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samedi 11 mars 2017

Planche à billets (billet invité)

Billet invité d’André-Jacques Holbecq, auteur de « La dette publique, une affaire rentable »



A Nicolas Dupont-Aignan qui, lors d’une émission le 8 mars sur la 5 (« C’à vous ») disait grosso modo « la BCE prête à zéro pour cent aux banques, je demanderai donc à la BCE de prêter à l’État français au même taux», le journaliste Patrick Cohen a rétorqué instantanément «  planche à billets » avec une moue qui en disait long sur son jugement concernant cette proposition.

mercredi 6 avril 2016

En Suisse, le gouvernement refuse la nationalisation de la création monétaire

C’est un débat qui progresse, lentement, mais de manière intéressante, dans certaines parties de la planète comme en Islande ou Suisse : faut-il reprendre aux banques privées la création de monnaie, dont on ne peut pas dire qu’elles aient fait un bon usage ces dernières années ? Mais en Suisse, le gouvernement ne goutte guère l’initiative Vollgeld, dite de la monnaie pleine.



Une idée qui finira par faire son chemin ?

mardi 29 mars 2016

dimanche 13 mars 2016

Ce que révèle le nouveau dopant monétaire de la BCE

La semaine financière et monétaire a été dominée par les nouvelles annonces de la BCE, puis la conférence de Mario Draghi, son président. La réaction des marchés a été volatile, entre l’enthousiasme du début, une déception passagère lors de la conférence de presse, avant de se reprendre le vendredi. Que penser de ces annonces et de ce qu’elle révèle sur la politique monétaire européenne ?



Du pouvoir monétaire et de ce pourquoi il est utilisé

lundi 30 novembre 2015

Du Japon et des politiques alternatives

Les nouvelles économiques venues du Japon depuis quelques jours peuvent sembler mauvaises, entre une baisse du PIB de 0,2% au 3ème trimestre, et un nouveau recul mensuel des prix de 0,1% en octobre. Faut-il y voir l’échec des Abenomics ou seulement l’écume de la vague ?



Verre à moitié vide, ou à moitié plein ?

Bien sûr, pour les détracteurs des Abenomics, le recul du PIB et la baisse des prix montrent que la politique du Premier ministre, Shinzo Abe, est un échec. Après tout, le pays reste loin de l’objectif de 2% d’inflation affiché par la banque centrale et la conjonction de ces deux indicateurs complique la tâche d’une majorité qui s’est fixé comme objectif une croissance du PIB nominal. Mais, comme souvent, les choses sont plus complexes qu’il n’y paraît. D’abord, si les prix affichent un recul de 0,1% sur un an, ils sont en hausse de 0,7% sur un an hors prix de l’alimentaire et de l’énergie, qui affichent un fort recul conjoncturel. Ensuite, il faut se souvenir que le PIB du Japon avait bien progressé au premier trimestre et surtout que la population du pays baisse, ce qui relativise les chiffres du PIB.

En effet, The Economist avait publié un papier très intéressant sur les « années perdues » du Japon, qui montrait que quand on raisonne en PIB par habitant, la performance économique du pays est finalement assez peu éloignée de celle des Etats-Unis ou des pays européens. En outre, les variations trimestrielles du PIB ne sont pas toujours très signicatives : il vaut mieux considérer les variations sur un an, qui ont plus de sens. En outre, point crucial, certes fortement influencé par la démographie déclinante du pays (mais qui ne suffit pas à certains pays européens), le taux de chômage est tombé à son plus bas depuis 20 ans : à peine 3,1% de la population active. Mieux, pour relancer l’économie, le salaire minimum devrait progresser de 3% par an, qui devrait passer de 780 à 1000 yens par heure.

De la pertinence des Abenomics

samedi 24 octobre 2015

Que penser des gestes de la BCE et de la Banque de Chine ?




Stéroïdes pour les marchés

Le jugement des marchés a été unanime : le CAC 40 a pris plus de 200 points, dépassant les 4900 points, alors qu’il était tombé à un peu plus de 4300 au cours du mois de septembre, se rapprochant des plus hauts de l’année. Aux Etats-Unis, le Dow Jones a repassé le cap des 17 000 points. Les taux longs sont passés sous le cap des 0,8% en France, au plus bas depuis le printemps. Il faut dire que les politiques monétaires accommodantes des banques centrales profitent doublement au secteur financier. D’abord, en baissant le coût de l’argent, il regonfle les marges des banques et facilite le financement de tous les investissements, ce qui profite aussi au secteur financier par la multiplication des opérations industrielles (AB-InBev ou toutes les opérations de Patrick Drahi) et les restructurations qui en suivent.

Cet argent pas cher finance également les rachats d’action. Bref, parce que l’argent pas cher va d’abord à ceux qui en ont déjà, la réaction des marchés est logique puisqu’il s’agit pour eux, et les multinationales, de l’équivalent d’une baisse du prix de l’essence qui fait tourner la machine du capitalisme dérégulé. Avec les crédits faciles et bon marché, le capitalisme actionnarial dérégulé bénéficie du meilleur des carburants. Bien sûr, il ne faut nier que quelques misérables gouttes retomberont sur l’économie réelle, la bulle produisant un peu plus d’investissement, d’autant plus que l’euro reste bon marché et que les faibles taux ne profitent pas qu’à la finance, mais aussi au crédit à la consommation… Cela compensera temporairement, et quelque peu, les ravages de la désindustrialisation et des restructurations.

Nouvelle alerte à la bulle

dimanche 26 juillet 2015

Ce que le Japon dit des dettes publiques




Dettes publiques et relativité

Le contraste entre le Japon et les pays européens est assez effarant. Sur notre continent, l’union monétaire a poussé les pays membres à adopter des camisoles budgétaires extrêmement strictes, imposant un relatif équilibre du budget et quand les Etats, désarmés de leur banque centrale, se retrouvent contraint à réclamer le soutien financier des autres membres de l’UE, ils doivent passer sous des fourches caudines humiliantes, austéritaires et contreproductives, comme on peut le voir en Grèce. Dans cette europe, la dette publique ne saurait dépasser 60% du PIB, et, selon l’infâme TSCG, les déficits budgétaires structurels ne sauraient aller au-delà de 0,5% du PIB ! Résultat, le continent ne parvient pas à sortir de la crise déclenchée par la crise financière de 2008, du fait de politiques d’austérité destructrices.

Le Japon semble vivre dans un monde parallèle tant il s’affranchit des règles budgétaires en vigueur dans ntore continent. A peine élu, alors que la dette publique était déjà supérieure à 200% du PIB et les déficits, autour de 10% du PIB, Shinzo Abe avait présenté un plan de relance pour sortir de la déflation. Aujourd’hui la dette publique atteint la bagatelle de 246% du PIB et les déficits encore 7% du PIB malgré une forte hausse de la TVA. Les chiffres sont d’autant plus marquants que la population du pays diminue déjà et devrait passer de 127 à 87 millions d’habitants d’ici à 2060. The Economist dénonce donc dans un papier le manque de réalisme des autorités japonaises, au-delà de l’optimisme. Selon l’OCDE, la dette publique du Japon dépasserait 400% du PIB en 2040 avec 1,5% de croissance.

De vrais choix politiques

dimanche 9 novembre 2014

BCE, Fed, Banque du Japon : grande divergence et implications


Les 6 dernières années resteront longtemps comme une période exceptionnelle dans l’histoire des banques centrales. Les dernières semaines, et la grande divergence dans la politique des trois plus grandes banques centrales de la planète sont aussi extrêmement instructives pour les citoyens.



De Mars et de Vénus



La politique monétaire est bien une politique

samedi 7 décembre 2013

L’euro, boulet économique


Les statistiques économiques sont très révélatrices. En 2013, le PIB de la zone euro reculera de 0,4%, alors qu’il progressera de 1 à 2% dans tous les autres pays dits développés. Depuis plus de 10 ans, la monnaie unique est un boulet accroché aux pieds des économies qui en font partie.



Des résultats économiques désastreux

Les défenseurs de l’euro soutiennent qu’il vaut mieux y rester car en sortir provoquerait un cataclysme économique. Outre le fait que l’histoire économique démontre que la sortie d’une union monétaire est non seulement facile mais aussi libératoire pour un pays, c’est le moyen d’éviter une analyse des performances économiques de la zone euro, qui sont calamiteuses depuis le début. Déjà, dans les années 2000, la zone euro cumulait faible croissance, maintien d’un fort chômage, forte montée de l’endettement et gros déséquilibres. Bien pire que tous les autres pays dits développés.


Depuis 2010, les écarts se sont encore accrus. J’ai déjà souligné que les pays de l’UE hors zone euro ont maintenu leur nombre de chômeurs, quand les pays qui partagent le fardeau monétaire commun l’ont vu progresser de trois millions depuis trois ans et demi (quand il a baissé de trois millions aux Etats-Unis). La zone euro est également tombée dans une forte récession puisque son PIB reculera en 2013, comme en 2012, alors que le Japon et la Grande Bretagne ont bien rebondi en 2013 et que les Etats-Unis conservent 2% de croissance malgré les incessantes crises budgétaires.

Aux racines du mal : la monnaie unique

dimanche 9 juin 2013

Une histoire des banques centrales, par Jean-Claude Werrebrouck


C’est un livre essentiel. La crise que nous traversons a démontré le rôle majeur des banques centrales. Dans la zone euro, elles sont totalement indépendantes. Dans d’autres (Japon), elles obéissent à l’Etat. Dans son livre « Banques centrales, indépendance ou soumission », Jean-Claude Werrebrouck décrypte l’évolution de leur rôle et de leur fonctionnement.



Les prêteurs de dernier ressort

Pour montrer leur importance, il souligne que, dans cette crise, nous avons bien vu que « sans elles tout s’écroulerait ». Mais il rappelle aussi que leur mode de fonctionnement a varié dans le temps, avec notre représentation de la monnaie, ce qui explique « cette immense boucle du 20ème siècle qui passe de banques centrales relativement autonomes à des banques centrales qui ne le seront plus du tout, pour voir réapparaître en fin de siècle des entités considérées comme complètement indépendantes ». Il rappelle qu’il existe deux excès à éviter : le manque de monnaie, qui plonge l’économie dans la récession, et son excès, qui érode la confiance et peut aboutir à l’hyperinflation.

Il rappelle que la monnaie est « un bien public sans lequel le retour à l’état de nature est assuré ». Il évoque la banque libre (où chaque banque émet sa monnaie, de manière concurrentielle, sans banque centrale). Cette école avait poussé les Etats-Unis à dissoudre en 1830 la Second Bank of the United States, mais la récurrence des crises financières poussa à créer la Federal Reserve en 1913. Il pose plusieurs questions. Tout d’abord, pourquoi les banques centrales sont devenues indépendantes à la fin du 20ème siècle ? Ensuite, il se demande si la création monétaire nécessaire à la croissance doit être le fruit des crédits faits par les banques, ou une création directe par les banques centrales.

En effet, la création de la monnaie telle qu’elle est faite aujourd’hui par le système financier est une sorte de délégation de service public donnée aux banques privées, sur un marché concurrentiel, pour leur seul profit. Il s’interroge également sur les bénéficiaires actuels des politiques des banques centrales. Enfin, il soutient que les banques centrales « sont créées pas les hommes, mais ces derniers en seraient dépossédés puisqu’ils n’ont juridiquement aucun pouvoir sur leurs dirigeants ». Dans une digression philosophique, il note qu’aujourd’hui, nous avons trop tendance à ne pas remettre en cause certains dogmes, comme l’indépendance des banques centrales ou le marché.

Banque de France : de la tutelle à la nationalisation

mercredi 10 avril 2013

Le Japon repousse les limites de la monétisation


Depuis plus de 20 ans, le Japon se débat économiquement. Entre plans de relance et monétisation, le pays a du mal à sortir de la crise. Le nouveau premier ministre a pourtant décidé d’aller beaucoup plus loin dans sa politique de soutien à l’économie pour y parvenir, avec le concours de sa banque centrale.

Le plan choc de la Banque du Japon

Au Japon, l’indépendance de la banque centrale est relative. Le nouveau premier ministre, issu des rangs du PLD avait prévenu son gouverneur que s’il ne suivait pas sa politique, il en changerait les statuts. Du coup, ce dernier a démissionné peu avant la fin de son mandat et il a été remplacé par un nouveau gouverneur dont les vues sont alignées avec celle du pouvoir en place, à savoir qu’il faut aller plus loin encore dans l’assouplissement quantitatif pour relancer l’économie.

Déjà, à l’automne, le Premier Ministre et la Banque Centrale du Japon avaient annoncé des mesures qui allaient complètement à rebours de la politique suivie en Europe : plan de relance d’environ 10 000 milliards de yens (80 milliards d’euros environ), doublement du programme de rachat de bons du Trésor, à 20 000 milliards de yens par an, et passage de l’objectif d’inflation de 1 à 2% par an. L’idée était de casser le cercle vicieux déflationniste dans lequel est plongé le pays.

Malheureusement, le mal est coriace puisque les prix ont baissé de 0,7% en février. Du coup, les autorités ont décidé de passer à la vitesse supérieure. Alors que les marchés s’attendaient à un passage du plan de rachat de la dette publique par la banque à 30 000 milliards de yen par an (un triplement en quelques mois), le nouveau gouverneur, Haruhiko Kuroda, a annoncé un plan de rachat de 60 à 70 000 milliards de yens par an (480 à 560 milliards d’euros), 10% du PIB ! La banque centrale va également acheter d’autres créances et porter ses achats sur les titres de toutes les maturités.

Une politique cohérente et plus démocratique

lundi 28 janvier 2013

Crise : quand le Japon fait l’inverse de l’Europe


Si le Japon ne représente pas forcément un modèle pour nos pays, The Economist avait souligné que le pays ne va pas si mal. Et il n’est pas inintéressant de constater à quel point le nouveau gouvernement pousse la politique économique du pays dans un sens inverse de celui de l’Europe.

Keynes à la rescousse

9.8% : tel est le déficit budgétaire du Japon pour l’année 2012 ! Trois fois plus que la zone euro, qui devrait être à 3.3%, et bien davantage encore que les Etats-Unis, qui sont à 7%. Qui plus est, la dette du Japon dépasse aujourd’hui les 200% du PIB. Théoriquement, ce cocktail explosif devrait pousser les taux d’intérêts à des niveaux punitifs. Pourtant, à 0,75% sur les emprunts à 10 ans, ils sont les plus bas du monde, après la Suisse. Plus surprenant, le pays prépare un grand plan de relance.

Il faut dire que, comme ses consœurs britanniques et étasuniennes, la Banque du Japon ouvre grand les vannes monétaires pour soutenir l’économie. En décembre, elle a annoncé un nouveau programme de rachat de bons du Trésor de 10 000 milliards de yen puis elle a relevé son objectif de taux d’inflation de 1 à 2% par an pour enfin casser les attentes déflationnistes sute à la victoire du LDP aux élections législatives qui souhtaite pousser encore plus loin l’agenda keynésien.

En effet, le pays semble décider à actionner tous les leviers de la politique contra-cyclique pour relancer son économie. Outre la monétisation de la dette et la volonté affichée (et couronnée de succès) de faire baisser le yen pour aider les entreprises qui exportent, Shinzo Abe a annoncé un plan de relance de plus de 100 milliards de dollards (plus de 10 000 milliards de yen), comme le rapporte The Economist. Plus incroyable, il a évoqué 200 000 milliards d’investissements d’ici à 2020.

Mars européen contre Vénus japonaise ?

vendredi 4 janvier 2013

Une proposition de remise en ordre dans la finance


Partant du constat que le système actuel est un casino tournant au profit de banques irresponsables alors même qu’il provoque « de rudes secousses et une somme énorme d’injustices » pour cette collectivité, une réforme d’ampleur doit être conçue autour des trois principes déclinés hier : mise au pas démocratique, fin du laisser-faire et mise au service de la collectivité.

Mise au pas démocratique

La mise au pas démocratique passe par la remise en cause de la « docte ignorance des experts » dénoncée il y a deux jours par Edgar Morin. Cela signifie que les hommes politiques ne doivent plus abandonner les sujets monétaires et financiers à des aéropages de technocrates apatrides et irresponsables. Il faut que le gouvernement reprenne la main sur la Banque Centrale, comme le recommande Joseph Stiglitz, qui doit exécuter la politique d’un gouvernement élu sur une ligne décidée par les citoyens. Cela signifie également que les politiques doivent reprendre la main sur les réglementations financières qui ne doivent pas être établies par des aéropages du type du comité Bâle 3.

Cette reprise en main de la banque centrale doit aller de pair avec une reprise en main de la monnaie. Soit la Banque Centrale est en charge de la totalité de son émission, comme dans le 100% monnaie. Soit des normes prudentielles beaucoup plus strictes, de l’ordre de 20 à 25% de couverture par des fonds propres ou quasi-fonds propres, sachant que la Suisse vient d’imposer 19% à ses banques, contra-cycliques, et couvrant naturellement l’ensemble des engagements (il ne doit plus y avoir de hors bilan, de dark pools ou d’argent placé dans des parasites fiscaux). Enfin, l’Etat doit pouvoir monétiser une partie de sa dette publique, comme le font la Fed, la BoE ou la BoJ.

De manière à assurer une plus grande transparence, les grands choix de politique monétaire (évolution de la masse monétaire, direction des taux d’intérêt, montant annuel de monétisation…), doivent être discutés et votés au Parlement a minima chaque année. Pour assurer la stabilité du système financier, il convient non seulement de mettre en place un véritable Glass Steagall Act (séparant banques de dépôt des banques d’affaires et pas seulement les activités), voir même les banques de dépôts des banques de prêts (cf 100% monnaie), mais aussi de réduire la taille des banques restantes si elles restaient systémiques (le bilan ne devant pas dépasser un pourcentage du PIB).

La fin du laisser-faire

lundi 31 décembre 2012

La polémique sur la loi de 1973 rebondit


Michel Rocard a relancé la polémique en reprenant les analyses que popularise notamment André-Jacques Holbecq. Etienne Chouard a rebondi en publiant un papier accusateur avec de nouveaux éléments, presque aussitôt contestés  par Magali Pernin. Un débat qui nourrit la réflexion sur la monnaie.

La loi de 1973 est-elle coupable ?

Après avoir relayé le procès fait à la loi de 1973, j’avais publié il y a quelques mois un papier basé sur les travaux de Magali Pernin et Liior Chamla sur le blog Contre la Cour, qui démontrait que ce n’était pas cette loi qui était directement responsable de l’interdiction (ou de la limitation) de la monétisation, mais bien plus le traité de Maastricht. Michel Rocard a relancé la polémique en reprenant presque mot pour mot les arguments défendus par André-Jacques dans son livre.

Etienne Chouard, le héros du combat contre le TCE en 2005, a embrayé sur le sujet en versant de nouveaux éléments au dossier qui, selon lui, incriminaient à nouveau la loi de 1973. Tout d’abord, il note que la loi de 1973 a occasionné l’abrogation par décret de textes permettant à la Banque de France de faire des avances à d’autres institutions publiques. Enfin, il affirme que les conventions de financement de l’article 19 « donne au Gouverneur de la Banque de France un pouvoir scandaleux de blocage total (…) un droit de veto qui ne dit pas son nom ».

Magali Pernin a répondu dans un papier technique très bien documenté. Elle minore l’importance du premier argument et montre qu’il s’agit d’avance « dans un délai qui ne peut excéder trois mois », soit un horizon de temps extrêmement court et négligeable. Ensuite, elle souligne que le gouverneur n’a pas de droit de veto selon les textes. Et même si Etienne Chouard a raison de vouloir vérifier son statut, il me semble qu’il était à l’époque très dépendant du gouvernement (d’où le nouveau statut de 1993, suite à la signature du traité de Maastricht, instaurant une véritable indépendance).

Le verrou est ailleurs

dimanche 23 décembre 2012

Economie : le PS est pourri par la tête


Fin novembre, j’ai rencontré Pierre Mocovici, puis mi-décembre, j’ai débattu avec Valérie Rabaud, l’une des « têtes pensantes » du PS sur l’économie, avec Karine Berger, avec laquelle NDA a débattu récemment sur LCP. L’occasion de constater que les « économistes » du PS sont irrécupérables.

Un surmoi néolibéral

Emmanuel Todd continue à croire au « hollandisme révolutionnaire », une conversion du président de la République aux idées alternatives qui lui ferait faire l’inverse du chemin fait en 1983. C’est ce qu’un commentateur régulier du blog, Emmanuel B, continue également à espérer. Mais, si on en croit ces trois rencontres avec les personnes en charge des questions économiques au Parti Socialiste, cet espoir paraît totalement vain, par-delà le parcours deloro-jospinien du président.

Ce qui est frappant avec ces trois personnes, c’est la proximité de leur discours. Bien sûr, elles sont toutes trois dans la majorité, mais le PS n’est pas aussi bon que l’UMP pour développer des éléments de langage repris ensuite en chœur. Ici, il semble y avoir une unité de pensée qui dépasse le simple cadre du discours public. Les trois dénoncent en effet l’excès d’endettement et de déficits comme de vuglaires membres des Tea Party, ignorant tout des analyses de Krugman et Stiglitz.

En outre, ils raisonnent dans un cadre extrêmement restreint, réduisant les questions économiques à des questions finalement techniques, où il n’y aurait guère d’alternative. Le libre-échange ou la libre-circulation des de capitaux, la méfiance à l’égard de la monétisation, pourtant largement pratiquée ailleurs, le soutien indéfectible à l’indépendance des banques centrales ou aux potions amères infligées aux pays « aidés » par l’Europe ne souffrent pas le moindre questionnement. C’est aussi ce PS capable de parler de sortie de la crise en regardant les marchés financiers mais en oubliant le chômage.

La mauvaise foi au pouvoir

samedi 22 décembre 2012

Flot de liquidités et conséquences


Retenant les leçons du passé, les banques centrales ont globalement évité que l’absence de liquidités ne transforme la crise en une violente dépression économique, comme dans les années 1930 (à part dans quelques pays européens). Mais les politiques suivies ne sont pas sans poser d’autres problèmes.

L’explosion du bilan des banques centrales

540 milliards de monétisation annuelle de la dette publique de plus : voici l’annonce faite par Ben Bernanke la semaine dernière, qui s’ajoute aux 480 milliards d’achat annuel de créances immobilières. La Fed n’y va pas avec le dos de la cuillière pour soutenir l’économie étasunienne. Ce programme correspond à environ 6% du PIB de monétisation pour l’année à venir, soit le même rythme que la Grande-Bretagne (375 milliards de livres en 4 ans). Et la Banque du Japon n’est pas en reste.



Résultat, le bilan des banques centrales a explosé depuis le début de la crise. Celui de la Fed était inférieur à 1000 milliards de dollars début 2008. Il approche les 3000 milliards aujourd’hui et pourrait donc atteindre près de 4000 milliards fin 2013 selon Olivier Demeulenaere. La BCE a plus que doublé son bilan, mais en se concentrant sur la fourniture de liquidités aux banques (les 1000 milliards de fin 2011-début 2012), comme le souligne Evariste Lefeuvre, de Natixis, dans les Echos.

L’incroyable déformation des marchés

Cette action déterminée des banques centrales britannique et étasunienne a permis de pousser les taux longs à moins de 2% dans ces pays (ils étaient entre 5 et 8% à la fin des années 1990) malgré des déficits budgétaires supérieurs à 7% contre 3,4% dans la zone euro. La Fed détient aujourd’hui 27% des obligations à 10 ans des Etats-Unis, soit plus de 1300 milliards à la fin septembre (contre 200 avant la crise). Le seuil des 2000 milliards devrait être franchi fin 2013 à ce rythme.

Mais ce tsunami de liquidités n’est pas sans provoquer quelques déformations de l’économie. Comme le note The Economist, l’effondrement des taux longs a provoqué une reprise de l’endettement des entreprises aux Etats-Unis, qui devrait progresser de 40% cette année, soutenant la reprise de manière relativement progressiste comme l’explique un autre papier. Mais cette baisse des taux diminue les revenus de l’épargne et favorise les marchés action et immobilier, au risque d’une bulle.

Un problème de responsabilité

mercredi 19 décembre 2012

Austérité : anglo-saxons pragmatiques, européens bornés


Bien sûr, il ne s’agit pas de dire ici que les politiques économiques des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne sont des modèles. Londres applique une politique austéritaire d’autant plus injuste que les impôts baissent pour les entreprises. Mais certains aspects ne sont pas inintéressants.

Le refus du 100% austéritaire

En fait, le capitalisme anglo-saxon a retenu les leçons de Keynes. Au contraire, la zone euro n’affichera qu’un déficit public de 3,4% de son PIB cette année, mais cela au prix de politiques d’austérité sauvages qui ont provoqué une nouvelle récession, après celle de 2009 puisque le PIB de la zone devrait baisser en 2012 et en 2013. Même si Londres manie une austérité redoutable depuis l’élection des conservateurs, on reste un ton en-dessous des potions amères continentales.

Ainsi, le déficit s’établira cette année à 7,9%. Et, comme le rapporte The Economist, Georges Osbourne, le chancelier de l’échiquier, vient de procéder à une révision importante de ses plans à cinq ans. Il a largement baissé ses prévisions de croissance par rapport à celles faites en mars. Résultat, le rééquilibrage des finances publiques britanniques sera plus lent que prévu, le gouvernement empruntera davantage dans les cinq prochaines années et ne tiendra pas ses objectifs.

Alors que Pierre Moscovici s’échine à vouloir respecter les 3% de PIB dès 2013, la Grande-Bretagne patientera jusqu’au budget 2016-2017 pour atteindre cet objectif, afin de ne pas casser la croissance. Le jugement de l’hebdomadaire libéral est clair : «  une politique fiscale responsable autorise des revenus fiscaux plus faibles ou des dépenses supplémentaires pour les chômeurs en cas de pause dans le cycle des affaires ». Aux Etats-Unis, le déficit atteint encore 7% du PIB...

Les banques centrales à la rescousse

lundi 3 décembre 2012

Mario Draghi, despote tyrannique des peuples européens


Vendredi matin, Jean-Pierre Elkabbach recevait Mario Draghi, président de la BCE sur Europe 1. Une interview révélatrice sur la réalité de cette Europe, qui ne se remet pas en cause et pour qui l’intégration prime sur tout, la démocratie et l’emploi, malgré l’envolée du chômage.

L’euro plutôt que l’emploi

Quand on écoute attentivement l’interview du dirigeant de la Banque Centrale Européenne, on est pris d’un vertige. En effet, toutes les pièces du puzzle européen apparaissent en douze minutes, en désordre certes, mais un examen rapide permet de leur redonner toute leur cohérence. Comme en juillet de cette année, Mario Draghi a répété qu’il fera tout ce qui est nécessaire pour sauver l’euro, même avec des moyens sans limites (sic), mais avec des conditions pour les gouvernements, sans que le fait qu’un technocrate dicte ses conditions à des élus lui pose le moindre problème.

Mais de l’autre côté, quand, dans un moment d’objectivité journalistique, Jean-Pierre Elkkabach lui demande si l’austérité ne risque pas d’être un frein à la croissance après que Mario Draghi ait évoqué une « Europe libérale avec solidarité », le masque tombe. Le président de la BCE admet que la consolidation budgétaire provoque une contraction de l’activité à court terme (comme le soutiennent le FMI, Krugman ou Stiglitz). Mais, comme Piere Moscovici, il affirme qu’il n’y a pas d’alternative.

Bref, s’il n’y a aucune limite pour sauver l’euro, et donc son emploi, en revanche, il faudrait accepter une augmentation monstrueuse du chômage au nom de la rigueur budgétaire. Pourtant, les faits démontent son argumentation. Comme nous le disions en 2010, non seulement l’austérité a des conséquences sociales monstrueuses, mais en plus, cela n’accélère pas le redressement des finances publiques : l’Espagne et le Portugal ne font pas mieux que les Etats-Unis depuis 2009.

Pire, dans les solutions à la crise actuelle, il a repris une antienne proche de celle du gouvernement Hollande, à savoir qu’il faut plus de compétitivité et des réformes structurelles (la manière politiquement correct de dire baisse des salaires et / ou baisse du niveau de protection sociale et / ou baisse des droits des travailleurs). Il faudra que Mario Draghi explique comment une baisse coordonnée des salaires (par-delà un aspect socialement révoltant) pourrait nous tirer de la crise…

Despotisme pseudo-éclairé

samedi 1 décembre 2012

Une rencontre avec Pierre Moscovici, adepte de TINA


Mardi soir, j’étais invité avec une douzaine d’autres blogueurs à une rencontre avec Pierre Moscovici, à l’initiative du ministre de l’économie. L’occasion de mieux comprendre le raisonnement du meilleur représentant de l’aile social-libérale (même s’il se dit social-démocrate) du PS.

« Il n’y a pas d’alternative »

Comme le rapporte le blog Politeeks, j’ai démarré les questions politiques en posant une ministre sur les politiques d’austérité menées en Europe en soulignant qu’elles sont aujourd’hui contestées de toute part, y compris au FMI à l’OCDE, mais surtout par les libéraux progressistes que sont les « prix Nobel d’économie » Krugman et Stiglitz. Après avoir admis que la situation n’était pas idéale, il a justifié le plan d’austérité par les marchés, en affirmant que sans cela, les spreads (le ministre est très adepte des anglicismes) risquaient de s’envoler et de placer la France dans la position de la Grèce.

Je lui ai alors répliqué en avançant qu’il y avait une solution pour se soustraire à l’influence des marchés, à savoir la monétisation des dettes publiques. J’ai fait l’erreur de citer l’exemple de la Grande-Bretagne, ce qui a permis au ministre de répondre à côté, en disant que la Grande-Bretagne n’était pas un exemple pour lui, qu’elle menait, elle, une vraie politique austéritaire, comme si j’avais suggéré que c’était un exemple, alors que j’avais dénoncé ces mêmes politiques juste avant…

En fait, comme le souligne Politeeks, Pierre Moscovici a été cohérent dans son discours social-libéral tout au long de l’heure et demi qu’il nous a accordée. Le ministre semblait beaucoup plus préoccupé par le niveau de la dette et notre compétitivité que par celui du chômage alors que de nombreux auteurs ont démontré que le niveau de la première n’est pas si élevée dans une perspective historique et qu’il existe des moyens pour gérer cela de manière plus humaine, sans pratiquer l’austérité.

L’impasse tranquille