Le néolibéralisme déconstruit la société
Il ironise sur une autre formule de Hayek, selon qui chacun
doit être « libre de produire, de
vendre ou d’acheter tout ce qui est susceptible d’être produit ou vendu »
qu’il résume en « vendre n’importe
quoi à n’importe qui ». Il dénonce l’obsolescence programmée et
rappelle le cas du cartel Phoebus, unissant Philips, Osram et General Electric
pour vendre des ampoules à durée de vie limitée alors qu’il existe dans une
caserne à Livemore, en Californie, une ampoule mise en service en 1901 qui
fonctionne toujours… Il dénonce également une société qui valorise « une immense accumulation de marchandises (…)
la société de consommation généralisée, principalement fondée sur le
crédit ». Il pointe les risques d’une croissance illimitée basée sur
des ressources limitées.
Il condamne l’extension sans fin de droits juridiques et
abstraits, reprenant Godbout et Caillé qui se demandent, « si la passion de l’égalité (Tocqueville)
n’est pas en partie une des transpositions les plus insidieuses du marché dans
les rapports sociaux ». Il rappelle la critique de Marx sur « la vision juridique du monde », qui
peut finir par devenir un dissolvant antisocial de la société, même s’il
reconnaît que « le stalinisme a
suffisamment prouvé qu’aucune société décente ne pouvait s’édifier sur l’oubli,
ou la négation, des garanties juridiques les plus élémentaires ». Il
dénonce néanmoins un droit qui nous pousse vers « un monde mimétique et indifférencié ».
Il souligne qu’une société qui n’est gouvernée que par des
contrats n’engendre par elle-même « aucun
lien social véritable ni aucune rencontre authentique et désintéressée ».
Il critique aussi « la socialité de
synthèse et les relations humaines préfabriquées », dont « Twitter et Facebook sont aujourd’hui, les
paradigmes les plus connus ». Il dénonce la « mobilité incessante (ou ‘flexibilité’) des
individus qu’elle contribue à déraciner » et note qu’elle est « la fonction la plus foncièrement enracinée
au cœur de l’idéologie libre-échangiste » : c’est à l’homme de
s’adapter à l’économie, ce
qui rappelle nos débats sur la compétitivité. Le marché veut que l’homme
s’adapte à lui et s’attaque donc à tous les fondements du lien social qui
pourraient entraver cette adaptation.