jeudi 5 mars 2015

Budget : le ridicule jeu de chat de la France et l’UE




Entre souk et prison


Mais les discussions ne s’arrêtent pas là. D’abord, la France doit trouver quatre milliards d’économies de plus en 2015, ce qui semble davantage répondre à un objectif politique, à savoir montrer que le pays va dans la direction souhaitée notamment par l’Allemagne. Car ce montant n’aura pas d’impact majeur. En revanche, Bruxelles pense que Paris doit trouver 80 milliards d’économie de 2015 à 2017 au lieu des 50 avancés par le gouvernement pour tenir les mêmes objectifs. Le gouvernement annonce que cela aurait un effet désastreux sur la croissance et refuse de changer son plan, d’autant plus que François Hollande vient tout juste d’annoncer qu’il n’y aurait pas de hausse d’impôts

Les traités ne sont que des bouts de papier

mercredi 4 mars 2015

La chienlit Bitcoin bouge encore




De nouveaux cadavres dans le placard

Il faut reconnaître que The Economist, même s’il soutient mordicus Bitcoin, n’omet pas d’en souligner les nombreux vices, belle conception du débat d’idées, même si le journal des élites globalisées est d’un dogmatisme assez effarant. Après avoir déjà consacré plusieurs papiers sur le sujet, et notamment la folle bulle de sa valeur, dans un papier de janvier, il souligne la montée des ransons numériques, où des brigands de l’ère moderne prennent contrôle de l’ordinateur d’un individu ou d’une société et exigent une rançon pour relâcher les données. Il souligne que « l’émergence du bitcoin, une crypto-monnaie digitale qui peut être utilisée de manière anonyme, en est une grande raison ».

Dans un autre papier du même numéro, il souligne qu’« en 2014, il a pedu plus de la moitié de sa valeur par rapport au dollar, faisant même pire que le rouble russe et l’hryvnia ukrainienne ». Dans un toirisème papier, qui chante les louanges de « la magie de miner », The Economist soutient qu’ils « ont trois qualités utiles pour une monnaie : ils sont difficiles à gagner, limités en quantité et faciles à vérifier ». Sauf qu’il rapporte aussi la disparition de 19 000 Bitcoins (environ 6 millions de dollars) sur la plateforme d’échange Bitstamp… Puis, il note qu’en outre, cette pseudo-monnaie n’est pas très environnementale, en ce qu’elle nécessite beaucoup d’énergie pour mettre en œuvre les transactions.

L’anarchie monétaire

Les 10 commandements du postmodernisme (6/10) : Le rapport au savoir : tu offenseras tout maître en position de t’éduquer (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus



Suite des recensions sur l’ouvrage de Dany-Robert Dufour, Le Divin Marché (Denoël 2007)

Lire également

La doxa postmoderne énonce un principe simple : l’école – comme toute institution – est une prison (page 199) ; affirmation que l’on retrouvait d’ailleurs dans Surveiller et punir, l’ouvrage référence de Michel Foucault : « La prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent aux prisons » (page 200). En fait, dès lors qu’un lieu exige l’énonciation de règles plus ou moins formelles, le postmodernisme le considère comme prison. Pour Foucault, le pouvoir n’a ainsi aucun fondement philosophique ou politique, il n’est que force pure, et bien sûr en tant que tel exercice d’oppression (page 200). Il en est ainsi de la pédagogie dès qu’elle s’appuie sur des règles, et encore plus lorsqu’elle en vient à récompenser et punir. La pédagogie ne serait finalement qu’une méthode de dressage des individus. On retrouve en outre un lien entre savoir et pouvoir : tout point d’application du pouvoir devient lieu de savoir et réciproquement, tout savoir permet d’établir un pouvoir (par exemple la démographie permet d’exercer un contrôle sur la population). Et Foucault pousse cette logique au plus loin : pour lui, c’est la prison qui fabrique la délinquance ou encore la psychiatrie qui fabrique les maladies psychiatriques (page 201). La sociologue Pierre Bourdieu reprend à son compte ce type de raisonnement : «  Toute action pédagogique est objectivement une violence symbolique en tant qu’imposition, par un pouvoir arbitraire, d’un arbitraire culturel » (page 202).

mardi 3 mars 2015

Les progrès dérisoires de la taxe Tobin européenne

The Economist, qui s’est toujours fait le porte-parole de la finance, qui s’oppose dogmatiquement à toute taxation des transactions financières, a conté dans un récent papier les timides progrès de l’initiative des pays européens. Tellement timides qu’ils n’en font pas grand cas…



La mini-taxe européenne

The Economist rapporte que la France et l’Italie ont récemment mis en place des taxes sur les transactions financières. La France s’est inspiré de l’impôt de bourse anglais en 2012 et a mis en place une taxe de 0,2% limitée aux seuls achats d’action. Même le Crédit Suisse a reconnu que l’impact sur les volumes échangés a été très limité. Le cas de l’Italie est plus intéressant car, en 2013, Rome a mis en place une taxe de 0,12% sur les actions et de 0,22% sur les échanges hors cote. Six mois plus tard, les dérivés ont aussi été taxés. En revanche, le volume des transactions a fortement baissé par rapport aux autres pays selon le Crédit Suisse. Londres et Luxembourg s’opposent à toute taxe.

Malgré cette opposition, en 2014, onze pays européens ont décidé de lancer une initiative européenne. La position de la France est ambiguë. Si elle pousse le projet, elle s’est longtemps opposée à la taxation des dérivés, dont ses banques échangent un quart des volumes européens. Les débats portent également sur les principes de la taxation : faut-il se baser sur le pays d’émission des titres, le pays de l’acheteur ou celui du vendeur ? Début janvier, la France a changé d’opinion, appuyant une large base de taxation, s’alliant avec l’Autriche et l’Italie. The Economist conclut en notant que les financiers, qui pensaient que la taxe ne verrait jamais le jour, pensent désormais que cela est possible.

Ce que révèle ce débat

lundi 2 mars 2015

Chine, Ukraine, pétrole : Washington face à un monde multipolaire

Quelques complotistes obsessionnels voient sans doute dans les derniers évènements une confirmation du fait que Washington et la CIA contrôleraient le monde. On peut penser au contraire que nous assistons à un lent avènement du multipolarisme, déjà en route financièrement.



Effet de ciseaux des comptes chinois

La montée en puissance de la Chine est le signe le plus frappant de ce rééquilibrage du monde. Certes, le yuan ne représente que 2% des paiements internationaux, mais il ne cesse de progresser et a atteint la 5ème place des devises, alors même qu’il ne flotte pas encore tout à fait. Mais un autre événement, pourtant extrêmement significatif, semble être passé inaperçu. De même que les doubles déficits étasuniens marquaient l’utilisation asymétrique du dollar par Washington, le fait que les excédents commerciaux de la Chine progressent encore alors même que sa balance des paiements se dégrade à grande vitesse indique que Pékin souhaite sans doute peser de plus en plus lourd dans le monde.

En effet, théoriquement, la balance des paiements devrait suivre l’évolution de la balance commerciale, qui vient de bondir de 88% en janvier, du fait de la baisse du prix des matières premières. Mais cette évolution est compensée par l’envol des investissements chinois à l’étranger, y compris en France, pour qui le Monde dit : « Bienvenue à l’invasion chinoise ! ». On peut aussi y voir un ralentissement des investissements des multinationales vers un eldorado moins prometteur qu’auparavant. Mais on peut aussi y voir une volonté des dirigeants chinoise de racheter une partie du monde, comme l’avait fait le Japon dans les années 1980, au point de susciter alors une grande inquiétude des pays occidentaux.

Troubles européens et moyen-orientaux

dimanche 1 mars 2015

J’Adore : quand Dior se renie



La dernière publicité pour le parfum J’Adore de Christian Dior peut sembler être un détail insignifiant, même s’il s’agit d’un gros succès de cette industrie où la France brille. Mais le message porté par cette publicité est extrêmement paradoxal pour une marque française comme Christian Dior.

De Versailles à Dubai

Dans cette dernière publicité, on y voit Charlize Theron, mannequin et actrice sud-africaine, dans une galerie qui semble représenter Versailles, dire que « le passé peut être beau, une mémoire, un rêve, mais ce n’est pas l’endroit où vivre ». Puis elle grimpe vers le plafond à l’aide d’un drap doré et arrache son collier en disant « et maintenant, il est temps, la seule issue, c’est en haut ». Elle sort alors du décor versaillais par une espèce de trappe, pour arriver sur un toit offrant le spectacle d’une mégalopole sans âme ni identité, qui pourrait être une grande ville chinoise ou plus encore un Dubai doré. Elle poursuit « Ce n’est pas le paradis. C’est un nouveau monde. Le futur est en or. J’Adore. Dior ».

Bien sûr, le seul but de cette publicité est de vendre des parfums. Et on peut penser que la clientèle des nouvelles mégalopoles mondialisées pourrait apprécier que Dior offre leur cadre de vie comme l’horizon indépassable de notre avenir, qui vaudrait plus que la nostalgie de notre passé. Mais le message passé par cette publicité pose doublement problème. D’abord, si Dior est ce qu’est Dior aujourd’hui, c’est justement parce que cette marque a un passé, ancré dans un pays qui a une personnalité, distincte de celle des autres pays, à mille lieues de cette vision d’un futur insipide et sans âme. Il est paradoxal de renier une part si importante de ce qui a fait et fait encore en partie le succès de Dior aujourd’hui.

Une faute de communication


samedi 28 février 2015

Et si le FN faisait à l’UMP ce que Syriza a fait au PASOK ?




La terre tremble à droite

Le premier facteur évident de ce scénario vient du fait que la contestation des partis dits de gouvernement s’incarne en France plus par l’extrême droite que la gauche radicale. Et s’il est vrai que le FN a recruté les classes populaires, en France, elles n’étaient pas l’apanage exclusif de ce qu’on appelle la gauche. On a longtemps souligné que le parti lepéniste a commencé à recruter dans les classes populaires jadis attirées par le gaullisme, quand les dirigeants de ce parti ont trahi nombre d’idéaux, et notamment la souveraineté nationale. Et les scores aux élections présidentielles de 2007 et de 2012 montrent une forte porosité entre l’UMP et le FN, notamment dans l’Est, qui penche à droite.

Le FN ne pourrait-il pas faire à l’UMP ce que Syriza a fait au PASOK et Podemos pourrait faire au PSOE ? Ne faut-il pas voir dans la revendication d’un discours plus à droite, plus musclé de la part d’une partie de l’UMP une convergence vers un discours plus identitaire et sécuritaire, qui la rapproche du FN ? Bien sûr, la crise explique sans doute en partie la progression actuelle du FN, mais il est tout de même frappant de noter que le virage droitier de Nicolas Sarkozy en 2012 n’a en aucun cas freiné la progression du Front National, mais semble au contraire avoir donné à l’extrême-droite une rampe de lancement efficace pour l’amener à de nouveaux sommets, tout en rapprochant les électorats.

Les barrages tombent

vendredi 27 février 2015

Chômage : une baisse mineure, superficielle et conjoncturelle

Pour une majorité qui promettait de faire baisser le chômage à la fin 2013 et qui proposait, à cette fin, de nouveaux contrats aidés, la montée continue du nombre de chômeurs depuis près de trois ans est un échec cinglant, non remis en question par la baisse affichée de janvier.



L’hirondelle ne fait pas le printemps

Bien sûr, selon les chiffres officiels, le nombre de demandeurs d’emploi sans aucune activité a baissé de 0,5% en janvier, soit 3,48 millions personnes en métropole et 3,74 millions sur l’ensemble du territoire, la plus forte baisse depuis 2007 comme même le Figaro le reconnaît en titre. Evidemment, le gouvernement s’est emparé de cette bonne statistique, Manuel Valls parlant d’un « premier signe positif (…) d’un encouragement à poursuivre ». Même s’il n’est pas illogique de se réjouir de cette baisse de 19 100 du nombre d’inscrits, autant de familles qui commencent à entrevoir le bout du tunnel, ces résultats, outre le fait de ne porter que sur un mois, sont très insuffisants.

Même le ministre du travail, François Rebsamen appelle à « rester prudent (et à) observer dans la durée les évolutions mensuelles ». Il faut dire que si on intègre les personnes qui ont exercé une petite activité, alors le nombre de chômeurs progresse de 0,3% au lieu de diminuer, à 5,23 millions de personnes en métropole et 5,53 millions sur l’ensemble du territoire, un chiffre qui reste considérable et montre l’ampleur de la fracture qui existe sur le marché du travail. Et s’il est vrai que le nombre de chômeurs de moins de 25 ans recule de 1,4%, en revanche, celui des seniors continue de progresser, tout comme celui des chômeurs de longue durée, pas moins de 2,27 millions de personnes !

Causes conjoncturelles et non structurelles

Mythes et mensonges autour des emplois vacants (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus


C’est une ritournelle dans la logorrhée des éditocrates néolibéraux : la France regorge d’emploi non pourvus ; ce sont les chômeurs – ces assistés – qui ne se donnent pas la peine de les prendre. La solution est évidemment alors toute faite : tailler dans les allocations chômage[i].

On pourra, certes, toujours trouver des sans emploi qui ne se soucient guère d’en trouver. Mais, même en les comptant comme part non négligeable, même en élargissant au maximum la part congrue de ceux qui se satisfont de quelques centaines d’euros par mois (y en a-t-il vraiment ?),  ce « parasitage » est loin, très loin, du vol organisé du bien commun au bénéfice d’une oligarchie (lire Ces parasites qui vivent aux crochets de l’Etat). Ironie de la chose, ces bien-pensants prompts à dégoupiller en direction du faible, fustigeant au passage « l’Etat-mama », savent pourtant très bien et très vite retrouver la tétée nourricière du contribuable (lire Médias & subventions publiques : ces assistés qui s’ignorent).  

jeudi 26 février 2015

Le PS connaîtra-t-il le destin du PASOK ?




Mêmes causes, mêmes effets ?

Même si la situation n’est évidemment pas la même, on peut faire de nombreux parallèles entre la situation de la France et celle de la Grèce et l’Espagne. On retrouve la même évolution de ces partis dits socialistes vers la social-démocratie, avant de virer eurolibéraux et appliquant les mêmes recettes économiques que la droite la plus bête et dogmatique, pour reprendre Paul Krugman, appliquant austérité, privatisations et recul des services publics, ouverture suicidaire du marché à la concurrence, et quête également suicidaire de la compétitivité alors qu’à trois mille kilomètres, il existe des pays où les salaires sont bien plus bas. Enfin, on y retrouve aussi un internationalisme volontiers antinational.

Bref, le PS Français ressemble beaucoup au PASOK, quasiment réduit à néant, et au PSOE, qui semble en prendre le chemin en Espagne avec l’émergence de Podemos. Où il apparaît qu’à trop mener des politiques proches de celle de la droite la plus dogmatique et bête (il existe des libéraux humanistes et pragmatiques), ce qu’on appelle politiquement la gauche, logiquement, finit par perdre ses électeurs, qui ne se retrouvent plus dans ces gouvernements. La troisième place aux élections européennes, ou dans les sondages pour les cantonales et les présidentielles peuvent indiquer que le PS suit un processus d’autodestruction, comme le PASOK et le PSOE, que le dernier passage au pouvoir a achevé.

Comparaison n’est pas raison ?