dimanche 19 février 2012

La double oppression de la Grèce


Les négociations reprennent demain pour enfin accorder les crédits promis à la Grèce en échange du vote du gouvernement et des parlementaires d’un énième plan de rigueur, qui prévoit une baisse du salaire minimum de 22%. Athènes reste sous la coupe d’une double oppression.

L’oppression économique

Il y a bien longtemps que ce n’est plus la graisse qui est attaquée par les plans d’austérité sauvages imposés par la troïka technocratique. Ce sont les muscles, et même les os, comme le rapporte The Economist, Après avoir imposé une baisse très forte du traitement des fonctionnaires (environ 30%), ce sont désormais les bas salaires du privé qui sont attaqués, avec la baisse du filet de protection qu’est le salaire minimum, baissé de 22% (et même 32% pour les jeunes) !

Il est totalement révoltant d’imaginer que ces technocrates aient pu demander (puis un gouvernement et des parlementaires accepter) de baisser de 22% le salaire et le pouvoir d’achat des salariés les plus pauvre du pays. Pour l’immense majorité, pour qui les fins de mois étaient déjà difficiles, cela signifie chercher rapidement un nouveau logement, plus petit, éventuellement vendre sa voiture ou le peu de biens qui ont encore un peu de valeur, éventuellement retourner chez ses parents.

Comment des dirigeants peuvent demander de tels sacrifices, d’autant plus que le passé montre bien qu’il en faut toujours plus ? Jusqu’où l’horreur économique va-t-elle être poussée, tout ça pour sauver un euro qui pourrait ne pas survivre à l’effet domino de la sortie d’un de ses membres. Je vous recommande vivement de lire le blog de Panagiotis Grigoriou, qui conte le malheur de ce peuple grec, saigné par cette horrible Europe et où les plus faibles sont les premières victimes.

L’oppression démocratique

La question qui se pose ensuite logiquement est celle du pourquoi le peuple grec ne se révolte-t-il pas plus contre ses dirigeants, même si les innombrables manifestations que connaît le pays depuis deux ans démontrent que tout le monde n’accepte pas cette oppression économique. Tout d’abord, une majorité de la population semble encore souhaiter rester dans l’euro et l’Europe et ne demande qu’à relâcher l’austérité pour essayer de retrouver un peu d’air et respirer.

Mais néanmoins, il est probable que les idées alternatives progressent. L’extrême droite a rejoint l’extrême gauche dans l’opposition. Vingt députés du PASOK, comme vingt députés de droite ont refusé de voter le nouveau plan, malgré les menaces (exécutées) de radiation du parti. Mais pour l’instant, une opposition politique forte au gouvernement, qui pourrait être une alternative crédible, peine toujours à émerger dans le pays, même si les récents évènements pourraient l’accélérer.

En effet, entre les déclarations de Wolfgang Schauble, qui souhaitait voir le pays mis sous tutelle, l’annulation scandaleuse du référendum promis par Papandréou, et qui a conduit à sa chute, et les conditions rocambolesques du vote du dernier plan, que les députés devaient voter dimanche après avoir reçu des centaines de pages de documents la veille, le débat public pourrait vite se retourner contre cette Europe qui organise une telle oppression démocratique.

Les atermoiements sur la date des législatives sont également un véritable scandale démocratique. Mais, plus le temps passe, plus il est probable que le peuple grec préfèrera dire au revoir à cette Europe plutôt que de poursuivre dans cette immense régression économique.

12 commentaires:

  1. Des centaines de personnes commençaient à se rassembler dimanche 19 février dans le centre d'Athènes à l'appel des syndicats, contre les mesures d'austérité prises par la Grèce pour sécuriser un deuxième plan d'aide de la zone euro destiné à lui empêcher de faire faillite dans un mois.

    Mesure phare du programme adopté, un abaissement de 22 % du salaire minimum.

    Devant le parlement, les banderoles critiquaient ces mesures adoptées par le gouvernement de coalition. "Le consensus national est une combine, la pauvreté et la faim n'ont pas de nationalité" indiquait une banderole sous-titrée en anglais : "all of us we are Greeks, Merkel and Sarkozy are freaks".

    En bas de la place, une banderole de la gauche radicale, qui organise une deuxième manifestation plus tard dans l'après-midi, appelle à la "grève sine dié et au soulèvement" tandis qu'une autre invite les députés à "quitter le pays".

    http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20120219.OBS1765/la-rue-grecque-manifeste-contre-les-exigences-inacceptables.html

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  2. Je vais vous dire une bonne chose, Laurent : je commence à penser que les législatives annoncées pour Avril n'auront pas lieu, étant repoussées le plus tard possible, voire même annulées purement et simplement. Il semble qu'une bonne part de la classe politique grecque soit tout simplement à vomir, mais ces gens ne sont tout de même pas idiots, ils ne s'attendent certainement pas à être réélus dans les clameurs d'enthousiasme, et certains sont probablement prêts à prendre le pari que personne n'osera le jeter dehors de force... Comme je le disais il y a quelques jours, c'est là qu'on va voir ce qu'est devenu le peuple grec, si aujourd'hui il vaut mieux que la manière dont il est traité.

    Quant à l'UE c'est une bande de schizophrènes, c'est clair. D'un côté ils tremblent de peur à l'idée d'un défaut de la Grèce, et de l'autre ils font tout pour acculer son gouvernement au défaut...

    Sancelrien

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  3. Je ne rentrerai pas dans le détail du bien fondé des mesures demandées à la Grèce, juste signaler ce point:
    Le salaire minimum grec est supeieur su salaire minimum Espagnol!!!! cf http://www.inegalites.fr/spip.php?article702
    Alors qu'on arrète un peu de critiquer trop facilement certaines mesure qui, bien que dures sont justes. Arrétons un peu la facilité dans le débat économique....

    les grecs ont saccagé leur économie pendant des années, en profitant outrageusement et sans contrepartie sociétale (meilleures pratiques commerciales, fiscales...) des avantages concédés par l'euro, comme des capacités d'emprunt à taux faibles (quand je dis les grecs, il s'agit bien évidemment de la classe dirigeante). Le soucis c'est que les populations se sont accomodées de ces mauvaises pratiques politiques et économiques (comme en Espagne), et aujourd'hui elles en payent le prix. Autant je suis désolé et indigné devant tant de souffrance, autant je sais que cette situation était en germe déjà depuis des années, et que le retour de balancier est un phénomène naturel qui nous touche tous.
    le vrai problème de la Grèce, c'est l'incurie de ses politiques, et je suis désolé que ce soient ceux qui les ont élus qui doivent payer les pots cassés. Ne vous inquiétez pas, la même nous arrivera bientôt, nous aurons alors les yeux pour pleurer, et l'exemple grecs pour nous rappeler à quel point on aura été bêtes!

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    1. Si les Grecs ont des problèmes organisationnels, alors deux solutions solutions sont envisageables.

      1 : Financement de la Grèce à 0% par la BCE avec en échange une amélioration plus que sensible de toute leur administration pour devenir efficaces et faire rentrer des recettes fiscales.

      2 : Considérer que les grecs ont un style de vie trop laxistes, que leur volonté de vivre ensemble n'est pas compatibles avec nos règles fonctionnement trop strictes pour eux. Il faut alors leur rendre leur liberté monétaire et les laisser suivre le propre chemin.

      Leur imposer de l'austérité, c'est juste leur faire payer la dette. C'est simplement maintenir le système bancaire irresponsable. Ce n'est pas les aider, c'est les instrumentaliser, c'est juste révoltant.

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  4. Pour avoir été en Grèce à plusieurs reprises, j'ai à chaque fois été choqué d'y voir les pratiques, maisons pas finies pour pas payer d'impôts, pas possible de payer avec la carte de crédit, même pour des sommes pas négligeables de 50 euros, toujours payer en liquide. L'évitement fiscal était une pratique répandue, pas uniquement chez les plus nantis.

    Ceci dit, les grecs commencent je suppose à comprendre ce que ça veut dire d'être cohérent et de ne pas attendre que l'argent tombe du ciel façon open bar. Bien entendu, ce sont les plus pauvres qui payent la facture, les députés grecs émargeant très bien. Tout comme l'église ou les armateurs. L'UE a aussi une responsabilité dans cette gabegie.

    Olaf

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  5. Je suis allé plusieurs fois en Grèce, maisons pas finies pour pas payer d'impôts, payement en liquide imposé même pour 50 euros.
    La complaisance complice. Comment l'UE n'a t elle pas vu ce souk fiscal ?

    Ceci dit, au lieu de faire payer l'église et de réduire les revenus des députés, ce sont les moins nantis qui doivent payer.

    C'est une très mauvaise farce qui se joue là.

    Olaf

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  6. L'actuel parlement grec a été élu à l'automne 2009 donc les élections n'auront lieu qu'à l'automne 2013. En effet comme l'a dit un premier ministre britannique à la fin des années 70 (ce devait être soit Harold Wilson ou son successeur) on n'a jamais vu des dindes demander l'avancement de la date de Noël! Autrement dit les députés ne sont pas suicidaires et n'ont pas envie de perdre leur douillet siège de député avant terme! A moins que le peuple grec ne force le destin par un coup d'état en s'emparant du parlement par la force et le contraindre à la dissolution. A la violence de l'économie répondra la violence du désespoir du peuple grec!

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  7. Valable pour la France, mais aussi pour la Grèce :

    " En temps de crise il faut un gouvernement resserré " clamait le chef de l'Etat (le 6 février dernier), qui prise l'exigence allemande mais ne l'applique ni à lui même ni à ses ministres.

    La Chancelière travaille avec huit ministres. À Paris ils sont vingt-cinq + neuf secrétaires d'Etat...(Un ministre coûte 17 millions d'Euros par an ) !

    Le soir après son "boulot" Angela (comme chacun de ses 8 ministres), rentre dans son appartement,dont elle paie le loyer et les factures d'eau et d'électricité. A Paris F. FILLON se détend dans son logement de fonction (309,72m2) à Matignon, tandis que ses collègues regagnent en limousine les hôtels particuliers que la République met généreusement à leur disposition.

    906 personnes travaillent à la présidence de la République : un peu plus de 300 en Allemagne.
    Parc autos de l'Elysée 121 ; 37 à la chancellerie .

    En Allemagne le gouvernement se déplace systématiquement en train ou sur des lignes aériennes régulières....Ici nous avons : 1 air bus A330-200 refait à neuf récemment pour plus de 100 millions d'euros - 2 Falcons 7X - 2 Falcons 900 - 2 Falcons 50 et 3 hélicoptères Super Puma...etc...etc..

    Angela gagne 15 830 € et gère 36,4 millions pour les dépenses de la chancellerie : Nicolas gagne 21026 € et le budget de l'Elysée culmine à 113 millions.

    Olaf

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  8. @ Sancelrien

    Je crois que beaucoup de politiciens sont perdus, mais le réveil démocratique approche : 40 députés du PASOK et de la droite ont bravé leur parti dimanche dernier ! L'extrême-gauche serait donnée à 30% pour l'élection.

    Soit dit-en passant, plus le temps passe, plus les opposants vont grandir, donc s'ils repoussent les élections à 2013, il est plus probable que les partisans d'une solution à l'Argentine l'emportent que si elles avaient lieu demain (même si ce serait plus démocratique).

    @ Kama

    Bien sûr, la Grèce a une part de responsabilité, que je souligne souvent, mais ce serait trop simple de leur rejeter toute la responsabilité. Les banques en ont une : elles lui ont prêté aux taux allemands. Sans cette erreur de jugement, la Grèce aurait sans doute eu un comportement plus vertueux. Et l'euro a tout brouillé. Enfin, Goldman Sachs les a aidé à trafiquer les comptes...

    @ Olaf

    Une sortie de l'euro serait sans doute le choc qui permettrait de mettre fin à ces pratiques, la Grèce devant se réinventer elle-même.

    Merci pour l'info.

    @ Cording

    Intéressant également.

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  9. Le fait que la Grèce soit très mal gerée par leurs dirigeants n'est pas une excuse pour appliquer des solutions absurdes.

    Si vous tenez tellement à les punir on peut arriver a ce résultat avec une monnaie dévaluée. On aura donc aussi une forte baisse de pouvoir d'achat sauf que dans ce cas elle offre une rédemption au bout de leurs efforts.

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  10. Aujourd'hui 20 février, il y a eu pour la 12 347e fois, un "sommet de la dernière chance" qui comme d'habitude n'a servi à rien. Quelle honte et quelle ignominie !

    Sancelrien

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  11. le point de vu de Olivier Delamarche
    http://www.youtube.com/watch?v=z5ZWoYy2jCI

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