Billet invité de Cochin
Les délires néolibéraux du châtelain Fillon
L'interview accordée récemment par François Fillon au Telegraph ne fait que tristement confirmer les craintes que l'on pouvait avoir sur les évolutions de l'UMP, dont des membres de plus en plus nombreux revendiquent un néolibéralisme décomplexé. Lors du même entretien, l'ancien premier ministre affirme ainsi tout d'abord que les universités françaises sont des « foyers de marxisme » avant de regretter que « la France n'ait jamais eu de révolution thatcherienne ».
François Fillon raisonne ici, comme bon nombre de néolibéraux, avec plusieurs décennies de retard. Pour que les universités françaises soient un foyer de marxisme, il faudrait que les étudiants d'aujourd'hui lisent encore Marx ou ceux qu'il a inspirés, ce qui n'est clairement plus le cas (je me rappelle encore à ce sujet l'étonnement de mon professeur de khâgne à Louis-le-Grand quand il s'était aperçu il y a quelques années que seule une petite poignée d'élèves avaient lu de manière un tant soit peu poussée les oeuvres de Marx).
Bref, François Fillon se contente ici de reprendre de vieux poncifs qui ne renvoient plus à aucune réalité – et l'on pourrait d'ailleurs le regretter car le marxisme, au-delà de tous les problèmes qu'il pose, avait au moins le mérite d'offrir à certains un cadre de pensée cohérent et rigoureux qui leur permettait de mener une réflexion qui ne soit pas simplement superficielle sur l'état de notre société.
L'ancien premier ministre a en réalité très probablement vu dans la dénonciation des « foyers de marxisme » une façon de s'attirer sans trop d'efforts les sympathies de la frange la plus à droite de l'électorat de l'UMP. Échouant depuis deux ans à obtenir la direction de son parti en se livrant à une véritable réflexion sur les causes de la crise française, le voilà bien décidé à s'en emparer en conquérant la notoriété de l'infamie.