mardi 15 octobre 2019

Avec Chirac, au moins, il y avait la forme


Jacques Chirac a joué un grand rôle dans mon parcours politique. Face à un François Mitterrand rapidement érigé en contre-modèle, il m’est apparu, dans les années 1980, comme l’homme dont la France avait besoin. J’ai pris la carte du RPR à 17 ans, pour lui, puis fait sa campagne avec enthousiasme en 1995. Retour sur le parcours de l’homme qui m’a éveillé à la politique il y a plus de 30 ans.


Quand le nouveau monde fait regretter l’ancien

J’ai lu beaucoup de livres sur Jacques Chirac. Celui qui m’a semblé le meilleur, et de loin, parvenant à mieux cerner l’homme au-delà de l’actualité et des anecdotes, est celui de Pierre Péan, plutôt bienveillant à l’égard du cinquième président de la Cinquième République. Il n’est pas étonnant que la France regarde aujourd’hui avec nostalgie étant donné le lourd passif de ses trois successeurs. Même si Jacques Chirac a terminé son parcours de manière un peu crépusculaire et impopulaire, les douze années qui ont suivi ont produit une forme de réhabilitation, certes nuancée par les affaires, les déceptions, le bilan et les virages idéologiques, mais pas moins forte sur certaines dimensions clés.

En effet, dans le rôle critique de représentation qu’a la fonction présidentielle, le contraste entre Chirac et ses successeurs est saisissant. Voilà un président qui donnait une belle image de la France, portant beau, à la fois solennel et chaleureux. Quel contraste avec l’histrion un peu vulgaire qui lui a succédé, s’affichant sur le yatch d’un milliardaire après sa victoire, faisant du jogging avec un tee-shirt NYPD, évoquant sa vie privée en conférence de presse, parfois un peu trop familier avec les dirigeants de ce monde. Quel contraste également avec le président trop normal, dont le costume semblait souvent trop grand pour ses épaules, même s’il se tenait quand même mieux que le précédent.

Et quel contraste avec le gagnant de la Star Académie présidentielle qui sévit aujourd’hui, qui passe son temps à poser, uniquement dans la réalisation de lui-même, qui multiplie les dérapages et les postures effarantes, sur le perron de l’Elysée pour la fête de la musique ou à Saint-Martin. Il est frappant de constater la faiblesse incroyable de Macron dans la dimension représentative de la fonction. Trop souvent, il verse dans un comportement de starlette plus auto-centrée que tourné vers les autres ou la représentation du pays qu’il est sensé diriger. Bref, comment ne pas avoir de nostalgie en pensant à la façon dont Jacques Chirac nous a représenté de 1995 à 2007, douze ans après

Il y a également une autre dimension de Jacques Chirac qui nous manque probablement depuis 2007, c’est sa chaleur humaine, l’amour franc et sincère qu’il a toujours semblé avoir pour les Français. Rien de cela chez Sarkozy et Macron qui m’ont toujours semblé chercher davantage à recevoir qu’à donner. Il n’y a guère de sens du service de l’Etat chez eux, qui sont principalement (uniquement ?) à leur propre service, ce qui transparaît cruellement quand on les voit. Bref, il n’est pas si étonnant que les français regrettent l’ancien monde après avoir subi plus de douze années de médiocrité à bien des égards et sur des dimensions, où l’ancien monde, malgré tout, était bien supérieur au nouveau.

Au moins, Chirac était un humaniste cultivé, qui nous représentait bien et avait un véritable amour pour son peuple. Mais en revanche, il a aussi incarné la prise de pouvoir par des technocrates tellement détachés des idéologies qu’il a trop souvent dit tout et son contraire, notamment sur l’Europe, finissant par se conformer un peu paresseusement à la pensée dominante du moment. Les postures de campagne, sur l’Europe en 1979, la « fracture sociale », ou la « maison qui brûle » restant seulement des effets d’annonce jamais suivis de lendemains. Au contraire d’un Séguin ou d’un Chevènement, il lui manquait une structure intellectuelle solide, et gaulliste, qui aurait pu lui donner une autre dimension.

A défaut d’être gaulliste, ou d’avoir remis en cause la dérive oligo-libérale autrement qu’en parole en 1995, Chirac laisse l’image d’un serviteur de l’Etat chaleureux et cultivé, qui a su s’opposer à la guerre d’Irak en 2003. En 2019, cela devient beaucoup, en comparaison avec ceux qui l’ont suivi. Mais il incarne aussi cette élite si conformiste et qui laisse faire des choses qu’elle ne devrait pas laisser faire…

2 commentaires:

  1. J’ai toujours détesté Chirac. Je n’ai jamais voté pour lui, même en 2002 lorsqu’il y avait Jean-Marie Le Pen en face.
    En 1974, il soutient Giscard dont il devient le Premier ministre.
    En 1986, il veut faire du Thatcher avec une politique ultralibérale.
    En 1995, il fait une campagne démagogique sur la fracture sociale, pour finalement faire une politique d’austérité avec Juppé.
    En 2006, avec le CPE, il veut faire un sous-smic pour les jeunes.
    Il a préparé le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN (finalisé par Sarkozy).
    Ce type n’a jamais été gaulliste.
    « Avec Chirac, au moins, il y avait la forme ». Peut-être, mais le fond était pourri.

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  2. Je pense que ce grand mouvement de sympathie pour Chirac exprime aussi une certaine nostalgie envers une époque où l'on pouvait fumer, boire des bières, manger de la viande, tromper sa femme, et tout ça avec le sourire.

    Prenez le même personnage, mettez sous les projecteurs d'aujourd'hui, et il ne survit pas une semaine.

    Il faut aussi tenir compte de cela dans la comparaison avec ses contemporains.

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