mardi 16 septembre 2014

Hollande et Valls pris au piège de l'eurolibéralisme



Un piège politique

Il faut être clair : François Hollande a toujours été eurolibéral. Qu'espérer d'autre que d'un fils politiques de Jacques Delors (dont il a géré le club politique Témoins) et de Lionel Jospin ? Et depuis le début de l'année, il a décidé d'ajuster son discours pour assumer dans la forme ce qu'il faisait sur le fond, tout en allant plus loin encore dans cette logique, comme l'illustre le Pacte de Responsabilité, un CICE plus important, reposant sur la même logique que la baisse du prix du travail serait l'issue pour notre pays. D’abord, malgré la persistance de sondages désastreux, du fait de la faiblesse de l'UMP et du FN, j'ai cru que cette stratégie pouvait peut-être marcher. Après tout, dans une logique politique linéaire, cela permet au PS d'occuper un large spectre politique, avec l'alliance tacite de son aile gauche.

Déjà, cette manoeuvre est mise à mal par les sondages désastreux, mais aussi par le rejet grandissant du clivage gauche-droite traditionnel. Mais l'évolution du climat politique questionne la stratégie du couple exécutif. En effet, en mettant un coup de barre à droite, loin d'occuper un large spectre de l'opinion publique et de coincer l'UMP dans un corner politique trop droitier, on peut se demander si la manoeuvre n'a pas fait bouger les plaques tectoniques politiques vers la droite. Et si la capitulation idéologique vis-à-vis de la droite la plus dogmatique (pour reprendre l'analyse de Paul Krugman) contribuait à droitiser temporairement les Français sur le plan idéologique, poussant le pays vers moins d'Etat,  moins de dépenses, moins de solidarité ? Cela s'exprime dans le jugement plus dur de la population à l'égard des personnes pauvres, ce qui est paradoxal après 6 années de crise économique.

Une impasse politique et économique


lundi 15 septembre 2014

L’incroyable second report de l’objectif de réduction du déficit de 2015 à 2017


La semaine dernière, Michel Sapin a annoncé que le déficit budgétaire pour l’année 2014 sera à 4,4% du PIB, contre 3,8% prévu, plus qu’en 2013, du fait de l’absence de croissance et de la très faible inflation. Il a aussi annoncé vouloir repousser l’objectif d’atteinte des 3% de 2015 à 2017.



L’incroyable révision des objectifs

Le psychodrame budgétaire de la dernière semaine est absolument effarant. En 2012, lors de la campagne présidentielle, François Hollande, comme Nicolas Sarkozy, avait annoncé l’objectif de réduire le déficit à 3% du PIB en 2013. Les deux finalistes ne se distinguaient que par l’horizon auquel ils pensaient pouvoir atteindre un déficit nul, 2016 pour l’un, 2017 pour l’autre. Du coup, assez logiquement, François Hollande a mené une politique budgétaire assez proche de celle de son adversaire, à base de hausses d’impôt (près de 30 milliards en 2012, comme en 2011) et de coupes dans les dépenses. Malheureusement, PS comme UMP ont négligé les leçons désormais même admises par le FMI.

En effet, la réduction des déficits, qu’elle passe par des hausses d’impôts ou coupes de dépenses, pèse fort sur la croissance, au point de compromettre la réduction des déficits, comme l’avait anticipé Jacques Sapir à l’automne 2012. Résultat, en mai 2013, devant l’évidence, Pierre Moscovici avait été contraint de négocier avec nos partenaires européens un report de l’objectif d’un déficit à 3% du PIB de 2013 à 2015. En réalité, le déficit atteint alors 4,3%, ce qui en dit long sur l’échec de la politique menée. Il est donc totalement effarant de constater qu’à peine 16 mois plus tard, le gouvernement constate à nouveau l’échec de sa politique et se retrouve contraint de demander un nouveau report de deux ans.

Ce que cela dit du gouvernement

dimanche 14 septembre 2014

La faute d’Obama sur « l’état islamique »


Bien sûr, les jihadistes de « l’état islamique » ne sont pas à prendre à légère et comment ne pas condamner les horreurs qu’ils font en Syrie ou en Irak, leurs premières victimes sont les habitants de ces pays. Mais la réponse dessinée par le président étasunien et suivie par la France est une erreur.



Etats-Unis, Russie : même logique

Bien sûr, l’humanisme pousse à vouloir intervenir contre les monstres qui décapitent les journalistes, et martyrisent les populations qui refusent de se soumettre à eux. Néanmoins, comme le soulignait Jacques Sapir dans « Le nouveau 21ème siècle », le droit d’ingérence est trop souvent le cache-sexe de l’impéralisme arbitraire du fort sur le faible. C’est malheureusement exactement ce que Barack Obama a illustré dans son discours de la semaine, où il a affirmé « nous traquerons les terroristes qui menacent notre pays, où qu’ils soient (…) nous n’hésiterons pas à agir contre l’état islamique en Syrie, comme en Irak », même s’il va bien moins loin que Georges Bush, en se limitant à des frappes aériennes.

Le raisonnement est douteux. L’état islamique ne menace pas les Etats-Unis mais l’Irak et la Syrie, même s’ils ont exécuté deux citoyens étasuniens. A moins qu’Obama ne considère que s’attaquer aux citoyens étasuniens revient à s’attaquer aux Etats-Unis, dans un raisonnement qui ne serait pas sans rappeler celui de Poutine pour la sphère d’influence russe. Ensuite, les Etats-Unis sont quand même extrêmement mal placés pour jouer au gendarme de la planète, après une guerre injustifiée qui a fait un million de victimes en Irak, qui explique sans doute en partie l’essor des jihadistes aujourd’hui, et une redite plus respectueuse du droit international en Lybie, mais dont la conclusion n’est pas meilleure,

Un choc arbitraire des civilisations


samedi 13 septembre 2014

Cette petite musique néolibérale qui s’impose


Il fallait vraiment écouter l’interview de Christian Noyer sur Europe 1 jeudi matin. On y trouvait un condensé de toutes les idées préconçues néolibérales, défendues avec le sérieux donné par le statut de gouverneur de la Banque de France. Un discours malheureusement dans le vent.


Austérité, recul de l’Etat et compétitivité

La lecture de la crise actuelle par le gouverneur de la Banque de France est d’une simplicité biblique. Notre pays pêcherait par le poids de ses taxes et impôts, qui pénaliserait sa compétitivité. Il a également appelé à réduire le déficit budgétaire en « coupant hardiment dans les dépenses ». Même s’il ne l’a pas cité, on devinait derrière tout son discours une forme de fascination pour le modèle allemand. Mais cette fascination semble avoir également provoqué un arrêt du cerveau. En effet, couper vigoureusement dans les dépenses publiques ne ferait que plonger le pays dans une récession violente, comme on l’a vu à Madrid ou Athènes (avec plus de 25% de chômeurs), comme même le FMI le reconnaît.

La course à la compétitivité est également absurde dans un monde où il est possible de trouver des salariés que l’on paie 100 euros par mois en Europe de l’Est, en Afrique du Nord ou en Asie. Jusqu’où faudrait-il baisser les salaires et la protection sociale pour être enfin considéré comme compétitif dans ce monde mondialisé qu’il ne remet pas en question ? Naturellement, Christian Noyer n’a donné aucune preuve qui démontrerait que l’Etat français dépenserait tant que cela. Manque de chance : nous manquons de professeurs dans le primaire et ils sont moins payés que la moyenne de l’OCDE… Il est malheureux que Jean-Pierre Elkabbach n’ait pas cherché à remettre en question ses propos.

Le néolibéralisme gagne une bataille ?

vendredi 12 septembre 2014

L’Ecosse face aux esprits animaux du régionalisme


La semaine prochaine, les Ecossais vont voter dans un référendum qui pourrait décider de leur sécession du Royaume-Uni. Devant des sondages très sérrés, les principaux dirigeants politiques se sont unis pour tenter d’éviter un tel désastre, dont il est difficile de ne pas voir le lien avec le néolibéralisme.



Un produit du néolibéralisme ?

Bien sûr, certains rétorqueront sans doute que je cède à la facilité en accusant le néolibéralisme d’être à l’origine des velléités d’indépendance de l’Ecosse. Et pourtant, à ceux-ci, je conseillerai la lecture du livre remarquable de Jacques Généreux, « La disociété », qui analyse sur toutes les dimensions (économique, politique, mais aussi sociétal), comment le néolibéralisme affecte nos sociétés, en poussant les hommes à ne plus que se regarder à travers l’être soi et non l’être avec. Car la tonalité de la campagne à Edinbourg comme à Londres l’illustre terriblement. La politique n’est plus ici un débat sur un destin collectif mais réduite à des récriminations financières des uns contre les autres.

Les partisans de l’indépendance veulent garder pour eux la manne pétrolière de la Mer du Nord, argument pourtant très court-termiste. Les opposants soulignent que l’Etat dépense beaucoup en Ecosse, qu’une partie de la dette sera transférée, qu’ils ne pourront pas forcément utiliser la livre sterling, et que cela pourrait pénaliser les ventes de whisky. Bref, au lieu de parler de destin commun, de communauté culturelle et d’identité, de projets à construire ensemble, le débat tourne à une négociation de marchands de tapis. Les chefs des trois principaux partis, dans un dernier effort désespéré, qui ressemble à un coup de poker, se sont mis d’accord pour proposer un nouveau projet qui renforcerait plus encore l’autonomie de l’Ecosse, pour proposer, selon eux « le meilleur des deux mondes ».

Un aboutissement égoïste et communautaire

jeudi 11 septembre 2014

Moscovici complète le dispositif eurolibéral en pleine déroute budgétaire





L’impossible équation budgétaire

Déjà, Michel Sapin avait annoncé sotto voce en août dans le Monde, que l’objectif d’un déficit budgétaire de 3,6% du PIB en 2014 ne serait pas tenu. Pourtant, il était absolument crucial de le tenir pour espérer tenir les 3% en 2015, après avoir atteint 4,3% en 2013. Dire que Hollande, comme Sarkozy, avaient promis de tenir les 3% dès 2013 ! Aujourd’hui, l’objectif semble hors d’atteinte pour 2015, alors même que la France s’était engagé sur cette date l’an dernier. Toute la question est de savoir si le cap des 3% sera prévu pour 2016 ou 2017, soit avec 3 ou 4 ans de retard par rapport à ce que le candidat « socialiste » avait dit lors de sa campagne… Hier, Angela Merkel a mis la pression à ses partenaires et la commission de Bruxelles a embrayé, pour contre-balancer la nomination de Moscovici.

Car c’est bien le problème que nous avions été nombreux à soulever il y a 4 ou 5 ans, à savoir que des politiques d’austérité concomitantes à l’échelle du continent européen, ne font que casser la croissance, et par là même, augmenter le taux de chômage et même amoindrir très fortement les résultats des efforts budgétaires du fait de cette moindre croissance. Voici une politique totalement contre-productif, à moins d’être l’Allemagne, mais qui s’est construit un modèle économique non duplicable et dont le principe repose justement sur un fort excédent commercial alors même qu’il est bien impossible que tous les pays européens soient simultanément dans la même position. Jacques Sapir avait fort bien prévu l’impasse budgétaire dans laquelle se trouve Hollande dès l’automne 2012.

L’effarante promotion de Moscovici

mardi 9 septembre 2014

25 % des jeunes français favorables à l’Etat islamique en Irak et au Levant : manipulation sondagière et excitation des peurs ? (billet invité)


Billet invité de l’œil de Brutus

C’est un sondage, réalisé au profit de médias russes, qui a été abondamment relayé par les médias (exemple parmi d’autres : l’Express) : 15% des Français, et 25% des jeunes Français, auraient une opinion favorable de l’Etat islamique en Irak et au Levant. Précisons d’emblée un point : il ne s’agit pas de 15% des Français (ou 25% des jeunes Français) mais de 15 % des sondés résidant en France (25% des jeunes sondés résidant en France)[i].


J’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur ma méfiance à l’égard des sondages (lire ici, et plus particulièrement ). Celui-là, comme souvent, est particulièrement révélateur de leur tendance à ne rien apporter dans la connaissance de ce que l’on baptise, sans doute à tort, « l’opinion publique ».

lundi 8 septembre 2014

The Economist flingue la justice étasunienne





« Extorsion de fonds et racket »



Etat, mesure et démocratie

dimanche 7 septembre 2014

Une explication des inégalités dans les pays émergents





La globalisation, vecteur d’inégalités

The Economist admet volontiers que les inégalités augmentent dans les pays émergents. Ils citent la hausse de 9% de l’indice Gini entre 1993 et 2008 pour l’Afrique sub-saharienne, et de 34% pour la Chine depuis 20 ans. Il explique aussi que cela contredit les théories de Ricardo, pour qui le libre-échange devait profiter aux travailleurs « low skill » (bonjour le biais idéologique), comme de 1700 à 1900 en France, où le rapport entre les revenus des 10% qui gagnaient le plus et des 10% qui gagnaient le moins, est passé de 31 à 11. Mais depuis les années 1970 ou 1980 selon les pays, les inégalités explosent, avec le cas des Etats-Unis, comme le rapporte la Fed, qui révèle que de 2010 à 2013, les revenus des 10% les plus riches ont progressé de 10% alors que ceux des 20% les moins riches ont baissé de 8%

Selon Eric Maskin, les travailleurs bien formés des pays émergents sont en contact avec les travailleurs plus productifs des pays dits développés. Et ce contact entre personnes différentes maximiserait la productivité globale, les plus productifs tirant la productivité des moins productifs, dont l’activité est complémentaire de celle des premiers. La mondialisation a démultiplié ce genre de contacts, favorisant donc les travailleurs les mieux formés des pays émergents, par rapport aux moins formés, qui ne sont pas exposés aux travailleurs des pays dits développés. The Economist rapporte que les entreprises exportatrices au Mexique paient des salaires 60% plus élevés que les autres et que les usines des multinationales en Indonésie paient leur encadrement 70% plus cher que les entreprises indonésiennes.

Les zones d’ombre de cette théorie

samedi 6 septembre 2014

Le mauvais procès fait aux chômeurs


Bien sûr, les droits viennent avec des devoirs, y compris pour les chômeurs. Il peut y avoir des abus et il est légitime que l'Etat lutte contre cela. Mais outre le fait que l’immense majorité des chômeurs n’ont rien à se reprocher, la déclaration du ministre du Travail est aussi suspecte que révélatrice.



Un choix tactique et stratégique

L'offensive du gouvernement contre les chômeurs poursuit deux objectifs. Alors que le nombre de chômeurs de cesse de monter depuis l'arrivée de François Hollande au pouvoir, malgré quelques mesurettes destinées à limiter l'hémorragie, le ministre pensait sans doute qu’il était utile de sous-entendre qu'une partie des chômeurs serait des feignants profitant du système. Ce faisant, François Rebsamen a repris tous les poncifs néolibéraux, notamment sur les emplois non pourvus, alors même qu'un travail sérieux démontre que le taux d’emplois vacants est faible en France. Mais pour une majorité incapable de faire baisser le chômage, cela peut créer un nuage de fumée pour camoufler les vrais problèmes.

En outre, ces déclarations ont un second intérêt, à savoir d'aller dans le sens du discours eurolibéral assumé tenu par le président depuis d'année. En effet, voici une déclaration qui aurait sans doute été applaudie lors des universités de rentrée du Medef ! Elle est cohérente avec le positionnement politique actuel de l'équipe au pouvoir qui donne ainsi des gages aux plus libéraux. Et, comme le dit Krugman dans son dernier livre, ils cherchent à faire porter aux chômeurs la responsabilité de leur situation alors que l'immense majorité d'entre eux cherchent durement du travail, comme il le rapportait en évoquant le million de candidatures reçues par Mac Donald's aux Etats-Unis en 2011 pour 50 000 postes proposés.

Un mauvais air du temps