mardi 11 juin 2013

Toujours plus de Nobel d’économie euro-critiques !


Ils étaient cinq à faire partie des critiques de la monnaie unique : Maurice Allais, Milton Friedman, Amartya Sen, Paul Krugman et Joseph Stiglitz. Un papier espagnol révèle trois noms supplémentaires de prix Nobel* d’économie qui voient dans la sortie de l’euro la voie de salut pour Madrid. 



La seule issue pour les pays d’Europe du Sud

Après le Portugal, où le livre d’un économiste qui propose de revenir à l’escudo fait un tabac, comme le rapporte Coralie Delaume, c’est en Espagne que le débat sur l’euro rebondit. Le site Expansion a ainsi publié un papier qui révèle que pas moins de 5 prix Nobel* d’économie voient dans le retour de la peseta et la sortie de l’euro le moyen pour le pays d’enfin sortir de la crise économique qu’il traverse : outre Paul Krugman et Joseph Stiglitz, dont les critiques contre l’euro sont connues, s’y ajoutent James Mirrlees (1996), Christopher Pissarides (2010) et Thomas Sargent (2011).



Thomas Sargent évoque la sortie des pays « faibles » comme une issue à la crise actuelle. Christopher Pissarides affirme que « si l’Espagne veut se sauver, elle doit revenir à la peseta (…) d’un point de vue économique, ce serait ce qu’il y a de mieux pour tout le monde. Dévaluer la peseta de 20% et recalculer la dette et les actifs espagnols sur cette base ». James Mirrlees affirme que « l’Espagne a besoin de quitter l’euro, revenir à la peseta et imprimer beaucoup d’argent et l’utiliser pour les investissements publics souhaitables et pour des politiques en faveur de l’emploi ».

Expansion rapporte également les arguments plus connus de Paul Krugman, qui a écrit sur son blog que « l’Espagne serait mieux maintenant si elle n’avait jamais adopté l’euro » et qui a expliqué plusieurs que la sortie de la monnaie unique permettrait de lutter contre le chômage, notamment dans son dernier livre. Il rapporte enfin les propos de Joseph Stiglitz, qui a qualifié de « suicide » les politiques menées par Madrid et Athènes et souligné que l’on peut parfaitement être un membre de l’UE sans adopter la même monnaie, complétant des propos que j’avais déjà rapportés sur le blog.

Un débat légitime, mais tronqué

Il y a un peu plus de vingt ans, la majorité des économistes étaient opposés à la constitution de la monnaie unique européenne, comme l’a expliqué Paul Krugman, opposant de la première heure, dans son dernier livre. Amartya Sen, lauréat en 1998, dénonce, dans une interview sur l’Echo « l’inflexibilité des taux de change pour des pays, comme la Grèce ou l’Espagne, où la productivité est moins élevée ». Pour lui, « tôt ou tard, la question de la viabilité à long terme de la zone euro se posera à nouveau ». Il critique aussi les politiques d’austérité, qui échouent économiquement.

Dans un parallèle saisissant, il faut aussi noter que le Parlement portugais a approuvé, vendredi 7 juin, un nouveau plan d’austérité pour compenser les mesures rejetées par la Cour Constitutionnelle. Au menu : passage d’une semaine de 35 à 40 heures pour les fonctionnaires pour supprimer 30 000 postes dans la fonction publique. Le taux de chômage atteint 18% et le PIB devrait reculer de 2% cette année… Au même moment, le vice-président portugais de la BCE, Vitor Constancio a rompu les rangs pour dénoncer l’analyse de la crise, comme le rapporte Craig Willy sur son blog.

Il souligne que la crise n’est pas le fait de dépenses excessives des Etats, comme le montrent l’Espagne et l’Irlande et insiste sur le rôle du secteur privé, financé par les banques privées de tous les pays européens (entendre, incluant l’Allemagne) du fait de l’intégration financière de la zone euro après la mise en place de la monnaie unique. Il souligne le rôle des règlementations mises en place à l’echelle européenne (libre-circulation des capitaux, unification des marchés, dérégulation).

Tout ceci montre que le débat sur la pertinence de la monnaie unique est plus que légitime. Une majorité des économistes semblent aujourd’hui d’accord pour souligner le caractère bancal de l’euro. Mieux encore, ils le disent de plus en plus publiquement. Dommage qu’il soit si difficile d’en débattre en France.


* : prix de la banque royale de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel, seul « prix Nobel » qui ne vient pas du testament de ce dernier, mais qui est décerné selon les mêmes règles

18 commentaires:

  1. Eh oui, mais en France sortir de l'Euro c'est être un faf, tout comme de critiquer certains antifas...

    La France est devenue Godwinland.

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  2. Ce qui est affligeant en France, c'est non seulement que les opinions alternatives sont caricaturees (germanophobe/xenophobe/facho,...) mais qu'elles sont presque interdites d'antenne.
    J'ecoute assez regulierement "l'economie en questions" sur Fr. Culture, depuis 4-5 ans, je n'ai pas encore entendu un seul invite eurosceptique !! (le point de vue "alternatif" a la doxa est cense etre represente par D. Pilhon d'attac qui est encore plus federaliste que les autres..).
    Et ce n'est pas quelques nobels de plus qui va impressionner les A. Minc, E. Cohen, Quatremer, et autres experts/journalistes.
    La France sera la derniere a ouvrir le debat...

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  3. Je vois que Milton Friedman est sur la liste,si on est entré dans un néo-libéralisme forcené,c'est avec lui et ses acolytes de l'école de Chicago que le système s'est emballé pour aller au bord du gouffre en 2008.Au fait Mr Pinsolle,dites à Mr Dupont Aignan sur sa question:Que sont allés faire Valérie Pécresse et François Fillon à la réunion Bilderberg à coté de Londres?La réponse est simple,ils sont allés chercher leurs feuilles de route ou leurs ordres,comme Margaret Tatcher avant d'etre premier ministre,elle a été reçu à Bilderberg,et idem pour Bill Clinton,visite à Bilderberg et propulsé président marionnette de l'oligarchie.Comment les deux sociaux-traitres Pécresse et Fillon ont-ils pu parler à ces deux individus putréfiés dans l'ame que sont Kissinger et Rockefeller?Quel infamie.

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  4. Juste pour rappeler que le prix Nobel d’économie n'existe pas. Il a été créé uniquement pour faire croire que l’économie néolibérale est une science dure et que donc TINA! Je sais que c'est pratique, mais on pourrait quand même éviter d'utiliser le vocabulaire mensonger du système que nous combattons...

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  5. S'ils peuvent débattre, c'est peut-être parce que la situation est beaucoup plus catastrophique que chez nous. Je suis beaucoup plus optimiste maintenant car j'ai crains que les Européistes n'aillent jusqu'à la destruction de leur société pour le maintien de l'Euro et de l'UE.
    Il faut commencer à préparer la reconstruction, la préparer concrètement, pas dans l'abstrait à la française. Dans l'abstrait et dans la division qui rendent totalement inefficaces. Avec Fillon qui propose une fédération franco-allemande, si j'ai bien compris, l'enjeu reste la destruction de la société française mais, au moins, ont-ils jeté le masque. L'alliance avec le FN dépend du degré de folie du PS et de l'UMP, de la menace qu'ils représentent pour le pays. Neuf années d'appauvrissement sans espérance devraient mener à quelque chose de radical.
    jard

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    1. Votre crainte est loin d'être infondée, il suffit de savoir ce qu'ont fait les "socialistes" grecs du Pasok : une régression économique conduisant à une destruction sociale c'est pourquoi ils en ont payé le prix électoral en étant laminé de la scène politique grecque. C'est ce qui attend notre PS aux municipales puis européennes de 2014 en attendant la raclée électorale en 2017 où, comme en 1993, ils passèrent de 258 députés à 52! Mais cette fois-ci il n'est pas sûr qu'ils s'en relèvent en effet les partis ont mortels cf le Parti Radical et le PC ! Le grand gagnant sera le seul parti d'opposition : le FN version Bleu Marine.

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  6. Pour mieux saisir les enjeux de l'offensive contre l'État-providence démocratique et social, offensive qui est la véritable cause de la diffusion du mythe de "la crise des dettes souveraines" démonté par Vítor Constâncio, il faut comprendre que la crise a été en fait le prétexte d'une tentative de mise en œuvre en Europe par certains intérêts politiques et économiques, au nom de la rationalité économique et de l'idéal européen, d'un projet d'État libéral (au sens économique du terme), technocratique et autoritaire, dans le style du Chili de Pinochet qui faisait rêver Hayek.

    On ne peut pas vraiment parler de complot, car ce projet s'étale assez ouvertement au grand jour. Voir ce qu'en révèle un rapport récent de JP Morgan sur la nécessité de réformes politiques de fond en Europe méridionale ; il s'agit de se débarrasser de ce qui persiste, dans ces États, d'un héritage de lutte contre des régimes fascisants ou autoritaires (Portugal de Salazar et Caetano, Espagne de Franco, Grèce des Colonels…) : http://blogs.euobserver.com/phillips/2013/06/07/jp-morgan-to-eurozone-periphery-get-rid-of-your-pinko-anti-fascist-constitutions/

    YPB

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    1. S'agit-il d'un complot ?
      Voici une définition du mot complot par le dictionnaire Larousse : "projet plus ou moins repréhensible d'une action menée en commun et secrètement".

      Tout d'abord, la politique qui vise à détruire les droits et les protections obtenus à la fin de la guerre par les citoyens européens est concertée, systématique, agressive et anti-démocratique, action rendue possible par ailleurs par la chute du Mur de Berlin et l'effondrement du bloc soviétique.

      Action secrète ? Non, pas au sens où il est possible pour chacun d'accéder à l'information à condition de la chercher - mais politique mensongère, s'appuyant sur des données pseudo-scientifiques, manipulatrice des opinions publiques. Quelle différence entre le secret et la disimulation et la tromperie comme méthodes de gouvernement.

      Reste la question du projet qui serait répréhensible ou pas. Je vous laisse juges de cette dernière réponse.

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  7. Controverses chez les libéraux :

    https://www.contrepoints.org/2012/01/24/66111-milton-friedman-aurait-il-eu-les-bons-reflexes-face-a-la-crise-economique

    http://www.les-crises.fr/friedman-crise-de-l-euro/?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+les-crises-fr+%28Les-Crises.fr%29


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  8. Mardi 11 juin 2013 :

    Quelles sont les conséquences politiques de la crise économique en Europe ?

    Réponse :

    Sondage exclusif. Un an avant les élections européennes, notre enquête Ifop - “Valeurs actuelles” le révèle : le FN fait jeu égal avec le PS et l’UMP (21 %). En attendant de passer en tête ?

    « Au rythme où vont les choses, le Front national va terminer premier aux élections européennes de mai 2014 », prédit Marine Le Pen. Et si sa prédiction se réalisait ? À un an du scrutin, notre sondage exclusif Ifop-Valeurs actuelles le révèle : jamais le FN n’est apparu si fort à l’approche d’une échéance européenne. Pour la première fois de son histoire, et de ses six participations, le parti fondé par Jean-Marie Le Pen fait jeu égal, dans notre sondage, avec les deux “partis de gouvernement”, PS et UMP.

    À la question : “Si les élections européennes avaient lieu dimanche prochain, parmi les listes suivantes, pour laquelle y aurait-il le plus de chances que vous votiez ? ”, les Français placent le Front national à égalité avec ses adversaires PS et UMP : 21 % d’intentions de vote chacun.

    http://www.valeursactuelles.com/europ%C3%A9ennes-fn-l%E2%80%99abordage20130605.html-0

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  9. @ Olaf

    Godwinland. Bien vu ! Merci pour le lien vers le papier de Contrepoints.

    @ Anonyme

    Sauf que le peuple refuse profondément le fédéralisme. Il pourra imposer le débat en 2014 et en 2017.

    @ Nordine

    Bien sûr, mais ce qui est justement intéressant, c’est de voir que ce tableau réunit des prix Nobel de tous les horizons, de droite comme de gauche. Pour Bilderberg, ils ne vont pas chercher de feuilles de route. Ils se soumettent tout seul à la doxa néolibérale par paresse et conformisme intellectuels.

    @ Red2

    Je précise bien que ce n’est pas un prix Nobel comme les autres. En même, ils distinguent beaucoup d’économistes très critiques du néolibéralisme, et l’ont même fait dans un contexte qui était pourtant défavorable à ses critiques (Sen en 98, Stiglitz en 2001).

    @ Jard & anonyme

    Bien vu. L’alliance avec le FN serait la meilleure assurance vie pour le PS et l’UMP (à moins de propulser le FG au pouvoir). On verra bien qui sera le gagnant et qui émergera. Pour ma part, je ne crois pas que cela sera le Front National.

    @ YPB

    Cette interprétation me semble non seulement verser un peu trop dans une vision complotiste des évènements. Je crois plus simplement que nos dirigeants sont tellement nuls intellectuellement qu’ils se laissent balloter sur les flots néolibéraux…

    @ BA

    21%. 6 mois avant les présidentielles, MLP était donnée à 22-24%. Ce n’est vraiment pas terrible étant donné le contexte actuel (démonétisation du PS, UMP pas crédible, grave crise économique).

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    1. @ LP
      Point n'est besoin à DLR de faire alliance avec le FN version MLP pour que ces derniers ne soient les gagnants des élections de 2014, en 2017 ils peuvent gagner sans DLR mais avec son électorat et une part significative et de celui de l'UMP étant donné sa division et son discrédit.

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  10. @Laurent Pinsolle

    Dans votre liste, vous avez oublié Hayek, Nobel 74.
    Tellement farouchement opposé à la monnaie unique qu'il à écrit un livre sur la question dé 76.

    http://mises.org/books/denationalisation.pdf

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  11. On diminue tant les crédits militaires que l'armée pourrait bien se trouver ennemie de l'oligarchie.

    http://french.ruvr.ru/2013_06_10/Rumeurs-de-coup-d-Etat-militaire-contre-Hollande-2301/

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  12. Hier sur ITélé un représentant des contrôleurs aériens en greve commençait a dire des choses intéressantes sur l'Europe et la Commission lorsque soudain un "problème technique" survient qui le coupe. Les deux présentateurs n'ont pas cherché à le recontacter une fois le faisceau retabli et ne semblaient pas du tout genés par la situation ils semblaient même soulagés de ne plus l'entendre.

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  13. C 'est agaçant de rappeler que " Prix de la Banque centrale de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel " n'est PAS un Prix Nobel . Mais cela va bien au teint de cette pseudo science qui va de l'a peu près au n'importe quoi pour être gentil .

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  14. Mercredi 12 juin 2013 :

    La Grèce ravalée au rang de pays émergent par MSCI.

    Le fournisseur d'indices MSCI a sévèrement déclassé la Grèce en lui redonnant un statut de pays émergent, avec une pondération bien plus faible que lorsqu'elle avait quitté cette catégorie il y a 12 ans pour intégrer l'indice des pays développés.

    La décision de MSCI, mardi soir au terme de son examen annuel de reclassement des indices boursiers, contribue à faire reculer la Bourse d'Athènes de 1,5% mercredi à mi-séance, tandis que la courbe des rendements a accentué son inversion, avec des rendements à court terme plus élevés que pour la dette à long terme - signe d'un manque de confiance dans la capacité de la Grèce à rembourser.

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/reuters-00527920-la-grece-ravalee-au-rang-de-pays-emergent-par-msci-574776.php

    Au quatrième trimestre 2012, la Grèce avait une dette publique de 303,918 milliards d'euros, soit 156,9 % du PIB.

    Le premier défaut de paiement de la Grèce avait effacé 107 milliards d’euros de dettes. Mais depuis, la dette publique continue à augmenter, à augmenter encore, à augmenter toujours. Le soi-disant "plan de sauvetage" de la Grèce est un échec total.

    La Grèce va de nouveau se déclarer en défaut de paiement.

    Problème : cette fois-ci, ce sont les créanciers PUBLICS qui vont subir des pertes.

    Combien de dizaines de milliards d'euros le deuxième défaut de paiement de la Grèce va-t-il coûter aux CONtribuables européens ?

    Combien de dizaines de milliards d'euros ?

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  15. @ Anonyme

    Pas si le FN reste sous son plafond de verre, comme en 2012 (n’oubliez pas que l’on annonçait MLP jusqu’à 24% dans les sondages à l’automne 2011).

    @ Alf

    Un grand merci pour cet ajout.

    @ TeoNeo

    Cela me semble gros.

    @ Patrice

    Il y a des prix de sciences humaines…

    @ BA

    Merci pour l’information

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