Il y a deux jours, des troupes étasuniennes sont intervenues dans un pays tiers pour enlever le président en place et sa femme, sous des prétextes plus que douteux. Quel que soit le mal que l’on pense de Maduro et sa gestion du Vénézuela, cette intervention est doublement inacceptable : tous les précédents ont eu une issue malheureuse, et difficile de ne pas y voir les intérêts grossiers de Washington.
L’Oncle Sam, colonialiste, menteur et hors-la-loi
Difficile de ne pas voir dans le choix d’une intervention au Vénézuela une iniative de type colonialiste. Le pays est connu pour détenir potentiellement la première réserve mondiale de pétrole. La Maison Blanche évoque déjà de potentiels investissements des majors étatsuniennes pour accélérer la production d’hydrocarbures, une façon faire proprement coloniale qui rappelle les temps sombres de l’Amérique du Sud exploitée pour ses ressources naturelles par les gringos. Certains évoquent le rapprochement du Vénézuela avec les BRICS et les initiatives en cours pour sortir de la dépendance au dollar. Bref, cette intervention a tout d’une intervention purement colonialiste, doublée d’un rideau de fumée à usage intérieur, pour tenter de redorer l’image d’un président en difficulté politiquement sur plusieurs dossiers.
Ce faisant, la réaction de Macron est navrante de suivisme atlantiste. Pour lui, « le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolas Maduro et ne peut que s’en réjouir ». Voilà un président incapable de comprendre les attentes de son propre peuple qui prétend comprendre les aspirations du peuple vénézuélien… Gageons que même une grande partie des opposants à Maduro est probablement totalement révoltée par l’intervention de l’Oncle Sam… Quelle honte que le lointain successeur de Jacques Chirac, qui avait porté la voix de la France haut en 2003 en s’opposant à l’intervention en Irak, ose soutenir une action pas plus légitime, et alors que plus de vingt ans après, nous savons que les interventions occidentales n’ont rien donné de bon, que ce soit en Afghanistan, en Irak ou en Libye.
La dictature du régime chaviste n’est pas tombée : c’est seulement sa tête qui a été coupée. Et, il est plus que possible qu’elle trouve un successeur dans son camp, du même acabit que Maduro. Bien sûr, l’ancien président était toujours plus autoritaire et piètre gestionnaire d’un pays aux ressources abondantes. Mais rien ne justifie une intervention aussi arbitraire et mensongère. Trois futurs possibles se dessinent. Le plus probable est une continuation du chavisme, tant l’agression yankee pourrait finalement prolonger l’expérience chaviste en nourrissant son histoire. L’hypothèse d’un régime à la solde des USA ne semble pas si probable, tant les actes de Donald Trump sont désordonnés. Un changement démocratique et souverain serait la meilleure option, mais l’histoire n’en fait pas l’option la plus probable.
Mais ce faisant, si les chavistes restent au pouvoir, le gain politique pour Donald Trump sera faible et bref. Le monde devrait y voir une nouvelle raison d’accélérer la sortie de l’ordre étatsunien et de son véhicule monétaire, le dollar. Voilà qui pourrait ne pas faire les affaires de Zelensky, si cela poussait le chef erratique de la Maison Blanche à ménager la Russie dans de telles circonstances…

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