Affichage des articles dont le libellé est Tocqueville. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tocqueville. Afficher tous les articles

dimanche 11 mai 2014

Les indécences révélatrices de la rémunération de Pierre Gattaz


Nous arrivons sans doute à la fin d’une époque, ou d’un cycle, pour reprendre le pronostic intéressant de François Lenglet. Le patron du Medef a eu l’indécence de réclamer une baisse du SMIC tout en voyant sa rémunération de PDG de Radiall progresser de 30% et ses dividendes s’envoler.


Sans foi ni loi

Comment Pierre Gattaz peut-il demander de facto une baisse du SMIC, qui est de 17 340 euros bruts (13 610 euros nets) par an aujourd’hui, tout en ayant vu son salaire passer de 329 189 euros en 2012 à 426 092 euros bruts en 2013, une hausse de 29,4% sans avoir honte ? Celui qui juge que le SMIC est trop élevé trouve le culot de justifier le fait de toucher 5,59 SMIC de plus en une seule année ! Encore plus incroyable, il soutient qu’il ne dépasse pas la limite maximale des salaires des patrons des entreprises publiques, fixée à 450 000 euros. Il faut rappeler ici que le chiffre d’affaires de Radiall dépasse à peine 200 millions quand celui d’EDF dépasse 73 milliards, rendant la comparaison abusive, outre le fait de révéler l’égo démesuré de Pierre Gattaz, qui trouve bien sûr normal d’être proche du maximum.

Encore pire, le Figaro cite le Canard Enchaîné qui affirme que « la rémunération des cinq membres du conseil exécutif et stratégique du groupe a grimpé de 21% » en 2013, contre 3,3% pour les salariés, sachant que « les dividendes octroyés aux actionnaires ont grimpé de 76% ces quatre dernières années (…) une augmentation sensible qui aura surtout profité à la famille Gattaz, puisqu’elle détient 87% de l’entreprise ». Bref, il est complètement indécent de réclamer une baisse du salaire minimum en France, qui permet en général tout juste de vivre chichement, alors même que l’on trouve normal que, quand on gagne déjà près de 20 fois le SMIC, on puisse se faire augmenter de près de 30% !

Une société fracturée

dimanche 20 octobre 2013

Jean-Claude Michéa poursuit la déconstruction du néolibéralisme


Jean-Claude Michéa est un philosophe, qui avait publié « L’empire du moindre mal », une critique bien ficelée du néolibéralisme, il y a quelques années. Avec son nouveau livre, « les mystères de la gauche », il poursuit son travail de déconstruction des deux faces de la médaille libérale.



Le néolibéralisme déconstruit la société

Il dénonce la vision de la liberté de Hayek comme « le droit ‘naturel’ pour chacun de ‘vivre comme il l’entend’, sous la protection d’un Etat de droit uniquement soucieux d’administrer les choses », qui oublie complètement le lien social et réduit l’homme à un individu atomisé. Il rappelle que « la racine de commun, munus désignait les charges et les obligations – savoir donner, recevoir et rendre – qui relèvent de cette logique de l’honneur et du don ». Il note que la société néolibérale valorise les droits (et comment les défendre) mais oublie compétemment le don (c’est à dire savoir donner, recevoir et rendre). D’où des enfants qui se comportent comme si tout leur était dû.

Il ironise sur une autre formule de Hayek, selon qui chacun doit être « libre de produire, de vendre ou d’acheter tout ce qui est susceptible d’être produit ou vendu » qu’il résume en « vendre n’importe quoi à n’importe qui ». Il dénonce l’obsolescence programmée et rappelle le cas du cartel Phoebus, unissant Philips, Osram et General Electric pour vendre des ampoules à durée de vie limitée alors qu’il existe dans une caserne à Livemore, en Californie, une ampoule mise en service en 1901 qui fonctionne toujours… Il dénonce également une société qui valorise « une immense accumulation de marchandises (…) la société de consommation généralisée, principalement fondée sur le crédit ». Il pointe les risques d’une croissance illimitée basée sur des ressources limitées.

Il condamne l’extension sans fin de droits juridiques et abstraits, reprenant Godbout et Caillé qui se demandent, « si la passion de l’égalité (Tocqueville) n’est pas en partie une des transpositions les plus insidieuses du marché dans les rapports sociaux ». Il rappelle la critique de Marx sur « la vision juridique du monde », qui peut finir par devenir un dissolvant antisocial de la société, même s’il reconnaît que « le stalinisme a suffisamment prouvé qu’aucune société décente ne pouvait s’édifier sur l’oubli, ou la négation, des garanties juridiques les plus élémentaires ». Il dénonce néanmoins un droit qui nous pousse vers « un monde mimétique et indifférencié ».

Il souligne qu’une société qui n’est gouvernée que par des contrats n’engendre par elle-même « aucun lien social véritable ni aucune rencontre authentique et désintéressée ». Il critique aussi « la socialité de synthèse et les relations humaines préfabriquées », dont « Twitter et Facebook sont aujourd’hui, les paradigmes les plus connus ». Il dénonce la « mobilité incessante (ou ‘flexibilité’) des individus qu’elle contribue à déraciner » et note qu’elle est « la fonction la plus foncièrement enracinée au cœur de l’idéologie libre-échangiste » : c’est à l’homme de s’adapter à l’économie, ce qui rappelle nos débats sur la compétitivité. Le marché veut que l’homme s’adapte à lui et s’attaque donc à tous les fondements du lien social qui pourraient entraver cette adaptation.

samedi 17 août 2013

Une histoire de la pauvreté


C’est un article absolument passionnant de The Economist sur l’évolution du jugement porté sur la pauvreté, à partir des travaux d’un professeur de l’université de Georgetown, qui fait un historique de la manière dont la pauvreté était jugée dans nos sociétés depuis un demi-millénaire.



Du pré-darwinisme ou post-darwinisme

Comme le rapporte The Economist, en Europe, du 16ème au 18ème siècle, « la pauvreté était vue comme socialement utile » parce que cela « assurerait la disponibilité d’une main d’œuvre abondante et bon marché ». Bernard de Mandeville, un économiste du 18ème siècle, jugeait « manifeste, que dans une nation libre où les esclaves ne sont pas autorisés, la plus grande richesse consiste dans une multitude de pauvres travailleurs ». Malgré tout, des lois furent passées, mais uniquement pour les protéger de la famine, mais en aucun cas de les faire sortir de leur condition initiale.

C’est un paradoxe, mais c’est Adam Smith qui a été un des premiers à vouloir aider les pauvres en se faisant le défenseur d’une imposition redistributive : « les riches doivent contribuer à la dépense publique, non seulement en proportion de leurs revenus, mais d’une manière supérieure à simplement dans cette proportion ». Tout ceci rappelle Tocqueville qui disait que « préoccupés du seul soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous », ce qui montre que le libéralisme se souciait des inégalités.

Vers la lutte contre la pauvreté

mardi 23 juillet 2013

Crise ou pas crise, les inégalités augmentent


Il y a quelque chose de profondément choquant aujourd’hui. En période de croissance, seuls les plus riches en profitent. Et en période de récession, les pauvres trinquent quand les plus riches continuent à s’enrichir, comme le montre l’augmentation de 25% de la fortune des 500 plus riches Français.



Champagne en haut de la pyramide

Il y a quelques semaines, le CAC40 passait le cap des 4 000 points, un niveau inconnu depuis près de deux ans. Le Dow Jones enchaîne les records, au-delà de 15 000 points. Quel contraste avec la crise actuelle, la persistance d’un fort taux de chômage et l’entrée en récession de la France début 2013, sachant que la zone euro devrait d’enregistrer son 7ème trimestre consécutif de baisse de son PIB ! Jamais l’écart n’a semblé aussi grand entre le haut et le bas de l’échelle.

Il y a quelques temps, un chiffre avait symbolisé cette explosion des inégalités : 93% de la croissance des revenus en 2010 était allée à 1% des individus aux Etats-Unis. Et, dans certains secteurs économiques, la conjoncture s’est retournée. C’est ainsi que les 3252 traders et hauts gradés de BNP Paribas ont enregistré une croissance de 17% de leur rémunération, de 284 à 332 mille euros par an en moyenne, avec un bonus en hausse de 14%. On reste songeur devant ces chiffres sachant que les banques européennes doivent leur survie aux 1000 milliards de crédits accordés par la BCE.

Comme je l’avais souligné il y a quelques jours, d’autres études confirment cette stupéfiante évolution. Aux Etats-Unis, le patrimoine des 7% les plus riches a progressé de 28% de 2009 à 2011, quand celui du reste de la population a diminué de 4% ! En France, l’INSEE a révélé qu’en 2010, les revenus des 5% plus riches ont progressé de 1,3% quand ceux des 30% les plus pauvres ont baissé de 1,3 à 1,6%. Bref, le mouvement de hausse des inégalités ne semble avoir aucune limite. Depuis, l’OCDE a apporté de nouvelles données confirmant cette évolution dans notre pays.

Une société injuste et instable

jeudi 2 mai 2013

Cette révoltante augmentation des inégalités qui continue


La croissance des inégalités est une caractéristique du second âge de l’anarchie néolibérale. Mais à la différence de ce qui s’était passé après la crise de 1929, qui avait vu le reflux des inégalités, les inégalités poursuivent leur course folle, tant aux Etats-Unis qu’en France.

Toujours plus d’inégalités

C’est un très bon papier du Figaro qui synthétise deux études. La première, du cabinet Pew Research, rapporte l’évolution des patrimoines outre-Atlantique. Le résultat est assez stupéfiant : « entre 2009 et 2011, le patrimoine moyen des 7% les plus riches a progressé de 28% là où il a duminué de près de 4% pour le reste de la population (…) Les 8 millions de ménages les plus aisés possédaient en moyenne 3,2 millions de dollars en 2011, contre 2,5 millions en 2009. A l’inverse, (…) les 111 millions de familles ont vu leur patrimoine passer de 140 à 134 mille dollars ».



Ces évolutions représentent un gain total de 5 600 milliards de dollars pour les plus riches et une perte de 600 milliards de dollars pour le reste de la population. Ces chiffres sont révoltants à plus d’un titre. Tout d’abord, il est profondément injuste qu’une petite minorité s’enrichisse à ce point quand l’immense majorité s’appauvrit. Ensuite, il est difficile de ne pas imaginer ce qui aurait pu être fait avec une partie des 5 600 milliards de dollars, sans compter les profits démesurés des entreprises…

En France, c’est l’INSEE qui a fait une étude sur l’évolution des revenus de la population en 2010 : les revenus des 5% plus riches ont progressé de 1,3% quand ceux des 30% les plus pauvres ont baissé de 1,3 à 1,6%. Le niveau des inégalités est moins important qu’outre-Atlantique : 7% de la population détient 63% du patrimoine aux Etats-Unis en 2011 (contre 56% en 2009), en France, 10% en détient 48%. Ce panorama peut être complété par le très bon livre de Thomas Piketty et Camille Landais, « La Révolution fiscale » ou le dernier livre de Joseph Stiglitz, « Le prix des inégalités ».

Un système d’ors et déjà condamné

lundi 24 décembre 2012

La désertion fiscale, produit de l’anarchie néolibérale


Le départ de Gérard Depardieu en Belgique a provoqué une immense polémique qui a dominé la fin d’année politique. Les critiques venues d’une partie de la gauche, qui a mis en place le cadre qui permet et autorise cela, sont assez mal venues. Peut-on critiquer les conséquences des causes que l’on chérit ?

Du sens des mots

Le débat sur « l’évasion fiscale » est en partie biaisé. En effet, le choix du terme « évasion » n’est pas neutre pour reprendre l’analyse d’Eric Hazan. S’évader à une connotation positive. En outre, cela suggère implicitement que les citoyens seraient prisonniers d’une prison fiscale, donnant également à la fiscalité une connotation très négative. On y trouve le décalque du terme très ambigu de « paradis fiscal » qui suggère tout de même que les autres pays seraient des enfers.

C’est pour cela que je préfère parler de « parasite fiscal », de manière à véhiculer des notions plus cohérentes à mon sens par rapport à la réalité de ces territoires, nouveaux pirates d’une mondialisation où les Etats se sont désarmés face à de tels comportements de coucou ou de passager clandestin. C’est aussi le sens du choix des mots quand on parle d’euro cher au lieu d’euro fort, de mariage pour tous au lieu de mariage gay, d’anarchie néolibérale au lieu de libéralisation.

Le choix des mots n’est pas neutre dans le débat public et certains mots sont porteurs de valeurs tellement positives qu’il est délicat de les utiliser pour dénoncer un comportement. Cela revient à se battre avec un bras dans le dos. Voilà pourquoi je préfère parler de « désertion fiscale » et non d’évasion fiscale ou même d’exil fiscal. Le premier est porteur de valeurs positives incompatibles avec le jugement que je porte sur ce comportement. Et le second est naturellement trop neutre.

Les ravages du libéral-libertarisme

dimanche 25 septembre 2011

L’arnaque de la privatisation de la création de la monnaie

Après avoir posé les enjeux du débat monétaire, André-Jacques Holbecq et Philippe Derudder en viennent plus particulièrement à la question de la création monétaire et de la dette publique.


Remettre en perspective notre endettement


Les auteurs soulignent de manière intéressante le choix du terme « service » de la dette en lieu et place du terme « intérêt ». Ils critiquent le catastrophisme des opposants de tout bord à la dette publique en soulignant plusieurs points importants. Tout d’abord, ils soulignent la myopie de leur analyse, qui oublie de prendre en compte le patrimoine de l’Etat. En effet, l’analyse de la situation financière de quiconque impose d’avoir une vue globale et comparative.