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jeudi 27 mars 2014

A quand un vrai débat sur la monnaie ?



Je vous signale la parution d’une vidéo très intéressante sur la monnaie par Gabriel Rabhi, à laquelle André-Jacques Holbecq a collaboré. Je partage l’essentiel de ce qui est dit (à quelques raccourcis près). Les deux hommes continuent de porter un débat essentiel mais malheureusement trop souvent oublié dans nos démocraties, et qui finira un jour par s’imposer.

Pour aller plus loin sur le sujet :
-        papiers sur la réforme du système financier : pourquoi ½, pourquoi 2/2, principes, proposition

dimanche 16 juin 2013

Remettre l’argent au service de l’intérêt général


C’est un livre essentiel, signé par André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder, le livre qu’il faut offrir aux néophytes pour leur faire comprendre les enjeux autour de la monnaie. Un ouvrage hautement politique qui synthétise de manière simple, courte et claire pourquoi le système actuel est aberrant.



L’homme, la seule querelle qui vaille

Ce n’est pas le livre qui sera le plus utile pour ceuq qui s’intéressent de près aux questions monétaires, et qui ont lu Pierre-Noël Giraud ou Jean-Claude Werrebrouck, mais le « Manifeste pour que l’argent serve au lieu d’asservir » est un livre plus politique qu’économique, et qui s’adresse à un public très large, y compris ceux qui n’ont jamais lu de livres d’économie. Comme dans leur livre sur la dette publique ou celui sur les monnaies complémentaires, les auteurs utilisent des paraboles (celle des deux îles est particulièrement parlante : je vous laisse la découvrir au début du livre) qui permettent de prendre du recul sur l’actualité et de saisir des choses qui devraient pourtant être évidentes.

Humanistes, ils rappellent le paradoxe de cette société qui créé tellement de richesses mais où subsistent tellement de pauvres, le fait que « les difficultés financières conduisent au démantèlement de l’appareil social et des services publics, au creusement des inégalités, pendant qu’elles empêchent la transition écologique et énergétique ». Ils affirment que si nous ne répondons pas aux défis actuels, c’est parce que nous restons dans le cadre. Ils citent André Gide, qui disait que « le monde ne pourra être sauvé que par des insoumis ». La Grèce est la victime de ce cadre, de « la logique comptable (qui) nous dépouille (…) de toute humanité » au point de nous faire considérer comme normal, voir ‘responsable’, le fait de laisser une personne mourir de soif auprès d’une fontaine d’eau claire.

La monnaie pour les nuls

vendredi 10 mai 2013

Le protectionnisme doit-il être européen ?


Après avoir fait un constat robuste sur les limites du libre-échange pour les pays dits développés comme le nôtre et un plaidoyer pour plus de protection, les auteurs rentrent dans la politique pour expliquer l’évolution du débat public puis de proposer comment mettre en place un protectionnisme.



Le débat qui dérange

Les auteurs se demandent « si la croyance dans la théorie dominante était devenue trop puissante pour imaginer qu’elle puisse produire autre chose qu’un progrès indéfini ? Et si le dogme du libre-échange était devenu si prégnant qu’il s’est mué en parole d’Evangile » ? Ils notent que ces idées ont été défendues par toutes les élites à quelques exceptions près (Maurice Allais), oubliant de noter le rôle du contexte historique porteur. Ils soulignent que le débat public est compliqué par les anathèmes portés contre les défenseurs du protectionnisme, traités de fascistes. Ils soulignent que les élites tendent à penser que « le peuple est victime d’une illusion ; il croit s’appauvrir, alors qu’en fait, il s’enrichit ».

Ils notent que Paul Krugman a changé d’opinion en écrivant en 2007 qu’« on ne peut plus affirmer, comme il y a une douzaine d’années, que les effets du commerce sur la répartition des revenus dans les pays sont modérés. On peut considérer au contraire qu’ils sont significatifs, voir importants et qu’ils pourraient bien le devenir plus encore ». Ils citent également Paul Samuelson qui disait en 2004 que « les gains pour les Etats-Unis liés au commerce international ne sont pas nécessairement supérieurs aux pertes » et Michel Rocard : « la Chine et l’Inde sont capables de produire tout ce que nous fabriquons. Et comme leurs coûts sont moindres, ce sont tous nos emplois industriels qui sont menacés ».

Les auteurs font un historique passionnant des débats sur le libre-échange en France depuis deux siècles, qui montre que cette question s’est toujours posée et qu’elle traverse la gauche comme la droite. Au début du 19ème siècle, c’était plutôt la gauche qui était libre-échangiste, au nom de la défense des consommateurs, avant de devenir protectionniste dans la deuxième moitié du siècle. La vague néolibérale des années 1980 balaiera cette évolution et touchera tout le monde. De manière étonnante, les auteurs voient dans la mention du « juste échange » dans le programme socialiste de 2012 un véritable « aggiornamento idéologique », démenti par les faits depuis, malgré les dires de Montebourg et Bachelay.

Protectionnisme contre protectionnisme

dimanche 25 septembre 2011

Quand le philosophe Paul Jorion dépasse l’économiste

C’est une des choses que j’avais particulièrement apprécié dans « L’implosion », la capacité de l’auteur à développer une réflexion philosophique sur notre société, sa déshumanisation et son retour à l’état de nature. Il la prolonge largement dans ce nouveau livre.

Paul Jorion, post-marxiste


Il souligne que théoriquement, les salariés devraient être de vrais parties prenantes dans la production d’une entreprise et, à ce titre, se partager avec les autres acteurs (actionnaires, capitalistes et dirigeants) les profits de la vente. Mais il note qu’aujourd’hui, ils ne sont qu’un frais de production comme un autre. De manière totalement asymétrique, la rémunération des traders se fixe en fonction des commissions qu’ils rapportent, ouvrant la voie à des salaires énormes.


Pierre-Noël Giraud, historien résigné des crises économiques


Dans un second temps, l’auteur revient sur les dernières crises économiques pour démontrer toutes les critiques qu’il porte à la globalisation financière puis à une analyse de la crise de 2008 avant d’esquisser quelques propositions.

20 ans de crise du capitalisme financier


Pierre-Noël Giraud revient sur les crises des années 1990 : le Japon, la crise du SME, le défaut russe, la faillite de LTCM ou la crise Asiatique. Il souligne que la libéralisation financière rend le système instable du fait du caractère moutonnier des marchés. Il souligne que c’est le gouvernement Français de l’époque qui a fait le choix politique de défendre la parité franc-mark, au prix de taux d’intérêt qui ont déprimé la croissance : « si un gouvernement se fixe un objectif de change, la politique monétaire est entièrement asservie à la poursuite de cet objectif », quand les mouvements de capitaux sont libres.


Pierre-Noël Giraud décrypte l’anarchie financière


C’est un livre que RST m’avait recommandé, « Le commerce des promesses ». Il a gagné plusieurs prix, dont le prix européen du livre d’économie et le grand prix Turgot. Un ouvrage très pédagogique, assez scolaire, mais très enrichissant théoriquement, qui a été revu et enrichi en octobre 2009.

La finance pour les nuls


Pierre-Noël Giraud est professeur d’économie à Dauphine et cela se ressent dans l’écriture de son livre, qui, plus qu’un « traité sur la finance moderne » semble être un manuel pour étudiant. Il est extrêmement riche puisqu’il comporte à la fois un volet théorique sérieux expliquant l’ensemble des principes de la finance, ainsi qu’une analyse économique des différentes crises que nous avons traversées pour se terminer sur une synthèse de la crise économique de 2008, le tout suivi d’une étude des solutions qui pourraient être apportées pour stabiliser le système.