dimanche 21 décembre 2014

Cannabis : le triste et prévisible renoncement du Monde


C’est l’effarant cadeau de Noël du journal qui se veut la référence du journalisme en France : un éditorial soutenant la légalisation du cannabis, avec tout un dossier pour soutenir cette position. Bizarremment, le Monde fait largement l’impasse sur les études scientifiques qui en démontrent tous les dangers



Une aberration pour la santé publique

Le Monde profite du dossier de Terra Nova pour défendre la légalisation du cannabis. Pourtant, il dit que « la consommation précoce et, plus encore, régulière de cannabis est dangereuse, tout particulièrement pour les jeunes ; selon toutes les études scientifiques récentes, elle provoque un ralentissement du développement intellectuel et accentue les risques de troubles psychiques ». Mais ceci ne pèse pas lourd face à l’argent que l’état pourrait gagner en légalisant ce commerce et face à la forte consommation que la pénalisation n’a pas réussie à réduire. En revanche, il est honteux que les décodeurs n’évoquent pas la question de la santé dans son papier « Pourquoi la répression n’est sans doute plus la solution ».

Pourtant, ce n’est pas comme si le Monde n’en avait pas parlé. En septembre 2012, il titrait « Cannabis chez les adolescents : le QI en fumée », au sujet d’une étude démontrant, sur une durée de 20 ans, que la consommation de cannabis pouvait provoquer une baisse du Quotient Intellectuel de 8 points ! Pire, les troubles de la mémoire et de l’attention perdurent si l’on a commencé à l’adolescence. Outre la dépendance, la liste des effets est effrayante : problème de mémoire (jusqu’à une perte de 50% de la mémoire immédiate pour les gros consommateurs), d’attention, augmentation de 50 à 200% des maladies mentales et troubles comme la schizophrénie ou les psychoses, et réduction du cortex.

La démission habillée en laisser-faire

samedi 20 décembre 2014

6 mois après, le dépeçage d’Alstom s’accomplit





Trois vautours et un cadavre

Le bilan est amer. Le vote de l’Assemblée Générale d’hier a entériné un dépeçage complet de l’entreprise. Pas moins de 70% du chiffre d’affaires de l’entreprise va être cédé à General Electric pour 12,35 milliards. Plus de 60 000 salariés changent d’employeurs. Toute la question est de savoir combient le seront encore dans quelques années. Pire, la fiction des co-entreprises tombe puisque GE détiendra « 50% plus une action en capital et en droits de vote » comme le rapporte le Monde. Et sur le nucléaire, GE disposera de « 80% du capital et 50% plus deux voix en droits de vote ». Bref, dans la réalité, comme je l’annonçais alors malheureusement Alstom est dépecé par GE, le vautour en chef.

Mais le géant étasunien n’est pas le seul vautour en chef. Habile, pour obtenir le soutien des autres partis-prenantes, il partage le cadavre avec les actionnaires et les dirigeants, s’assurant un vote positif lors de l’Assemblée Général. C’est ainsi que « le groupe a nnoncé qu’il compter reverser à ses actionnaires, sous la forme d’une offre publique de rachat d’actions, 3,5 à 4 milliards d’euros ». Cela aide à obtenir 99,2% de vote positif à l’Assemblée. Mais ce n’est pas tout : Patrick Kron, actuel PDG, va recevoir 150 000 actions, qui représentent plus de 4 millions d’euros. Le Figaro cite un délégué syndical CGT-Métallurgie pour qui « 2000 hauts dirigeants vont également se partager 60 millions d’euros ».

La victoire du capitalisme cannibale

vendredi 19 décembre 2014

Les agriculteurs, abandonnés à la loi de la jungle


Il y a trente ans, la PAC garantissait des prix planchers qui garantissaient un minimum de revenus et une visibilité pour l’avenir. Avec la déréglementation et la baisse des aides, les agriculteurs sont abandonnés à la dure loi du marché, avec des revenus qui peuvent baisser de 40% en un an !



Les hommes comme variable d’ajustement

Les chiffres du ministère de l’agriculture font froid dans le dos. Bien sûr, certains diront que les céréaliers ont aussi profité de l’envolée des cours des céréales, mais après une baisse de 30% en 2013, leurs revenus ont chuté de 40% cette année, à 11 500 euros annuels en moyenne, 50% sous le niveau moyen… Les bonnes récoltes, du fait d’une météo favorable, ont fait plongé les prix, et les revenus avec. Les producteurs de fruits et les éleveurs de bœufs ont également les victimes du jeu de massacre du marché, avec des revenus sous la barre des 15 000 euros de revenus annuels. En revanche, pour une fois, les producteurs de lait s’en tirent mieux, avec des revenus en hausse de 30%, à 30 000 euros.

Pire, ces froides statistiques ne rendent compte que d’une partie de la dureté de ces évolutions. D’abord, il ne faut pas oublier qu’aussi basses soient-elles, il s’agit de moyennes, ce qui signifie que pour beaucoup d’agriculteurs, la réalité est encore pire. Et cela ne prend pas en compte non plus le temps de travail, assez souvent très important, et qui ramène les revenus horaires à un niveau totalement indécent. Et que penser des suicides ou des symptômes d’épuisement professionnel, dont on sait malheureusement qu’il touche particulièrement les agriculteurs, ce qui est tristement normal étant données la faiblesse de leurs revenus et leur extrême variabilité. Qui pourrait vivre de la sorte à part eux ?

L’horreur et la folie du laisser-faire

jeudi 18 décembre 2014

Taxe Tobin : Hollande, l’ami de la finance


Bien sûr, je n’ai jamais cru le président alors candidat, quand il faisait de la finance son adversaire, quelques jours avant de rassurer la City. Malheureusement, sur le dossier de la taxe Tobin européenne, il démontre qu’il est, depuis qu’il est élu, l’un des meilleurs amis de celle qui était censée être son adversaire.



Histoire d’une trahison

Il faut remercier Marianne et Bruno Rieth, qui résume parfaitement l’incroyable histoire d’une trahison. Mais comment François Hollande a-t-il pu dire pendant la campagne électorale que « mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance » avant de mener une telle politique ? Il faut dire que quelques jours après, il confiait au Guardian : « la gauche a gouverné pendant 15 ans, pendant lesquels elle a libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n’y a pas de crainte à avoir ». C’est le second texte qui faisait foi, comme le démontre Bruno Rieth dans Marianne. Depuis deux ans et demi, l’Elysée et Bercy ne cessent de défendre l’agenda des banques et de la finance.

Et quelle meilleure illustration que la position de la France sur la taxe Tobin. L’idée a trouvé une seconde jeunesse avec la grande crise, soutenue par Joseph Stiglitz, qui y voit un moyen de réguler la finance mais aussi de davantage la faire contribuer à la collectivité, motivation qui semble d’autant plus juste aujourd’hui que les Etats ont déversé des milliards pour la sauver et qu’ils accumulent les déficits. Même l’UE, pourtant souvent influencée par les intérêts des multinationales, a fini par y céder et pousser un projet, farouchement combattu par le Royaume-Uni et les banques. Si la France fait partie du groupe de onze pays qui avancent, elle semble y être pour ralentir le mouvement et en réduire la portée.

Dépasser la droite par la droite

mercredi 17 décembre 2014

L’effarante visite de Moscovici dans la chaudière grecque


Lundi, Pierre Moscovici est venu soutenir le gouvernement de droite, deux jours avant un vote décisif. Une visite révélatrice de ce qui ne va pas dans cette Europe, entre le soutien à des politiques en échec depuis des années, et la récompense de l’incompétence et indistinction politique.



La prime à l’incompétence et l’indistinction ?

On ne dira jamais assez à quel point il est effarant que Pierre Moscovici soit devenu commissaire européen à l’économie cette année. Voici un ministre, qui, en 2012, annonçait que le déficit budgétaire de la France atteindrait 3% du PIB en 2013. Un an après, soldant l’échec de la politique qu’il avait mise en place, qui prolongeait celle du gouvernement précédent, notamment pour les hausses d’impôts, il annonçait que finalement, il faudrait attendre deux ans de plus. Un peu plus d’un an plus tard, son remplaçant, Michel Sapin, a de nouveau repoussé l’échéancier de deux ans. Bref, ce qu’il annonçait pour 2013, le serait en 2017. Et encore, la majorité aura le temps de changer d’ici là…

Quelle légèreté et quelle inconscience de l’avoir nommé à un tel poste ! Lui, qui a échoué en France, doit  maintenant guider l’Europe entière ! Toujours aussi incroyable, le voici qui va soutenir l’équipe au pouvoir en Grèce quelques jours à peine avant des élections présidentielles décisives. Non seulement cela pose un problème de crédibilité quand la Commission demande quoique ce soit au pays, mais le soutien, par un commissaire étiquette à gauche d’un gouvernement largement dominé par la droite, renforce encore l’indistinction grandissante entre ce qu’on appelle la gauche et la droite de gouvernement en Europe. Dans un sens, cela clarifie sans doute le débat politique, mais malheureusement, cela profite aussi assez souvent, mais pas toujours heureusement, à des partis extrémistes.

Athènes au bord de la rupture ?

mardi 16 décembre 2014

Les électeurs japonais plébiscitent les Abenomics





Plébiscite démocratique

Bien sûr, l’opposition ne semblait pas vraiment à même d’affronter les urnes face aux élections anticipées et le taux de participation est très faible, à 52%. Mais l’ampleur du succès du Premier Ministre japonais et de son parti, le PLD, représente un vrai triomphe démocratique. Le PLD ne passe tout simplement pas loin de son record du nombre de députés élus depuis sa création en 1955 ! Avec près de 290 élus sur 475 sièges, il conserve avec son allié la majorité des deux tiers qui lui permet de passer des lois malgré le désaccord du Sénat, qu’il domine de toutes les façons aujourd’hui.

Ce succès montre que les électeurs Japonais approuvent le retour du politique dans leur pays. Ce faisant, Abe fait encore mieux que Koizumi, l’autre Premier Ministre des dernières décennies qui avait montré à son pays qu’il est parfaitement encore possible de faire de la politique et que les dirigeants politiques peuvent ne pas se contenter de simplement faire de la gestion à la petite semaine, en affirmant souvent faussement que l’on ne pourrait pas faire autrement, alors qu’ils ne font que théoriser leur manque de volonté d’agir sur le fond. Merci donc aux électeurs Japonais pour ce message.

Pour une réussite économique

lundi 15 décembre 2014

Salaires : quand le Monde déborde le Medef par la droite


Voici le genre d’article qui symbolise la perdition absolue dans laquelle le débat public se trouve aujourd’hui. Voilà que Le Monde voit dans la hausse de 1,4% des salaires, un signe de nos rigidités ! Pour un peu, ils appelleraient à une baisse du SMIC de 30%, comme The Economist !



L’économie pour les nuls

Il faut croire que depuis la mort de Margaret Thatcher, son esprit hante une partie des élites intellectuelles dites de gauche. J’ai fait des copies écran de cet article au cas où le Monde finirait par se rendre compte de l’énormité de ce papier. Difficile de trouver plus antisocial. Décidemment, ce qu’on appelle la gauche, quand elle est libérale et libertaire, semble avoir une capacité assez étonnante à défendre des idées profondément anti-progressistes. Le Monde rend compte d’une statistique révélant que le salaire moyen de base a progressé de 1,4% sur un an, soit 1,2 point de plus que l’inflation osant affirmer que « malgré la crise, la dynamique des salaires réels ne se dément pas ».



Déjà, passons sur le fait qu’une progression de 1,2% marque une quelconque dynamique. Puis, ces chiffres ne portent que sur les entreprises de plus de 10 salariés et excluent agriculture et emplois publics… Enfin, tout journaliste économique devrait savoir qu’une moyenne peut être trompeuse. Aux Etats-Unis, de 2009 à 2012, les revenus ont progressé en moyenne de 6,1%, mais cette hausse n’a été que de 0,4% si on exclut ceux du 1% le plus riche, et ils ont même baissé pour 90% de la population ! Idem sur l’indice d’inflation qui n’est pas le même pour tout le monde. On aimerait aussi que le Monde rappelle la baisse record du pouvoir d’achat en 2012, ce qui relativise ce maigre gain théorique.

Thatcher, sort de ce journal !

dimanche 14 décembre 2014

Loi Macron : faux semblants et sens cachés





Un outil pour la croissance ?

L’un des premiers arguments pour justifier la libéralisation du travail du dimanche sont les touristes chinois qui pourraient alors rester à Paris le dimanche pour faire des courses. Passons sur le fait que l’organisation de notre société devrait être définie par les besoins des riches touristes chinois… Cela en dit long sur la boussole de ceux qui osent avancer cet argument. Encore plus effarant, ils ne paient généralement pas la TVA, ce qui limite quand même grandement l’intérêt de leurs achats. Soit dit en passant, rien ne justifie cette niche fiscale qui ne profite qu’aux plus riches. Pourquoi les riches voyageurs internationaux ne devraient pas payer les taxes que les citoyens lambda paient tous les jours ?

D’autres disent que la baisse des prix des professions dites protégées créerait du pouvoir d’achat. Passons sur le fait que la baisse du prix des notaires touchera d’abord les plus riches, qui y passent plus souvent que les classes populaires… Ensuite, cette idée est doublement absurde. La baisse des prix est déflationniste en réduisant le pouvoir d’achat de ces professions et pourrait donc pénaliser la croissance. Pire, on voit souvent que la libéralisation ne provoque pas une baisse des prix : la santé, les écoles privées, l’énergie ou les renseignements téléphoniques démontrent l’exact contraire, pour de multiples raisons. Bref, les arguments sur lesquels repose cette loi ne sont vraiment pas solides.

Boucs émissaires et égoïsme

samedi 13 décembre 2014

Affaire Philippot : le comportement indigne et totalitaire de Closer





Indignité politique

Il y a quelques semaines, je dénonçais la une du même torchon sur le président de la République et sa compagne. Malheureusement, il semblerait que la presse de caniveau semble désormais prospérer en faisant les poubelles des hommes et des femmes politiques, exposés comme de vulgaires starlettes de la téléréalité. Quelle déchéance pour le débat public de voir s’étaler en une de ces torchons les clichés volés du président, de ministres ou de députés ! A quoi se réduit la vie publique quand l’événement de la journée est une violation de la vie privée d’une femme ou d’un homme politique ? Difficile de ne pas y avoir encore une manifestation de ce laisser-faire détestable.

Avant même que la presse de caniveau ne s’attaque aux politiques, je pensais que les sanctions financières devaient être alourdies pour ne pas juste représenter une petite part des profits réalisés... Ce n’est pas parce que les stars gagnent beaucoup d’argent qu’elles ne doivent plus avoir de vie privée. Et cela est encore plus vrai pour notre personnel politique ! Et quelle malhonnêteté crasse de la directrice de Closer qui se plaint d’avoir payé jusqu’à 60 000 euros d’amendes, sachant que le dernier numéro sur François Hollande a doublé ses ventes, à 600 000 exemplaires. C’est bien parce que les amendes ne sont qu’un détail financier que ces publications dépotoirs continuent à agir de la sorte.

« Transparence » totalitaire

vendredi 12 décembre 2014

Chômage, taux d’intérêt : deux records qui en disent long


La semaine dernière, deux records ont été battus. Le taux de chômage, après une nouvelle forte hausse en octobre, a atteint un nouveau sommet, avec plus de 3,7 millions de demandeurs d’emplois sans activité et plus de 5,4 sur une définition plus large. En même temps, les taux sont passés sous les 1%.



Le travail toujours plus rare, le capital toujours moins cher

Elle est décidemment très loin l’inversion de la courbe du chômage, qui devait arriver en 2013. En octobre 2014, la France compte 27 300 demandeurs d’emplois de catégorie A en plus, soit un total himalayesque de 3,7 millions de personnes, nouveau record. Pire encore, si on compte les catégories A, B et C, on atteint le triste chiffre de 5,46 millions de personnes ! Nos dirigeants laissent depuis des décennies des millions de Français sans emploi avec toutes les conséquences que cela peut avoir pour eux et leur famille. Philippe Séguin avait bien raison de parler de « Munich social » mais le plus triste est qu’il n’y a pas eu de véritable réaction alors qu’il tenait ces propos il y a plus de 20 ans !

Et parallèlement, jamais les taux longs n’ont été aussi bas puisque l’Etat a emprunté à moins de 1% sur 10 ans, poussant les taux d’emprunt à un niveau historiquement bas, y compris pour les entreprises et les ménages, évitant sans doute un ajustement plus sévère des prix de l’immobilier, et permettant aux entreprises d’emprunter pour payer leurs dividendes ou racheter leurs actions dans ce monde fou du laisser-faire n’importe quoi. Soit dit en passant, le niveau des taux démontre la vacuité des alarmes lancées par les austéritaires. Si la situation de nos finances publiques était si dramatique, les marchés ne prêteraient sans doute pas à des taux aussi dérisoires à la France… CQFD

Le sens de ces records