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jeudi 17 janvier 2013

Mariage pour tous, homoparentalité : assez des caricatures !


Décadent ! Arriéré ! Si certaines personnes parviennent à garder leur calme dans ce débat, ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Des excès sont réalisés de part et d’autre, crispant un débat qui aurait nécessité une plus grande sérénité pour permettre un véritable échange.

La porte ouverte à la polygamie ?

C’est un argument souvent avancé : le fait d’accorder le droit au mariage des couples homosexuels pourrait nous mener à d’autres évolutions plus contestables. Théoriquement, l’argument semble aller de soit : ce ne serait qu’une étape de plus vers une levée de tous les interdits de notre société. Cependant, ce mode de raisonnement n’est pas juste. Si l’âge de la majorité a été baissé à 18 ans en 1974, il n’a pas été baissé depuis. Les sociétés établissent aussi des règles qui peuvent rester en place ou ne pas être indéfiniment abaissées dans une perpétuelle quête libertaire.

Mieux, l’expérience démontre qu’il n’y a aucun lien entre l’alignement des droits des couples homosexuels sur ceux des couples hétérosexuels et la reconnaissance de la polygamie. Bien au contraire. Les pays qui reconnaissent la polygamie interdisent presque toujours le mariage pour les couples homosexuels et inversement. En fait, en pratique, on constate que l’un semble interdire l’autre, ce qui devrait au contraire rassurer ceux qui craignent une telle évolution.

Une demande libertaire ?

L’autre antienne traditionnelle des opposants au projet gouvernemental est qu’il ferait partie d’un vaste mouvement libertaire où toutes les communautés et tous les individus demandent sans cesse plus de droits à la société, une pente qui pourrait déconstruire les fondements de notre vie commune. Mais cette interprétation du débat sur le mariage pour tous les couples est incomplète. En effet, le mariage, ce n’est pas seulement un droit, ce sont aussi des devoirs.

Accorder le droit de se marier aux couples homosexuels, ce n’est pas seulement leur donner un droit que les couples hétérosexuels ont déjà et ainsi faire en sortie que la République ne fasse plus le tri entre ses enfants selon leur sexualité, mais c’est aussi leur en donner les devoirs. Le mariage, ce sont autant des droits que des devoirs à l’égard de sa ou son conjoint et des enfants, bien loin du fantasme libertaire véhiculé par certains opposants à cette réforme.

Vers une décadence de la société ?

dimanche 25 novembre 2012

Mariage pour tous : le sale débat


Mon papier d’il y a quinze jours remerciant François Hollande pour son projet de mariage pour tous les couples a de nouveau provoqué la polémique. Par-delà les amalgames plus que douteux, cela a eu le bénéfice de faire avancer certains points du débat sur lesquels je veux revenir.

L’indifférence, ce n’est pas l’indifférenciation

J’ai un point d’accord avec les opposants à ce projet, à savoir qu’il ne faut pas tomber dans l’indifférenciation des sexes, ce qui reviendrait à nier la réalité. Or ce sujet est bien d’actualité comme l’a montré la proposition totalement ubuesque d’une conseillère d’Eva Joly de ne plus différencier les hommes et les femmes par les numéros 1 et 2 à la Sécurité Sociale, comme l’avait rapporté Coralie Delaume. Et pourquoi ne pas imposer des prénoms mixtes tant qu’à faire !

Si je suis favorable au droit à l’indifférence pour les homosexuels, nous ne devons pas tomber dans un excès qui reviendrait à supprimer toute référence à la mère et au père dans nos lois et notre code civil. Même s’il semble que leur remplacement par parent 1 et parent 2 était un fantasme, faire de la place aux couples homosexuels ne doit pas signifier une révision orwellienne de notre appareil législatif sur un plus petit dénominateur commun abstrait.

Les détournements de débat

J’ai encore été effaré par certaines réponses au papier, y compris de la part de commentateurs de qualité. Pour beaucoup, ce serait un pas vers l’acceptation de la polygamie ou de l’inceste car, selon certains, les « arguments sont valides pour les polygames et incestes, c’est un fait ! ». Je pense que cela n’a rien à voir. Il s’agit d’accorder aux couples homosexuels les mêmes droits que les couples hétérosexuels.

Cela n’a donc rien à voir avec la polygamie (foncièrement inégale). L’inceste n’a également rien à voir car il n’y a rien de comparable entre discriminer ou non selon des orientations sexuelles et interdire les relations entre parents (qui le sont pour de bonnes raisons). Autoriser l’un n’amène pas à autoriser l’autre. Abaisser l’âge de la majorité de 21 à 18 ans ne veut pas dire qu’on va le baisser indéfiniment.

Au fond : une logique inégalitaire

jeudi 8 novembre 2012

Mariage pour tous : merci François Hollande !


Hier, le conseil des ministres a adopté le projet de loi autorisant le mariage pour tous les couples. Une réforme majeure qui donne enfin à tous les couples les mêmes droits, indiquant par là-même une neutralité bienvenue à l’égard des homosexuels, qui ne seront plus des citoyens de second rang.

La République ne trie plus ses enfants

Beaucoup d’opposants au mariage pour tous (les couples) en font une revendication communautariste qui deferait une institution majeure de la République, et serait quasiment le prélude d’une déconstruction de notre civilisation. Bien au contraire, je crois qu’accorder le droit au mariage pour tous les couples (par-delà le fait que c’est un droit supplémentaire qui ne prive personne de quoi que soit), est un geste profondément républicain et anti-communautariste, bref égalitaire dans le bon sens.

En effet, jusqu’à présent, en ne permettant qu’aux couples hétérosexuels de se marier civilement, la République indiquait de facto un jugement de valeur entre les couples. Parce que les couples hétérosexuels avaient des droits supplémentaires, cela indiquait que la société leur accordait une certaine supériorité par rapport aux couples homosexuels. Cette discrimination représentait quelque part une justification de l’homophobie et de la discrimination à l’égard des homosexuels.

C’est à ce titre que je crois qu’il est essentiel que la République accorde les mêmes droits à tous les couples. Désormais, la République ne trie plus ses enfants en fonction de leur sexualité. C’est parce que le mariage donne un cadre reconnu, des droits comme des devoirs, qu’il est important que tous les couples puissent y accéder, que ce soit pour fonder une famille (lire, sur ce sujet, le remarquable reportage de Marianne sur l’adoption) ou pour célébrer leur union.

Un débat parfois nauséabond

vendredi 17 août 2012

Oui au mariage pour tous


Hier, j’ai publié un papier condamnant la prière universelle de l’Assomption qui s’opposait au projet gouvernemental d’étendre le mariage à tous les couples. Devant le déluge de commentaires, j’ai préféré répondre par un papier sur les questions relatives au mariage.
Un sujet passionnel
Jamais un papier du blog n’avait suscité autant de commentaires en si peu de temps (plus de 80 en 24 heures). Pour mieux y répondre, j’ai préféré consacrer un papier spécifique, centré sur la question du mariage. Je veux ici distinguer la question du mariage de celle de l’adoption ou de l’homoparentalité (auxquelles je suis favorable), que je traiterai dans un autre papier car je crois qu’il est important de séparer les débats pour les clarifier, les arguments ayant tendance à se mélanger.
Après tout, on pourrait être favorable au mariage (civil bien sûr) et opposé à l’homoparentalité, comme l’un des commentateurs d’hier. Du coup, je pense essentiel de traiter ces deux questions séparément, même si je sais que certains diront qu’elles sont liées (ce qui n’est pas faux d’ailleurs), mais il est parfaitement possible de faire des choix différents sur les deux questions (comme l’ont fait beaucoup de pays d’ailleurs) et les deux sujets ne sont pas forcément liés juridiquement.
Pour moi, l’extension du droit au mariage est un peu comme l’extension du droit de vote aux femmes. Cette discrimination était un résidu de pratiques anciennes, bien peu républicaines. Bien sûr, à l’époque, il y avait des résistances, certains évoquant l’influence supposée des curés sur les nouvelles électrices ! Aujourd’hui, cela nous semble une évidence. Je serais bien curieux de relire les arguments des opposants au mariage pour tous, séparé de la question de l’homo-parentalité.
Du sens du mariage
Tout d’abord, il faut se pencher sur ce que représente le mariage dans notre société. Il a pour moi deux fonctions. La première est de représenter l’union de deux personnes pour la vie, avec les droits et devoirs que cela représente. A ce titre, je ne vois pas ce qui permettrait de discriminer tel type de couple par rapport à tel autre. La seconde fonction du mariage est de fonder une famille. C’est souvent cet argument qui est avancé pour justifier le refus d’étendre le droit au mariage, au prétexte qu’un couple homosexuel ne peut pas avoir naturellement d’enfant à deux.
Mais cet argument n’est pas sans limite. En effet, faudrait-il alors refuser aux couples hétérosexuels stériles le droit de se marier ? En outre, si on interdit l’adoption aux couples de même sexe, on les prive alors de la capacité à fonder une famille, leur refusant alors les moyens d’accéder au mariage ! En outre, il faut noter ici qu’étendre à tous les couples le droit au mariage consiste à donner un nouveau droit à certains citoyens sans rien prendre ou retirer à qui que ce soit.
Un commentateur a écrit « le mariage est indissociable de la différence sexuée et de la reproduction. S'il n'y a pas d'enfant, le mariage n'a aucun sens, un simple contrat suffit ». Mais le problème est que cela n’est pas vrai aujourd’hui. Plus de 50% des enfants naissent en dehors du mariage. Il y a aujourd’hui une déconnexion entre le fait d’avoir des enfants et celui de se marier. Certains refusent le mariage mais font des enfants. D’autres font des enfants, puis se marient. D’autres se marient avant de faire des enfants. Dans notre société, le lien entre les deux s’est largement distendu.
Des critiques surprenantes