Décadent !
Arriéré ! Si certaines personnes parviennent à garder leur calme dans ce
débat, ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Des
excès sont réalisés de part et d’autre, crispant un débat qui aurait
nécessité une plus grande sérénité pour permettre un véritable échange.
La porte
ouverte à la polygamie ?
C’est un
argument souvent avancé : le
fait d’accorder le droit au mariage des couples homosexuels pourrait nous mener
à d’autres évolutions plus contestables. Théoriquement, l’argument semble
aller de soit : ce ne serait qu’une étape de plus vers une levée de tous
les interdits de notre société. Cependant, ce mode de raisonnement n’est pas
juste. Si l’âge de la majorité a été baissé à 18 ans en 1974, il n’a pas été
baissé depuis. Les sociétés établissent aussi des règles qui peuvent rester en
place ou ne pas être indéfiniment abaissées dans une perpétuelle quête
libertaire.
Mieux,
l’expérience démontre qu’il n’y a aucun lien entre l’alignement des droits des
couples homosexuels sur ceux des couples hétérosexuels et la reconnaissance de
la polygamie. Bien au contraire. Les pays qui reconnaissent la polygamie
interdisent presque toujours le mariage pour les couples homosexuels et
inversement. En fait, en pratique, on constate que l’un semble interdire
l’autre, ce qui devrait au contraire rassurer ceux qui craignent une telle
évolution.
Une
demande libertaire ?
L’autre
antienne traditionnelle des opposants au projet gouvernemental est qu’il ferait
partie d’un vaste mouvement libertaire où toutes les communautés et tous les
individus demandent sans cesse plus de droits à la société, une pente qui
pourrait déconstruire les fondements de notre vie commune. Mais cette
interprétation du débat sur le mariage pour tous les couples est incomplète. En
effet, le mariage, ce n’est pas seulement un droit, ce sont aussi des
devoirs.
Accorder le
droit de se marier aux couples homosexuels, ce n’est pas seulement leur donner
un droit que les couples hétérosexuels ont déjà et ainsi faire
en sortie que la République ne fasse plus le tri entre ses enfants selon leur
sexualité, mais c’est aussi leur en donner les devoirs. Le mariage, ce sont
autant des droits que des devoirs à l’égard de sa ou son conjoint et des
enfants, bien loin du fantasme libertaire véhiculé par certains opposants à
cette réforme.
Vers une
décadence de la société ?