dimanche 8 mars 2026

Iran : la nouvelle faute et les crimes de Trump et Netanhayou

Il y a huit jours, le monde s’est réveillé avec le début d’une nouvelle guerre, contre l’Iran. Comme souvent, beaucoup ont appuyé l’élimination des tyrans, oubliant les innombrables précédents des dernières décennies, qui devraient inciter à plus de prudence. Comment négliger les crimes de guerre de ces deux dirigeants au lourd passif, et dont les motivations semblent très questionnables ?

 


Aussi contre-productif que révoltant

 

La démonstration de force est frappante : les frappes israéliennes et étatsuniennes ont réussi à abattre le guide suprême de l’Iran et de nombreux autres dirigeants du pays en quelques heures. Pourtant, on peut imaginer qu’ils connaissaient la menace, et qu’ils se protégeaient de mille manières possibles. Mais les forces spéciales des deux pays ont su frapper au bon moment, au bon endroit et de la bonne manière pour éliminer des dirigeants iraniens clés. Beaucoup de dirigeants politiques, de journalistes ou chroniqueurs ont repris le discours très convenu, et un peu facile, qui consiste à justifier l’intervention par le fait que les dirigeants éliminés étaient des tyrans dictatoriaux qui ont fait des milliers de victimes, et qui cherchaient, qui plus est, à acquérir la bombe nucléaire, au mépris d’accords passés.

 

C’est le discours, digne d’un influenceur à Dubaï, qu’a tenu Bruno Retaileau, qui se revendique parfois gaulliste, sans même voir qu’en 2003, les gaullistes étaient déjà contre ces interventions, et que les années qui ont passé ont, en partie malheureusement, démontré leur justesse. Bien sûr, voir tomber un tyran meurtrier et dictatorial peut inspirer une forme de satisfaction, venant de l’espoir de libération du peuple qu’il opprimait, une forme de sanction ou revanche contre le mal qu’il a fait. Mais ces prétendus bons sentiments se sont trop souvent heurtés à la réalité pour ne pas être mis de côté, d’autant plus que cette intervention s’accompagne de crimes de guerre révoltants, comme la destruction d’une école élémentaire, qui a fait 175 victimes, ou l’attaque contre une frégate désarmée sans la moindre sommation.

 

Et ces interventions ne marchent pas. Cela n’a pas marché en Afghanistan, où après vingt ans de présence après avoir fait tomber les talibans, les talibans sont revenus, pas plus modérés qu’avantCela n’a pas marché en Irak, pays qui a sombré dans un chaos qui a fait le lit du terrorisme. Cela n’a pas marché en Libye, où le chaos a succédé au régime de Khadafi. Bref, quand l’Occident fait tomber un dictateur, aussi horrible soit-il, la situation ne s’améliore pas. Rien n’est réglé. Les 25 dernières années sont formelles. D’ailleurs, au Vénézuela, aussi spectaculaire qu’ait été l’enlèvement de Nicolas Maduro, Trump n’a toujours pas réussi à prendre le contrôle du pays. Et la dispersion de ses moyens dans le monde ne va pas l’aider. Il est tout sauf évident que la décapitation du régime iranien provoquera un changement, ni même que les nouveaux seront moins pires. L’agression pourrait renforcer les plus radicaux…

 

Plus globalement, la guerre menée à Gaza par Israël, l’enlèvement du président du Vénézuela et la guerre menée en Iran pourraient bien au contraire accélérer tout ce à quoi s’opposent Trump et Netanyahou. Les pays arabes voient tout l’intérêt qu’il y a à se renforcer militairement : tant qu’ils sont plus faibles qu’Israël, ce sont les dirigeants de ce pays qui font ce qu’ils veulent, ce qui signifie aussi que s’ils devenaient au moins aussi puissants, alors Israël ne pourrait plus faire ce qu’il veut... Or, la région pourrait avoir assez de ressources pour permettre un rééquilibrage à moyen terme. Israël aura du mal à plaider la modération après en avoir tant manqué... De même, si Trump semble s’en prendre à des pays voulant accélérer la sortie de l’ordre yankee, loin de freiner cela, il pourrait l’accélérer avec le soutien des BRICS.

 

Arbitraire et intérêts bien compris

 

En outre, ces interventions posent deux autres questions problématiques. D’abord, leur caractère totalement arbitraire et contraire au droit international. Car derrière le conte de fées de l’élimination réelle d’un tyran, la réalité est moins glorieuse. Certains tyrans sont épargnés. Les dirigeants de la Chine ont-ils moins de sang sur les mains que ceux de l’Iran ? Ce deux poids deux mesures rend ces interventions très suspectes. Outre leur échec quasiment systématique, elles révèlent une logique de loi du plus fort : l’Occident ne s’en prend qu’à moins fort que lui, des régimes qu’il pense pouvoir battre. Ironie de l’histoire, nous n’y parvenons au mieux qu’à moitié, les nouveaux dirigeants n’étant pas toujours mieux disposés à l’égard de ceux qui ont fait tomber leurs prédécesseurs, ce qui les incite sans doute à la méfiance.

 

Il est aussi profondément révoltant que ces interventions se déroulent en dehors de tout cadre international, alors que ceux qui les défendent disent en être les défenseurs. Qu’a donc fait l’Iran pour mériter un tel déluge de feu, dont on sait qu’il ne touche pas que des tyrans, mais aussi beaucoup trop de civils, nouvelles victimes des expéditions occidentales ? Idem pour le Vénézuela ou Cuba, qui ne menaçaient pas les États-Unis, qui se comportent comme des shérifs sans foi ni loi. Les pays qui mènent ce genre d’interventions perdent toute légitimité pour parler d’état de droit tant il le foule au pied quand cela les arrange. Ils ne font même pas semblant d’essayer de respecter la forme, déclenchant des opérations criantes d’arbitraire, au mépris de toute souveraineté. Pourront-ils s’en plaindre s’ils en sont victimes un jour ?

 

Autre problème posé par ces interventions : leur caractère intéressé. Comme par hasard, tant Trump que Netanyahou affrontent des élections difficiles cette année… N’essaient-ils pas, comme trop souvent, de profiter d’un contexte guerrier pour améliorer leur image en se transformant en chef de guerre. Dans le cas de Trump, même s’il n’est plus à une contradiction près, après s’être fait le défenseur d’une ligne plus isolationniste, la mue néoconservatrice pourrait heurter une partie de sa base. Le premier ministre israélien est depuis longtemps empêtré dans des affaires et dans des manœuvres illibérales qui suscitent une forte opposition. Mais un tel contexte guerrier, et les représailles que cela provoque, peuvent finir par amoindrir les velléités de changement dans des temps aussi durs et incertains.

 

Quelle tristesse que la France ne fasse pas entendre la voix de 2003 dans ce monde si violent et arbitraire. Bien sûr, il n’y avait rien à attendre de Macron et compagnie, mais le fait de défendre le ravitaillement des avions yankees sur un faux prétexte est un nouveau naufrage, qui continue à abîmer notre pays. Le monde aurait tellement besoin d’une voix forte et équilibré, sans pour autant être complaisant avec les tyrans.

3 commentaires:

  1. C'est beau. !...Nous devons donc fermer les yeux devant le terrorisme islamique international,et laisser ces fous de Dieu exterminer leur peuple.
    Allez,je vous invite à venir partager un peu de foie gras,champagne ...dans notre nid douillet de la republique bienpensante..
    Mon General,excusez les ,ils ne savent même plus honorer votre mémoire !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. N’importe quoi, le respect du droit international reste primordial en toute circonstance.

      Supprimer
  2. L’attaque américano-israélienne contre l’Iran, menée en marge du droit international, illustre le mépris des puissances occidentales pour l’ordre multilatéral. Sans mandat de l’ONU, sans légitimité collective, cette guerre illégitime aggrave les tensions et discrédite les règles qu’elles prétendent défendre. Un retour à la loi du plus fort—et un danger pour la paix mondiale. La diplomatie est morte, vive la brutalité.

    RépondreSupprimer