jeudi 28 mars 2013

Le piège mortel de la course à la compétitivité


« Compétitivité, compétitivité, compétitivité » disent aujourd’hui tous les cabris de la pensée unique politico-médiatique. Opposition comme majorité en font l’horizon indépassable pour lutter contre la montée du chômage, qui a atteint un nouveau record. Encore une erreur tragique.

Il n’y a pas d’alternative ?



Hier sur RTL, Laurence Parisot a lourdement insisté sur la nécessité de « baisser les coûts de production ». Elle a qualifié le crédit d’impôt de 20 milliards mis en place par le gouvernement suite au rapport Gallois de « première étape », appelant à « un acte deux du plan de compétitivité » et à « continuer à travailler inlassablement sur la baisse des coûts de production ». Le Medef voit son message parfaitement relayé par une UMP qui ne fait pas dans la nuance sur le sujet.

Mais cette thématique de la compétitivité n’est pas le seul apanage de la droite et du patronat. Le Parti Socialiste a largement sacrifié à ce débat, en demandant à Louis Gallois un rapport sur le sujet et en s’empressant d’en appliquer la plupart des conclusions, à la surprise générale. D’ailleurs, il s’agit d’un des trois objectifs majeurs du président annoncés lors de sa conférence de presse de novembre, avec le désendettement et la réorientation (sic) de l’Europe.

Et les médias dits de gauche embrayent sans le moindre recul. Le Monde titre sur le fait qu’en « Allemagne, le travail (est) près d’un tiers plus cher que la moyenne européenne ». Le quotidien en arrive à présenter une hausse moyenne du pouvoir d’achat de 0,6% (hausse des salaires de 2,6% contre 2% d’inflation) comme un risque pour nos voisins d’outre-Rhin ! En effet, le salaire horaire moyen ressort à 31 euros, contre 23,5 en moyenne dans l’UE, et 3,7 en Bulgarie.

Une course sans fin et mortifère

Mais par quelle monstruosité des personnes dites de gauche peuvent finir par adhérer et même promouvoir un discours de régression sociale où les salaires deviennent l’ennemi de la production et où leur baisse devient un objectif. Tout cela montre le pourrissement de la pensée « socialiste » par des préceptes néolibéraux moisis. Le PS d’aujourd’hui est bien moins progressiste que certains patrons, comme Henry Ford, qui avait compris l’intérêt d’augmenter les salaires !

Comment le journaliste qui a écrit le papier du Monde ne peut pas se rendre compte de la logique mortifère de cette course à la compétitivité ? Car à partir du moment où la moyenne est à 23,5 euros, il est bien évident que cela nous imposera de baisser les salaires, comme le recommandent The Economist ou Goldman Sachs. Mais si toute l’Europe se met à baisser ses salaires (ce qui a commencé, comme le montre la baisse du pouvoir d’achat en France en 2012, pour la première fois depuis 1984), personne n’y gagnera et au final, la demande baissera et nous serons en dépression.

C’est ce que Paul Krugman a dénoncé dans un blog, où il fait un sort aux politiques de dévaluation interne et affirme qu’une sortie de la monnaie unique serait bien préférable. Bien sûr, la compétitivité n’est pas une notion entièrement négative. Elle a son importance pour le développement économique. Mais aujourd’hui, les salariés des pays dits riches ne peuvent pas gagner en pouvoir d’achat dans ce contexte d’anarchie commerciale déloyale. Les gouvernements doivent créer les conditions pour que les gains de productivité puissent à nouveau profiter aux salariés dans nos pays.

Le débat actuel sur la compétitivité est totalement hallucinant. La course à la compétitivité nous propulse dans une course sans fin à la régression sociale. Il est incroyable que même ce qu’on appelle la gauche y fonce aujourd’hui tête baissée, sacrifiant la population pour un dogme néolibéral mal digéré.

16 commentaires:

  1. Il faudra comprendre un jour que la gauche n'est pas de gauche. Le PS et Europe-écologie sont des Girondins, des gens qui, déjà, se battaient pour rester des sous-hommes au moment de la révolution française. Les très diplômés de gauche ont abandonné les peu et pas diplômés qui n'ont pas la capacité de créer un parti politique par eux-mêmes.
    jard
    Jard

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  2. Le parti socialiste n'est pas de gauche, c'est la droite dure et financière, la droite d'argent, bancaire. Les faits le démontre. Qui a le plus privatisé depuis 1995 ? Qui a renforcé sans cesse, et avec zèle, la construction européenne et son libéralisme forcené (sociétal par la CEDH, économique par l'UE) Il n'y a rien à attendre d'Hollande et de ses ministres, si ce n'est la mise en oeuvre de standards sociaux attachés jusqu'ici aux pays en voie de développement, voire moins encore. Il ne reculeront pas. Sourires, blagues, bonhomie, gaudriole, gentillesse et amabilité à la télé, mais austérité à la schlague.

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  3. Personnellement je ne suis pas contre l’austérité mais seulement dans un contexte où elle peut avoir une chance de réussir. On cite l’exemple de la Suède comme réussite des politiques d’austérité mais l’exemple suédois n’est pas transposable aux pays en difficulté de la zone euro dont la France fait clairement partie. Vu ici :

    http://alternatives-economiques.fr/blogs/chavagneux/2012/11/06/quels-enseignements-tirer-de-la-politique-suedoise-de-reduction-des-deficits/

    Citation: « Pour réussir une politique de redressement des comptes publics qui passe par une forte baisse des dépenses publiques en particulier d’Etat providence, il faut que 4 conditions soient remplies :

    - Un faible niveau d’inégalités de départ ;

    - Une culture du dialogue social ;

    - Une dévaluation ;

    - Une politique monétaire qui soutient l’activité.

    Aucune de ces conditions n’étant remplies, il faut s’abstenir de mettre en œuvre ce genre de politique en France ».

    Ce que font pourtant dans un déni total de la réalité économique, la Grèce, l’Espagne, l’Italie, le Portugal, etc. D’autant plus, qu’en zone euro, chaque pays membre doit mener des politiques d’austérité en même temps, que la croissance est nonchalante un peu partout et que les pays en difficulté de la zone euro ne peuvent donc pas compter sur un contexte extérieur favorable dont a profité un petit pays comme la Suède pour réussir sa politique de redressement des comptes publics.

    Saul

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    1. Et surtout pour que ce type de politique fonctionne, il faut des consommateurs et de la demande externe (exporter la production dans d'autre pays puisque la demande interne se réduit). Si tout le monde comme aujourd'hui fait de la rigueur et réduit ses salaires la demande mondiale s'effondre. C'est exactement ce type de crise de surproduction que nous vivons aujourd'hui et ce n'est surement pas par la rigueur que nous allons en sortir.

      Pour sortir de la crise il faudrait plutôt faire l'inverse à savoir une relance massive de la demande couplé à de puissantes barrières protectionnistes évitant que cela ne profitent qu'aux pays les plus mercantilistes (Chine, Allemagne, Corée...) qui de par leur politique de dumpings salariaux et fiscaux sont à l'origine même de la crise.

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    2. Sauf qu'aujourd'hui, on constate, au grand dam de la France, que les politiques de déflation ont un impact sur la balance commercial de certains des pays en difficulté, notamment de l'Italie et de l'Espagne. Et je dis bien au grand dam de la France, parce qu'on est en train de devenir une terre où l'on vend des produits uniquement venus de l'extérieur (notre déficit extérieur avec nos deux voisins méridionaux est en train de se creuser très rapidement... et ces pays, particulièrement l'Espagne, réorientent leurs exportations aussi vers des pays émergents, latino-américains notamment, ce qui leur permet d'éviter les effets négatifs de la baisse de pouvoir d'achat en Europe). On est les dindons de la farce, là-dedans.

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    3. Malgré un solde extérieur positif, le PIB italien est en recul de 2,2 % sur 2012 et la production industrielle a chuté de 6,7 % en un an. 104.000 fermetures d'entreprise (dont 90.000 liquidations) en 2012, selon l'observatoire des faillites. Voyez :

      http://www.lesechos.fr/economie-politique/monde/actu/0202578491637-la-troisieme-economie-de-la-zone-euro-est-encore-loin-de-son-niveau-d-avant-crise-541247.php

      Espagne: production industrielle replonge en novembre, à -7,2% sur un an :

      http://www.romandie.com/news/n/Espagne_production_industrielle_replonge_en_novembre_a__72_sur_un_an18110120131101.asp

      Cela pour dire que le solde extérieur posiftif pour l’Italie, je ne sais pas pour l’Espagne, masque une chose très grave : La destruction de l’appareil de production de ces pays qui est largement due à une tentative de maîtrise de l’endettement public dans un contexte inapproprié pour cela. Cette destruction de l’appareil productif constatée plus généralement dans la zone euro est une des raisons qui devrait compromettre la reprise attendue pour 2014. Voyez cette étude de natixis :

      http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=69213

      Saul

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    4. Ce n'est pas si simple que ça : il y aurait vraiment une destruction massive de l'appareil productif si l'amélioration de la balance commerciale ne correspondait qu'à une baisse des importations et non pas à une hausse des exportations. Or, on constate que ce sont surtout les exportations qui augmentent, tant pour l'Italie que pour l'Espagne. D'ailleurs, concernant l'Espagne, il y a des investissements assez conséquents qui ont été faits ou vont être faits dans certains domaines, comme l'automobile. La baisse de la production industrielle dans ce pays est surtout l'ajustement face à un marché intérieur qui consomme beaucoup moins. Après, je ne parle pas de reprise de la croissance en 2014 ; ça, je n'en sais rien et je ne suis pas devin. Je parle de chiffres que je connais. D'ailleurs, je constate que la baisse de la demande en France, qui n'est certes pas aussi violente que dans d'autres pays mais qui existe quand même, ne permet pas de réorienter massivement nos exportations ni même de les augmenter. Ca pose donc un problème spécifique à la France (et, c'est vrai, à deux ou trois autres pays comme la Grèce ou le Royaume-Uni, mais on parle essentiellement, et à juste titre, de la France ici) : si d'autres pays, dans des conditions plus difficiles que les nôtres, y parviennent, qu'est-ce qui nous manque (au-delà, bien sûr, de la sortie de l'euro et d'autres mesures de ce type) ?

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  4. Ce discours stupide qui refuse de rémunérer le travail de la main d’œuvre envahit tout comme du spam. Et personne pour pointer l'absurdité de la situation pourtant très simple a comprendre.
    L'usine de meubles des Parisot ne veut faire du fric qu'en écrasant sa main d’œuvre ca évite de se casser la tête a innover.... D'ailleurs ils ont même délocalise en Roumanie.

    Je suis convaincu qu'un gouvernement n'a pas a se préoccuper de la compétitivité-prix des entreprises. Il doit assurer l’équilibre de la balance commerciale par la régulation uniquement( droits de douane, quotas, normes etc...)

    La seule compétition qui doit exister ne doit s'exercer que sur l'innovation, l'investissement ou les gains de productivité (qui sont aussi dus a de l'innovation).
    La consommation interieure européenne est essentielle, en aucun cas toute l'UE ne pourra baser sa croissance sur les exportations. Rappelez leur ça Mr Pinsolle si vous debattez avec des europeistes.

    Si j'étais un europeiste j'aurais fait inscrire dans le traité de Lisbonne des smic obligatoires au prorata du PIB par habitant de chaque pays membre. Salaires indexés sur l'inflation du pays concerné. Idem avec l'I.S, les charges sociales etc...Afin d’empêcher le dumping et d'obliger a une concurrence saine. Ce n'est pas si compliqué. Pourquoi les pays ne se sont pas mis d'accord sur ça puisque ca prendrait en compte la macroeconomie de chaque pays ?

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  5. Si Barroso était a la tête d'une Union Mondiale je suis sur que cet imbécile heureux nous matraquerait que l'avenir de la planète est dans sa compétitivité.
    Il ne reste plus qu'a trouver des civilisations extraterrestres pour exporter.

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  6. C'est marrant mais on ne parle pas d' immobilier. On compare avec l' Allemagne mais on oublie que l' immobilier est largement moins cher en Allemagne même dans la ville la plus riche que constitue Munich

    Cela fait partie de la compétitivité :

    http://fr.reuters.com/article/businessNews/idFRPAE91P03I20130226?pageNumber=3&virtualBrandChannel=0

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  7. C'est assez logique que l’establishment n'en parle pas parce que cela favorise le patrimoine proportionnellement à sa richesse. C'est une facette de la lutte des classes. Bref le cout du capital enrichit les riches donc les castes dominantes preferent logiquement taper sur le cout du travail.

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  8. ce qui me surprend le plus dans le débat sur la compétitivité c'est qu'on compare toujours kles salaires mais jamais le cout de la vie dans les pays.

    Il est pourtant évident qu' en Bulgarie, en iNDE ou en Chine , le cout de la vie est tres inférieur au niveau français o européen en général.

    Essayer de baisser les salaires de 30 % en France comme recommandé par certains n'a aucun sens , comment les plus bas salaires pourraient alors payer leur logement !!! et le reste de leurs besoins vitaux ?

    C'est ridicule , il n'y a que 3 solutions

    1 reprendre la maitrise de sa monnaie et dévaluer

    2 ajouter à celà un controle des importations, on ne peuyt pas commercer avec des pays dont le niveau de vie ( et non pas seulement les salires) sont tres inférieurs aux notres...

    3 relancer des secteurs de productyion qui vaient été laminés par cette concurence déloyale et bsurde

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  9. @ Jard

    Pour paraphraser Sapir, l’internationalisme a rendu la gauche antisociale.

    @ Jaurès

    Je suis bien d’accord. Le point positif, c’est que les masques tombent aujourd’hui.

    @ Saul

    Complètement d’accord. Il ne s’agit pas de dépenser n’importe comment. En période normale, il faut être rigoureux. Le cas de la Suède n’est pas inintéressant car il montre le chemin qu’il faudrait parcourir sur certaines dimensions. Mais l’austérité aujourd’hui, cela ne mène à rien, comme le montre le chiffre du déficit pour 2012. En revanche, en période de crise comme aujourd’hui, la demande publique doit se substituer à la demande privée, l’exact inverse de ce que fait le gouvernement.

    Merci pour les liens qui illustrent l’impasse de la politique européenne. Dire que Hollande suit ce qui se fait en Italie et en Espagne.

    @ Red 2

    Ils ont oublié Keynes !

    @ Anonyme

    Bien vu, encore que la demande de la France commence à baisser (mais pas aussi vite qu’à Madrid et Rome).

    @ TeoNeo

    Exemple très juste sur la demande intérieure de l’UE. J’essaierai de l’utiliser.

    Sur l’Europe sociale, ils ne la font jamais pour pouvoir la promettre pour le prochain traité. ;-)

    Excellent sur Barroso.

    @ Anonyme

    Bien d’accord.

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  10. Ce ne sont pas tant les salaires que les charges patronales qui étouffent la compétitivité française.
    Or tant qu'on aura pas remis à plat le système social et nettoyé la mentalité d'assisté de 25% de ce putain de pays, la compétitivité continuera de décliner.

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  11. Cath Anonyme

    http://fr.rian.ru/world/20130906/199237853.html

    De toute façon, il n'est pas utile d'en discuter, ceux qui nous gouvernent et NOUS MENTENT en permanence, ont décidé que nous devions CREVER, et s'y emploient le plus qu'ils peuvent. La preuve en est, et je n'en ai entendu parler nulle part, la nouvelle décision du G20 où l'on a parlé que de la Syrie, mais où en douce, on continue d'appauvrir les peuples en prévision de la grande braderie de l'Europe, au profit de tous ceux qui fabriquent de la fausse monnaie et des pétrodollars..
    A moins que de les arrêter de manière définitive et radicale, nous continueront donc à souffrir, car nous sommes non seulement abandonnés, mais tout simplement sacrifiés sur l'autel des multinationales, des ultra riches qui se tirent la bourre pour savoir qui sera dans le magazine Forbes en premier cette fois, et de tous ceux pour qui les gueux n'existent tout simplement pas, vous n'êtes tout de même pas assez naïfs pour CROIRE que ces mesures sont prises par de simples idéologues ??? Non. Certes, ils le sont (idéologues), mais ils connaissent très très bien les résultats de leur politique, et s'ils la continuent sachant ce qu'elle génère de chaos et de résultats délétères, il faut bien se dire que c'est nécessairement le but qui est donc VOLONTAIREMENT recherché. Après la Grèce, l'Espagne, l'Italie, C'est le tour de la France, c'est la Molasse qui est chargée de faire le sale boulot, et il a été bien choisi, c'est un bon petit soldat, oh, oui, je ne crois pas que l'on ait vu pareil bonne volonté chez un traitre depuis belle lurette, et pour lui et sa clique, c'est à celui qui prendra les décisions qui pourront le plus vite mettre la France à genoux et la céder aux plus bas coûts aux intérêts puissants qu'ils servent avec empressement...:

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  12. gaullisme : fumisterie ! soyez fn AU MINIMUM !

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