mardi 28 février 2012

La sortie de l’euro, c’est possible, et pas difficile…

C’est aujourd’hui la dernière ligne de défense des partisans de l’euro : la fin de la tour de Babel monétaire édifiée à Maastricht provoquerait un cataclysme économique. Pourtant, d’innombrables économistes, dont des prix Nobel, affirment le contraire, comme Jonathan Tepper dans une étude passionnante.

La peur, dernier rempart de défense de l’euro

Il est proprement incroyable d’écouter les éditorialistes ou les politiques évoquer une sortie de la monnaie unique. Au Grand Journal, Nicolas Dupont-Aignan a eu droit à une mise en scène scandaleuse où l’image passait en noir et blanc, histoire de bien signifier que cela serait « passéiste ». D’autres vous regardent comme si vous étiez à moitié fou et n’hésitent pas à prendre à témoin le monde des économistes, pour qui les conséquences seraient catastrophiques.

Pourtant, une étude sérieuse démontre que cela est faux. Si on ne peut nier que des économistes sont partisans de la monnaie unique, les critiques de l’euro présentent des rangs suffisamment prestigieux, divers et nombreux pour mériter un vrai débat de fond. Pas moins de quatre « prix Nobel » (Krugman, Stiglitz, Sen, Allais), des dizaines d’autres, de tous les bords (libéraux – Gréau - ou progressistes – Sapir, Lordon) dont quelques uns prophétiques (Lafay, Cotta, Rosa, Todd).

D’ailleurs les partisans de l’euro ont trouvé en Marine Le Pen l’avocate idéale de la sortie de l’euro. Ses approximations et son manque impressionnant de culture économique en font une adversaire facile à tourner en dérision tant il est facile de la mettre en difficulté. Tout ceci contribue malheureusement à la stagnation de l’idée de la sortie de l’euro malgré les carences toujours plus évidentes de la monnaie unique, qui pousse l’Europe dans la dépression.

Les unions monétaires finissent bien

Comme d’autres, j’ai déjà fait un dossier assez fouillé sur la fin de l’euro avec les exemples de l’Argentine ou de la Tchécoslovaquie. Mais j’ai reçu récemment une étude très fouillée de Jonathan Tepper, un économiste anglais. Il a étudié pas moins de soixante-neuf pays qui ont quitté une union monétaire au 20ème siècle, « avec un impact économique négatif limité », rendant la sortie de l’euro « faisable », et nous donnant un plan clair pour sa réalisation.

Bien sûr, une majorité de ces sorties correspondent à la décolonisation, mais d’autres cas se rapprochent davantage de la zone euro : la fin de l’Empire Austro-Hongrois en 1919, la séparation de l’Inde et du Pakistan en 1947, celle du Pakistan et du Bangladesh en 1971, la séparation de la Tchécoslovaquie ou de l’ancienne URSS en 1992, ou enfin l’Argentine en 2002. Mieux, dans le cas de la zone euro, il s’agit de revenir à une situation existante auparavant, ce qui est plus simple.

Pour l’auteur, l’histoire nous donne des réponses à toutes les questions relatives à la fin d’une union monétaire. Le processus pratique est bien connu : surimpression des anciens billets et remplacement par de nouveaux, contrôle des capitaux. Il souligne que « dans presque tous les cas, la transition a été douce », même s’il y a une restructuration des dettes. Pour lui « la sortie est l’outil le plus puissant pour rééquilibrer l’Europe et créer de la croissance ».

Selon l’auteur, les pays du Sud sont déjà condamnés du fait de leur endettement et de leur perte de compétitivité. Et il souligne que le défaut est une solution partielle : il faut corriger la surévaluation de la monnaie car l’euro fait peser l’ajustement sur les plus faibles. Et même s’il y a un défaut, l’expérience montre que « les inconvénients de la dévaluation sont brefs et qu’une croissance rapide suivrait » évoquant la crise des pays émergents en 1997-1998 ou l’Argentine.

De la banalité de la sortie d’une union monétaire

L’auteur cite également l’économiste Andrew Rose, professeur à Berkley, qui a étudié une base de données de 130 pays de 1946 à 2005 et pour « le plus frappant, c’est qu’il y a remarquablement peu de mouvements économiques au moment de la dissolution d’une union monétaire ». Selon Volker Nitsch, de l’université de Berlin, « historiquement, les dissolutions d’unions monétaires ne sont pas inhabituelles » et il chiffre le nombre d’unions dissoutes à 128 de 1948 à 1997.

Deux économistes de Princeton, Peter Garber et Michael Spencer, qui ont étudié spécifiquement le cas austro-hongrois, soutiennent que « en conclusion, la plupart des sorties d’une union monétaire n’ont provoqué qu’une faible volatilité économique, que leurs dissolutions sont fréquentes et qu’elles peuvent être réalisées rapidement, contrairement à ce qui est avancé par certains ». Le Pakistan et le Bangladesh ont mis fin à leur union monétaire aisément en pleine guerre civile !

Il y a un an, les défenseurs de l’euro soutenaient qu’une sortie serait catastrophique, entrainant défaut et effondrement du pouvoir d’achat. La Grèce démontre que c’est le maintien dans cette prison monétaire qui provoque une catastrophe. Mieux, l’histoire montre que la sortie n’est pas si compliquée…

22 commentaires:

  1. D'ou l'idée que je défend que la sortie de l'euro n'est pas un problème économique mais un problème psychologique avec beaucoup d’irrationnel ; donc de citer des prix Nobel et des experts de l’économie ne résout rien puisqu'il s'adresse a des spécialistes convaincus chacun dans leur camp

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    1. Tout à fait d'accord avec vous. Cela fait longtemps qu'à l'égard de l'euro et de cette crise, nous avons dépassé le stade du rationnel pur et de l'économique simple pour entrer dans une délire collectif que les peuples payent malheureusement très cher !

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  2. Une sortie de l'euro serait surtout un désaveu total des politiques menées depuis plus de 20 ans.

    Et c'est bien là le problème, cela reviendrait à admettre que depuis tout ce temps, on s'est trompé sur la politique de la monnaie unique.

    Il faut tout repenser et surtout se pencher sur le fait d'adopter une monnaie commune et non unique. La monnaie commune offre tous les avantages, internationaux comme nationaux sans avoir l'inflexibilité d'une monnaie unique qui écrase les pays les moins compétitifs de l'UE

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    1. Je suis de plus en plus sceptique sur l'idée de compétitivité dans l'euro. Nous sommes d'accord qu'une monnaie unique ne peut convenir à des pays différents, là n'est pas mon scepticisme. En revanche, quand je vois que le commerce extérieur français s'est effondré comme aucun autre en Europe (Grèce excepté) et que nous sommes déficitaires y compris avec des pays jugés moins compétitifs que nous, je me demande si nous ne faisons pas partie des moins compétitifs dans l'euro, en fait.

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    2. La France n'est pas le seul pays à avoir connu une telle dégradation de son commerce. L'Espagne, le Portugal ou l'Italie ont connu une très forte dégradation de leur commerce extérieur (cf fin du document de Kepper).

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    3. Bonjour.
      J'aimerai revenir sur cette comparaison entre "monnaie commune" et " monnaie unique" car il semble qu'une confusion existe sur le statut de l'Euro.
      Il ne s'agît en aucune manière d'une monnaie unique mais bien d'une monnaie commune avec des taux d'emprunt différent pour chacun des pays de la zone Euro.
      Si l'Euro devait être une monnaie unique s'inscrivant d'ailleurs dans une véritable fédération d'états, il suffit de comparer ce que l'Allemagne à réalisé en réunifiant l'est et ouest.
      - Suppression de la banque centrale de l'Allemagne de l'est
      pour ne garder qu'une seule et unique Banque Centrale et une seule monnaie.
      - Transfère de capitaux entre les deux zones.
      C'est d'ailleurs pour cette raison que les Allemands eux-même appellent l'euro "monnaie commune" et non "monnaie unique"

      L'idée véritable d'une monnaie unique pour l'euro ne repose pour le moment que sur un aspect psychologique préparant les populations au projet fédéraliste.
      En réalité, ce n'est pas encore le cas.
      Pour ma part, je pense qu'il est même impossible de l'envisager pour toutes les raisons évoquées par Laurent Pinsolle.

      Bien cordialement à tous

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  3. @PL : Oui. Et le problème c'est que les deux zouaves qui squattent les médias ne songent même pas a envisager la possibilité d'imaginer parler de toucher a l'€uro. C'est un tabou complet.

    @Anonyme : Et encore, on en est qu'a payer de petits acomptes...
    A trop vouloir sauver l'€uro pour de mauvaises raisons, ils vont tuer l'Europe, et là, la facture sera salée... très salée !

    @kain : Admettre ses erreurs est un signe d’intelligence... on est mal barré.

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  4. Je me permets de publier ici une réponse faite à ceux qui, sur le net, amplifient les problèmes dus à une sortie de l'euro, dans un but évident de faire peur.
    (Exemple trouvé sur le net, mais il y en a beaucoup comme cela: "On paye l'essence plus cher parce que l'euro baisse par rapport au dollar, mais aujourd'hui il vaut quand-même 1. 34$. S'il revient à la parité le litre de GO dépassera deux euros et si on repasse au franc 30% des Français ne pourront plus faire le plein.Que vaudrait le franc demain ? Un tiers d'euro ? Notre dette serait donc multipliée par trois. " )


    La parité de l'euro par rapport au dollar est représentatif des performances des économies des pays de la zone euro en plus des rendements comparé des devises. Cette zone comprends des pays considérés comme performants (Allemagne principalement) et des pays qui le sont beaucoup moins. La France a une position privilégié sur cette échelle; elle est sensiblement au milieu.
    ING et Nomura ont chiffré les parités monétaires post-monnaie unique. Elles sont toutes les deux arrivées à la conclusion que l'euro franc ne baisserait pas par rapport à l'euro car si l'euro mark s'apprécierait par rapport à l'euro franc, l'euro lire, l'euro pesesta... se déprécieraient.


    Ceci veut dire que si l'euro devait exploser sous sa forme actuelle ou la France quitter l'euro, les monnaies nationales auraient une parité par rapport à une moyenne (dans ce cas, l'euro commun). L’Allemagne verrait son euro mark réévalué de sans doute 20%, l'Espagne et l'Italie dévalués d'environ 20%, la France resterait dans la moyenne, avec un euro-franc qui globalement resterait à la parité actuelle dollar (aux alentours d'1,3 dollar pour 1 euro franc) et si elle devait baisser, ça n'en serait que mieux pour nos exportations.

    Admettons même que l'euro-franc (ou le franc si nous nous retrouvions dans un cas de figure où nous serions les seuls à quitter la zone euro) soit déprécié par rapport au dollar, il nous reste la possibilité de jouer sur la TIPP qui représente actuellement plus de 60 cmes d'euros par litre pour l'essence et 40 pour le gazole, afin de garder un prix raisonnable à la pompe.

    D'une manière générale, ne pas oublier que la France est encore, avec moins de 1% de la population mondiale, la 5 ième puissance économique. Mais il est certain que nous avons un gros effort à faire dans la relocalisation de nos productions ce qui aura également un effet important sur l'emploi: il faut là une volonté politique et un zeste de protectionnisme vis à vis des pays dont les "avantages compétitifs" sont la conséquence d'un esclavage ouvrier.

    Notre compétitivité par rapport à d'autres économies européennes similaires à la notre (Allemagne) serait elle rééquilibrée non par des droits de douane, mais par la réévaluation relative de leurs monnaies.

    (A suivre)

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    1. (suite)

      En ce qui concerne la dette.

      Notre dette n'est pas libellée en monnaie étrangère mais dans la monnaie de la France qui se trouve être actuellement l'euro. Si nous changeons le nom de notre monnaie pour l'appeler " franc" , au taux initial de 1 pour 1 , la dette de 1700 milliards d'euros fin 2011 deviendra simplement 1700 milliards de francs... il n'y a aucune raison qu'elle soit multipliée par quoi que ce soit.

      De plus, le programme de NDA privilégie la monétisation directe par la Banque de France (donc sans intérêts) de l'ordre de 5% du PIB/an afin de solder la dette le plus rapidement possible. A ceux qui sautent comme des cabris en criant "inflation, inflation", rappelons ce que tous les économistes savent depuis 200 ans: les risques d'inflation généralisée sont nuls dans des économies dont les capacités de production tournent à 70% et dont le taux de chômage dépasse le chômage incompressible de 5 ou 6% (NAIRU: " Non-Accelerating Inflation Rate of Unemployment" c'est-à-dire "taux de chômage n'accélérant pas l'inflation")

      Trois arguments complémentaires (par l’absurde):

      - est ce que les investisseurs ont fait des difficultés lorsque la dette en franc a été transformée en euro en 1999 ?
      - en quelle monnaie devrions-nous rembourser la dette si demain l'euro explosait et n'existait plus ?
      - les investisseurs ne préfèreront-ils pas toujours être remboursés en partie que par rien du tout (cf Grèce)?

      PS: ces réponses n'engagent que moi mais leur utilisation est libre de droits ;) .

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    2. Assez d'accord sur l'ensemble - en revanche, je ne comprends pas bien l'argument qui consiste à dire "La France est encore la cinquième puissance mondiale". Il y a des pays moins puissants économiquement que la France qui s'en sortent bien mieux, la croissance n'est pas une affaire de puissance. De toute façon, nous ne le sommes plus pour longtemps...

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    3. C'est possible que la France ne soit plus la 5° pour longtemps, mais si j'ai "glissé" cette phrase c'est pour tenter de lutter contre le défaitisme et la négation de nos atouts.
      Je ne pense pas qu'il soit nécessaire de rechercher une énorme croissance qui ne veut rien dire (c'est un mauvais thermomètre), mais le bien être de l'ensemble de la population et la réduction des inégalités extrêmes.

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    4. Nous sommes d'accord, mais il me paraît difficile d'améliorer les conditions de vie des gens sans croissance. La croissance n'est pas en soi l'assurance d'une amélioration des conditions de vie (l'Allemagne en est le meilleur exemple en Europe), mais sans elle, je vois difficilement ce qu'on peut faire. Ce n'est en revanche pas le seul indicateur viable, nous sommes d'accord.
      Et il est certain qu'elle ne le sera plus pour longtemps : si les choses continuent comme aujourd'hui, on sera vite dépassé par le Brésil, puis par la Russie, le Mexique et l'Inde qui croissent vite et sont encore en-deçà de leurs possibilités réelles.

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    5. C'est un débat complexe et ce n'est pas trop le lieu, mais souvenons nous que pour avoir le même accroissement en valeur en PIB/habitant, il faut 1% chez nous et 10% en Chine ou au Brésil. Je pense que "notre" problème est la mauvaise répartition comme je l'écrivais plus haut.

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    6. http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey/2012/02/18/prosperite-sans-croissance-a-l%E2%80%99echelle-des-regions/

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    7. Nous oublions toujours que nous sommes sur terre que c'est un monde fini et que nous irons sans doute pas ailleurs et nous présupposons que la croissance matérielle peut être infini c'est une erreur c'est pourquoi je ne crois absolument pas aux pays dit émergents dans la course au PIB le soufflé retombe deja

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    8. @ A-J Holbecq

      Merci pour ces précisions utiles.

      @ Tous

      Je pense qu'il y aura tout de même de croissance pour réduire le chômage. Et que cela doit être la priorité absolue.

      Après, il est bien évident qu'il faudra prendre en compte les limites de notre monde et parvenir à une croissance qui soit économe de nos ressources finies.

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  5. L'opposition entre "croissance" et "préservation des ressources" est totalement fallacieuse. Contrairement au discours des "décroissants" la croissance est une condition sine qua non pour développer de nouvelles technologies qui préservent l'environnement sans compromettre la progression des niveaux de vie. Le mythe d'un arrêt de la croissance en l'état économique et démographique présent est une perspective effrayante, car c'est alors que l'épuisement des ressources deviendrait inéluctable - et que la pauvreté du Tiers-Monde ne pourrait plus se résoudre que par la guerre.

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    1. je crois que la pauvreté du tiers monde se résoudra avec des solutions développé par Pierre Rahbi plutôt que par de nouvelles technologie qui si nous grattons un peu sont des notions marketing
      A voir

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    2. je crois que la pauvreté du tiers monde se résoudra avec des solutions développés par Pierre Rahbi plutôt que par de nouvelles technologies qui si nous grattons un peu sont des notions marketing
      A voir

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  6. Mais en fait la catastrophe est déjà présente et aucune solution n'est proposé, a part : "gagner du temps"! Et justement, ce gain de temps est profitable à l'idée d'une sortie de la monnaie unique de plus en plus réaliste...!
    Avant 2000 la monétique était à ses balbutiements et obliger la création monétaire en pièces et billets alors que maintenant, ce changement ne nécessite pas autant "d'impression" ce qui facilitera bien mieux le passage!
    A chaque sortie d'un pays de la zone Euro, la monnaie unique va forcement se déprécier, poussant d'autre pays à la quitter avant son éffondrement total, donc il serai intéressant de la transformer en monnaie commune avant qu'un seul pays ne sorte de cette zone!

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  7. patrice lamy1 mars 2012 07:24

    C'est vrai peu ont pensé a la monétique il serait intéressant de savoir le volume de monnaie physique en circulation qui a été diminué grâce à cela

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  8. j'ai juste une question Mr Pinsolle: nous voilà en 2017, le premier tour est passé qui a vu le candidat socialiste éliminé et il ne reste que Marine Le Pen face à Sarkozy ou Fillon, ou Coppé, ou même éventuellement Juppé. Pour qui appelleriez vous à voter ?

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