dimanche 1 février 2015

Les conséquences politiques de l’euro 3ème partie (billet invité)

Billet invité d’Eric Juillot, dont j’ai chroniqué le livre « La déconstruction européenne », qui suit le premier volet, puis le second



Des Etats soumis

Les pays d’Europe du Sud aujourd’hui laminés par la crise de l’euro constituent un exemple de servitude volontaire comme l’Histoire en compte peu. Pour la Grèce, le Portugal et l’Espagne, l’euro a été le vecteur initial de la crise tout au long des années 2000, avant d’être aujourd’hui le principal obstacle à sa résolution. Jusqu’en 2008, chacun pouvait, sur la base des différents mirages économiques nationaux, se persuader à peu de frais du caractère bénéfique de l’euro. Depuis le début de la crise, il n’est en revanche plus possible de soutenir sérieusement l’idée que la situation serait plus grave encore si ces pays avaient conservé leurs monnaies respectives, tant la situation des pays les plus durement touché est catastrophique. Une abondante littérature démontre le lien objectif entre cette situation et l’existence de l’euro[1].

samedi 31 janvier 2015

Juncker, apprenti dictateur des temps modernes

« Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens » : voici ce que Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a déclaré au Figaro au sujet des négociations avec Athènes qui ont suivi l’élection de Syriza, qui a fait plusieurs annonces retentissantes cette semaine.



Haussement de ton ?


Le discours du président de la Commission est ambigu. En effet, il exclut « la suppression de la dette », ce que ne demande pas la nouvelle équipe, qui demande une décote. Et il dit respecter le suffrage universel, mais cela est purement formel s’il n’était pas possible de revenir sur les traités passés et qu’il n’est pas possible d’altérer fondamentalement ce qui en place. En même temps, Alexis Tsipras a clairement indiqué qu’il changera fondamentalement les politiques menées depuis 2010, puisqu’il a mis fin aux privatisations, remonté le SMIC et embauché des fonctionnaires ! S’agit-il d’un simple effet de style pour la négociation ou d’un regret sur l’organisation telle qu’il la souhaiterait en Europe ?

Totalitarisme juridique et démocratie

Le 2e commandement du postmodernisme (2/10) : Le rapport à l’autre, tu utiliseras l’autre comme un moyen pour parvenir à tes fins (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus



Suite des recensions sur l’ouvrage de Dany-Robert Dufour, Le Divin Marché (Denoël 2007)


Dany-Robert Dufour (DRD) s’appuie sur les principes des deux différences, générationnelle et sexuelle, représentées par le complexe d’Œdipe (homme/femme ; parent/enfant) (pages 72-73). Les sociétés humaines par principe, et contrairement aux sociétés animales, obéissent à cet interdit, ce qui en fait un interdit issu de la culture (par opposition à la nature) (page 74). Cela place dont les hommes en situation de désir inassouvi (le désir œdipien), cette « soustraction de jouissance », est un fondement de l’ordre collectif. DRD émet ainsi l’hypothèse que c’est par l’opposition des sexes qu’ils sont amenés à se rencontrer – l’amour – et que n’ayant plus besoin de vivre après cette rencontre, nous mourrons. Les grands mythes de la littérature romanesque – Didon et Enée, Tristan et Iseult, Roméo et Juliette – ne font que reprendre ce thème (page 75). Aussi, plus le processus qui nous rapproche de la mort s’éloignera, plus notre prédisposition à l’amour et à  la reproduction s’atténuera (page 77).

vendredi 30 janvier 2015

Grèce : Tsipras va à l’épreuve de force




Panique dans l’Union Européenne

Fin des privatisations, remontée du salaire minimum de 20%, réembauche d’un certain nombre de fonctionnaires : les premières annonces d’Alexis Tsipras et de ses ministres ont décoiffé dans les capitales européennes. « Nous ne reconnaissons ni le mémorandum, ni la troïka » dit un ministre ! Résultat : la bourse a perdu plus de 9% mercredi et les taux d’intérêt sur la dette grecque se sont envolés, d’autant plus que le nouveau gouvernement a réaffirmé sa volonté de négocier un allègement de la dette. Mais le 180° politique est cohérent avec le programme de Syriza, pour lequel les Grecs ont voté largement dimanche dernier. Ce faisant, c’est la démocratie qui s’applique.


Tsipras plus fort que les 27 ?

jeudi 29 janvier 2015

Autoroutes : le piège de la privatisation




Privatisation du service public et conséquences

On connaît déjà les conséquences de l’effarante vente des autoroutes à des sociétés privés en 2005 : une hausse des tarifs souvent supérieure à l’inflation (comme cela devait à nouveau être le cas en ce début d’année), alors même que les sociétés d’autoroutes dégagent des résultats indécents. Il faut rappeler ici qu’alors que Vinci dégage une marge opérationnelle de 4,2% dans les contrats classiques de construction, cette marge atteint la bagatelle de 39,4% pour les activités de concessions, qui rassemblent autoroutes, parkings, stades et aéroport. Quand les utilisateurs paient 10 euros, à peine 6 couvre les coûts et près de 4 représentent la marge opérationnelle de l’entreprise !

Il faut dire que les sociétés d’autoroutes ont très largement remplacé les humains par des machines, comme on peut le constater depuis 10 ans. Mais ce n’est pas tout. Alors que l’Etat a déjà fait une mauvaise affaire avec la vente des autoroutes, qu’il doit assumer l’augmentation du chômage consécutive aux suppressions massives de poste aux péages et la colère des automobilistes qui constatent la hausse des tarifs, l’Etat se retrouve maintenant au contentieux pour avoir refusé une hausse de tarif de 1,07%, ce qui va engendrer des coûts juridiques qu’il devra probablement assumer étant donné qu’on peut sans doute partir du principe que les sociétés d’autoroutes ont bien négocié leurs contrats.

Privatisation contre intérêt général

mercredi 28 janvier 2015

La Grèce en position de force dans son bras de fer avec l’Europe




Syriza en position de force

Quelques fédéralistes austéritaires font mine de croire que Syriza devrait « affronter la réalité », une façon détournée de dire qu’il n’y aurait qu’une politique possible. Mais ce discours est ridicule pour qui étudie la situation sérieusement. D’abord, la Grèce a désormais un excédent primaire, c’est-à-dire que si elle fait défaut sur sa dette, il n’y aurait pas le moindre plan d’austérité à mettre en place. C’est la carte la plus puissante qu’Alexis Tsipras a dans sa manche, avec la sortie de la monnaie unique, qui entrainerait le début du démontage de l’euro. Mais il dispose aussi d’un atout russe, qui pourrait sans doute le financer s’il en avait besoin. Nul doute que Poutine n’en serait pas mécontent…

En outre, Alexis Tsipras démarre la négociation de manière offensive. D’abord, il a choisi de faire alliance avec les Grecs Indépendants, des souverainistes de droite, plutôt qu’avec Potami, un parti européiste. Ce faisant il présente un front uni de remise en question des diktats de la troïka. Enfin, il a choisi un ministre de l’économie qui avait soutenu qu’il fallait une renégociation importante de la dette grecque. Pour l’instant, la position de Berlin oscille entre relative discrétion et refus de remise en cause des engagements d’Athènes. Mais le fait est que si l’Europe refusait ses demandes, la Grèce peut soit trouver de nouveaux financiers pour l’aider, soit carrément choisir la voie de l’Argentine.

Que fera Angela Merkel ?

mardi 27 janvier 2015

Censure, délit d’opinion : la dérive liberticide du pouvoir

Si les 17 morts du début d’année ont engendré un vaste rassemblement patriote de défense des valeurs de la République, il a également charié des réactions assez répugnantes, et certaines ont été sanctionnées par de la prison ferme. Sans être partisan du laisser-faire, n’est-ce pas aller trop loin ?



Menaces sur la liberté d’expression ?



Contradictions liberticides

lundi 26 janvier 2015

Merci aux Grecs et à Syriza d’avoir démarré le printemps européen !




La démocratie plus forte que l’UE


Et ce résultat est doublement encourageant. Il montre que les peuples peuvent se réveiller quand ils ont un véhicule approprié pour renverser les partis en place qui ont échoué. Ce qui s’est passé en Grèce montre qu’il ne faut jamais se décourager de la démocratie. Tôt ou tard, elle finit par permettre de sortir de l’impasse dans laquelle de mauvais dirigeants mettent un pays. Mieux encore, nous allons comprendre dans les jours prochains que les électeurs grecs seuls peuvent tordre le bras de toute l’UE et obtenir ce que les dirigeants européens actuels refusaient d’accorder depuis près de 5 ans. Athènes va démontrer que la démocratie est plus forte que cette tour de Babel inhumaine et distante !

Vers un printemps européen ?

dimanche 25 janvier 2015

En Grèce, Syriza n’est-il pas bien moins extrémiste que le gouvernement ?


Aujourd’hui, les Grecs vont se prononcer lors d’une élection qui pourrait permettre l’accession au pouvoir de Syriza, qui avait perdu de peu en 2012. En France, le parti est qualifié au mieux de gauche radicale, au pire d’extrême-gauche. Mais n’est-il pas bien plus raisonnable que la coalition au pouvoir ?



L’extrémisme antisocial du gouvernement

Comme le note bien Jack Dion dans Marianne, où il dénonce « la fatwa du Monde contre Syriza », il est effarant de constater comment ce parti est traité dans la plupart des média français. Dans les faits, Alexis Tsipras ne fait que proposer la 3ème restructuration de la dette grecque depuis 2010, alors que la quasi totalité des économistes sont d’accord pour dire que dans le contexte actuel, la dette grecque n’est pas soutenable. Ceci démontre la faillite de la politique actuelle. Au final, ce sont ceux qui dénonçaient la folie de ces politiques qui ont malheureusement eu raison. La politique qui est déraisonnable, c’est justement celle qui a été menée par les dirigeants grecs depuis 2010.

Le PASOK et Nouvelle Démocratie ont mené une politique qui n’avait qu’un seul objectif : honorer la dette de la Grèce dans le cadre monétariste et semi-fédéral européen. Et ils n’ont pas fait les choses à moitié : baisse du SMIC de 22%, coupes monstrueuses dans le budget et les programmes sociaux. Tout ceci a envoyé un quart de la population au chômage, multiplié les suicides et provoqué une dégradation de la situation sanitaire dont Médecins du Monde s’inquiètait récemment ! L’extrémisme n’est-il pas du côté des gouvernements qui ont pris ces mesures et de ceux qui les ont demandé, dans l’absolu, et d’autant plus que tout ceci n’est même pas parvenu à atteindre leur objectif premier ?

Syriza, c’est la raison démocratique ?

Les conséquences politiques de l’euro 2ème partie (billet invité)


Billet invité d’Eric Juillot, dont j’ai chroniqué le livre « La déconstruction européenne », qui suit le premier volet



Une dangereuse utopie

L’européisme a voulu faire de « l’Europe », répétons-le, une fin en soi quand elle n’était, jusque dans les années 1980, qu’un moyen au service des Etats. Jamais la CEE n’aurait alors provoqué autant de dégâts politiques, économiques et sociaux que l’UE actuellement. L’européisme devait libérer le continent de tout le potentiel de furie destructrice contenue dans le politique : Etat, peuple, nation, histoire, souveraineté, indépendance, frontières… tout ce qui pouvait, à un titre ou à un autre, relier l’Europe rêvée aux nécessités immémoriales du politique était condamné et rejeté comme autant d’entraves à l’émancipation attendue. Les peuples étaient invités à accepter une Europe qui pourtant voulait leur mort politique, parce que celle-ci était la condition nécessaire au Progrès : un gigantesque bond en avant qui devait projeter l’humanité européenne au-delà de l’Histoire en balayant les ultimes vestiges d’un temps révolu.