lundi 31 août 2015

De Sapir et du front des opposants à l’euro

Cela a été une des polémiques de la semaine denière : les média ont affirmé, abusivement, que Jacques Sapir préconisait un rassemblement allant du Front de Gauche au Front National contre l’euro. Ce faisant, ils sont passés à côté du sens, et surtout de l’essentiel de sa réflexion.



Mauvaise polémique pour très bon texte

Il est assez effarant que les nombreuses et passionnantes questions soulevées par Jacques Sapir, qui fait suite au débat lancé par Stefano Fassino, ancien membre du Parti Démocrate Italien, auquel appartient Matteo Renzi soit réduit à la seule question du Front National, abusivement raccourcie qui plus est. Car les quatre textes de Sapir sont remarquablement riches et intéressants : de l’interview pour Figarovox, suivie par « Sur la logique des ‘fronts’ », «  A nouveau sur les ‘fronts’ », puis « Inconséquences ». Il note que la crise Grecque a tranché la question de savoir si un pays de la zone euro peut mener une politique alternative, ce qui fait de la « question de l’euro une question éminemment politique ». Jacques Sapir a bien raison de dire que « l’euro n’est pas seulement une monnaie » aujourd’hui.


Comment on sort de cette impasse ?

dimanche 30 août 2015

Sur l’A1, l’Etat capitule devant les voyous du voyage

C’est un fait divers qui a occupé l’actualité vendredi et samedi : des voyous du voyage ont mis en place un barrage sur A1 pour obtenir la libération d’un enfant incarcéré pour qu’il puisse assister aux funérailles de son père. Mais dans ce dossier, la réaction de l’Etat a été inadmissible.



Capituler sous la pression des voyous

Bien sûr, on peut quand même penser qu’il est normal qu’un fils puisse assister aux funérailles de son père, même s’il est incarcéré, pour plusieurs délits. L’humanisme et le respect de l’homme justifient que la Cour d’appel d’Amiens ait donné un jugement favorable à l’appel de la famille, après un premier verdict négatif. En revanche, le déroulé de ces dernières heures pose de nombreux problèmes. Vendredi soir, ils ont décidé de bloquer l’autoroute A1 dans les deux sens, en brûlant des palettes et des pneus et en coupant des arbres avec des tronçonneuses. Les forces de l’ordre les ont laissé faire, n’intervenant pas. Finalement, après que la justice ait annoncé vers 11 heures que le fils pourrait finalement assister aux funérailles de son père, les gens du voyage ont levé les barrages, une heure après.

Outre toutes les perturbations pour ceux qui n’ont pas pu emprunter l’autoroute A1, ou ceux qui ont subi des embouteillages, il ne faut pas oublier que les gens du voyage ont aussi dégradé l’autoroute (outre la coupe d’arbres environnant, une forme de vandalisme), imposant de couteux travaux et la poursuite de la fermeture de cette autoroute. Même si l’on peut imaginer que les plaignants avaient des chances de gagner cet appel, la séquence est désastreuse car, outre le fait que les forces de l’ordre aient laissé faire cette occupation de l’espace public, cela donne l’impression que la justice a reculé sous la pression de ces barrages, les justifiant a posteriori. Désormais, on sait que si l’on interrompt une autoroute, il est possible de faire reculer l’Etat, et les gens de voyage l’ont sans doute bien compris.

Ce qu’il aurait fallu faire

samedi 29 août 2015

Migrants : l’effarant angélisme d’un ex-ministre UMP

Bien sûr, la découverte des dizaines de corps dans un camion autrichien est révoltante. Sans doute par humanisme, certains prônent plus de générosité dans l’accueil des clandestins. Jean-Paul Delevoye y a joint sa voix de président du Conseil Economique Social et Environnemental.



Ouvrez, ouvrez la porte aux migrants !

Le discours de Jean-Paul Delevoye était proprement stupéfiant. La secrétaire nationale d’Europe Ecologie Les Verts n’auraient pas parlé différemment, au point que Daniel Cohn-Bendit s’est dit fan de lui juste après. Etonnant tout de même de la part d’un ancien ministre UMP, dont Chirac avait poussé la candidature à la présidence du RPR en 1999. Alors que le gouvernement actuel tient un discours moins angélique, refusant les quotas de la commission européenne, Delevoye réalise l’exploit de dépasser la gauche par sa gauche sur cette question des migrants ! Nous avons eu droit à tout le discours internationaliste culpabilisant que l’on trouve dans la bouche de la gauche de la gauche, et que Jean-Claude Michéa dénonce en notant que le clandestin a en fait remplacé l’ouvrier comme figure tutélaire ultime.

Jean-Paul Delevoye a dénoncé « les peuples (qui) se crispent sur le rejet de l’autre (…) l’égoïsme national, le racisme ». Il a dénoncé la charité déclinante des Français, dont 64% se disaient favorables à accueillir les réfugiés du Kosovo en 1999, 54% les chrétiens d’Irak en 2014 et 32% en 2015, et la construction des murs aux Etats-Unis, en Hongrie ou Israël. Et les Etats étant impuissants face à la libre-circulation des capitaux, des marchandises ou des hommes, il appelle à un meilleur logement des clandestins, soutient que « nous sommes tous responsables les uns des autres », que le Liban a accepté d’accueillir l’équivalent de 30% de sa population en réfugiés et « parce que les Etats ne maitrisent plus leurs frontières, il faut donc gérer les flux ». Veut-il donc accueillir 20 millions de clandestins en France ?

Plus d’ouverture, c’est plus de morts

vendredi 28 août 2015

La grande convergence des gauche et droite de gouvernement en Europe

On en parle depuis longtemps, notamment depuis le début des années 1990, avec l’accord sur la politique de franc cher, puis le soutien donné aux traités européens. Mais ces dernières années semblent indiquer une accélération de ce phénomène de convergence partout en Europe, ou presque.



Convergence eurolibérale

Bien sûr, ce phénomène prend des formes différentes selon les pays. Mais les cas se multiplient. En Grèce, Syriza a eu besoin des voix de Nouvelle Démocratie pour faire voter les trois textes demandés par la toïka. En Italie, Matteo Renzi gouverne déjà avec le soutien d’une coalition réunissant des éléments de gauche et de droite, sur un agenda de libéralisation marqué. On peut également rappeler qu’en Grande-Bretagne, les conservateurs et les libéraux-démocrates ont gouverné ensemble pendant cinq années, tout comme la CDU et le SPD en Allemagne depuis plusieurs années, avec l’ironie d’une gauche qui a mis en place les lois Harz et d’une droite qui met en place un salaire minimum plus tard.

Bien sûr, pour l’instant, les symptômes sont moins marqués en Espagne, encore que l’on peut considérer que l’émergence de Podemos démontre que le PSOE ne porte pas une opposition suffisante au PP. Et en fonction des résultats des élections législatives à venir, et du score des indépendantistes, une alliance du centre-gauche et du centre-droit pourrait être le produit de la fragmentation de la vie politique espagnole. En France, la convergence vient sur les idées. D’abord sur l’Europe, avec le soutien concomitant à Maastricht (incluant quelques meetings communs), puis le TCE, le traité de Lisbonne, ou le TSCG. Mais aussi sur les questions économiques, avec la quête effarante de compétitivité, ou la libéralisation du travail le dimanche, où Hollande finit par tenir les promesses de Nicolas Sarkozy.

Une démocratie au rabais

jeudi 27 août 2015

Macron, Minc et la Chine : le naufrage de la pensée

L’effondrement de la bulle spéculative Chinoise fait la une de l’actualité et pousse tous les commentateurs à se prononcer sur les soubresauts de l’économie de l’Empire du Milieu. De quoi y déceler les charlatans qui racontent n’importe quoi, comme Emmanuel Macron ou Alain Minc.



Des classes moyennes et des krachs

Le ministre de l’économie (sic) a cru bon soutenir que les principales victimes du krach sont « les Chinois de la classe moyenne, ceux qui, pas forcément les mieux informés, ont investi au plus haut et en s’endettant ». Quel concentré de bêtise en une phrase ! Passons sur le mépris de celui pour qui les classes moyennes sont forcément moins bien informées que les classes dirigeantes… Ensuite, il est tout de même assez peu probable que les classes moyennes d’un pays émergent s’endettent pour boursicoter. The Economist avait relativisé l’importance de la bourse pour les ménages en soulignant que seulement 6% de la population y joue et qu’elle ne pèse que 15% des actifs des ménages. Dans la réalité, l’immense majorité des Chinois qui placent en bourse font sans doute partie des 10% les plus aisés.

Puis, comme l’a noté Paul Conge dans Marianne, Alain Minc a osé nous gratifier d’un commentaire digne d’un premier avril : « Les crises boursières, on en sort toujours plutôt en bon état » ! On imagine que cette phrase serait juste s’il disait, « je » au lieu de « on », mais il est tout de même stupéfiant qu’il ose dire cela après l’épisode de 2008, où il avait extraordinairement sous-estimé la situation. Il est tout aussi effarant qu’il dise que « cela n’a rien à voir avec 2008 », alors que la bulle spéculative, avec l’envolée de l’endettement privé ou le développement de la finance de l’ombre ressemble fort aux moteurs du krach de 2008. Mais il faut reconnaître que l’on peut relativiser l’importance ou les conséquences de ce krach. En revanche, le passé impose d’être prudent et relativise tout pronostic définitif.

Des faits et des commentaires


mercredi 26 août 2015

Chine : violente correction ou début d’un krach mondial ?




L’économie mondiale retient son souffle

Dans quelques années, l’économie chinoise sera la première économie du monde. Comme les oscillations de l’économie étasunienne se ressentaient sur la planète entière, celles de l’Empire du milieu commencent également à concerner le monde entier. D’ailleurs, il y a plus de deux ans, j’avais écrit que « la prochaine grande crise financière mondiale se joue peut-être en Chine », en rapportant le développement inquiétant des pratiques spéculatives. Aujourd’hui, avec le ralentissement économique du pays, la chute de la bourse de plus de 40% en quelques semaines et la dévaluation, on pourrait imaginer voir se réaliser cette prévision inquiétante. D’ailleurs, le poids de la Chine se lit dans le cours des matières premières, et notamment la très forte baisse du prix du pétrole ou des autres métaux.


Le retournement du marché chinois apparaît également dans les comptes de nombreuses multi-nationales qui y réalisent une part importante de leur chiffre d’affaires et leurs profits. La chute des exportations semble indiquer une transition économique, avec la hausse des salaires, qui rend le pays moins compétitif que l’Inde ou l’Afrique (d’où la décision de H&M d’y délocaliser une part de sa production). Cela explique sans doute en partie le choix de dévaluer le yuan, même s’il faut mettre en perspective le caractère limité de la dévaluation (bien moins importante que la baisse de l’euro) et le fait qu’elle est vient aussi du lien avec le dollar, qui s’est beaucoup apprécié. Bref, entre dégonflement de la bulle spéculative et potentiellement la fin d’une phase de développement du pays, tout semble réuni pour une crise.

Les autres conséquences du ralentissement

mardi 25 août 2015

Ce que dit le soutien de Cohn Bendit à Tsipras




Une forme de totalitarisme souriant ?

Le discours de Daniel Cohn-Bendit n’est pas vraiment surprenant. Pour quelqu’un qui critique VGE de dire qu’il aurait voté Cameron, parce que ce dernier a promis un référendum sur la sortie de l’UE, soutenant qu’il aurait du voter à gauche pour éviter de donner le choix aux citoyens, le 180° d’Alexis Tsipras comble son discours de dénonciation d’un peuple qui voudrait rêver. Pour lui, parce qu’il voulait sortir de l’austérité et qu’il y a renoncé pour rester dans l’Europe et dans l’euro, il a montré un « génie politique ». Il serait même « le seul pour changer son pays » et il voterait pour lui s’il était Grec. Cohn-Bendit vote donc pour celui qui trahit ses engagements sur l’autel de ce dieu européen qu’il adore, et qui rend fou, au point de remettre en question les principes mêmes d’une démocratie qu’il n’aime pas.

Le chroniqueur d’Europe 1 pensait que Tsipras était un idéologique. Il s’est révélé être un « vrai politique qui peut changer son pays ». Quelle ironie qu’il dénonce l’idéologie, lui qui est sans doute un des idéologues les plus bornés, avec son adoration du dieu Europe ! Il est effarant qu’il dise que Tsipras va changer son pays alors que le Premier ministre Grec suit les pas de ses prédécesseurs. Le 13 juillet, il a choisi la continuité et non le changement. Et il est effarant qu’il dise qu’il « va pouvoir sortir de l’austérité », alors qu’il a accepté un nouvel ajustement budgétaire de 3,75% du PIB en 3 ans. Il n’est pas inintéressant de constater à quel point une partie de l’élite s’éloigne de plus en plus des principes démocratiques et refuse le principe même d’une alternance, jugeant qu’il n’y a que sa politique qui est possible.

Les interrogations de la gauche radicale

Mais ce n'est pas logique ! Troisième dialogue (billet invité)

Billet invité de Marc Rameaux, qui vient de publier « Portrait de l’homme moderne », suite du premier dialogue et du second



- Jean-Claude :

Dites donc Marc, vous êtes souverainiste si je comprends bien ? Là je ne vais pas vous parler d’économie mais de société. Cela ne vous gêne pas cette fermeture aux autres, ce patriotisme rance, ce repli sur soi, cet attachement à des vieilles lunes condamnées par la modernité, ce manque patent de tolérance ?

- Marc (surpris) :

Je ne vois pas de quoi vous parlez.

- Jean-Claude :

Mais voyons, vous savez. Les souverainistes sont des gens attachés aux traditions françaises, au terroir, au folklore français. Ce sont toujours parmi ces gens-là que l’on trouve les discours d’exclusion, de repli sur soi, voire franchement racistes. Que voulez-vous il y a les gens qui rentrent dans la mondialisation, le cosmopolitisme, la rencontre avec l’autre et ceux qui refusent tout ceci, qui se replient sur un patriotisme suranné, qui ne sont plus que dans l’attachement à leur pays et qui refusent la rencontre avec les autres cultures et les autres peuples.

lundi 24 août 2015

Tsipras demande aux Grecs d’appouver sa politique euraustéritaire



Syriza, nouvel avatar social-démocrate

Les sept derniers mois ont de quoi donner le tournis. En janvier, Syriza était encore en train de dénoncer les politiques austéritaires demandées par les dirigeants européens et acceptées par ses prédécesseurs. Mais après de longues négociations et un référendum brillamment gagné contre l’austérité, Tsipras a capitulé et fait voter par le Parlement trois textes demandés par la troïka : les hausses d’impôts mi-juillet, juste après l’accord du 13 juillet, puis un texte sur les réformes dites « structurelles », enfin, il y a quelques jours, le texte définitif de l’accord sur le nouveau plan, de 86 milliards. La semaine dernière, Athènes a touché la première tranche de ce plan et remboursé la BCE. En fait, Tsipras a attendu la mise en place de tout l’arsenal de la troïka pour démissionner et provoquer de nouvelles élections.

Tsipras admet qu’il « n’a pas obtenu l’accord qu’il souhaitait avant d’être élus en janvier (…) nous avons lutté et fait des compromis (...) Cet accord, nous sommes obligés de le respecter ». Il soutient « avoir malgré tout réussi à obtenir des exigences inférieures à celles de l’accord précédent », ce qui est faux, car il a accepté plus que ce qui lui était demandé fin juin. Samedi, George Katrougalos, ministre du travail, était sur Europe 1 pour défendre Tsipras. Il a tenu le discours habituel du centre gauche, parlant même d’Europe sociale. Pire, il a défendu le fait que le gouvernement Grec n’aurait pas eu d’autres choix que d’accepter cela. Quand la gauche dite radicale qui reprend le TINA de Thatcher pour justifier l’austérité ! Sur Marianne, Panagiotis Grigoriou a dénoncé « le dernier acte de l’escroquerie politique Syriza ».

Sortir d’une impasse politique


Mais ce n'est pas logique ! Deuxième dialogue (billet invité)

Billet invité de Marc Rameaux, qui vient de publier « Portrait de l’homme moderne », suite du premier dialogue



- Jean-Claude :

Dites-moi Marc, après ce que vous m’avez expliqué l’autre fois sur la concurrence et la création de valeur comme forces contradictoires, qu’est-ce que vous en déduisez pour le fonctionnement de l’économie ? Je ne vois pas en pratique ce que cela va changer par rapport à un marché concurrentiel.

- Marc :

Et bien l’une des premières conséquences est qu’il faut être interventionniste en économie. Si l’on veut que les véritables entrepreneurs innovent et créent, il faut subventionner et protéger leur activité, le temps qu’elle soit suffisamment armée pour affronter la concurrence. Idem pour les entreprises en replis, mais dont on sent qu’elles pourraient repartir.

- Jean-Claude :

Mais vous plaisantez ! Cela s’appelle du protectionnisme ! Prenez exemple sur les USA voyons, vous voyez bien qu’il faut fonctionner en économie ouverte.