lundi 8 septembre 2014

The Economist flingue la justice étasunienne





« Extorsion de fonds et racket »



Etat, mesure et démocratie

dimanche 7 septembre 2014

Une explication des inégalités dans les pays émergents





La globalisation, vecteur d’inégalités

The Economist admet volontiers que les inégalités augmentent dans les pays émergents. Ils citent la hausse de 9% de l’indice Gini entre 1993 et 2008 pour l’Afrique sub-saharienne, et de 34% pour la Chine depuis 20 ans. Il explique aussi que cela contredit les théories de Ricardo, pour qui le libre-échange devait profiter aux travailleurs « low skill » (bonjour le biais idéologique), comme de 1700 à 1900 en France, où le rapport entre les revenus des 10% qui gagnaient le plus et des 10% qui gagnaient le moins, est passé de 31 à 11. Mais depuis les années 1970 ou 1980 selon les pays, les inégalités explosent, avec le cas des Etats-Unis, comme le rapporte la Fed, qui révèle que de 2010 à 2013, les revenus des 10% les plus riches ont progressé de 10% alors que ceux des 20% les moins riches ont baissé de 8%

Selon Eric Maskin, les travailleurs bien formés des pays émergents sont en contact avec les travailleurs plus productifs des pays dits développés. Et ce contact entre personnes différentes maximiserait la productivité globale, les plus productifs tirant la productivité des moins productifs, dont l’activité est complémentaire de celle des premiers. La mondialisation a démultiplié ce genre de contacts, favorisant donc les travailleurs les mieux formés des pays émergents, par rapport aux moins formés, qui ne sont pas exposés aux travailleurs des pays dits développés. The Economist rapporte que les entreprises exportatrices au Mexique paient des salaires 60% plus élevés que les autres et que les usines des multinationales en Indonésie paient leur encadrement 70% plus cher que les entreprises indonésiennes.

Les zones d’ombre de cette théorie

samedi 6 septembre 2014

Le mauvais procès fait aux chômeurs


Bien sûr, les droits viennent avec des devoirs, y compris pour les chômeurs. Il peut y avoir des abus et il est légitime que l'Etat lutte contre cela. Mais outre le fait que l’immense majorité des chômeurs n’ont rien à se reprocher, la déclaration du ministre du Travail est aussi suspecte que révélatrice.



Un choix tactique et stratégique

L'offensive du gouvernement contre les chômeurs poursuit deux objectifs. Alors que le nombre de chômeurs de cesse de monter depuis l'arrivée de François Hollande au pouvoir, malgré quelques mesurettes destinées à limiter l'hémorragie, le ministre pensait sans doute qu’il était utile de sous-entendre qu'une partie des chômeurs serait des feignants profitant du système. Ce faisant, François Rebsamen a repris tous les poncifs néolibéraux, notamment sur les emplois non pourvus, alors même qu'un travail sérieux démontre que le taux d’emplois vacants est faible en France. Mais pour une majorité incapable de faire baisser le chômage, cela peut créer un nuage de fumée pour camoufler les vrais problèmes.

En outre, ces déclarations ont un second intérêt, à savoir d'aller dans le sens du discours eurolibéral assumé tenu par le président depuis d'année. En effet, voici une déclaration qui aurait sans doute été applaudie lors des universités de rentrée du Medef ! Elle est cohérente avec le positionnement politique actuel de l'équipe au pouvoir qui donne ainsi des gages aux plus libéraux. Et, comme le dit Krugman dans son dernier livre, ils cherchent à faire porter aux chômeurs la responsabilité de leur situation alors que l'immense majorité d'entre eux cherchent durement du travail, comme il le rapportait en évoquant le million de candidatures reçues par Mac Donald's aux Etats-Unis en 2011 pour 50 000 postes proposés.

Un mauvais air du temps

Le rêve fou des entreprises sans usines (billet invité)


Billet invité de L’œil de Brutus

L’ensemble des faits relatés ci-après sont extraits de La Caste cannibale de Sophie Coignard et Romain Gubert (Albin Michel 2013).



Serge Tchuruk est parti d’Alcatel-Lucent en 2008 avec un confortable chèque de 5,6 M€ et une retraite de près de 1M€ annuel, tout en laissant derrière lui 3,5Mds€ de pertes, 15 000 suppressions d’emploi et une action dont le cours oscille entre 1 et 3 euros[i].

Tout a commencé lorsque, en 2001, il a voulu transformer Alcatel en une entreprise « fabless », une entreprise sans usine. Il annonce alors qu’il va fermer la centaine de sites industriels d’Alcatel pour que le groupe n’emploie plus que des chercheurs et des commerciaux afin de ne produire qu’une chose : des brevets. Cette stratégie, outre les multiples destructions d’emplois industriels en France et ailleurs, a été un échec patent pour le groupe.

vendredi 5 septembre 2014

La BCE, trop timide, répête, 20 ans après, les erreurs du Japon





Trop faible, trop tard dans le cadre des traités

Bien sûr, les annonces de la BCE sont spectaculaires, avec un taux directeur qui tombe à 0,05%, et même le taux de dépôt qui tombe à -0,2% (en clair, les banques qui déposeront leur argent à la BCE ne seront pas rémunérées, mais devront payer). L’objectif est de limiter le gel des liquidités, pour pousser l’argent dans le circuit économique. Enfin, Mario Draghi annoncé un programme de rachat d’actifs, comparable aux actions des banques centrales étasunienne, britannique ou japonaise. Dans la foulée, l’euro a un peu baissé. Il est environ 5% moins cher que lors de la précédente baisse des taux en juin, même s’il reste encore au-dessus de son point d’équilibre, du fait des excédents commerciaux de la zone.

Même si ces mesures sont positives, elles ne rendront la situation que très marginalement moins mauvaise, comme on le voit depuis plus de quatre ans. D’abord, elles viennent tard, d’autant plus que, seule contre le monde, la BCE avait bêtement monté ses taux en 2011. Ensuite, les taux à 0,05% n’ont rien d’exceptionnel aujourd’hui et, cela n’a pas sorti le Japon de la déflation. En effet, il faudrait aller beaucoup plus loin, même dans le cadre du mandat qu’a la BCE. Mario Draghi pourrait prendre exemple sur son homologue japonais en disant clairement qu’il combattra résolument la déflation, en fixant, par exemple, un plancher au niveau de l’inflation (à 1 ou 1,5%), outre le plafond. Et il pourrait aller plus loin dans l’assouplissement quantitatif : au Japon, la banque centrale rachète pour 10% du PIB de dette publique par an.

Et un problème structurel et insoluble

jeudi 4 septembre 2014

Quand Valérie Trierweiler cède à la peoplisation de la vie publique


Aujourd'hui sort le livre de l'ancienne première dame sur sa relation avec le président de la République. Même si, ou plutôt parce que je pense que ce livre n'aurait pas du sortir, cela permet de se pencher sur les travers de la vie politique aujourd'hui.



La vengeance est un plat qui s'écrit

Bien sûr, Valérie Trierweiler a sans doute passé des moments très difficiles. Le pouvoir peut être cruel et il semble l'avoir été, d'autant plus que son tweet de soutien à Olivier Falorni a donné d'elle une image peu flatteuse qui lui a collé aux pieds. Il est possible que ce projet de livre ait représenté une forme de thérapie, qu'il a même pu lui faire du bien, un donné pour un rendu après la révélation de la relation de François Hollande avec Julie Gayet et la séparation qui en a suivi, avec ce communiqué bien peu élégant ? Mais malgré cela, et les sommes juteuses que devrait lui rapporter ce livre, dont on imagine tristement qu'il pourrait donner lieu à un film ensuite, cela vaut-il le coup ?

En dévoilant son intimité et celle de celui  qui a partagé sa vie pendant des années, Valérie Trierweiler cède à cette tendance courante dans le milieu politique d'exposer sa vie privée à des fins médiatiques ou autres. Certes, il y a sans doute une part de vengeance dans le choix de publier un tel livre, mais ce faisant, elle s'expose elle-aussi et pourrait bien continuer à donner une image d'elle pas forcément conforme à ce qu'elle souhaite, même s'il est probable que ce livre lui donne le beau rôle et le mauvais à son ancien compagnon. Comment ne pas y voir un nouveau symptôme de l’étalement malsain de la vie privée qui rapproche les politiques et leur entourage des étoiles filantes de la télé réalité.

Bienvenue à la Star Académie Politique

Le « parti de l’étranger ». Ce qu’il a été, ce qu’il est devenu (billet invité)


Billet invité de Cochin

Hervé Morin, chantre de l’abaissement de la France


Ce mardi 1er septembre, Hervé Morin, ancien ministre de la Défense, a déclaré sur Europe 1 qu’« il serait incompréhensible que la France livre les Mistral » qu’elle a vendus à la Russie[1]. Une telle déclaration de la part d’un homme qui est l’un des principaux membres de l’UDI montre à quel point les libéraux de notre pays jouent la carte de l’abaissement de la France.

Déjà en 1978, dans son appel de Cochin, qui a gardé malgré les décennies passées toute son actualité, Jacques Chirac avait dénoncé le « parti de l’étranger » oeuvrant continuellement au déclin de notre pays. Comme le savent ceux qui ont un peu étudié l’histoire de France, l’expression de « parti de l’étranger » avait déjà été employée auparavant par les gaullistes. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le général de Gaulle l’avait en effet utilisée pour dénoncer les communistes, qui se trouvaient alors dans une situation de soumission vis-à-vis de la Russie soviétique.

En 1978 cependant, ce ne sont plus les communistes, pourtant encore puissants, qui sont montrés par Jacques Chirac comme ses principaux adversaires politiques et le principal danger pour l’indépendance de la France mais bien les libéraux rangés derrière Valéry Giscard d’Estaing. Un tel constat reste d’une brûlante actualité et a d’ailleurs des fondements historiques solides.

mercredi 3 septembre 2014

Le difficile débat sur les rythmes scolaires


En arrivant au pouvoir, malgré une forte contestation, la majorité actuelle a décidé de remettre en place une matinée d’école supplémentaire pour corriger une particularité du modèle éducatif français, qui présente un des plus bas nombres de jours d’écoles. Mais pourquoi cette idée ne fait pas consensus ?



Une bonne idée mal exécutée ?

En effet, depuis des années, les spécialistes de l’éducation ne cessent de nous répéter que les journées des petits français sont trop chargées, ce qui complique l’apprentissage, du fait d’un nombre de jours d’école bien plus faible que la moyenne, du fait de longues vacances, et de la semaine des quatres jours. Et sur le fond, on ne voit pas bien l’intérêt de cette dernière par rapport à la semaine de quatre jours et demi, surtout si cette dernière permet de mieux étaler les leçons et ainsi de permettre un meilleur apprentissage. Du coup, une telle réforme aurait sans doute pu être une réforme populaire à mettre au crédit de François Hollande, à mille lieues des idées extravagantes sur les notes.

Mais cette bonne idée de principe n’a pas été mise en œuvre de manière très harmonieuse, suscitant même l’opposition d’une partie de la majorité à l’époque. D’abord, s’il s’agit d’un simple transfert d’heures vers le mercredi matin, cela peut aboutir à des journées qui finissent plus tôt que précédemment (à moins d’augmenter le temps de récréation, qui, a priori, n’était pas particulièrement court), faisant terminer les enfants à des horaires souvent compliqués pour les parents qui travaillent mais n’ont pas les moyens de se payer une garde d’enfant. Du coup, beaucoup d’établissements ont étudié la mise en place d’activités de remplacement pour que l’ouverture du mercredi ne provoque pas de sortie anticipée les autres jours. Mais se pose alors l’immense problème du financement.

L’enveloppe prévue par l’Etat semble nettement inférieure aux besoins des municipalités qui financent ces nouvelles activités. Cela est encore plus questionnable que la France manque de professeurs, dans le primaire notamment. Même s’il faut se méfier un peu des élus locaux qui ne se distinguent pas toujours par leur modération dans l’emploi de fonds publics, il ne faut pas oublier que les changements de périmètres dans les prérogatives des uns et des autres contribuent à rendre difficile les comparaisons dans le temps. En outre, comme il s’agit souvent de financer des activités ludiques, ces dernières peuvent sembler assez accessoires aujourd’hui. Du coup, certains maires ont carrément annoncé qu’ils ne respecteraient pas la loi, ce qui représente un acte de désobéissance contestable.

Un débat extrêmement révélateur

mardi 2 septembre 2014

Déflation : ces "remèdes" de la zone euro qui accentuent le mal


La semaine dernière, les dernières statistiques ont fait état d'une nouvelle baisse de l'inflation dans la zone euro, qui tombe au niveau historiquement faible de 0,3%. Nul doute que les historiens seront sévères avec des dirigeants qui accentuent le mal par leurs "remèdes".



Le danger de la déflation se précise

En effet, sur le fond, rien ne justifie cette baisse continue de l'inflation, passée de 1,3 à 0,3% en seulement un an. Il n'y a eu ni effondrement du prix des matières premières, ni effondrement économique, comme lors de la grande crise financière de 2008. C'est pour cela que la baisse des prix est encore plus inquiétante. Elle semble refléter une tendance de fond des économies de la zone euro, dont la moyenne cache des situations différentes, puisque les prix baissent déjà dans quelques pays, au premier rang desquels la Grèce et l'Espagne. Et la déflation est un grand danger pour la majorité, à plusieurs titres, même si elle peut parfois profiter aux plus riches si la valorisation des actifs ne baisse pas davantage.

D'abord, la baisse des prix ou une hausse trop faible a tendance à avoir un effet négatif sur l'activité puisqu'elle pousse à reporter les achats dans la mesure où les prix sont susceptibles de baisser, comme on a pu le voir au Japon. Cette moindre croissance pèse sur l'emploi, mais aussi la dette, doublement, puisque tant la hausse de l'activité et celle des prix contribuent à en alléger le poids, qui, ici, a tendance à rester toujours aussi lourd, quand ellle n'augmente pas en proportion du PIB dans les exemples extrêmes de déflation comme en Grèce (où le PIB a reculé de plus de 20%, ce qui revient à une augmentation de 25% du poids de la dette), ou, dans une moindre mesure, en Espagne.

Des solutions ubuesques

lundi 1 septembre 2014

Nouveau gouvernement : et si la semaine dernière avait été planifiée longtemps à l’avance ?


Cette idée m’est apparue dès lundi dernier, quand François Hollande et Manuel Valls ont réagi de manière brutale aux déclarations relativement anodines d’Arnaud Montebourg. La semaine a été si intense et bien séquencée qu’on en vient à se demander si tout n’était pas planifié à l’avance.



Trop bien séquencé pour être honnête ?


Mais l’incroyable séquence hebdomadaire se poursuit samedi puisque François Hollande avait convoqué un sommet des chefs de gouvernement « de gauche » pour appuyer sa demande d’assouplir à nouveau les objectifs européens de réduction des déficits publics, tenant un discours finalement peu éloigné, sur ce sujet, des propos reprochés à Arnaud Montebourg six jours avant. Le tout alors que le PS se retrouve pour ses universités de rentrée, dans un ballet subtil où les rebelles affirment leur différence sans franchir le rubicon et Manuel Valls récuse toute politique d’austérité, permettant à la majorité de traverser la fin de semaine sans trop de heurts. Cette succession de temps forts ressemble à une chorégraphie travaillée, d’autant plus que beaucoup de ces temps forts étaient prévus depuis longtemps.

Pourquoi une telle chorégraphie ?