dimanche 26 avril 2015

Le dérisoire congrès du Parti Socialiste

Martine Aubry qui signe la motion du premier secrétaire, les frondeurs qui seront représentés par un illustre inconnu et Karine Berger qui propose une motion « alternative » : le congrès à venir du Parti Socialiste sera un nouvel épisode démontrant la faiblesse de la réflexion dans la majorité.



Un pseudo débat d’idées

Pourtant, avec les départs d’Arnaud Montebourg et Benoît Hamon à la rentrée, et les critiques récurrentes de Martine Aubry et des frondeurs depuis le début du quinquennat de François Hollande, on pouvait penser que le prochain congrès du PS serait l’occasion d’un débat sur la ligne de la majorité, la relative austérité ou l’effarante et dérisoire priorité donnée à la compétitivité des entreprises. La fronde d’une petite minorité des élus depuis des mois pouvait entretenir l’illusion que le débat d’idées avait une chance d’éclore, au moins partiellement, même s’il ne fallait pas s’attendre au moindre débat sur la monnaie unique, le libre-échange anarchique, l’UE, voir même les orientations budgétaires.

Après avoir soldé Alstom à GE, puis, ce qui est oublié, lancé une partie des chantiers de la loi Macron, la baudruche Montebourg s’est totalement dégonflée, ne restant plus qu’une critique auto-centrée de François Hollande. Benoît Hamon, privé des ors des ministères, préfère agir dans le sillage de Christian Paul, alors que lui avait la surface médiatique pour pousser le débat. Mais le comble du ridicule est sans doute atteint par la motion portée par Karine Berger, une des « têtes pensantes » des socialistes en matière économique qui dit vouloir renouveler son parti tout en trouvant que la motion des frondeurs va trop loin dans la critique du gouvernement, alors qu’elle n’a même pas voté la censure.

Le cirque de la fronde

samedi 25 avril 2015

L’UE, l’ami des OGMs et de Monsanto, suite, mais pas fin




Par la porte et la fenêtre


Dans ce nouvel épisode, « la Commission européenne a autorisé l’importation et la commercialisation de 17 OGM destinés à l’alimentation humaine ou animale (…) L’autorisation, qui prend effet immédiatement, vaudra pour dix ans ». Bien sûr, les Etats membres pourraient interdire malgré tout leur commercialisation, mais si et seulement si était adoptée une réforme présentée mercredi, permettant des interdctions pour « des motifs de politique agricole, d’aménagement du territoire ou des conséquences socio-économiques ». Outre le fait que cette possibilité soit encore totalement hypothétique, il faut noter que cela serait sans doute lié à l’interprétation de ces motifs par une Cour de Justice dont on connaît les penchants pro-OGM. Bref, à défaut de les produire, l’UE veut qu’on les consomme (à hauteur de 0,9% dans les produits Bio pour permettre l'utilisation de conteneurs ayant transporté des OGMs) !

Un immense scandale démocratique

vendredi 24 avril 2015

Excédent commercial du Japon : nouveau succès des Abenomics !




Un produit des Abenomics

Historiquement, le Japon était un pays en excédent commercial puisqu’il avait basé sa croissance sur les exportations, tout en protégeant très fortement son marché intérieur, ce que les néolibéraux myopes tendent toujours à oublier. Mais Fukushima a provoqué une remise en cause complète de la politique énergétique, la fermeture des centrales nucléaires, remplacées par des centrales thermiques nécessitant l’importation d’hydrocarbures, qui ont plongé le pays en déficit. Bien sûr, le retour à un solde positif s’explique en bonne partie par la baisse de 51% de la facture de pétrole et de 12% de celle de gaz, provoquant un recul global de 14,5% des importations, sans quoi le pays serait resté en déficit.

Mais ce résultat n’est pas seulement le fait de la (forte) baisse des importations d’hydrocarbures consécutive au recul de leurs prix. En effet, les exportations ont également progressé de 8,5%, soit une hausse de plus de 540 milliards de yens, plus que les 230 milliards de yens d’excédent. Si les exportations étaient restées stables, le pays aurait encore affiché un déficit de 310 milliards de yens. Or, il est clair que les exportations ont beaucoup progressé du fait de la baisse du yen et des choix radicaux de politiques monétaires du pays. D’ailleurs, en Europe et en France, la très forte baisse de l’euro soutient fortement les exportations, ce qui contrebalance fortement le discours des masochistes de l’euro cher.

La monnaie : un outil politique

jeudi 23 avril 2015

Drame des migrants : l’effarante réaction de Cohn-Bendit, le Monde et Libération

La mort en mer de centaines de migrants africains qui cherchaient à rejoindre l’Europe a logiquement suscité une énorme émotion. Aujourd’hui, se tient un conseil européen sur le sujet. Mais l’angélisme des réponses apportées par Daniel Cohn-Bendit, le Monde et Libération est une impasse.



L’illusion des frontières ouvertes et des emplois vacants

Pour Daniel Cohn Bendit, la solution à ce drame est simple : il faut davantage ouvrir les frontières. D’ailleurs, les pays européens auraient des besoins de main d’œuvre (pas moins de 7 millions de personnes en Allemagne à long terme). Libération et Le Monde ont dégoté des chercheurs qui soutiennent qu’une plus grande ouverture des frontières n’augmenterait pas le nombre de migrants puisque, de toutes les façons, ceux qui viennent sont prêts à risquer leur vie, ce qui ne semble pas vraiment avoir convaincu les lecteurs étant donnés les commentaires. Puis, parce que c’est une contre-vérité trop souvent répandue, comme L’œil de Brutus l’avait démontré sur le blog, il convient d’abord de faire un sort à l’idée selon laquelle il y aurait beaucoup d’emplois non pourvus en France.

D’abord, Alternatives Economiques montre que, nous avons un des plus faibles taux d’emplois non pourvus en Europe : 0,6% contre 1,6% dans l’UE. En outre, il ne faut pas oublier que toute offre d’emploi intégrée, alors que ne devraient être prises en compte que celles qui n’est pas possible de satisfaire au bout d’un certain temps, sans parler du fait que peuvent être prises en compte des offres de 2 heures de ménage par semaine… Bref, à quelques rares exceptions près (médecins, bouchers), nous ne manquons pas de travailleurs, comme le suggèrent les chiffres du chômage. Bien au contraire, cette situation plaide pour réduire au minimum l’immigration et ne pas déséquilibrer plus encore le marché du travail, au bénéfice des entreprises, comme le souligne Jack Dion dans Marianne.

L’humanisme, c’est de fermer les frontières

Les banquiers vous diront qu'ils ne créent pas d’argent ... pourquoi ? (billet invité)

Billet invité d’André Jacques Holbecq, auteur de « La dette publique, une affaire rentable » et du « Manifeste pour que l’argent serve au lieu d’asservir », avec Philippe Derudder


Plutôt que de répéter la démonstration qu’on trouve habituellement dans tous les livres d’économie, à savoir l’explication par étape en considérant d’abord que tout le système n’existe qu’au sein d’une seule banque, puis en introduisant deux banques avec des parts de marché différentes, puis pour finir en introduisant une banque centrale dans la démonstration, (banque centrale qui seule peut satisfaire à la demande de monnaie centrale, la plus connue étant la monnaie dite « fiduciaire »), essayons de nous mettre à la place du « petit » banquier, simple directeur d’agence.

mercredi 22 avril 2015

Les bourses fêtent la prise de pouvoir des actionnaires

Le Dow Jones plus haut qu’en 2007, le Nikkei, au-delà de 20 000 points et au plus haut depuis 2000, le CAC 40, au-delà de 5200 points, au plus haut depuis 2007 : si l’envolée des bourses reflète la spéculation et les politiques des banques centrales, elle souligne aussi les rapports de force économiques actuels.



Les actionnaires rois du monde

A première vue, on pourrait se dire que le niveau actuellement atteint par les bourses du monde est délirant et qu’il ne représente qu’un nouvel épisode de spéculation irrationnelle et exubérante nourri par les choix des banques centrales, entre taux au plus bas et création monétaire. Bien sûr, ces éléments expliquent en partie les niveaux atteints dernièrement. Cependant, les choses sont plus compliquées que cela. En effet, quand on examine le niveau des cours par rapport aux profits, le niveau actuel n’est pas déilrant (selon The Economist, la capitalisation boursière représente 15,3 fois les bénéfices contre une moyenne de long terme de 16,6 fois). En fait, il semble même y avoir du potentiel de croissance !

C’est que notre système économique atteint de nouvelles extrémités. Depuis 3 ans, The Economist, pourtant guère prédisposé à remettre en cause notre système économique, s’inquiète régulièrement du niveau des profits, qui a dépassé les plus hauts historiques atteints avant la crise de 1929. Aujourd’hui, les grandes multinationales arrivent à tirer toujours plus de profits de leurs activités, révélant un rapport de force qui leur est forcément favorable. Mais il y a plus fort  qu’elles : leurs actionnaires, qui sont la raison pour laquelle elles concentrent toute leur énergie à augmenter sans cesse leurs profits, pour leur en redistribuer une part toujours plus forte, sous la forme de dividendes ou de rachats d’action.

Le retour des féodalités

L’Europe : Funkpropaganda et blablabla (billet invité)

Billet invité de l'oeil de Brutus




Le sujet tombe sous le sens tant la construction européenne, par sa nature même, n’est qu’un simple dérivé de l’économiscine néolibéral.

Il y a plus de vingt de cela, à la veille du référendum sur le traité de Maastricht[i] (celui-là même qui allait porter les bases de l’euro …), Philippe Séguin avait déjà anticipé les tréfonds anti-démocratiques de l’UE telle qu’elle a finalement été imposée aux peuples : « le conformisme ambiant, pour ne pas dire le véritable terrorisme intellectuel qui règne aujourd'hui, disqualifie par avance quiconque n'adhère pas à la nouvelle croyance, et l'expose littéralement à l'invective. Qui veut se démarquer du culte fédéral est aussitôt tenu par les faiseurs d'opinion (...) au mieux pour un contempteur de la modernité, un nostalgique ou un primaire, au pire pour un nationaliste forcené tout prêt à renvoyer l'Europe aux vieux démons qui ont si souvent fait son malheur »[ii]. Ce à quoi, lui donnant finalement mille fois raison et avec une absence de retenue indigne d’un ancien premier ministre, Michel Rocard répondait : « je suis persuadé que les jeunes nazillons qui se sont rendus odieux à Rostock votent non à Maastricht »[iii]. Mike Godwin venait à peine d’énoncer sa théorie (en 1990), que M. Rocard s’y plongeait déjà à plein tête (creuse).

mardi 21 avril 2015

Loi de surveillance : quand Valls fait du Bush

Le projet de loi de surveillance présenté par Manuel Valls à l’Assemblée Nationale, en procédure accélérée, semble bien s’apparenter à une version, certes plus limitée, du Patriot Act. Ainsi, il est donc particulièrement regrettable de ne pas permettre un vrai débat démocratique sur un tel sujet.



Un pas vers Big Brother ?



Ce débat que l’on oublie

lundi 20 avril 2015

Wolfgang Schäuble, petit soldat austéritaire




Arrogance totalitaire et antisociale

Les propos de Wolfgang Schäuble sont graves à plus d’un titre. D’abord, ils sont bien peu diplomatiques et assez inadmissibles dans le cadre traditionnel de l’amitié franco-allemande. Comment travailler avec une personne qui tient de tels propos publics ? Ensuite, il est tout assez effarant qu’il vante les réformes « très réussies » de l’Espagne. Comme ne pas y voir, au mieux, une déconnexion totale du réel, au pire, un mépris tout aristocratique vis-à-vis d’une population espagnole qui vit avec un quart de la population au chômage et qui offre à ses jeunes pour avenir immédiat l’absence d’emploi pour près de la moitié d’entre eux. Bien sûr, cela baisse maintenant, mais en 2007, le taux de chômage était à 8%.

Mais outre le fait d’être anti-social, le propos du ministre allemand est aussi profondément antidémocratique. En effet, il parle tout de même de « forcer le Parlement » et pointe, semble-t-il avec une forme de regret, que « la démocratie est difficile », comme s’il pensait qu’une bonne autocratie était finalement plus efficace que le fait de laisser au peuple et à ses élus un mot à dire dans la marche du pays. Ce n’est peut-être pas totalement étonnant de la part d’un pays qui a sorti sa politique monétaire du cadre démocratique, mais en est d’autant inquiétant et révoltant qu’il s’agit de facto de ce que pense une partie des élites, comme le notait bien Emmanuel Todd dans son livre « Après la démocratie ».

La double face du Parti Socialiste

dimanche 19 avril 2015

Réserves fractionnaires et monnaie pleine : un rappel (billet invité)

Billet invité d’André Jacques Holbecq, auteur de « La dette publique, une affaire rentable » et du « Manifeste pour que l’argent serve au lieu d’asservir », avec Philippe Derudder


D’après l’enseignement universitaire [1] on note deux étapes. Vers 1655, à Londres et Amsterdam, les orfèvres qui avaient l’habitude d’attester les dépôts d’or des nobles et des riches marchands dans leurs coffres par des certificats de dépôts nominatifs, commencent à émettre ces certificats en valeurs rondes et « au porteur » en les rendant anonymes. Ces certificats purent donc servir de moyens de paiement en passant de main en main.

Mais très vite, vers 1670, les orfèvres s’aperçurent que les détenteurs de ces certificats, accordant une grande confiance aux orfèvres, ne demandent qu’assez rarement la transformation de leurs certificats en or. Les orfèvres commencent à émettre à des emprunteurs, contre intérêts, plus de certificats qu’ils ne détiennent d’or. Ces certificats tout à fait identiques, servent donc à payer les dettes, et deviennent de la « monnaie » crée sans contrepartie véritable. Les orfèvres deviennent des banquiers au sens moderne du terme, prêtant ce qu’ils ne disposent pas : ils « créent » littéralement la monnaie en « monétisant » des reconnaissances de dette ou des hypothèques. Leurs réserves (l’or dans leur coffre) sont fractionnaires par rapport au montant des certificats émis. C’est de là que vient le terme « réserves fractionnaires »