détournement », Fatiha Agag-Boudjahlat, Editions du Cerf

6 commentaires:

  1. Combat d'arrière garde, comme pour la lutte contre les OGM :
    http://rage-culture.com/jose-bove-est-100-pour-cent-ogm-et-vous-aussi/

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    1. Herblay est un obscurantiste qui veut lutter contre des obscurantistes, soit un combat de tirailleurs sénégalais dans un tunnel.

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  2. A partir du moment où l'Etat, les associations, l'école, les communes mais aussi la sphère familiale ont abandonné les filles dans certains quartiers des villes à travers notamment la mise en oeuvre de politique type SOS RACISME, droit à la différence, réseau des grands frères etc...on a été foutu ! Pour avoir passé une grande partie de mon enfance puis de mon adolescence en cité, en collège en ZEP et en lycées au pied de cités de banlieue, j'ai vu arrivé toutes ces assoc' venant nous parler de ne pas avoir honte de nos racines ni de notre pays d'origine . A la question : quel pays ? Réponse: bah...le pays de tes parents. Cela a contribué à éthniciser le lien social. Par ailleurs, un autre phénomène s'est aussi produit : il y a eu une classification des émigrés et de leurs enfants qui a débouché sur une indigénisation. Seuls certains souffraient car issus de l'histoire coloniale française ou plutôt d'une relecture de cette histoire. En d'autres termes: alors que pas mal de quartiers rassemblaient toute nationalité confondue, le discours anti-raciste s'est progressivement concentré et centré sur une partie non pas des émigrés mais de leurs enfants nés en France. Il s'agit notamment des pays du Maghreb et d'Afrique Noire. Et même à l'intérieur de ces sphères géographiques une nouvelle indigénisation s'est faite. Ainsi, les anciennes colonies du continent asiatique (ex-Indochine) ont été littéralement mises de côté voire ignorées. Idem pour des pays comme Madagascar. Et que dire des pays européens qui ont fourni le plus grand contingent de travailleurs après-guerre (et avant-guerre d'ailleurs) en France : Italiens, Polonais, Espagnols, Portugais, Yougoslaves (pour ne citer que ces pays). La construction européenne et l'éclatement de l'ex-Yougoslavie ont ripoliné ces catégories. Bien que les parents des enfants d'origine portugaise, espagnole...ont connu un racisme fort (si, si...dans ma famille j'ai des exemples à la pelle dont un qui a fini tragiquement), la CEE puis l'UE! aller hop ! oublier. Sans compter que le Portugal par exemple a fini par perdre son empire colonial que dans les 70's. Et donc il est aligné sur la relecture de l'histoire coloniale française.
    Dans ma famille portugaise, beaucoup de membres qui ont connu l'émigration en France entre l'après-guerre et le milieu des 80's vous parlent des conditions d'une très grande précarité dans lesquelles pas mal ont vécu. Certains ont connu le bidonville de Champigny sur Marne car il n'y avait pas que le bidonville d'Algériens de Nanterre, d'autres les baraques de chantier à avec une huitaine de bonhommes ayant juste une ampoule au plafond, un évier déglinguée et 2/3 réchauds à gaz pour se faire à manger. Les contrôles d'identité très musclés, les réflexions racistes de la population etc...Regardez Les risques du métier de A. Cayatte, le jeune immigré qui a une aventure avec la lycéenne française et à qui on demande de partir...un portugais. Les familles italiennes, espagnoles, polonaises ou de l'ex-yougoslavie auraient le même type d'anecdote à raconter. Chez moi la devise de mes parents est : ce que la France n'a pas voulu me donner comprenez la citoyenneté (oui...car mes parents n'ont jamais obtenu la nationalité française aujourd'hui à quoi bon), les études, l'égalité, les mêmes droits que le Français....elle le rendra au centuple à mes enfants, au double centuple à mes petits-enfants...
    Mais qui se soucie de connaître cette partie de l'histoire de l'immigration en France quand tout tourne autour de la guerre d'Algérie et de l'esclavage ? Dommage car c'est une partie de la mémoire de la France du XXème siècle qui part doucement sans faire de bruits.
    Bah oui...comme m'avait balancé une de mes professeurs au lycée au moment de la 1ère affaire du voile : oh c'est bon toi avec ta soi-disante connaissance du racisme. Tes parents ne savent pas ce que c'est et toi encore moins.
    Isabel

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    1. En effet....rappelons - nous l'esprit qui animait la marche pour l'égalité et contre le racisme en 1983 ! ce n'était pas le droit à la différence qui était revendiqué mais bien que tous les jeunes de certains quartiers, certaines cités...soient vu.e.s, traité.e.s comme n'importe quel.lle autre Français/Française. Mais dès le départ, on leur a coupé l'herbe sous le pied en rebaptisant leur marche "la marche des beurs". Puis on leur a collé SOS racisme et touche pas à mon pote dans les jambes. Une fois ces 2 postulats posés, on a poussé tous ces jeunes et leurs cadet.tes dans les bras de l’ethnicisation du lien social. On a effectivement laissé tomber totalement les filles dans ces parties de ville, on a proposé aux garçons le rôle de victime en leur collant sur le dos la période de la colonisation. Et qu'a-t-on dit au reste de la population ? Aux Français, Françaises de souche : vous êtes des beaufs et des racistes. Et aux autres immigrés et à leurs enfants (souches européennes) : on leur a rien dit on les a juste effacés de l'histoire DES émigrations en France puis leurs enfants et actuellement leurs petits-enfants ont été englobés dans le camp des beaufs et racistes.
      Résultat : la marche pour l'égalité et contre le racisme date de 1983...36 ans après le communautarisme est bien installé en France, avec une balkanisation latente des rapports sociaux. Je viens d'une cité. Mes parents ne sont pas Français.J'avais 15 ans en 1983. J'ai vu certains grands frères et grandes sœurs de mes potes d'enfance participer à cette marche. Aujourd'hui, ils sont déçus, blasés et résignés sur ce qu'on leur a proposé comme réponse : droit à la différence; Alors que pour elles et eux marche pour l'égalité et contre le racisme était égal à droit à être comme toute le monde, droit même à l'indifférence. Ils/elles ont trimé pour réussir. Pas toujours facile. Celles et ceux qui sont venus après....une autre configuration, une autre méthode, une autre histoire.

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  3. Julien l'Apostat16 juillet 2019 à 06:31

    Rappel utile voire salutaire. De fait, les universalistes sont en train de perdre, hélas, cette bataille contre les bigots, les extrémistes, les grandes entreprises etc. Marqué pour toujours par la lecture du LTI de V. Klemperer, toute entreprise de restauration du sens est une pierre dans la construction d'un rempart mental face aux obscurantistes. Merci à elle, et à toi Laurent, pour ce travail et ce relais.

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  4. Quelques articles au hasard pour nous rappeler qu'il y a une course contre la montre entre les gens normaux et les mondialisateurs :

    https://www.marianne.net/debattons/tribunes/sous-marin-suffren-les-naufrageurs-de-l-industrie-navale-francaise

    http://www.lefigaro.fr/vox/economie/gael-giraud-le-ceta-c-est-l-abolition-de-la-souverainete-de-l-etat-et-de-la-democratie-20190717

    https://twitter.com/JulienAubert84/status/1151496649191170053

    Il est bon de le rappeler, car on croise parfois des herblayreaux qui disent, et peut-être croient, qu'ils ont toute la vie devant eux pour faire leurs petits caprices et étaler leur petite idéologie en faillite.

    Ce n'est naturellement pas le cas, et il y a déjà (et il y aura encore) des conséquences à tous ces blocages infondés.

    Bonus :

    https://twitter.com/PoliceSynergie/status/1150017132018712576

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