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jeudi 5 janvier 2017

Quand le Monde se tire dans le pied sur Schengen


Voici un article à retenir tant il est révélateur de l’état d’esprit d’une certaine presse : le Monde nous dit que « l’espace Schengen (est le) bouc émissaire des europhobes après la cavale d’Anis Amri », le terroriste tunisien de Berlin abattu à Milan. Le quotidien vespéral rapporte les critiques des politiques « europhobes », qui soulignent que le terroriste a pu traverser les frontières, dont la nôtre, sans contrôle, en étant armé. Le Monde essaie de se défendre en notant que la convention de Schengen est suspendue depuis plusieurs mois pour permettre justement des contrôles systématiques et cite le directeur de l’institut Jacques Delors pour qui des moyens supérieurs permettraient de mieux lutter contre le terrorisme plutôt qu’en surveillant les frontières intérieures pour des coûts exorbitants.

Le Monde a un sacré culot de parler de moyens supplémentaires, lui qui appuie toutes les politiques de coupes des dépenses publiques. Et en quoi les contrôles aux frontières intérieures seraient moins efficaces que des moyens supplémentaires pour la police et la justice ? L’exemple même d’Anis Amri montre qu’un contrôle systématique aux frontières intérieures (à la manière de celui pratiqué par Londres ou Washington) aurait permis d’arrêter le terroriste. Bref, dans ce domaine, le Monde montre surtout que sa foi religieuse dans l’UE lui fait simplement perdre tout sens pratique et à se comporter comme la Pravda.

mercredi 29 juillet 2015

Hollande à la pointe du fanatisme des euro fédéralistes

Même si on y est totalement opposé, il faut lire le texte de François Hollande, publié il y a 10 jours dans le JDD, en hommage au 90ème anniversaire de Jacques Delors. C’est sans doute un texte de référence pour comprendre à quel point le fédéralisme européen tient de la religion plus que de la pensée.



Entre Orwell et les Bisounours

Ce texte, signé par le président de la République, est tellement mauvais qu’on se demande dans un premier temps s’il n’est pas l’œuvre d’un stagiaire fils d’un hiérarque des institutions européennes tant il cumule tous les clichés les plus rebattus et discrédités sur la construction européenne, tout en y mélangeant des contre-vérités plus évidentes les unes que les autres. On y apprend ainsi que Saint Jacques Delors aurait apporté à « la politique contractuelle pour redistribuer les fruits de la croissance (…) et la maîtrise des comptes publics, qu’il avait engagé au début des années 1980 ». Double carton rouge factuel : la part des salaires dans le PIB décroche justement au début des années 1980 et, alors que les comptes publics étaient équilibrés à son arrivée au pouvoir, ils les laissent en déficit marqué…

Ensuite, nous avons droit au roman classique des euro béats, entre une Europe « bloquée par les égoïsmes nationaux (…) capable de préserver la paix » et la dénonciation des « populistes » qui « ont peur du monde, parce qu’ils veulent revenir aux divisions, aux murs, aux grillages ». Il ose même écrire « l’Union ne peut se réduire à des règles, des mécanismes ou des disciplines », alors même que ses dernières réalisations (two pack, six pack, TSCG ou les plans pour la Grèce) ne sortent pas de ce cadre étroit. Nous avons droit à la tarte à la crème de la « puissance au service de l’équilibre du monde » avec le leitmotive classique sur « ce qui nous menace, ce n’est pas l’excès d’Europe, mais son insuffisance ». Il faudrait lui dire que plus les pays européens s’intègrent, plus la situation se déteriore…

Une illusion sur le point d’être brisée

mercredi 7 mai 2014

Hollande 2 ans après : le delorien qui espère un retournement


Hier matin, le président de la République a essayé de frapper les esprits pour fêter les deux ans de sa victoire contre Nicolas Sarkozy en étant invité par Jean-Jacques Bourdin sur RMC. La déception des Français était finalement assez prévisible et tout retournement semble très hypothétique.


Delorien sans surprise

Il y a deux ans et demi, le premier tour des primaires socialistes avaient tranché : le représentant du PS serait un deloro-jospiniste. Dès lors, il n’y avait aucun espoir à avoir, comme l’avait montré le double langage ridicule de l’ennemi de la finance quand il avait été interviewé par le Guardian… Voilà pourquoi j’avais décidé de ne pas choisir entre lui et Nicolas Sarkozy au second tour, malgré une très forte aversion pour le président sortant (qui m’avait poussé à voter contre lui en 2007). Au final, la ligne suivie depuis 2012 s’inscrit dans une continuité sans faille avec l’ancien président de la Commission Européenne, entre politique d’austérité et de l’offre, le tout dans le cadre contraignant de l’UE.

Depuis le début, Hollande poursuit la politique d’austérité engagée par Sarkozy. Mais, logiquement, menée à l’échelle continentale, cela a plongé l’UE dans une seconde récession, remettant à sa place le misérable plan de croissance européen, raillé par Paul Krugman, et négocié pour signer le TSCG Merkozy. Et même si les objectifs de baisse des déficits sont moins déraisonnables, ils restent un mauvais choix quand on voit les conséquences de ces plans ailleurs, comme le note aussi Paul Krugman. Enfin, la baisse du coût du travail, mise en place en trois temps (CICE, annonce de 20 milliards de plus, annonce du pacte de responsabilité) est une priorité ubuesque dans une UE où le coût du travail bulgare ou roumain est prêt de 90% inférieur et où la hausse de l’euro depuis 2 ans annule tout effort en dehors…

Le communiquant en attente d’un vent porteur

jeudi 10 avril 2014

Jean-Pierre Jouyet, de Jospin à Hollande, en passant par Sarkozy…


La nouvelle peut paraître anecdotique, mais François Hollande a décidé de changer de secrétaire général à l’Elysée. Il vient de nommer Jean-Pierre Jouyet, ancien secrétaire d’Etat sous Nicolas Sarkozy. Impossible de mieux résumer la convergence du PS et de l’UMP, mais aussi leur faillite.


Bonnet blanc et blanc bonnet

Cet énarque, camarade de promotion de François Hollande, dont il est également un ami, illustre une bonne partie de ce qui ne va pas dans notre pays. Nicolas Sarkozy est élu en 2007 ? Il devient secrétaire d’Etat aux affaires européennes, un mercenaire de cette pseudo ouverture destinée à couper les jarrets de Bayrou. François Hollande élimine son ancien patron en 2012 ? Il revient deux ans après au poste stratégique de Secrétaire Général de l’Elysée. Le président de la République ne pouvait pas nous donner meilleur symbole d’une forme de continuité entre son action et celle de son prédécesseur.


Il est effarant que le président de la République ne se rende pas compte de l’image désastreuse que pourrait donner sa nomination, à moins que sa stratégie pour 2017 ne consiste justement à occuper le centre et pousser l’UMP trop à droite pour pouvoir la battre. Car même si Manuel Valls a essayé de donner le change lors de son discours à l’Assemblée, tant sur la forme que sur le fond (avec la baisse des charges employés pour les bas salaires), la politique économique défendue par l’équipe au pouvoir (sans même parler de sa politique européenne), ressemble comme deux gouttes d’eau à celle menée pendant cinq ans sous Nicolas Sarkozy : un cocktail peu inspiré d’austérité budgétaire et de compétitivité.

Nouvel avatar de la malédiction delorienne

mercredi 15 janvier 2014

François Hollande : le choc eurolibéral





Le néocon, c’est lui ?

Les néoconservateurs, tels qu’on les définit aux Etats-Unis, ont plusieurs caractéristiques : une volonté de réduire les dépenses publiques et les impôts, un interventionnisme extérieur et une remise en cause d’une partie des libertés publiques. Au final, contrairement aux allégations absurdes du Point, c’est plutôt François Hollande qui se rapproche de cette définition. A ce titre, la conférence de presse d’hier était spectaculaire sur le plan économique : promesse de réduire la dépense publique de 50 milliards de 2015 à 2017, celle de réduire les charges des entreprises des cotisations familiales (30 milliards), le choc de simplification, la volonté de réduire les déficits et d’améliorer la compétitivité.

Bref, à part peut-être quand Lionel Jospin baissait les impôts et privatisait à tout va en affirmant que l’Etat ne pouvait pas tout sur Vilvorde, jamais le PS n’a sans doute autant assumé ses idées eurolibérales. Non seulement il renie Marx, mais il renie même Keynes en assumant ouvertement une politique de l’offre, qui créerait in fine de la demande, dans un raisonnement purement libéral économiquement. Et nous avons eu droit au couplet traditionnel sur l’Europe, à savoir qu’il en faut plus, mais qu’il faut quand même un peu la changer et que sans l’Europe, ce serait une catastrophe. Pourtant, plus l’intégration avance, plus cela va mal et la zone euro est la région qui va le plus mal au monde depuis 2010.

Un cap (politicien) pour 2017

vendredi 17 mai 2013

François Hollande, toujours plus loin dans l’eurolibéralisme


Le Président de la République vient de s’exprimer dans une conférence de presse qui marque l’entrée dans l’an deux de sa présidence. Par-delà un ton positif contrastant avec les résultats économiques très mauvais, il a démontré qu’il était bien le fils politique de Jacques Delors.



Le Hollandisme néolibéral

Baisse des dépenses publiques, baisse du coût du travail, choc de simplification, réforme des retraites : il fallait avoir le cœur bien accroché si on était de gauche pendant cette conférence de presse. Emmanuel Todd espérait un virage inverse à celui de 1983, un « hollandisme révolutionnaire ». Heureusement qu’il avait confié à Marianne sa déception et reconnu ne plus y croire. Cette conférence marque au contraire une accélération du virage libéral de la majorité en place, comme l’a bien montré l’allocation préliminaire du président, à la tonalité très libérale et bien peu sociale.

Tout d’abord, il a souligné que sa gestion était plus rigoureuse que celle de son prédécesseur puisque les dépenses publiques seront stables pour la première fois cette année et baisseront légèrement en 2014. Puis, il a osé affirmer que l’équipe précédente n’avait pas fait de choix courageux sur la compétitivité. Il est quand même assez étonnant d’entendre un président « socialiste » reprocher à un gouvernement de droite de ne pas avoir osé baisser le coût du travail. Mieux, il a eu la transparence et l’audace d’utiliser ce terme ! Laurence Parisot devait être aux anges… Mais, à quoi bon réduire le coût du travail de quelques pourcents quand les monnaies flottent et que le Japon fait baisser le yen de 30% pour relancer son économie, alors que l’euro reste encore et toujours trop cher ?

Il a ensuite pris exemple sur l’Allemagne, vantant ses 160 milliards d’excédents commerciaux, par opposition aux 60 milliards de déficit de la France. Comment a-t-il pu oublier la baisse de 15% du salaire d’un tiers des salariés allemands depuis dix ans ? En outre, ce modèle n’est pas réplicable. Ensuite, il a continué à développer son « choc de simplification » et annoncé une réforme des retraites (et des régimes spéciaux), égratignant au passage Nicolas Sarkozy en soulignant que sa réforme n’avait pas suffi, et de loin, ce qu’il a aussi fait d’autres fois, sur la croissance ou les déficits.

Le mirage européen

samedi 14 juillet 2012

Montebourg, de la démondialisation à l’effondrement productif


Arnaud Montebourg s’est démarqué lors des primaires socialistes en se faisant le défenseur de la démondialisation. Mais l’épreuve du pouvoir, avec le plan social de PSA, est un exercice cruel comme l’a montré son passage sur France 2 jeudi soir, d’où n’est pas ressorti grand chose.

Un diagnostic juste

En reprenant le terme de démondialisation, inventé par Jacques Sapir, le député de Saône et Loire avait touché le gros lot lors des primaires, terminant devant Ségolène Royal, avec 17% des suffrages, ce qui lui a valu un beau ministère. Mais il était bien évidemment illusoire d’espérer appliquer ces idées sous la présidence du jospino-deloriste qu’est François Hollande. Le nouveau président sait faire des synthèses improbables mais pas sortir du cadre européen.

Résultat, Arnaud Montebourg est dans une équipe qui ne compte pas remettre en cause la mondialisation et qui cherche seulement à s’y adapter. Et c’est dommage car toutes les analyses qu’il avait reprises à Jacques Sapir (proches des idées de Jean-Luc Gréau) étaient justes. Les ravages de l’euro cher, de l’ouverture anarchique du marché européen aux importations et des politiques d’austérité sauvages expliquent toutes trois la crise que traverse le secteur automobile.

En effet, le cas du plan social de PSA n’est pas celui d’un licenciement boursier pour augmenter les dividendes d’actionnaires cupides, mais le plan d’ajustement d’une entreprise qui a perdu tout de même 700 millions d’euros au premier semestre. Pire, PSA était resté beaucoup plus patriote que Renault en conservant 44% de sa production en France, contre 23% pour l’ancienne régie. En fait, le constructeur automobile est emporté par le marasme du marché européen.

« Un ministre, ça ferme sa g… ou ça démissionne »

mardi 11 octobre 2011

Montebourg face au sempiternel dilemme de la gauche du PS


Avec 17% des suffrages dimanche, c’est bien le partisan de la démondialisation qui a créé la surprise et qui est au cœur de toutes les discussions. Mais que va-t-il faire de son capital ? Le vendre aux héritiers de Delors et Jospin ou rester fidèle à ses convictions ?

Merci Arnaud Montebourg !

Je n’ai jamais été un grand partisan du troisième homme de cette élection, même s’il a voté « non » au TCE en 2005. Il faut dire que faire de la Sixième République un point phare de son programme n’est pas pour plaire au gaulliste que je suis. Mais, malgré tout, il faut reconnaître que non seulement il a fait une bonne campagne, mais que, ce faisant, il a eu le courage de défendre beaucoup d’idées pour lesquelles je me bats également depuis longtemps.

lundi 10 octobre 2011

Le PS est irrécupérable

Hier, avait lieu le premier tour des primaires socialistes. Sans grande surprise, le second tour verra s’affronter Martine Aubry et François Hollande. Même si Arnaud Montebourg a fait un très beau score, la finale 100% deloriste démontre toutes les limites du PS.

L’alternance, mais pas l’alternative

Certes, Arnaud Montebourg créé la surprise du premier tour, en réussissant à distancer Ségolène Royal et Manuel Valls, dont on se demande souvent ce qui le distingue de l’UMP. Mais malgré tout, l’aile gauche du Parti Socialiste a seulement réuni un sixième des voix. Elle reste relativement marginalisée dans un parti qui l’a toujours maltraitée, à part pendant la parenthèse collectiviste de la fin des années 1970 et du début 1980 et qui l’avait alors mené au pouvoir.



samedi 1 octobre 2011

La France, exportatrice de technocrates apatrides


C’est Eric Zemmour qui avait eu ce bon mot un matin dans sa chronique sur RTL : la France est bien un pays spécialisé dans l’exportation de hauts technocrates dont l’internationalisme est tel qu’ils en oublient totalement leur pays d’origine. Nouvel exemple avec Christine Lagarde.

Un lourd passé

Jacques Delors, Jean-Claude Trichet et Pascal Lamy sont sans doute les pires exemples de ce que la France a produit comme technocrates irresponsables et apatrides. Si le second a toujours été à droite, le premier et le troisième sont venus de la gauche pour mener des politiques profondément antisociales et dogmatiquement monétaristes et néolibérales. Fâchés avec la réalité, ils n’hésitent pas à nier la crise de l’euro, affirmant qu’il s’agit seulement d’une crise de la dette.

dimanche 25 septembre 2011

Frédéric Lordon décrypte la crise

Dans « Jusqu’à quand », publié en septembre 2008, Frédéric Lordon livrait une analyse passionnante des mécanismes de la crise. Dans « La crise de trop », il affine son analyse et développe ses propositions.


Les causes de la crise


Pour l’auteur, il y a deux raisons principales à la crise économique que nous traversons, deux contraintes à laquelle nos économies se sont soumises, « celle de la finance, qui exige la rentabilité actionnariale, et celle de la concurrence qui veut la compétitivité-prix, qui ont écrasé les salaires et fait exploser les inégalités ». Une analyse proche de celle de Robert Reich dans « Supercapitalisme ».