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vendredi 17 mai 2013

François Hollande, toujours plus loin dans l’eurolibéralisme


Le Président de la République vient de s’exprimer dans une conférence de presse qui marque l’entrée dans l’an deux de sa présidence. Par-delà un ton positif contrastant avec les résultats économiques très mauvais, il a démontré qu’il était bien le fils politique de Jacques Delors.



Le Hollandisme néolibéral

Baisse des dépenses publiques, baisse du coût du travail, choc de simplification, réforme des retraites : il fallait avoir le cœur bien accroché si on était de gauche pendant cette conférence de presse. Emmanuel Todd espérait un virage inverse à celui de 1983, un « hollandisme révolutionnaire ». Heureusement qu’il avait confié à Marianne sa déception et reconnu ne plus y croire. Cette conférence marque au contraire une accélération du virage libéral de la majorité en place, comme l’a bien montré l’allocation préliminaire du président, à la tonalité très libérale et bien peu sociale.

Tout d’abord, il a souligné que sa gestion était plus rigoureuse que celle de son prédécesseur puisque les dépenses publiques seront stables pour la première fois cette année et baisseront légèrement en 2014. Puis, il a osé affirmer que l’équipe précédente n’avait pas fait de choix courageux sur la compétitivité. Il est quand même assez étonnant d’entendre un président « socialiste » reprocher à un gouvernement de droite de ne pas avoir osé baisser le coût du travail. Mieux, il a eu la transparence et l’audace d’utiliser ce terme ! Laurence Parisot devait être aux anges… Mais, à quoi bon réduire le coût du travail de quelques pourcents quand les monnaies flottent et que le Japon fait baisser le yen de 30% pour relancer son économie, alors que l’euro reste encore et toujours trop cher ?

Il a ensuite pris exemple sur l’Allemagne, vantant ses 160 milliards d’excédents commerciaux, par opposition aux 60 milliards de déficit de la France. Comment a-t-il pu oublier la baisse de 15% du salaire d’un tiers des salariés allemands depuis dix ans ? En outre, ce modèle n’est pas réplicable. Ensuite, il a continué à développer son « choc de simplification » et annoncé une réforme des retraites (et des régimes spéciaux), égratignant au passage Nicolas Sarkozy en soulignant que sa réforme n’avait pas suffi, et de loin, ce qu’il a aussi fait d’autres fois, sur la croissance ou les déficits.

Le mirage européen

mardi 30 avril 2013

Copé et Parisot : les barbares de la mondialisation


L’inexorable progression du chômage et le record atteint la semaine dernière ont provoqué un cortège de réactions. Mais tant l’UMP que le Medef proposent d’aller plus loin encore dans une politique qui a pourtant échoué, comme le montrent l’interview de Laurence Parisot et les propositions de Jean-François Copé.



Laurence Parisot, l’Attila de l’austérité

Il faut écouter l’interview de Laurence Parisot par Jean-Michel Aphatie. La future ex-présidente du MEDEF s’y fait une avocate inflexible de l’austérité budgétaire, usant de sophisme pour essayer de démontrer ce que presque plus personne n’admet aujourd’hui : qu’il faut poursuivre dans une réducation mortifère et suicidaire des déficits publics. Alors que même le FMI a admis l’évidence sur la base d’études scientifiques, elle refuse l’évidence soulevée par les trois dernières années.

Ainsi, alors que le journaliste évoquait le débat actuel sur le changement de politique, sur la nécessité de desserrer la rigueur, elle lui a répondu qu’il « fallait au contraire tout faire pour réduire les déficits ». Elle a justifié cela en disant que les déficits poussaient les impôts à la hausse ce qui pèse à la fois sur le pouvoir d’achat des ménages et la compétitivité des entreprises. Sauf que si on faisait une pause dans la baisse des déficits, il n’y aurait pas besoin de monter les impôts. CQFD.

Mais Laurence Parisot n’a pas seulement nié l’évidence de l’échec des politiques d’austérité, démontré par Jacques Sapir ou Paul Krugman, elle a également justifié de manière très maladroite l’accord entre quelques syndicats de salariés en soulignant qu’il « permet aux entreprises de s’adapter à la conjoncture et au carnet de commande ». En clair, cela facilitera les licenciements dans les périodes de récession comme aujourd’hui et cela va donc accentuer la progression du chômage !

Jean-François Copé, Attila du droit du travail

jeudi 28 mars 2013

Le piège mortel de la course à la compétitivité


« Compétitivité, compétitivité, compétitivité » disent aujourd’hui tous les cabris de la pensée unique politico-médiatique. Opposition comme majorité en font l’horizon indépassable pour lutter contre la montée du chômage, qui a atteint un nouveau record. Encore une erreur tragique.

Il n’y a pas d’alternative ?



Hier sur RTL, Laurence Parisot a lourdement insisté sur la nécessité de « baisser les coûts de production ». Elle a qualifié le crédit d’impôt de 20 milliards mis en place par le gouvernement suite au rapport Gallois de « première étape », appelant à « un acte deux du plan de compétitivité » et à « continuer à travailler inlassablement sur la baisse des coûts de production ». Le Medef voit son message parfaitement relayé par une UMP qui ne fait pas dans la nuance sur le sujet.

Mais cette thématique de la compétitivité n’est pas le seul apanage de la droite et du patronat. Le Parti Socialiste a largement sacrifié à ce débat, en demandant à Louis Gallois un rapport sur le sujet et en s’empressant d’en appliquer la plupart des conclusions, à la surprise générale. D’ailleurs, il s’agit d’un des trois objectifs majeurs du président annoncés lors de sa conférence de presse de novembre, avec le désendettement et la réorientation (sic) de l’Europe.

Et les médias dits de gauche embrayent sans le moindre recul. Le Monde titre sur le fait qu’en « Allemagne, le travail (est) près d’un tiers plus cher que la moyenne européenne ». Le quotidien en arrive à présenter une hausse moyenne du pouvoir d’achat de 0,6% (hausse des salaires de 2,6% contre 2% d’inflation) comme un risque pour nos voisins d’outre-Rhin ! En effet, le salaire horaire moyen ressort à 31 euros, contre 23,5 en moyenne dans l’UE, et 3,7 en Bulgarie.

Une course sans fin et mortifère

lundi 21 janvier 2013

Retraites, marché du travail : la grande régression est en marche


Qu’aurait-on dit si cela avait été fait par Nicolas Sarkozy ? Au final, parce que ce sont les socialistes qui la mettent en place, la grande régression des droits sociaux avance de manière assez discrète, même si la récente sortie de Jérôme Cahuzac sur la désindexation des retraites semble plus risquée.

Haro sur les retraites

C’est un très bon papier de Laurent Mauduit sur Médiapart qui nous alerte sur les menances qui planent actuellement sur les retraites. Comme il l’explique très bien, après un début de quinquennat qui avait vu un relèvement de l’imposition sur les entreprises et les entrepreneurs, le gouvernement semble avoir changer de fusil d’épaule devant la révolte illustrée les polémiques sur la taxation sur les cessions d’entreprises ou celles sur les départs de riches contribuables hors de France.

En effet, à la surprise générale, le gouvernement a largement adopté les conclusions du rapport Gallois, allant jusqu’à mettre en place un dispositif de crédit d’impôt de 20 milliards, au fonctionnement néanmoins compliqué. Les partenaires sociaux ont aussi conclu un accord pour flexibiliser le marché du travail. Mais un troisième volet semble se dessiner avec le déséquilibre de la branche retraites, qui devrait atteindre 20 milliards en 2020, signe patent de l’échec prévisible de la réforme Sarkozy.

Jérôme Cahuzac, ministre du budget, a évoqué une désindexation des retraites de l’inflation, une grosse source d’économie qui viendrait raboter chaque année le pouvoir d’achat des retraités (indexé sur l’évolution des salaires jusqu’en 1994). A croire qu’ils se sont concertés, Laurence Parisot, elle, propose de repousser à 64 ans l’âge de départ à la retraite pour 2027 et un dispositif proche de celui avancé par le ministre, à savoir une baisse de 5,5% du pouvoir d’achat des retraites en 5 ans.

Le marché du travail, version institut Montaigne