mercredi 29 octobre 2014

Bilan économique et social de François Hollande à mi-mandat (billet invité)


Billet invité de l’œil de Brutus.


Nul besoin d’ergoter pendant des lustres sur le bilan de François Hollande en termes de résultats économiques : ceux-ci sont à la mesure d’un chômage qui crève tous les plafonds et d’une croissance qui reste désespérément atone à tel point que les défauts d’investissements d’aujourd’hui commencent par mettre gravement en péril la France de demain[i]. Mais, contrairement aux mensonges du gouvernement sur le sujet ce bilan n’est pas un simple effet de cycle économique ou la simple résultante d’une situation catastrophique laissée par la majorité précédente. Il est aussi indubitablement lié aux mesures prises par François Hollande et sa clique : une thérapie de choc néolibérale qui ferait se pâmer d’envie une Margaret Thatcher en goguette ou un Chicago boys friedmanien en mal de reconnaissance. Car lorsqu’en période de récession, l’on massacre à ce point l’économique et le social, il ne faut guère s’attendre à ce que ménages et entreprises (celles tenues par de véritables entrepreneurs, non les vampires multinationaux) retrouvent le goût de l’initiative, de la dépense et de l’investissement, éléments pourtant indispensables à la création d’emplois. Et lorsque l’on met une telle morgue, une telle arrogance et un tel acharnement à détruire les structures économico-sociales[ii] d’un peuple, il ne faut pas s’étonner, qu’un jour ou l’autre, il vous le fasse payer.
Petite recueil (non exhaustif) donc, des mesures économico-sociales prise par la « gauche de droite » la plus décomplexée que la France ait jamais connue[iii] :

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mardi 28 octobre 2014

Budget, allocations familiales, TGV : les choix révélateurs du gouvernement


Depuis le changement de gouvernement, la majorité est rentrée dans une phase hyperactive, où elle multiplie les décisions. Outre le caractère de plus en plus néolibéral de son agenda, on peut aussi y voir la réduction de la politique à de la simple gestion et l’oubli de la défense d’un modèle de société.



Gérer au lieu de diriger

Si tout ce qui se passe depuis l’été (ou même depuis le début du mandat) n’est pas sans cohérence d’un point de vue idéologique, il est frappant de constater à quel point le gouvernement semble naviguer à vue, sans jamais sembler capable de voir plus loin que le bout de ses pieds. D’où l’annonce à l’automne 2013 qu’il tiendra les 3% de PIB de déficit budgétaire en 2015, qu’il est obligé, un an après à peine, de repousser de deux ans de plus. Il en va de même dans le bras de fer sur le déficit budgétaire pour 2015. Après avoir indiqué qu’il ne négocierait pas avec la Commission, il a fini par lâcher un peu de lest, sous la forme d’une réduction de 3,6 milliards d’euros du déficit budgétaire.

Et cette lutte dérisoire et contre-productive contre les déficits, les mains dans le dos sans l’appui d’une banque centrale, comme à Tokyo, Washington, Londre ou Stockholm, pousse le gouvernement à multiplier les mesurettes destinées à réduire les déficits. On peut penser aux 700 millions que devrait rapporter la réforme des allocations familiales. Incapable de fixer un cap solide qui peut réussir, François Hollande et son équipe se font que réagir, ne cessant d’adapter à la marge le cap politique de la France en fonction des échecs que provoque leur politique, dans une adaptation continue mais dérisoire et superficielle. Nous n’avons plus des dirigeants mais des gestionnaires à la petite semaine.

L’oubli complet des principes

lundi 27 octobre 2014

Vers une société sans emplois ?





Terreur sur l’emploi dans le commerce

Le cabinet Trendeo, qui décrit depuis plusieurs années la réalité de la désindustrialisation dans notre pays, a pointé un phénomène récent et nouveau, à savoir la destruction d’emplois dans le commerce depuis deux trimestres. On pourrait croire que ce phénomène est normal étant donnée l’état de notre économie. Mais même en plein cœur de la crise, alors même que le PIB avait reculé de plus de 2% en 2009, le commerce avait continué à créer des emplois, malgré la baisse des créations d’emplois et la hausse des suppressions de postes. Depuis deux trimestres, pour la première fois, le commerce détruit des emplois, sous le double phénomène d’une baisse des créations et d’une hausse des destructions.

Les graphiques de Trendeo démontrent qu’il y a une tendance très négative en marche, qui révèle que des phénomènes profonds sont sans doute à l’œuvre et engendrent un mouvement de destruction d’emlois qui pourrait bien continuer à s’accélérer. Malheureusement, tout ceci n’est pas totalement illogique quand on constate le développement des caisses automatiques, dont la fonction principale consiste à supprimer de coûteux postes de caissiers dans les magasins. Le « prix Nobel d’économie », Joseph Stiglitz, note dans son dernier livre « qu’il est curieux qu’à une époque où le chômage est si élevé, les supermarchés remplacent les caissiers par des caisses automatiques ? ».

Le Munich social continue et s’amplifit ?

dimanche 26 octobre 2014

56% du PIB de dépenses publiques : et si la France ne dépensait pas tant ?



En ces temps de ras-le-bol fiscal, la cause est entendue : l’Etat français est coupable de dépenses abusives. Pour preuve, notre niveau de dépense publique atteint 56,3% du PIB contre seulement 45,6% en Allemagne et 41,4% aux Etats-Unis. Problème : nous comparons des choux et des carottes.



Des choix dans la santé et l’éducation

Ce papier n’a pas la prétention d’une étude complète et exhaustive qui permettrait de comparer de manière scientifique la dépense publique en France et dans les autres pays, mais de donner des éléments montrant que certaines conclusions sont tirées un peu rapidement. A première vue, l’Etat français dépense donc 15 points de PIB de plus que son homologue étasunien ! Premier problème : dans la santé et l’éducation, le gros de nos dépenses est fait par l’Etat, quand outre-Atlantique, la part du privé est bien plus importante (avec un très mauvais résultat). Il y a donc un biais méthodologique à comparer des dépenses publiques qui ne recouvrent pas le même périmètre en France et aux Etats-Unis.

En 2011, selon la Banque Mondiale, la France consacrait 11,6% de son PIB à son système de santé (dont 8,9% de dépenses publiques) et les Etats-Unis 17,9% (dont 8,2). Idem sur l’enseignement supérieur, où notre pays consacre 1,4% de son PIB (dont 1,2) contre 2,7% aux Etats-Unis (dont 1). En clair, tant pour la santé que l’éducation supérieure, les Etats-Unis dépensent bien plus que nous mais l’Etat y dépense moins que le nôtre car les ménages et les entreprises doivent prendre le relais d’un Etat qui s’est désengagé. Du coup, si on additionne les dépenses privées dans les deux domaines, le total atteint alors 59,2% du PIB en France et 52,8% aux Etats-Unis ! L’écart de dépenses entre les deux pays passe de 15 points du PIB à seulement 6,4 points, expliquant pas moins de 57% de l’écart !

Du poids des entreprises publiques

samedi 25 octobre 2014

Valls : la modernité comme alibi commode pour refuser de débattre et de réfléchir


« Il faut en finir avec la gauche passéiste » : c’est cette phrase du Premier Ministre dans un entretien à l’Obs qui a allumé le feu, d’autant plus qu’il y regrette que la majorité n’ait pas tendu la main à François Bayrou en 2012. Mais cette phrase cache surtout une posture un peu trop commode.



La sempiternelle rengain de l’archaïsme

Cela fait maintenant 30 ans que le débat politique national revient sur la pseudo fracture entre ce qui serait l’aile moderne et l’aile archaïque du Parti Socialiste. Manuel Valls, représentant ultime de l’aile prétendument moderne, soutient « qu’il faut en finir avec la gauche passéiste, celle qui s’attache à un passé révolu et nostalgique, hantée par le surmoi maxiste et par le souvenir des Trente Glorieuses ». Pour lui, la gauche doit être « pragmatique, réformiste et républicaine » et poursuit « il faut assumer devant les Français que réformer un pays qui a perdu sa compétitivité prendra dix ans. Je comprends leur impatience, mais il faudra du temps pour que la France rattrape pleinement son retard ».

Finalement, on peut dire que c’est le discours de Manuel Valls qui est passéiste. Après tout, c’est la même rengaine que l’aile droite du PS nous sert depuis plus de 30 ans, depuis le virage libéralo-austéritaire de 1983, qui a fait que les « socialistes » ont libéralisé express la finance et abandonné les ouvriers. Déjà, à l’époque, les réticences d’un Jean-Pierre Chevènement étaient sans doute jugées comme des positions archaïques par des camarades trop influencés par un air du temps provenant pourtant de Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Les mêmes pseudo modernes ont défendu l’indépendance de la banque centrale, qui ne défend plus l’intérêt général, ou le bradage du patrimoine de l’Etat.

Une manipulation du débat public

vendredi 24 octobre 2014

La Grèce, 4 ans après : bilan des effets de l’austérité sur la santé des peuples (billet invité)


Billet invité de l'Oeil de Brutus, qui complète le papier que j’avais écrit il y a près d’un an « En Grèce, assistons-nous à un crime contre l’humanité ? »



Sur l’écran radar des médias bien-pensants, la Grèce a pour ainsi dire disparue. Quatre après les violentes cures d’austérité imposée au pays père de la démocratie, qu’en est-il dans le secteur de la santé, dont le budget a été amputé de près de 50%[i] ? :

jeudi 23 octobre 2014

Aubry, Hamon : les postures dérisoires de l'aile "gauche" du PS


C'est le feu dans la maison socialiste. Avec un président de la République qui bat des records d'impopularité à mi-mandat, une partie des camarades hésitent de moins en moins à tirer contre l'ambulance. Vrais désaccords de fond ou postures destinées à préparer leur avenir personnel ?



Mots durs pour désaccords superficiels

Menace sur la République ! L'ancien ministre de l'éducation n'est pas allé avec le dos de la cuillère dans sa critique de la politique du gouvernement. Bien sûr, devant les critiques de ses camarades, il a précisé que ce sont les politiques de réduction des déficits qui menacent la République, parce qu'elles affaiblissent l'Etat et pourraient favoriser Marine Le Pen pour les élections présidentielles en 2017. Mais cette présentation des choses est profondément surprenante, pour ne pas dire malhonnête. En effet, les déficits publics seront stables entre 2013 et 2015, à 4,3% du PIB et le gouvernement a réduit l'étau de l'austérité suite à la révolte fiscale de 2013. Bref, il est curieux d'exprimer une telle critique alors même que la majorité va plutôt dans la direction de Benoît Hamon, sur la question précise des déficits.

Martine Aubry a également exprimé ses divergences avec la politique menée par celui qui l'a battu en 2011. Elle propose de réduire le montant des baisses de charges à destination des entreprises, en le ciblant sur les entreprises innovantes, qui embauchent et qui investissent. Une idée qui peut sembler intéressante, mais qui ressemble furieusement aux usines à gaz souvent conçues par les énarques, autant d'occasions pour les grands groupes d'échapper à l'impôt. La mise en place serait sans doute un cauchemar. Ensuite, elle propose de réinvestir 20 milliards ainsi économisés dans la demande, en s'appuyant notamment sur les collectivités locales. On n’est jamais mieux servi que par soi-même... Une bonne illustration du caractère tribal de ces politiques qui ne voient pas plus loin que leur mandat.

Le théâtre des ambitions prédomine

Calais ( ou le cul-de-sac de l’Union Européenne) (billet invité)


Billet invité de Michel Colas


Une fois n’est pas coutume, lundi 13 octobre, c'est ensemble que des policiers, agriculteurs, commerçants ou simples citoyens ont manifesté à Calais.

Le motif de leur mécontentement : Le manque de moyens pour faire face à l’afflux, toujours plus important de migrants sur le secteur.

En effet, depuis quelque temps, Calais donne l’impression d’être une zone de non- droit dans laquelle les problèmes quotidiens supportés par les Calaisiens et les forces de l’ordre sont en constante augmentation. Toutefois, la présence accrue de migrants sur un territoire non préparé et les gênes subies ne doivent pas cacher la véritable cause du problème, à savoir les accords de Schengen.
Comme, je l’avais décrit dans un billet précédent Schengen ou l’Hypothétique eldorado , le traité de Schengen et ses incohérences sont bien à l’origine du problème, et la situation de Calais découle directement de la permissivité de nos frontières.


mercredi 22 octobre 2014

L’ORQUE : de la méritocratie à l'usurpation du mérite (billet invité)


Billet invité de Marc Rameaux.

Comment le mérite véritable a été remplacé par son imposture et porte des hommes médiocres aux postes de décision – Une nouvelle organisation de la société et de l’économie pour y remédier – Une certaine idée de l’homme


Cet article résume l’analyse et le projet de société de l’ouvrage « L’orque », de Marc Rameaux

« L’ego est en raison inverse de la personnalité »

Vladimir Jankélévitch

Le monde économique moderne soulève des inquiétudes croissantes, qui ont déjà fait l’objet de plusieurs ouvrages. Nombreuses sont les critiques qui en ont dénoncé la dureté, l’extrême rapidité, parfois la violence psychologique.

L’évolution vers un monde de plus en plus compétitif et globalisé, ou bien la remise en question de l’économie de marché elle-même, sont les critiques les plus fréquemment invoquées, accompagnées de solutions diverses selon les tendances politiques des auteurs.

Mais si le problème n’était pas là ? Nombreux pensent que l’économie et le monde de l’entreprise sont restés à peu près les mêmes, mais en plus dur, plus rapide, plus complexe. Le malaise que nous ressentons provient de beaucoup plus loin.

mardi 21 octobre 2014

Macron et Sapin à Berlin : le Munich économique de la France


Quelle humiliation pour Paris ! Le gouvernement se comporte comme le mauvais élève qui vient quémander à Berlin le soutien du meilleur élève pour amadouer la maîtresse, la Commission, qui est paradoxalement repréésentée par celui qui a mené notre pays dans cette situation, Pierre Moscovici.



La France, sans la grandeur, et même l'honneur

Il est tout de même extrêmement humiliant pour notre pays que François Hollande ait carrément envoyé à Berlin Emmanuel Macron et Michel Sapin pour tenter d'allumer un contre-feu aux menaces que font peser sur notre pays les accords européens qu'il a acceptés. A minima, pour la forme, il aurait pu trouver un terrain plus neutre pour une telle rencontre. Là, le fait que les ministres de l'économie et du budget se déplacent de concert à Berlin pour quémander le soutien de notre voisin face au front de critiques créé par la présentation du budget 2015, qui affiche un déficit de 4,3% du PIB, comme en 2013, alors que Pierre Moscovici avait promis de le réduire à 3% du PIB au printemps 2013...

Bien sûr, les ministres, ces communicants de la pensée néolibérale, ont trouvé une bonne grosse ficelle pour essayer de faire passer la pillule. Emmanuel Macron propose une baisse des dépenses de 50 milliards en France et un plan de 50 milliards d'investissements en Allemagne, façon de faire comme s'il s'agissait d'un 50/50. Mais la rustine est un peu grosse. On peut d'ors et déjà soupçonner que les 50 milliards d'investissements de l'Allemagne ne seront pas 100% additionnels, comme le dérisoire plan de croissance européen négocié par Hollande contre la ratification du TSCG en juin 2012 (dont on a bien vu l'effet...) et qu'il portera sur plusieurs années. Et on peut imaginer que le plan Allemand profitera essentiellement à Berlin, notre voisin n'étant pas le dernier en matière de protectionnisme subtil.

L'UE, c'est l'Europe de la loi du plus fort