lundi 21 avril 2014

L’appel à la désobéissance européenne d’Aurélien Bernier


Je ne connaissais pas vraiment le M’PEP avant d’être allé à un colloque passionnant qu’ils organisaient sur la question européenne en juin 2011. L’occasion d’acheter le dernier livre du porte-parole du mouvement, Aurélien Bernier, « Désobéissons à l’Union européenne ».


Une vraie communauté de pensée

Il faut être clair, au sujet de l’Europe, je n’ai pas trouvé l’épaisseur d’un papier à cigarette entre les idées du M’PEP et les nôtres. Naturellement, sur d’autres questions, nous pouvons diverger (encore que, beaucoup moins qu’on ne pourrait le croire), mais l’ensemble de l’analyse de l’auteur sur les carences de l’Europe qui s’est construite depuis l’Acte Unique rejoint complètement la mienne.

Aurélien Bernier commence par évoquer les « non » français (à 54,7%) et hollandais (à 61,6%) du printemps 2005 pour regretter une « victoire gâchée ». Il dénonce cette Europe qui « interdit toute mesure contraire aux intérêts des transnationales et des marchés financiers ». Il souligne que les plans européens « ne relèvent en rien de la solidarité entre Etats européens, (ils) assurent d’abord et avant tout aux banques et aux investisseurs qu’ils sauveront leurs mises ».

Il affirme très pertinemment que « les déficits et la dette publics créés par l’eurolibéralisme justifient d’aller encore plus loin dans l’eurolibéralisme ». Il dénonce « l’échec de la gauche de gouvernement qui entend pratiquer l’alternance mais ne propose aucune alternative » et « un ordre juridique qui ne repose sur aucune légitimité populaire, qui prétend planifier une politique invariable, (…) qui ne laisse plus aucune place pour d’autres politiques économiques, sociales ou environnementales ».

Une forteresse ultralibérale et anti-démocratique


De l'austérité à l'implosion sociale (billet invité)


Billet invité de l’Oeil de Brutus


A quel pays et quelle époque s’appliquent ces citations ?

« Les classes moyennes, pour leur part, ont vu s’approfondir les fractures apparues durant la dictature militaires. Le chômage, la chute dans l’informel, la dégradation des services publics, la contraction de l’emploi dans le secteur bancaire affectent leurs strates inférieures, qui tendent à se prolétariser, tandis que la sophistication des services et l’expansion du secteur financier ont permis à une autre frange de se raccrocher à la dynamique mondialisée de modernisation de l’investissement du capital. Les différences de revenus, de patrimoine et, en conséquence, d’idéologie permettent de moins en moins d’englober ces secteurs intermédiaires dans une seule catégorie. »

dimanche 20 avril 2014

Casser l’euro pour sauver l’Europe d’une impasse démocratique et sociale


Outre le fait d’avoir exposé tous les mécanismes qui font de la monnaie unique un monstre économique, les auteurs du livre présente une synthèse très convaincante de l’après-euro, mais le livre est également une intéressante réflexion politique sur l’Europe.


Le difficile problème allemand

Si l’euro a « des fondations bancales », c’est parce qu’il est « made in Germany », une copie du mark sur tous les plans. Et l’obsession allemande de l’inflation et des déficits des voisins les a poussé à promouvoir la libéralisation, qui impose la surveillance des marchés. Sur la base de nombreux témoignages, ils détaillent la genèse de la monnaie unique. Le journaliste du Financial Times, David Marsch confirme les propos de l’ancien président de la Bundesbank, Karl Otto Pöhl : « je pensais qu’il était très peu probable que les autres européens adoptent simplement le modèle de la Bundesbank ». Ce serait la chute du mur de Berlin qui aurait poussé la France à accepter les conditions drastiques des Allemands.

Comme Sapir, ils notent que « l’Allemagne obtient un droit d’accès sans restriction tarifaire à des marchés voisins qui ne peuvent plus dévaluer » et ils le citent en notant cela « leur offre la possibilité de s’endetter à bon compte pour… acheter des produits allemands ». Mais ils ne blâment pas l’Allemagne, qui ne fait que défendre ses intérêts dans le cadre que nous avons accepté. Ils notent aussi que la hausse des prix de l’immobilier, pousse Berlin à refuser l’assouplissement de la politique monétaire, qui n’est pas adapté à la situation du pays. Ils notent néanmoins la logique très culpabilisatrice et superficielle du pays en citant Angela Merkel qui disait fin 2013 : « la vie n’est pas juste : si vous avez trop mangé et trop grossi, mais que d’autres personnes sont toujours minces, je vous aiderai à payer le docteur ».

Un problème démocratique et social

samedi 19 avril 2014

Quand des journalistes de l’Express et de l’Expansion décryptent le démontage de l’euro


Dans « Casser l’euro pour sauver l’Europe », outre le fait de présenter une bonne synthèse des raisons pour lesquelles la monnaie unique européenne provoque un tel cataclysme économique, les auteurs ont le mérite de présenter une synthèse très recommandable de toutes les questions que l’on peut se poser sur le retour aux monnaies nationales, en s’appuyant sur les nombreuses études disponibles.


L’impasse des variantes de la monnaie unique

Ils citent Michel Aglietta pour qui la zone gagnante « tend à agglomérer les activités les plus productives dans les mêmes pôles et à désertifier les régions (…) les moins industrialisés ». Ils notent que 150 années d’unification italienne n’ont pas permis la convergence du Nord et du Sud et que le fait que les salaires soient la seule variable d’ajustement de la compétitivité mène à une concurrence suicidaire. Ils citent de larges extraits de l’étude réalisée par Jacques Sapir et Philippe Murer pour Res Publica et notent qu’ils prévoient une augmentation de 4 à 10% du PIB des pays du Sud au bout de deux ans seulement (et une baisse de 3,5% du PIB de l’Allemagne). Ils défendent le principe des dévaluations en montrant comment elles ont contribué à la réussite de la Corée du Sud et de Samsung au détriment du Japon, et que Tokyo utilise cette arme à profit depuis l’arrivée de Shinzo Abe au pouvoir.

Ils étudient l’option de scinder l’euro en deux : un euro du Nord et un euro du Sud mais cela reviendrait à créer les mêmes problèmes à des échelles différentes. Ils citent une étude des économistes de la banque centrale Polonaise sur le démontage contrôlée de la zone euro qui évoque la possibilité que l’Allemagne prenne l’initiative de sortir de la monnaie unique. Pour eux, il faut passer d’une monnaie unique à une monnaie commune et ils se désolent que Marine Le Pen en ait fait un de ses chevaux de bataille, souillant l’idée dans le débat public. Pour eux, un retour aux monnaies nationales a deux avantages : économique, en permettant d’adapter le taux de change à la situation de chaque pays, et démocratique, en permettant de redonner aux citoyens une prise sur le cours des choses.

Le démontage de la monnaie unique en pratique

vendredi 18 avril 2014

Bitcoin chez Monoprix : de la fausse monnaie qu’il faut interdire !


Il y a quelques jours, François Lenglet, pourtant généralement bien inspiré, a consacré son billet au fait que Monoprix devrait prochainement accepter les bitcoins pour payer ses courses. Nullement choqué par ce qui n’est que de la fausse monnaie, il y voyait une annonce de notre avenir. Grosse erreur.


En réalité, un retour en arrière

Il y a quelque chose de fascinant avec bitcoin. Peut-être parce que certains y voient une innovation symbole de la modernité et de notre avenir, ils n’arrivent pas à voir la réalité de ce qu’est ce phénomène de foire dont on parle tant. D’où le fait qu’une partie d’entre eux arrivent même à imaginer que notre avenir sera rempli de différentes monnaies, souvent émises par des entreprises technologiques étasuniennes, comme Google ou Facebook. Avec des citoyens qui ont une opinion souvent très mauvaise de leurs gouvernements et de l’Etat, cette idée peut apparaître comme une évolution moderne et logique de nos sociétés, une nouvelle possibilité offerte par la technologie, qui pourrait même faciliter notre vie.

Mais cette interprétation de l’histoire repose sur une méconnaissance de l’histoire monétaire, rappelée par The Economist dans un papier sur sur les conséquences des crises financières. En effet, les grands pays n’ont pas toujours fonctionné avec une monnaie centrale (fût-elle partagée avec d’autres pays). Par exemple, les Etats-Unis ont expérimenté, à partir du début du 19ème siècle, une période d’anarchie monétaire où chaque banque pouvait émettre son propre dollar, le système dit de « la banque libre ». Mais la grande instabilité de ce système et les nombreuses crises financières qui l’accompagnèrent, poussa les banques à mettre en place en 1913 la troisième banque centrale des Etats-Unis, la Fed, garantissant une seule monnaie, le dollar, et qui joue toujours un rôle comparable aujourd’hui.

Les gouvernements doivent interdire son usage

jeudi 17 avril 2014

L’attaque révoltante et rétrograde du Medef sur le niveau du SMIC


Par une sinistre ironie de l’histoire, alors même que l’ancienne SEITA vient de décider de fermer une usine française pour délocaliser sa production en Pologne (où les salaires sont cinq fois plus bas), Pierre Gattaz, patron du Medef, prend la suite de Pascal Lamy pour réclamer la création d’emplois payés moins que le SMIC. Une attitude révélatrice de notre époque.


De l’ultra-libéralisme culturel, ou le règne du chacun pour soi

Il est tout de même totalement incroyable que le patron du Medef, Pierre Gataz, ne se soit pas rendu compte qu’il est profondément indécent de demander une baisse du SMIC, d’autant plus que les déclarations dans ce sens du « camarade socialiste » Pascal Lamy il y a quelques jours avaient déclenché une forte colère dans le pays. Comment peut-il demander cela alors que le pouvoir d’achat de la population (et notamment des classes populaires) baisse et que les revenus et la richesse des plus grandes fortunes ne cessent d’augmenter ? Alors que tout le monde commence à comprendre que la montée des inégalités menace notre société, voilà qu’il propose de les augmenter plus encore !

En fait, cette déclaration est un nouvel exemple de tous les travers du néolibéralisme, selon lequel la somme des égoïsmes pourrait produire de l’intérêt général ! Par-delà l’inhumanité profonde de cette idée, même si la marge des entreprises françaises n’est pas au plus haut, la baisse des salaires n’est pas une solution, car, en baissant le pouvoir d’achat des salariés, cela reviendrait à réduire leur consommation et donc le chiffre d’affaire des entreprises. Cela marque un retour aux idées du patronat  le plus rétrograde du 19ème siècle, d’avant Henry Ford, qui avait compris, lui, qu’une bonne rémunération de ses employés était bénéfique à son entreprise, en augmentant in fine la demande pour ses produits.

De l’euro et du libre-échange et leurs conséquences

mercredi 16 avril 2014

Quand des journalistes de l’Expansion et l’Express veulent « casser l’euro »


Franck Dedieu et Benjamin Masse-Stamberger s’étaient déjà distingués en écrivant un livre réhabilitant le protectionnisme, à l’échelle européenne néanmoins. Ils récidivent sur un sujet encore plus tabou dans un nouveau livre où ils proposent de « casser l’euro pour sauver l’europe ». Bienvenue !


Un rêve bien peu crédible…

Quoi de plus réjouissant que des journalistes sérieux de l’Expansion, l’Express, du Figaro ou du Monde Diplomatique rejoignent la cohorte grandissante des intellectuels euro-critiques. Y-a-t-il seulement aujourd’hui un intellectuel sérieux capable de produire une argumentation solide en sa faveur ? Et attention, je ne parle pas des « arguments » des évêques de l’UE, pour qui l’europe est une religion déconnectée du rationel. Les barrières du politiquement correct semblent de plus en plus friables

Les auteurs dénoncent « les censeurs qui veillent » et le fait que le « système euro se soit mué en dogme (…) s’éloignant toujours plus de la réalité à mesure que s’agrandissait le fossé séparant le projet de sa réalisation concrète ». L’euro est devenu une religion qui rend aveugle aux avis des prix Nobel d’économie qui « expriment les plus grandes réserves vis-à-vis de la monnaie unique ». Ils citent notamment Milton Friedman : « les différences vont s’accumuler dans les divers pays et les chocs asymétriques vont les affecter. L’Irlande a besoin d’une politique monétaire différente de l’Espagne ou l’Italie. Il est difficile de croire que cela restera un système monétaire stable pendant très longtemps (…) Les pays de la zone n’ont pas la même homogénéité politique, sociale et culturelle que les cinquante Etats américains (…) La possibilité la plus vraisemblable est qu’il y aura des chocs asymétriques frappant les différents pays. Cela signifiera que le seul mécanisme d’ajustement dont ils pourront se satisfaire sera budgétaire et fiscal, avec du chômage : pression sur les salaires, pression sur les prix ». Bien vu…

Les promesses des partisans de la monnaie unique n’en sont que plus ridicules. Pierre Moscovici soutenait que « la force de la monnaie unique est de pouvoir contribuer à créer l’environnement monétaire et financier plus stable dont l’économie mondiale a besoin ». Jean-Claude Trichet vantait l’exemple irlandais en 2005. Jean Quatremer vantait la protection offerte par l’euro fin 2008. Ils font un sort à Yves Thibault de Silguy et Jacques Delors qui vantaient l’effet positif que l’euro devait avoir sur la croissance.

L’euro se heurte au mur de la réalité

mardi 15 avril 2014

Trois raisons d’aimer la nation


Demain, publication de la note de lecture sur le livre « Casser l’euro pour sauver l’Europe »


Depuis 1945 en Europe, beaucoup considèrent les nations avec méfiance, comme si cette structure de l’organisation humaine portait en elle la seule responsabilité des guerres qui ont déchiré le monde. Et si ce n’était pas le cas ? Et si les nations étaient là pour le bien de l’humanité ?

La nation, c’est une communauté culturelle

En effet, le point fondamental d’une nation est le fait qu’elle constitue une communauté pour les hommes. Avec la famille, il s’agit sans doute de la communauté la plus importante pour les individus, celle qui reste à vie, le point fixe de toute une existence, quand les amis, les entreprises ou les lieux d’habitation peuvent changer. Cette communauté est fondamentale pour déterminer l’identité de tous ses membres.

En outre, cette communauté est profondément culturelle. A chaque nation est attaché un système de valeurs distinctes et d’habitudes qui caractérisent la communauté nationale. Les Français ne sont pas des Etasuniens ni des Italiens ou des Allemands. L’identité nationale porte une part essentielle dans la constitution de l’identité de chaque individu.

La nation, c’est la solidarité

lundi 14 avril 2014

Le vent tourne dans l’opinion sur l’Europe, même dans les élites


Le dernier soutien de l’UE pourra éteindre la lumière. Cette construction antidémocratique et antisociale n’a jamais été très populaire, mais les choses s’accélèrent depuis quelques mois. De nombreuses personnalités rattrapent l’opinion publique dans leur critique de la tour de Babel bruxelloise.



Feu sur l’Union Européenne !

La critique de l’Union Européenne n’est pas nouvelle. Les gaullistes, aujourd’hui représentés par Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement ou une gauche plus radicale (Frédéric Lordon, qui publie un nouveau livre « la malfaçon, monnaie européenne et souveraineté démocratique » où il critique l’euro, au M’PEP, Jacques Nikonoff ou Aurélien Bernier, qui a théorisé le concept de « désobéissance européenne » ou enfin François Ruffin, du Monde Diplomatique, qui a publié « Faut-il faire sauter Bruxelles ? » aux éditions Fakir) ainsi que des intellectuels critiques contre l’UE, notamment Jacques Sapir et Emmanuel Todd ont toujours été en pointe dans ce combat,. Mais depuis quelques mois, il semblerait que quelque chose se soit passée car les rangs des UE-critiques ne cessent de grandir.

Et le plus intéressant, c’est qu’une frange plus modérée semble virer sa cuti. Il y a le très bon livre de Coralie Delaume « Europe : les états désunis », qui pointe toutes les défauts de l’UE. Olivier Berruyer, le blogueur N°1 en économie, dénonce la monnaie unique dans son dernier livre. Paul Krugman, comme de nombreux autres « prix Nobel d’économie », éreinte la monnaie unique dans son dernier livre. François Lenglet n’est guère plus indulgent dans son dernier livre. Et, après avoir réhabilité le protectionnisme, Franck Dedieu, de l’Expansion, et Benjamin Masse-Stamberger, de l’Express, ont publié « Casser l’euro pour sauver l’Europe » (bientôt en résumé). Et Bernard Maris vient de rallonger cette liste.

L’UE rencontre le mur des réalités

dimanche 13 avril 2014

Désir, Moscovici, MAM, Morano : l’Europe, poubelle politique des euro béats



Hier, Harlem Désir a été nommé secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Un énième cas où un poste européen se révèle être une confortable échappatoire pour un politique en disgrâce ou défait. Quelle curieuse conception de l’Europe de la part des partis qui ont pourtant construit l’UE !


Voie de garage politique

Vous êtes un ministre que l’on souhaite exfiltrer pour n’importe quelle raison, que ce soit des dérapages bling bling ou un trop effacement ? Vous êtes un dirigeant de parti dont personne ne reconnaît l’autorité et qui a fait la bourde de reprendre le président de la République sur l’affaire Léonarda ? Vous avez été battu aux dernières élections mais avez un certain poids politique ? Les postes de l’UE sont faits pour vous si vous êtes au PS ou à l’UMP. Après 18 mois guère convaincants à la tête du PS, Harlem Désir vient de trouver une belle échappatoire, comme secrétaire d’Etat aux affaires européennes. Pierre Moscovici, qui ne s’est pas imposé à l’économie, devrait devenir commissaire européen.

Pour être franc, Désir est loin d’être le seul responsable de la défaite des élections municipales. Hollande et son équipe étaient bien davantage visés par les Français. Le PS affirme que son passé de député européen le qualifie particulièrement pour le poste, mais il n’était pas très impliqué à ce poste, figurant parmi les moins présents. L’utilisation de l’UE comme voie de garage est aussi courante à l’UMP, pour trouver un autre mandat aux défaits de 2012, comme Nadine Morano ou Michèle Alliot Marie, après en avoir fait un moyen de sortir Rachida Dati du gouvernement en 2009… Bref, on ne compte plus les exemples d’hommes ou de femmes politiques en difficulté qui se sont tournés vers l’Europe.

Une cage bien dorée