lundi 30 mars 2015

Départementales : la défaite travestie

Il y a une semaine, la majorité avait tenté une extraordinaire masquarade, présentant une défaite historique en résistance, Elle a continué hier avec la poursuite du discours selon lequel la majorité aurait bien résisté, alors qu’elle devrait perdre 4 à 5 départements sur 10 qu’elle gérait.



Cette majorité qui ose tout

Il faut quand même un sacré culot, une terrible déconnexion d’avec la réalité et un cynisme effarant pour défendre le discours que la majorité tient depuis une semaine. En 2011, le total des voix « de gauche », PS, radicaux, gauche radicale, écologistes et extrême-gauche compris, était de 49,56%. En 2015, ce total est tombé à 36,78%, une perte de près de 13 points. Le plus dur est sans doute que l’extrême-droite a pris 10 points dans le même intervalle, près de 80% de la perte de la gauche. Il faut bien un sacré culot pour présenter cette défaite sévère comme une bonne résistance, qui plus est, à l’extrême-droite, uniquement sur la foi de sondages qui donnaient le FN à 30%.

Puisque cette énorme ficelle n’a pas été assez dénoncée après le premier tour, le gouvernement doit se sentir autorisé à poursuivre sur sa lancée. La perte de près de la moitié de ses départements serait donc un bon résultat ! Et après, on s’étonne que les Français aient une si mauvaise opinion de la classe politique en général et de la majorité en particulier… Si je m’oppose aux politiques menées par la majorité, n’aurait-il pas été plus sensé de vraiment reconnaître la défaite, quitte à incriminer la conjoncture, avant de se raccrocher aux promesses d’un futur un peu meilleur et aux fruits que pourrait rapporter le plan de compétitivité, comme l’a fait Manuel Valls dans sa déclaration du soir.

Le triste théâtre de la politique

dimanche 29 mars 2015

Krach d’avion et folie médiatique

Depuis mardi, le krach de l’avion de la Germanwings, qui a fait cent cinquante victimes, fait la une des média qui nous abreuvent chaque jour de découvertes plus ou moins importantes. Cette frénésie médiatique n’est-elle pas totalement exagérée, même si le drame est absolument atroce.



Les Experts Germanwings

Il est sans doute naturel que l’atrocité, peu commune, du décès simultané de cent cinquante personnes attire une telle attention médiatique. Dans nos pays, un tel drame est heureusement extrêmement rare. En outre, le fait que cela ne soit probablement pas un accident mais, semble-t-il, le choix délibéré, et donc, de facto, le meurtre de cent cinquante innocents par ce copilote qui se serait enfermé dans la cabine, puis aurait alors envoyé l’avion dans la montagne, a de quoi susciter l’intérêt et des questions, et donc remplir des pages et des pages d’articles ou des de longues minutes de reportages ou de commentaires. C’est un acte dont on se souviendra probablement pendant longtemps.

Cependant, on peut quand même se demander si la couverture de tous les instants par les média, avec le compte-rendu de la moindre découverte, intéressante ou non, par n’importe quel média, laisse un drôle de sentiment. En fait, on a l’impression d’assister à une série télévisée policière que l’on ne pourrait pas éteindre et qui se poursuit en parallèle sur tous les sites et dans tous les journaux. Tout le monde répète les mêmes informations, qui semblent nous parvenir sans le moindre filtre. C’est ainsi qu’hier, c’est l’interview de l’ancienne copine du copilote qui a fait la une, avec la nouvelle qu’il aurait dissimulé un arrêt maladie qui couvrait le désormais funeste mardi 24 mars.

Ni distance, ni recul

samedi 28 mars 2015

La mobilité comme injonction totalitaire du néolibéralisme

C’est une charactéristique marquante de notre époque : en cas de crise, les chômeurs sont sommés de déménager pour trouver un emploi, y compris hors de leur pays, l’apprentissage des langues étrangères devenant alors indispensable. Cette injonction à la mobilité est révélatrice.


La course à la mobilité

Bien sûr, comme le montrent Emmanuel Todd et Hervé Le Bras, la France est aussi le produit de la mobilité sur notre territoire, qui apporte un brassage qui fait que notre pays est ce qu’il est aujourd’hui. Cependant, les choses ont bien changé, ne serait-ce que depuis vingt ans. Dans les années 1990, on faisait encore souvent toute sa carrière dans la même entreprise. L’apprentissage des langues étrangères, même si on peut encore le regretter, restait quelque peu accessoire. Chaque entreprise gérait en général l’intégralité de ses affaires dans chaque pays où elle opérait. De manière plus anecdotique, on pouvait être diplômé d’une école de commerce en passant seulement trois mois à l’étranger.

En seulement vingt ans, nos sociétés ont profondément évolué. La mobilité professionnelle devient désirée, les entreprises souhaitant « aérer » leurs équipes par des personnes ayant travaillé ailleurs, et à l’étranger. On reste moins longtemps à son poste. Les bureaux clôts laissent de plus en plus leur place à des espaces ouverts où les salariés n’ont même plus forcément une place assignée. On apprend les langues étrangères de plus en plus tôt, comme le fait la majorité actuelle. Les services généraux et clients des entreprises sont de plus en plus délocalisés vers des pays à bas coûts. De manière plus anecdotique, il faut passer près d’un an à l’étranger pour obtenir son diplôme d’école de commerce.

Le sens de cette course

vendredi 27 mars 2015

IVG, don d’organe, éducation : le drôle de futur proposé par le PS

Si le gouvernement a clarifié sa direction économique depuis plus d’un an, en penchant sans scrupule vers la droite, il semble qu’une nouvelle phase commence sur les questions sociétales avec trois projets quasi-simultanés qui donnent une image de la société qu’il veut nous laisser.



Tout laisser faire ?

Bien sûr, des néolibéraux trouveront que rassembler ces propositions sous l’angle du laisser-faire est abusif, mais quand on y regarde de près, n’est-ce pas ce qui rassemble la suppression du délai de réflexion pour l’IVG, l’évolution de l’apprentissage des langues ou le projet sur les dons d’organe ? Bien curieusement, l’examen du projet de loi sur la santé a vu naître un amendement pour faciliter les IVG en supprimant le délai de réflexion. Même si je suis un partisan convaincu de la nécessité de permettre l’IVG, en revanche, l’apparition de cette proposition est étonnante : jamais je n’avais entendu dire que la façon de faire de notre pays était déraisonnablement contraignante. Pourquoi l’assouplir ?

En effet, il s’agit d’un geste lourd et il semble a priori raisonnable de ne pas le faire à la légère, même s’il est important de préserver cette liberté, que le FN questionne. Mais pourquoi donc, si ce n’est par dogmatisme laisser-fairiste, assouplir les règles actuelles ? De même un amendement est apparu qui propose qu’à moins que le mort n’ait expressément refusé le don de ses organes, il serait possible de les lui prendre sans même l’accord de sa famille. On peut voir cela comme une intrusion insupportable de l’Etat dans la fin de vie, mais je me demande s’il ne s’agit pas plutôt d’une logique laisser-fairiste, d’un manque de respect de la dépouille d’un mort, pour laisser-faire, même très brutalement, des prélèvements.

Le passé, tu brûleras

jeudi 26 mars 2015

Carlo Ghosn : l’homme qui vaut 400 SMICs




De 20 à 400 SMICs en 20 ans

Il faut se souvenir qu’il y a plus de 20 ans, Raymond Lévy, alors patron de la Régie, touchait environ un million de salaire annuel. Mais ce million était libellé en francs, et représente donc 150 000 euros actuels, inflation non déduite. Mais surtout, ce salaire représentait moins de 20 fois le SMIC de l’époque. Et même si les entreprises publiques étaient sans doute plus modérées, il faut rappeler que Jacques Calvet, patron de PSA, avait défrayé la chronique et fait la une du Canard Enchaîné pour un salaire de plus de 2 millions de francs (et non euros) par an, soit environ 40 SMICs. Ce petit rappel est essentiel pour saisir à quel point les écarts de rémunération se sont envolés depuis plus de vingt ans.

Dans le détail, Carlos Ghosn touche 1,23 millions d’euros de fixes. En 2013, il a touché près d’1,4 de part variable. Cette dernière a flambé de 31%, pour atteindre 1,84 millions. Mieux, il a décroché « 100 000 actions de performance d’une valeur de 4,1 millions d’euros, qui viennent remplacer les stock options dont e patron n’avait pas pu bénéficier en 2013 ». Tout ceci représente donc un total de plus de 7,2 millions d’euros. A supposer que l’on parle de rémunération brute, cela réprésente la bagatelle de 400 SMICs ! Et encore, cela ne prend pas en compte la rémunération qu’il touche au titre de Nissan (7,6 millions d’euros). Carlos Ghosn, ou le patron qui pèse la bagatelle de 800 SMICs !

L’indécence d’une époque

mercredi 25 mars 2015

Cette baisse de l’euro qui disqualifie les critiques de la dévaluation

YAu premier semestre 2014, l’euro oscillait entre 1,35 et 1,4 dollars. Aujourd’hui, il est tombé jusqu’à 1,05 dollar, une baisse de près de 25% en moins d’un an. La plupart des analystes s’en réjouissent, contredisant totalement ceux, parfois les mêmes, qui critiquaient les partisans d’une dévaluation.



Contradictions monétaires

Les partisans d’un démontage de la monnaie unique se sont souvent heurtés à des critiques pointant les dangers de la dévaluation, puisqu’en général, nous soutenions que l’objectif était de dévaluer le nouveau franc, d’environ 20% par rapport à la zone mark. Un tel scénario était souvent critiqué comme aventureux, au point de déclencher les sept plaies d’Egypte économiques : explosion de l’inflation et perte de pouvoir d’achat (le Monde, terrifié, évoquait l’augmentation du prix des téléphones), explosion de la dette, qui serait réévaluée, impossibilité de financer des déficits commerciaux croissants. Tout ceci devait aboutir à une grave crise économique et à une envolée du chômage.

Problème, les mêmes qui prédisaient un cataclysme économique en cas de dévaluation, constatent, même s’ils les minorent, les bienfaits de la forte baisse de l’euro, qui a perdu environ 25% en une seule année. Le pouvoir d’achat ne souffre pas puisque l’inflation est au plus bas (y compris le prix des biens industriels, largement importés, dont les fameux téléphones hermétiques aux variations des taux de change), jamais les Etats n’ont emprunté à si bon marché, le commerce se redresse et, conjugaison de tout cela, la croissance semble enfin vouloir quelque peu se redresser. Bref, toutes les vertus des dévaluations, que nous avions défendues, se matérialisent avec la baisse de l’euro.

L’euro cher, veau d’or moderne


mardi 24 mars 2015

Le PS use la grosse ficelle des sondages


Résultats des élections cantonales de 2011
(source : France Politique)


Et si les sondages avaient été différents ?

Petit retour en arrière : imaginons un instant que pendant toute la campagne des élections cantonales, les sondeurs aient placé l’UMP et le PS au coude à coude autour de 30%, tandis que le FN aurait été donné à 20%, ce que tous les journalistes auraient interprété comme le renforcement de son implantation locale. Avec de tels sondages, les média auraient titré sur le « rebond de la majorité, revenue au coude à coude avec l’opposition, signant l’échec de Nicolas Sarkozy ». Et si le tripartisme continuait à s’enraciner, le parti lepéniste serait rejeté à une position, certes forte, mais éloignée du pouvoir, rassurant les journalistes et les deux principaux partis dominants après les élections européennes.

Avec un tel scénario, les résultats de dimanche soir auraient été accueillis avec stupeur : large victoire de l’UMP, le FN au coude-à-coude avec le PS, qui aurait alors été présenté comme lourdement sanctionné par les électeurs. Les journalistes auraient insisté sur le danger pour François Hollande d’un nouveau 21 avril en 2017. Mais voilà, parce que les sondages donnaient le PS autour ou sous les 20%, loin derrière l’UMP et le FN qui faisaient la course en tête, aujourd’hui, certains décrivent, outre le succès de l’UMP, la bonne résistance du Parti Socialiste, et, bien paradoxalement, pour une élection qui n’est pas celle où il brille le plus habituellement, un relatif échec pour le Front National.

Prendre du recul sur les sondages

Le rapport à l’art : tu enfonceras indéfiniment la porte déjà ouverte par Duchamp ! (9e commandement du postmodernisme) (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus

Suite des recensions sur l’ouvrage de Dany-Robert Dufour, Le Divin Marché (Denoël 2007)



Dans l’histoire des hommes, l’art s’est constamment inscrit dans la narration des Grands récits. Mais le postmodernisme récuse les Grands récits. C’est alors qu’ « un jour, l’art n’eut plus rien à représenter. Et nous, fûmes, un instant, enfin seuls » (page 340).

Pour Dany-Robert Dufour, l’art est là pour exprimer ce que les hommes n’ont encore jamais réussi à saisir par leurs sens. Mais pour se faire, il faut néanmoins un minimum de code, une loi, ne serait-ce que pour pouvoir la transgresser. S’il n’y a plus de loi, il n’y a plus rien à transgresser (page 342).

lundi 23 mars 2015

Cantonales : la France vire à droite

Les résultats sont d’une clarté limpide : dans la droite ligne des élections européennes, le PS et ses alliés reculent fortement, au coude à coude avec le FN, qui progresse fortement. L’UMP sera en position de force pour le second tour dans une semaine. La crise pousse la France à droite.



Révolte électorale droitière

Les résultats ne laissent pas l’ombre d’une ambiguité. Même s’il est vrai que la participation est faible (51%), le total des voix de droite et d’extrême-droite dépasse 60%, ne laissant qu’environ 35% pour la majorité, la gauche radicale et l’extrême-gauche. En partant du principe que le PS fasse partie de la gauche (ce qui pourrait être questionné), cela signifie que la gauche au sens large a réuni près de deux fois moins de voix que la droite au sens large. Un résultat sans doute d’autant plus parlant que le PS, qui a réuni plus de la moitié des voix « de gauche », tient un discours et mène aujourd’hui la politique économique de la droite la plus bête, pour Paul Krugman. Le Front de Gauche est en échec.

Ce faisant, la France se distingue dans le paysage politique européen, où une force de gauche subsiste en général, que ce soit un de ces partis qui n’ont plus de sociaux que leur nom (SPD à Berlin, Parti Démocrate à Rome, Travaillistes à Londres), ou une nouvelle force, qui se dit plus radicale (Syriza à Athènes, Podemos à Madrid). L’effondrement actuel du PS ne profite nullement au Front de Gauche de Jean-Luc Mélanchon, contrairement à ce qui se passe ailleurs. Et si finalement, la stratégie droitière de François Hollande était une impasse pour sa majorité et ne menait qu’au désastre électoral, comme lors des élections européennes et de ses élections cantonales ? Les résultats sont quand même sévères.

Quel sens donner à ce résultat ?

dimanche 22 mars 2015

Un nouveau pas vers la fin de l’hégémonie de l’Oncle Sam ?

C’est une annonce qui est passée relativement inaperçue mais qui représente pourtant une nouvelle faille dans l’hégémonie des Etats-Unis, après la décisions de la Chine, de l’Inde, du Brésil et de la Russie de concurrencer le FMI : les 4 principaux européens ont rejoint une initiative de la Chine en Asie.



Washington n’est plus seul

Après la chute de l’URSS, pendant quelques années, les Etats-Unis ont été la seule super-puissance. Et déjà que leur comportement avait été souvent très critiquable pendant la Guerre Froide, soutenant des dictatures militaires contre des démocraties penchant vers Moscou, le fait de se retrouver un peu seul au monde ne les a pas rendu plus responsables, déclenchant des guerres bien plus pour protéger leurs intérêts que par altruisme, faisant des centaines de milliers de morts. Et les Etats-Unis ont aussi la fâcheuse habitude de prendre leurs règles pour les règles du monde, n’hésitant pas à les appliquer par delà les frontières, pour l’impôt, comme pour sanctionner BNP-Paribas.

Si UE n’a pas permis aux pays européens de peser dans les relations internationales, semblant même les affaiblir plus qu’autre chose, l’ascension économique des pays émergents, au premier rang desquels la Chine, semble devoir redessiner les rapports de force à l’échelle de la planète. Il y a moins d’un an, la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie ont monté une banque concurrente du FMI, dotée de 100 milliards de dollars. Pour être honnête, à moins qu’elle finisse par intervenir en Grèce, si Tsipras voulait enfin desserrer le nœud coulant européen du cou de son peuple, elle n’a pas encore véritablement changé les rapports de force économiques de la planète, mais il s’agissait d’un premier pas.

L’Europe défie Washington en Asie