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jeudi 15 juin 2017

La crise du SME (système monétaire européen) ou la préfiguration de l’euro (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus

Cette analyse est pour l’essentiel issue de la lecture Jean-Pierre Chevènement, Un Défi de civilisation, Fayard 2016, pages 90 à 105


Début 1982, alors que l’application de son programme politique génère de fortes tensions sur les marchés de change (notamment des spéculations contre le Franc et des fuites importantes de capitaux),  François Mitterrand se trouve face à dilemme : sortir du SME pour restaurer la compétitivité de l’économie française ou y rester pour préserver cet « acquis » européen.

mardi 31 janvier 2017

Une décennie de blog

Il y a un peu plus de dix ans, en janvier 2007, j’ai ouvert mon premier blog. Ce n’était pas un hasard, ayant toujours été passionné par la politique, prenant ma première carte de parti en 1991, à 17 ans, au RPR. Je me suis véritablement structuré intellectuellement dans les débats sur le traité de Maastricht (auquel j’ai voté « non ») et l’autre politique, sous l’influence conjointe de Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement. Mon militantisme politique a connu des éclipses, mais curieusement, je me rends compte que c’est la première élection présidentielle où je n’ai pas d’engagement militant.


dimanche 29 janvier 2017

Chevènement, Delaume, Cayla, Desgouilles, Guilluy, Polony, Devecchio : tous à vos librairie !


Alors que les débats des primaires ont été navrants de conformisme eurolibéral, du côté des Républicains comme de la gauche, heureusement, la scène intellectuelle est bien réjouissante, comme l’illustre les livres qui sont sur mon chevet en ce moment. Le dernier arrivé, c’est « Dérapage », de David Desgouilles, un roman sacrément réussi qui a le grand mérite de nourrir la réflexion sur les travers de notre époque, d’une manière subitle, mais pas moins efficace. Il me tarde de lire « Les nouveaux enfants du siècle », d’Alexandre Devecchio, sur la polarisation politique de la jeunesse, tout comme « Le crépuscule de la France d’en haut » de Christophe Guilluy, un intellectuel qui compte.


Il me tarde tout autant de lire le dernier livre de Jean-Pierre Chevènement, « Un défi de civilisation », celui qui reste, avec Philippe Séguin, mes premiers guides politiques, lors des débats sur l’autre politique, ainsi que sur le traité de Maastricht, au début des années 1990. « La fin de l’Union Européenne », de Coralie Delaume et David Cayla est un livre terriblement actuel, très apprécié par Jacques Sapir et le blog Le vent se lève, que je ne manquerai pas de dévorer, tout comme « Bienvenue dans le pire des mondes », du comité Orwell et Natacha Polony. A bientôt sur le blog !

lundi 7 novembre 2016

Livres à lire

Beaucoup de livres dans lesquels se plonger pour mieux comprendre ce qui se passe actuellement :
 


  •         Et bientôt, le deuxième livre de David Desgouilles, « Dérapage », puis celui de Coralie Delaume et David Cayla



jeudi 18 juin 2015

Jean-Pierre Chevènement entre en résistance




Des convictions et de savoir dire non

La décision de Jean-Pierre Chevènement est cohérente avec le parcours de celui qui est un des plus grands hommes de la Cinquième République. Il a toujours été un homme qui a su dire non quand l’essentiel était en jeu, quittant par trois fois les ors de la République, portant, avec Philippe Séguin et Philippe de Villiers le non au traité de Maastricht en 1992, puis l’opposition au TCE en 2005, et portant ses propres couleurs en 2002 à l’election présidentielle. Depuis, comme il me l’avait dit aux universités de rentrée du MRC en 2010, sa stratégie consistait à être dans le cockpit de l’avion quand il aurait des difficultés. C’est pour cela qu’il avait soutenu Ségolène Royal en 2007 et François Hollande en 2012.

Mais il faut bien constater aujourd’hui que cette stratégie n’a pas marché. S’il avait trouvé une oreille ouverte à ses idées en 2007, le président actuel n’a que faire des idées que Jean-Pierre Chevènement porte depuis des décennies. Déjà que la campagne présidentielle en était bien éloignée, le cap eurolibéral assumé de plus en plus clairement, notamment avec le pacte de compétitivité et la loi Macron, la réforme du collège, ou même la politique suivie avec la Grèce mettent la majorité actuelle en porte-à-faux complet avec tout ce qu’a défendu le lion de Belfort. Le parti qu’il a inspiré ne souhaitant pas se distancier davantage de la majorité, il a logiquement choisi de ce distancier de son enfant politique.

Esprit de résistance contre esprit de clan

mercredi 20 mai 2015

Réforme du collège : le niveau baisse ? Continuons !




Continuer ce qui ne marche pas

Le plus effarant dans cette réforme finalement, c’est que ce projet prétend corriger les carences de notre système éducatif, tout en continuant dans le même sens que les réformes menées depuis 30 ans et qui ont produit la baisse de niveau que l’on constate tous les jours. Pour le baccalauréat, elle est camouflée par une baisse des exigences plus forte encore… Mais une étude du ministère montre une dégradation du niveau en mathématiques de 2008 à 2014 puisque le taux d’échec à la résolution d’un problème de CM2 est passé de 15 à 19,5% quand le taux de bons élèves passe de 18,6 à 15,3%. Et le classement PISA, même s’il a des carences, affirme aussi que le niveau des petits Français baisse.



Le projet de la ministre de l’éducation nationale reprend et amplifie toutes les réformes qui ont mené à cet échec de plus en plus patent. Comme le souligne Jean-Pierre Chevènement, elle continue de grignoter l’unicité des programmes en donnant toujours plus de latitude pour choisir ce qui est enseigné, fragmentant la République. Et alors même que le niveau baisse pour les matières classiques, on continue à développer les nouvelles formes d’apprentissages, comme les Enseignements Pratiques Interdisciplinaires. Comme le note Vincent Malliet, « si les élèves s’ennuient, c’est qu’il leur a été donné un pouvoir dévastateur : celui de ne rien faire (…) depuis la loi d’orientation de 1989, dite ‘loi Jospin’ ».

Une faute de fond et de forme

lundi 14 juillet 2014

Montebourg : de la démondialisation à la pensée unique ?


En prévision du discours du ministre de l’économie, j’ai fait un papier publié par le FigaroVox : « Toujours des mots, encore des mots », où je dénonçais le grand écart entre le discoure du troisième de la primaire socialiste. Il apparaît que cet écart s’est bien réduit, mais pas pour les bonnes raisons…



Des paroles et des actes

Bien sûr, on peut retenir du discours du ministre de l’économie des aspects positifs : sa critique de l’euro cher et sa demande d’action de la BCE, sa critique des politiques austéritaires de l’Europe, en se référant aux dernières études du FMI mais aussi la tonalité plus positive et volontariste, qui semble redonner ses lettres de noblesse à la politique et notamment son idée de passer de « pompier urgentiste à bâtisseur ». Mais cette vision des choses est sans doute un peu trop idéaliste. D’abord, il faut quand même reconnaître que les critiques du niveau de l’euro sont vaines, et que Nicolas Sarkozy nous l’a fait avant, sans doute un moyen de s’éxonérer un peu des difficultés actuelles à bon compte.

Ensuite, il est pour le moins paradoxal de critiquer les politiques d’austérité après l’avoir mise en place. En fait, juste après son élection, François Hollande a mis en place des hausses d’impôt aussi massives que Nicolas Sarkozy, ce qui a cassé la croissance des années suivantes. Bref, Arnaud Montebourg est complice des politiques qu’il dénonce. Ensuite, il s’est vanté de son intervention sur Alstom. Mais dans la pratique, GE a bien dévoré Alstom et récupéré environ les trois quarts de l’activité énergie d’Alstom (au lieu de la totalité) donc l’intervention du gouvernement a été moins bonne que celle de Nicolas Sarkozy quand ce dernier était ministre de l’économie. La réalité infirme largement son discours…

Un vrai virage idéologique

dimanche 22 juin 2014

Pour rejeter l'Europe néolibérale, les souverainistes de tous les partis devront s'unir (billet invité)


Billet invité de Cochin

Près d'un mois après les élections européennes, il est possible de dresser un premier bilan de leur incidence sur la vie politique française. Comme beaucoup l'ont noté, le vote des Français montre une défiance croissante de ceux-ci à l'égard à la fois des deux grands partis traditionnels, qui obtiennent à eux deux à peine un tiers des suffrages exprimés, et des deux formations les plus favorables à l'Union européenne (les Verts et les centristes), qui ne recueillent que 20 % des voix. D'aucuns ont donc pu voir dans ces élections une victoire des eurosceptiques de tous bords (Front de gauche, Debout la République et Front national), laissant espérer à terme une rupture avec les politiques mortifères menées depuis au moins trente ans par les élites politiques de notre pays.

L'impasse Front national

vendredi 30 mai 2014

Alstom : vers une solution nationale ?





Alstom échappe au dépeçage ?


Dès le début de l’affaire, j’avais plaidé, comme beaucoup d’autres, au premier rang desquels Jean-Pierre Chevènement dans le Figarovox, pour que l’Etat intervienne et ne laisse pas Alstom se faire dépecer par GE ou Siemens, tout en notant que l’offre allemande ressemblait à un marché de dupes. Après quatre semaines sans évoquer cette possibilité, et alors que GE et Siemens multiplient les promesses, il semblerait que le gouvernement se soit enfin résolu à étudier un plan C, comme l’a présenté Arnaud Montebourg, ajoutant que ce plan C pouvait comprendre une intervention de l’Etat ou pas. Finalement, François Hollande pourrait bien ne pas se résoudre à faire moins que Nicolas Sarkozy.

La prudence s’impose

mercredi 7 mai 2014

Services publics et progrès social, l’Europe telle que nous la voulons (billet invité)


Billet invité de Patrick Guiol, chercheur en retraite du CNRS, adhérent de DLR 34, membre du conseil national de Debout la République , candidat sur la liste "Debout la France" pour la région SO et auteur de plusieurs ouvrages sur la participation

En 1992, les thuriféraires du traité de Maastricht, c’est-à-dire les partisans de l’utopie d’une Europe fédérale, tentaient de rassurer les Français avec un argument unique : le distinguo entre identité et souveraineté. Selon eux, accepter des abandons partiels de souveraineté ne pouvait nuire à notre identité. « Ne vous inquiétez pas, répétaient-ils à souhait, les abandons de souveraineté ne porteront aucune atteinte à notre identité. La France restera la France ». Faux ! Archi-faux ! Pour une raison simple : l’identité française est consubstantielle d’un certain modèle social - par répartition et non par capitalisation - qui fait consensus auprès de tous les Français, à gauche comme à droite. Nos compatriotes y sont viscéralement attachés. Or, ce modèle dont les principes furent élaborés dans la douleur durant la Résistance (programme du CNR) et dont la mise en œuvre incombe dès 1945 au général de Gaulle, est aujourd’hui battu en brèche par l’impasse dans laquelle nous a conduit l’aventure du passage à l’Euro de monnaie commune à monnaie unique, toute entière dédiée aux intérêts de la finance mondialisée et des grands groupes délocalisateurs. Non seulement la France a perdu sa souveraineté mais elle est en train de perdre son identité. Grâce à toutes les dérégulations signées par l’Union européenne conformément à l’idéologie libérale de ses maîtres, la suprématie de fait accordée au système par capitalisation favorise les délocalisations dans les pays à bas coûts. L’euro fort accélère cette pente dangereuse. Une spirale infernale en résulte entre une population active qui, chez nous, s’étiole à mesure que le travail s’enfuit et, a contrario, une population inactive qui s’accroît et pèse toujours plus lourd sur le besoin de prestations sociales, retraites et chômage obligent. A défaut d’être enrayée, cette spirale conduira inexorablement à l’asphyxie de notre modèle. Fondé sur la solidarité entre les générations mais, aussi et surtout, sur la solidarité entre actifs et inactifs, ce pacte républicain nécessite, pour être viable, un taux d’emploi élevé. C’est tout l’inverse qui se produit. Le dépassement du point d’équilibre est déjà consommé, masqué par la dette. C’est la mort assurée de la France que nous aimons.

jeudi 1 mai 2014

Vote du plan d’austérité : pari gagné pour Valls, mais perdu pour la France




L’aile gauche du PS joue au bon flic

C’est un commentateur du blog, rebondissant sur un papier, qui m’a suggéré cette image, assez juste. Car au final, les abstentionnistes ont suffisamment montré leur différence pour pouvoir dire qu’ils ne sont pas pleinement solidaires du plan d’austérité. Mais ils ne sont pas allés assez loin (voter contre) pour se fâcher contre l’appareil socialiste et mettre en danger leur investiture et à risque l’approbation du texte. En fait, alors que le gouvernement exécute, comme il le peut après la campagne, les basses œuvres néolibérales, l’aile gauche regarde, compatissante, le peuple français en lui disant qu’elle n’est pas complètement d’accord. Mais elle a laissé passer le texte (l’abstention étant ici plus un « oui mais » qu’autre chose) contre des modifications à la marge (environ 1% du montant du plan).

En promettant de taper 1% moins fort, Manuel Valls a ainsi obtenu que son aile gauche ne se mette pas en travers de son chemin, ce qui en dit long sur les convictions réelles de cette « aile gauche ». On peut même se demander si la tragi-comédie des derniers jours n’a pas été orchestrée par Matignon et l’Elysée tant cela les sert tous. Cela montre que la majorité s’étend des frontières du centrisme à celles du FG. Cela donne une caution sociale aux abstentionnistes et, en modifiant un peu son plan, une touche d’humanisme à Valls. D’ailleurs, l’UMP était bien gêné aux entournures, l’appel à un plan deux fois et demi plus important, de 130 milliards (financé on ne sait comment dans le détail) ayant été publiquement refusé par deux figures du mouvement, François Baroin et NKM. Le PS fonce au centre toute !

Un très mauvais plan

mardi 29 avril 2014

Ne faut-il pas protéger Alstom de GE, mais aussi de Siemens ?


Alors que la menace d’un rachat d’Alstom par GE se précise puisque le patron de l’entreprise a rencontré le président hier, le gouvernement semble vouloir faire de Siemens le chevalier blanc. Mais, il n’y a pas qu’un choix entre ces deux maux pour cette belle entreprise, contrairement à ce que beaucoup indiquent.


De la peste et du choléra

La perspective du rachat de 70% d’Alstom par General Electric, le colosse étasunien (au CA de plus de 100 milliards) n’est guère réjouissante. Cela reviendrait à entériner la vente par appartement d’un des fleurons de notre industrie. Jean-Pierre Chevènement a écrit à Manuel Valls pour s’y opposer, pointant notamment les conséquences désastreuses du rachat des turbines à gaz du groupe par le même GE en 1999. Nicolas Dupont-Aignan affirme que « l’objectif de GE est de reprendre les brevets et ensuite de les rapatrier aux Etats-Unis ». Un scénario que l’on ne peut pas exclure, surtout quand on se rappelle les précédents de Péchniney et Arcelor, comme le note Bruno Dive dans Sud-Ouest.

Du coup, Siemens peut apparaître comme une meilleure solution, pour bâtir un Airbus, de l’énergie et des transports. Mais cette vision des choses est totalement naïve. D’abord, ce ne serait pas un mariage d’égaux. De plus, comme le souligne le patron d’Alstom, toute fusion risquerait rapidement d’avoir de grosses conséquences sur les emplois du fait de la proximité des activités des deux groupes. Pire, la proposition de Siemens de céder ses actifs dans les transports à Alstom est un jeu de dupes, comme le révèle son rapport annuel, page 188 : c’est la branche la plus mal en point du groupe, qui a perdu 448 millions d’euros en 2013 pour un chiffre de 6,3 milliards ! Bref, il n’y aurait qu’un gagnant dans un tel montage, Siemens, qui serait plus gros et aurait fourgué sa branche la moins performante !

Une troisième voie, nationale

vendredi 25 avril 2014

Les colères stériles de la gauche du PS


La présentation du plan d’économie par Manuel Valls a de nouveau réveillé la gauche du PS, logiquement choquée par la direction politique prise. Mais parce que cette direction n’est pas nouvelle et remonte au moins à 1983, on peut se demander à quoi sert l’aile gauche du PS ?


Une rébellion bienvenue ?

A priori la contestation de la ligne du gouvernement par une partie de sa majorité est plutôt une mauvaise nouvelle. Et par contestation, je ne parle pas des ajustements dérisoires autour des 50 milliards d’économie que proposent quelques députés, qui valident le cadre de réflexion profondément antisocial de la majorité, ceux-ci proposent de changer la décoration du Titanic alors qu’il se dirige vers l’iceberg. Les vrais rebelles, ce sont ceux qui remettent en cause le montant même des économies à réaliser et qui proposent de ne pas respecter les engagements européens de la France. Au bémol près qu’ils s’étaient vite calmés après un premier coup de sang suite à la nomination de Manuel Valls.

Marie-Noelle Lienmann a qualifié la politique du gouvernement de « scandale » ! Mardi, Manuel Valls a reçu quelques députés récalcitrants avec Bruno Le Roux. Mais son discours n’est pas très offensif puisqu’il suit la logique du président, à savoir quête de compétitivité et baisse de la dépense publique. Les annonces de Michel Sapin ont confirmé la direction prise : quelques ajustements semblent pouvoir les amadouer. Au final, on en vient à se demander si ces incessantes querelles entre le gouvernement et l’aile gauche de sa majorité ne sont pas chorégraphiées pour servir l’un et l’autre ? En effet, l’aile gauche gagne une importance et un positionnement. Et le gouvernement y gagne une image plus centriste en montrant qu’il est plus « raisonnable » que l’aile gauche du PS. Et en cédant sur quelques points, il pourrait bien au final garder la même direction tout en espérant montrer une certaine humanité.

Un rêve qui en restera un

vendredi 14 mars 2014

Chevènement dessine un autre avenir pour l’Europe


Après avoir analysé les raisons de la première guerre mondiale, puis étudié les caractéristiques de la crise que nous traversons, tant économique que géopolitique, Jean-Pierre Chevènement revient sur les ressorts de la crise européenne, et les moyens pour notre continent de s’en sortir.


L’impasse actuelle

Le constat est formel : la monnaie unique est une « usine à gaz », « dans le grand vent de la mondialisation, l’Europe apparaît aujourd’hui comme un navire démâté, privé de gouvernail ». Il dénonce une construction européenne subordonnée aux USA, au contraire de la volonté du Général de Gaulle. Pour lui, « que signifie un marché dont les règles sont fixées par les autres : les Etats-Unis émettant la monnaie mondiale, ou bien la Chine contrôlant la sienne, ses importations et les investissements extérieurs qu’elle reçoit » ? Depuis 1986, « quelle place reste-t-il au « politique » dans une Europe ainsi corsetée de règles ? (…) Elle offre son marché à la pénétration des produits à bas coûts, fabriqués dans des pays dépourvus de protection sociale et environnementale et dotés de surcroît de monnaies sous-évaluées ».

Pour lui, nous faisons la politique de Laval. Il dénonce la négation de l’hétérogénéité des nations et les plans européens : « brandie comme un épouvantail, l’idée qu’un Etat puisse faire faillite, contrairement à la croyance jusque là répandue, a ainsi servi d’alibi au renflouement des banques aux dépens des contribuables ». Et il note qu’« à travers le FMI, les Etats-Unis se sont acquis un droit de regard sur la gestion de la crise de l’euro » ! Il n’accable pas l’Allemagne, qui est un contributeur net et qui veut de la responsabilité. Comme Tood, il pense que l’Europe se construit sur un modèle postdémocratique. Et soit il y aura un sursaut démocratique, soit « les peuples s’accomoderont de leur décadence ».

Le problème franco-allemand

jeudi 13 mars 2014

Chevènement décrit la crise de la mondialisation





Une crise économique

Pour lui, la crise actuelle est économique et issue d’un défaut de régulation de la mondialisation. Il fait de nombreux parallèles historiques, rappellant qu’il a fallu 70 ans pour retrouver le taux d’intégration de 1914. Il note qu’à cette époque, la France exportait 17% de son PIB, chiffre qui tombe à 8% dans les années 1960, 15% dans les années 1980 et 25% aujourd’hui.  Pour lui, la position des Etats-Unis ressemble à celle de la Grande-Bretagne il y a un siècle quand la Chine se rapproche de celle de l’Allemagne. Il rappelle que la libéralisation des mouvements de capitaux décidée en 1990 existait déjà en 1914… Alors, les banques dirigeaient l’épargne du pays (la 2ème au monde)  à l’étranger : 30% des profits du Crédit Lyonnais dans la deuxième moitié du 19ème siècle étaient alors réalisés en Russie.

Les proximités avec la situation d’il y a un sicèle sont légions. Il cite Brack-Desrousseaux, dans l’Humanité en 1907 : « La bourgeoisie oppose aux prolétaires de sa nation les prolétaires d’un autre pays moins avancé dans l’évolution ». Il rappelle que Jean Jaurès disait : « il importe que cette expansion de l’épagne française (à l’étranger) se produise avec prudence et sagesse, en laissant aux œuvres d’industrie nationale une juste part et en introduisant sur les marchés que des volumes contrôlés », un avertissement qui n’aurait pas été inutile dans les années 2000 pour la zone euro. Il cite aussi Edouard Théry, un économiste qui, en 1901, s’alarmait de la montée du Japon et de la montée du investissements en Chine : « On oublie trop dans le monde du libre-échange que (le progrès des communications) (…) a presque supprimé la distance, décuplé la vitesse de circulation des marchandises, assuré à leur livraison une régularité presque mathématique, réduit les frais de transport dans des proportions telles que le prix de revient – surtout quand il s’agit de produits manufacturés – n’en peut plus être sensiblement affecté ».

En somme, on redécouvre que l’intégration favorise la propagation des crises… Or, deux tiers du commerce mondial sont constitués par des échanges à l’intérieur des firmes. Les transactions du marché des changes, qui pesaient 20% PIB mondial en 1970, sont 15 fois plus importantes aujourd’hui, une multiplication par 100 de leur poids en 40 ans. Et parce que les marchés sont procycliques, leur poids et les innovations (titrisation) les rendent encore plus dangereux qu’en 1914. Il souligne également que nous assistons à la même montée des inégalités qu’il y a un siècle. Il note que l’étalon or a été remplacé par le dollar et souligne la pertinence du changement de politique du Japon qui a mis fin au yen cher. Enfin, il insiste sur le déclin de l’Europe, démographique (de 20 à 7% de la population mondiale) et économique.

Une crise politique

lundi 10 février 2014

Chevènement, historien de la première guerre mondiale


« 1914-2014, l’Europe sortie de l’histoire » est un livre majeur, absolument remarquable. Dans un premier temps, l’auteur démonte de manière implacable la fausse interprétation qui domine au sujet des causes de la première guerre mondiale, tout en expliquant les raisons de cette interprétation.


Aux sources de la première guerre mondiale

La cause communément admise est le nationalisme des nations européennes, mais, pour Chevènement « ses causes profondes sont plutôt à rechercher dans les contradictions de la première mondialisation ». Il cite Tony Judt pour qui le XXème siècle glisse « dans l’obscurité de la mémoire approximative (pour devenir) un palais de la mémoire morale, un musée des horreurs historiques pédagogiquement utiles (…) Le problème de cette représentation lapidaire du siècle dernier comme un temps d’horreurs uniques (…) est le message qu’elle charrie : que tout cela est désormais derrière nous, que le sens en est clair et que nous pourrons maintenant avancer, délestés des erreurs passées, dans une époque meilleure et différente ».

Pour l’auteur, il y a une question de l’hegemon de la mondialisation. L’Angleterre déclassa les Pays-Bas au XVIIème siècle, puis fut contestée par l’Espagne et la France. Début du 20ème siècle, l’Allemagne contestait cette position comme la Chine conteste aujourd’hui celle des Etats-Unis, dans un même contexte de « retour à une forme de capitalisme dur, essentiellement financier ». Il cite Suzanne Berger, qui parle de la période avant 1914 comme de « la première mondialisation », sous l’égide de la Grande-Bretagne, alors talonnée, voir dépassée par l’Allemagne, pendant que la France décroche. De 1871 à 1914, la France est restée stable, à 40 millions d’habitants, alors que l’Allemagne est passée de 40 à 65 millions. Mais notre pays garde une forte puissance financière. Le partage colonial était achevé.

L’Allemagne, responsable du déclenchement de la guerre

jeudi 23 janvier 2014

Y-a-t-il encore un économiste sérieux favorable à l’euro ?


Certains partisans de cet édifice artificiel et baroque qu’est l’euro osent encore soutenir qu’il n’y aurait pas d’économiste sérieux qui y serait opposé. Mais outre 9 prix Nobel d’économie, toujours plus d’économistes le critiquent, au point que l’on peut se demander s’il a encore des soutiens sérieux ?



Le refus du cap eurolibéral

Bruno Moschetto, secrétaire national aux questions économiques au MRC, et professeur de sciences économiques à HEC, a publié une tribune dans Marianne, intitulée « Pourquoi un changement de politique s’imposer à Hollande ». Il n’est pas inintéressant de la relire après la conférence de presse de François Hollande pour deux raisons. D’une part, cela permet de constater à quel point la majorité actuelle prend une direction totalement opposée à celle que juge nécessaire Bruno Moschetto, dans la lignée du jugement, très critique sur le fond, émis par Jean-Pierre Chevènement.

L’argumentaire de Bruno Moschetto est clair. Il dénonce le manque de flexibilité de cette construction monétaire, particulièrement évident dans cette crise. Il dénonce également le fait que la monnaie unique contribue à augmenter les différences entre les différences nations, au lieu de les homogénéiser. Pour lui, il n’est pas juste que l’Allemagne concentre à ce point la production industrielle. Il fait un parallèle entre la situation actuelle et celle de la France en 1958, vis-à-vis de l’Algérie et il appelle à un démontage de la monnaie unique et sa transformation en monnaie commune.

L’Allemagne de plus en plus hostile

samedi 18 janvier 2014

Les scandaleuses négociations du traité transatlantique


Les négociations commerciales sont un angle mort majeur de nos démocraties. C’est bien ce que montrent les négociations sur le traité transatlantique entre les Etats-Unis et l’UE, qui sont maintenues dans un secret suspect et dont ce qui nous parvient est extrêmement inquiétant.




Une remise en cause de la démocratie

Je vous recommande vivement de lire le papier de Lori M. Wallach, dans le Monde Diplomatique, qui révèle les enjeux de l’Accord de Partenariat Transatlantique (APT). Il révèle un aspect peu connu des négociations en cours. L’ATP serait un successeur de l’AMI (Accord Multilatéral sur les Investissements), négocié de 1995 à 1998, auquel j’avais consacré un long papier dans un journal étudiant il y a 16 ans… L’ATP pourrait en effet mettre en place un cadre juridique où les multinationales seraient placées sur le même plan que les Etats et où elles pourraient porter plainte contre eux dans des tribunaux spécialement créés, dont on peut craindre qu’ils ne leur soient pas très défavorables (aux multinationales).

En 1998, le scandale déclenché par la révélation du contenu de l’AMI avait fait capoter les négociations. Il est donc capital de faire connaître ce qui se passe et notamment l’article du Monde Diplomatique qui révèle que l’accord stipule que les pays devront assurer « la mise en conformité de leurs lois, de leurs règlements et de leurs procédures » avec les dispositions du traité. Et si les Etats ne s’y conforment pas, les entreprises pourraient alors les poursuivre si une législation rogne sur leurs « futurs profits espérés » ! Tout ceci rejoint complètement la réflexion de Jacques Sapir sur cette progression du droit qui finit par asphyxier la démocratie et le libre-arbitre des gouvernements et donc des peuples.

Le Monde diplomatique évoque le cas d’une société européenne qui a utilisé certaines dispositions de l’OMC pour engager des poursuites contre l’augmentation du salaire minimum en Egypte, et une autre, étasunienne, contre la limitation des émissions toxiques au Pérou, par l’ALENA ! Le volume d’affaires traité par ces tribunaux spéciaux a été multiplié par 10 depuis 2000. L’article évoque de nombreuses démandes de l’industrie étasunienne : la fin de la mention de la présence d’OGM en Europe, une plus grande latitude dans l’usage des données informatiques privées, mais aussi le refus de toute restriction aux mouvements de capitaux, comme le petit projet de Taxe Tobin étudié en Europe.

La résistance doit s’organiser !

lundi 2 septembre 2013

Syrie : Barack Obama, prix Nobel d’impérialisme





L’impérialisme, version 2013

La déclaration de Barack Obama ridiculise plus encore les membres du comité Nobel, qui lui avait donné le prix Nobel de la paix à peine élu. En effet, si on peut saluer le principe de demander un vote des parlementaires avant d’engager une intervention, en revanche, pas grand monde n’a souligné que cette déclaration est totalement unilatérale. En effet, Barack Obama n’a pas conditionné l’intervention des Etats-Unis à un vote positif des Nations Unies. Voici donc un pays qui décide tout seul d’intervenir ou non dans un conflit, sans même demander à la communauté internationale !

Pour cette raison, son discours est extrêmement choquant. Même dans le cas où le régime de Bachar El-Hassad aurait utilisé des armes chimiques (et les preuves que l’on évoque resteront toujours suspectes après le précédent irakien), on ne peut pas évoquer les règles internationales (sur ce type d’armes) comme motif d’interventation tout en refusant de respecter le droit international pour intervenir ! Ce faisant, les Etats-Unis agissent comme un gendarme du monde qui n’en a ni le statut, ni le droit. Ce faisant, il est difficile de ne pas voir que Washington ne fait qu’imposer la volonté du plus fort, comme l’explique bien Jacques Sapir, et cherche sans doute essentiellement à défendre ses intérêts.

François Hollande, pris à son propre piège