mercredi 23 avril 2014

Manuel Valls, Laval des temps modernes


La semaine dernière, le premier ministre a présenté le détail des 50 milliards d’économies d’ici à 2017, allant défendre le tout sur France 2. Une persistance effarante dans une politique qui ne marche pas depuis plus de 3 ans, un biais néolibéral marqué et un oubli incroyable des leçons du passé.


Une austérité démentielle et suicidaire

Comme ceux qui ont mené dans le passé une politique d’austérité, Manuel Valls a récusé ce mot, parlant d’effort et s’appuyant sur le maintien de créations de postes dans la fonction publique. Mais cette langue de bois était totalement contredite par l’intervention de François Lenglet qui rappelait juste avant que si on additionne les mesures des deux premières années du mandat de François Hollande et de la fin du mandat de Nicolas Sarkozy (60 milliards de hausses d’impôt), alors jamais la France n’avait connu un tel plan sous la Cinquième République. Si nous n’atteignons pas les extrêmes de certains pays, Manuel Valls va bien mener néanmoins une politique d’austérité extrêmement sévère.

Nicolas Dupont-Aignan a bien raison de prédire un « désastre social et économique ». Car il est bien évident que la baisse de 50 milliards de la demande publique va, comme partout ailleurs, peser sur la consommation et donc la croissance. Si certaines économies ne sont sans doute pas injustifiées, la baisse uniforme du pouvoir d’achat des retraités et des fonctionnaires ne peut rien apporter de bon. Il faut rappeler ici que ce sont ces politiques d’austérité qui ont plongé le continent européen dans une seconde récession en 2012-2013, qui a provoqué une nouvelle hausse du chômage. La majorité mène ici une politique comparable à celle de Laval en 1935, malgré de nombreux avertissements.

Les dangers de la politique de l’offre

Cabotage : la course au moins-disant social en Europe (billet invité)


Billet invité de Matias Kévin


Définition 

Le cabotage consiste à quitter un pays avec un véhicule et à charger puis à décharger, à plusieurs reprises, dans un pays frontalier, avec retour obligatoire au pays d'origine. A l'issue du déchargement international, la réglementation impose aux transporteurs de ne pas excéder trois opérations de chargement puis de déchargement sur le sol national.

Le cabotage en France et en Europe 

Le cabotage est régi par la loi du 08 décembre 2009 relative à l'organisation des transports. La France est le pays le plus « caboté » en Europe soit 1/3 du cabotage total. Depuis le 1er janvier 2012, il est ouvert à la Roumanie et à la Bulgarie.

Concurrence déloyale 

mardi 22 avril 2014

Réforme de la finance : l’Europe encore plus conservatrice que les USA !


Fait trop souvent ignoré : outre le fait que la grave crise financière de 2008 n’a en aucun cas permis de mener une réforme suffisante du secteur, les pays européens avancent encore moins vite que les Etats-Unis sur le sujet, ce qui est en dit long sur l’incompétence notoire de nos dirigeants.


Une histoire d’effet de levier

Ici, c’est un papier de The Economist sur l’évolution des régles bancaires outre-Atlantique qui révèle le pot aux roses. De nombreux économistes ont souligne le rôle joué par l’utilisation de l’effet de levier dans les crises financières. Pour une même somme de capital, les banques prêtent et placent davantage, ce qui augmente mécaniquement les résultats mesurés en fonction de ce capital. Comme les banques privées peuvent créer de l’argent, il leur suffit de parier plus pour gagner plus… L’histoire des crises financières repose souvent sur ce simple mécanisme, rappelée par The Economist dans la même édition, qui n’a été que très partiellement remise en cause par les règles Bâle 3.

En effet, les règles Bâle 3 imposent un minimum de couverture de 3% : les banques doivent avoir un capital équivalent à 3% de leur bilan. Déjà, on reste stupéfait par un chiffre aussi bas, qui ne semble pas du tout à la hauteur des leçons du passé. Mais les Etats-Unis ont décidé d’aller plus loin que les règles de Bâle 3, en imposant un ratio de 5%, et même de 6% pour certaines unités. Du coup, les banques étasuniennes vont devoir lever entre 22 et 68 milliards de dollars de plus de capital, somme qualifiable de « faisable » par The Economist étant donnés leurs profits. Il note que depuis 2008, les banques US ont levé plus de 500 milliards, contre 324 pour les banques européennes, pourtant plus lourdes…

L’Europe, pire que les Etats-Unis

Europe : schizophrénie chronique à l’UMP (billet invité)


Billet invité

L’approche d’élection, est toujours l’occasion de voir fleurir des prises de positions plutôt surprenantes. Ainsi, certains ténors de l’UMP, ont trouvé opportuns, à un mois et demi des élections européennes, de critiquer leurs propres échecs. Ils ont signé tous les traités : Maastricht, Schengen, ainsi que le traité de Lisbonne, contre une majorité de Français, qui, avait exprimé leur rejet de plus d’intégration, lors du référendum de 2005.


L’impossible réconciliation de deux visions européennes

 L'UMP depuis sa création, a toujours été parcouru par deux courants. Tout d'abord, celui des libéraux apatrides, voyant dans l'Union Européenne un grand marché libéralisé. Une ligne qui dirige la droite depuis trente ans, trouvant ses origines notamment, dans les mouvements centristes, très vite rejoints par les libéraux de droite. Cela, l'a conduit à détricoter honteusement la souveraineté française.

De l'autre côté, les souverainistes, défenseurs des nations, descendant des mouvements Gaullistes. La réunion de ces deux visions de l’Europe contraires au sein de l'UMP, ne pouvait se terminer, que par l'écrasement d'une doctrine sur l’autre. La bataille est terminée, et ce n'est pas la ligne Gaulliste d'Henry Guaino qui l'a emporté, dans cette bataille interne. Celui-ci l’a bien compris, est là d'ailleurs exprimé, en désavouant le très européiste Alain Lamassoure (tête de liste UMP île de France). Ce parti à cesser de se préoccuper de la nation France, quitte à encourager le vote extrémiste, pour s'engouffrer dans l'idéologie européiste qui nous étouffe. Laissant orphelin tous ceux qui croient en une autre Europe, instaurant des coopérations économiques entre nations, plutôt que leurs disparitions, au profit du libre-échange, et du fédéralisme.

Discours de circonstance

lundi 21 avril 2014

L’appel à la désobéissance européenne d’Aurélien Bernier


Je ne connaissais pas vraiment le M’PEP avant d’être allé à un colloque passionnant qu’ils organisaient sur la question européenne en juin 2011. L’occasion d’acheter le dernier livre du porte-parole du mouvement, Aurélien Bernier, « Désobéissons à l’Union européenne ».


Une vraie communauté de pensée

Il faut être clair, au sujet de l’Europe, je n’ai pas trouvé l’épaisseur d’un papier à cigarette entre les idées du M’PEP et les nôtres. Naturellement, sur d’autres questions, nous pouvons diverger (encore que, beaucoup moins qu’on ne pourrait le croire), mais l’ensemble de l’analyse de l’auteur sur les carences de l’Europe qui s’est construite depuis l’Acte Unique rejoint complètement la mienne.

Aurélien Bernier commence par évoquer les « non » français (à 54,7%) et hollandais (à 61,6%) du printemps 2005 pour regretter une « victoire gâchée ». Il dénonce cette Europe qui « interdit toute mesure contraire aux intérêts des transnationales et des marchés financiers ». Il souligne que les plans européens « ne relèvent en rien de la solidarité entre Etats européens, (ils) assurent d’abord et avant tout aux banques et aux investisseurs qu’ils sauveront leurs mises ».

Il affirme très pertinemment que « les déficits et la dette publics créés par l’eurolibéralisme justifient d’aller encore plus loin dans l’eurolibéralisme ». Il dénonce « l’échec de la gauche de gouvernement qui entend pratiquer l’alternance mais ne propose aucune alternative » et « un ordre juridique qui ne repose sur aucune légitimité populaire, qui prétend planifier une politique invariable, (…) qui ne laisse plus aucune place pour d’autres politiques économiques, sociales ou environnementales ».

Une forteresse ultralibérale et anti-démocratique


De l'austérité à l'implosion sociale (billet invité)


Billet invité de l’Oeil de Brutus


A quel pays et quelle époque s’appliquent ces citations ?

« Les classes moyennes, pour leur part, ont vu s’approfondir les fractures apparues durant la dictature militaires. Le chômage, la chute dans l’informel, la dégradation des services publics, la contraction de l’emploi dans le secteur bancaire affectent leurs strates inférieures, qui tendent à se prolétariser, tandis que la sophistication des services et l’expansion du secteur financier ont permis à une autre frange de se raccrocher à la dynamique mondialisée de modernisation de l’investissement du capital. Les différences de revenus, de patrimoine et, en conséquence, d’idéologie permettent de moins en moins d’englober ces secteurs intermédiaires dans une seule catégorie. »

dimanche 20 avril 2014

Casser l’euro pour sauver l’Europe d’une impasse démocratique et sociale


Outre le fait d’avoir exposé tous les mécanismes qui font de la monnaie unique un monstre économique, les auteurs du livre présente une synthèse très convaincante de l’après-euro, mais le livre est également une intéressante réflexion politique sur l’Europe.


Le difficile problème allemand

Si l’euro a « des fondations bancales », c’est parce qu’il est « made in Germany », une copie du mark sur tous les plans. Et l’obsession allemande de l’inflation et des déficits des voisins les a poussé à promouvoir la libéralisation, qui impose la surveillance des marchés. Sur la base de nombreux témoignages, ils détaillent la genèse de la monnaie unique. Le journaliste du Financial Times, David Marsch confirme les propos de l’ancien président de la Bundesbank, Karl Otto Pöhl : « je pensais qu’il était très peu probable que les autres européens adoptent simplement le modèle de la Bundesbank ». Ce serait la chute du mur de Berlin qui aurait poussé la France à accepter les conditions drastiques des Allemands.

Comme Sapir, ils notent que « l’Allemagne obtient un droit d’accès sans restriction tarifaire à des marchés voisins qui ne peuvent plus dévaluer » et ils le citent en notant cela « leur offre la possibilité de s’endetter à bon compte pour… acheter des produits allemands ». Mais ils ne blâment pas l’Allemagne, qui ne fait que défendre ses intérêts dans le cadre que nous avons accepté. Ils notent aussi que la hausse des prix de l’immobilier, pousse Berlin à refuser l’assouplissement de la politique monétaire, qui n’est pas adapté à la situation du pays. Ils notent néanmoins la logique très culpabilisatrice et superficielle du pays en citant Angela Merkel qui disait fin 2013 : « la vie n’est pas juste : si vous avez trop mangé et trop grossi, mais que d’autres personnes sont toujours minces, je vous aiderai à payer le docteur ».

Un problème démocratique et social

samedi 19 avril 2014

Quand des journalistes de l’Express et de l’Expansion décryptent le démontage de l’euro


Dans « Casser l’euro pour sauver l’Europe », outre le fait de présenter une bonne synthèse des raisons pour lesquelles la monnaie unique européenne provoque un tel cataclysme économique, les auteurs ont le mérite de présenter une synthèse très recommandable de toutes les questions que l’on peut se poser sur le retour aux monnaies nationales, en s’appuyant sur les nombreuses études disponibles.


L’impasse des variantes de la monnaie unique

Ils citent Michel Aglietta pour qui la zone gagnante « tend à agglomérer les activités les plus productives dans les mêmes pôles et à désertifier les régions (…) les moins industrialisés ». Ils notent que 150 années d’unification italienne n’ont pas permis la convergence du Nord et du Sud et que le fait que les salaires soient la seule variable d’ajustement de la compétitivité mène à une concurrence suicidaire. Ils citent de larges extraits de l’étude réalisée par Jacques Sapir et Philippe Murer pour Res Publica et notent qu’ils prévoient une augmentation de 4 à 10% du PIB des pays du Sud au bout de deux ans seulement (et une baisse de 3,5% du PIB de l’Allemagne). Ils défendent le principe des dévaluations en montrant comment elles ont contribué à la réussite de la Corée du Sud et de Samsung au détriment du Japon, et que Tokyo utilise cette arme à profit depuis l’arrivée de Shinzo Abe au pouvoir.

Ils étudient l’option de scinder l’euro en deux : un euro du Nord et un euro du Sud mais cela reviendrait à créer les mêmes problèmes à des échelles différentes. Ils citent une étude des économistes de la banque centrale Polonaise sur le démontage contrôlée de la zone euro qui évoque la possibilité que l’Allemagne prenne l’initiative de sortir de la monnaie unique. Pour eux, il faut passer d’une monnaie unique à une monnaie commune et ils se désolent que Marine Le Pen en ait fait un de ses chevaux de bataille, souillant l’idée dans le débat public. Pour eux, un retour aux monnaies nationales a deux avantages : économique, en permettant d’adapter le taux de change à la situation de chaque pays, et démocratique, en permettant de redonner aux citoyens une prise sur le cours des choses.

Le démontage de la monnaie unique en pratique

vendredi 18 avril 2014

Bitcoin chez Monoprix : de la fausse monnaie qu’il faut interdire !


Il y a quelques jours, François Lenglet, pourtant généralement bien inspiré, a consacré son billet au fait que Monoprix devrait prochainement accepter les bitcoins pour payer ses courses. Nullement choqué par ce qui n’est que de la fausse monnaie, il y voyait une annonce de notre avenir. Grosse erreur.


En réalité, un retour en arrière

Il y a quelque chose de fascinant avec bitcoin. Peut-être parce que certains y voient une innovation symbole de la modernité et de notre avenir, ils n’arrivent pas à voir la réalité de ce qu’est ce phénomène de foire dont on parle tant. D’où le fait qu’une partie d’entre eux arrivent même à imaginer que notre avenir sera rempli de différentes monnaies, souvent émises par des entreprises technologiques étasuniennes, comme Google ou Facebook. Avec des citoyens qui ont une opinion souvent très mauvaise de leurs gouvernements et de l’Etat, cette idée peut apparaître comme une évolution moderne et logique de nos sociétés, une nouvelle possibilité offerte par la technologie, qui pourrait même faciliter notre vie.

Mais cette interprétation de l’histoire repose sur une méconnaissance de l’histoire monétaire, rappelée par The Economist dans un papier sur sur les conséquences des crises financières. En effet, les grands pays n’ont pas toujours fonctionné avec une monnaie centrale (fût-elle partagée avec d’autres pays). Par exemple, les Etats-Unis ont expérimenté, à partir du début du 19ème siècle, une période d’anarchie monétaire où chaque banque pouvait émettre son propre dollar, le système dit de « la banque libre ». Mais la grande instabilité de ce système et les nombreuses crises financières qui l’accompagnèrent, poussa les banques à mettre en place en 1913 la troisième banque centrale des Etats-Unis, la Fed, garantissant une seule monnaie, le dollar, et qui joue toujours un rôle comparable aujourd’hui.

Les gouvernements doivent interdire son usage

jeudi 17 avril 2014

L’attaque révoltante et rétrograde du Medef sur le niveau du SMIC


Par une sinistre ironie de l’histoire, alors même que l’ancienne SEITA vient de décider de fermer une usine française pour délocaliser sa production en Pologne (où les salaires sont cinq fois plus bas), Pierre Gattaz, patron du Medef, prend la suite de Pascal Lamy pour réclamer la création d’emplois payés moins que le SMIC. Une attitude révélatrice de notre époque.


De l’ultra-libéralisme culturel, ou le règne du chacun pour soi

Il est tout de même totalement incroyable que le patron du Medef, Pierre Gataz, ne se soit pas rendu compte qu’il est profondément indécent de demander une baisse du SMIC, d’autant plus que les déclarations dans ce sens du « camarade socialiste » Pascal Lamy il y a quelques jours avaient déclenché une forte colère dans le pays. Comment peut-il demander cela alors que le pouvoir d’achat de la population (et notamment des classes populaires) baisse et que les revenus et la richesse des plus grandes fortunes ne cessent d’augmenter ? Alors que tout le monde commence à comprendre que la montée des inégalités menace notre société, voilà qu’il propose de les augmenter plus encore !

En fait, cette déclaration est un nouvel exemple de tous les travers du néolibéralisme, selon lequel la somme des égoïsmes pourrait produire de l’intérêt général ! Par-delà l’inhumanité profonde de cette idée, même si la marge des entreprises françaises n’est pas au plus haut, la baisse des salaires n’est pas une solution, car, en baissant le pouvoir d’achat des salariés, cela reviendrait à réduire leur consommation et donc le chiffre d’affaire des entreprises. Cela marque un retour aux idées du patronat  le plus rétrograde du 19ème siècle, d’avant Henry Ford, qui avait compris, lui, qu’une bonne rémunération de ses employés était bénéfique à son entreprise, en augmentant in fine la demande pour ses produits.

De l’euro et du libre-échange et leurs conséquences