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jeudi 3 avril 2014

Nouveau gouvernement, même mauvaise direction




Manuel Valls, premier communiquant

C’est à se demander si ce changement d’équipe n’avait pas pour seul but de faire oublier les résultats des municipales. En choisissant Manuel Valls, outre le fait de le mouiller, François Hollande reprend en main sa communication, le nouveau titulaire de Matignon ayant été responsable de la communication de Matignon de 1997 à 2001 et ne gérant pas trop mal son image si on s’en fit aux sondages. Et depuis, une actualité chassant l’autre, les municipales sont presque oubliées. Lundi a été consacré au changement de premier ministre. Mardi à la passation et aux spéculations sur la future équipe. Hier à l’annonce des nouveaux ministres. Et il reste encore les passations de ministres, le premier conseil, la nomination des secrétaires d’Etats et le discours de politique général. Que de nuages de fumée !

Pourtant, la nouvelle équipe n’est vraiment pas révolutionnaire. Les départs marquants sont limités aux Verts, Vincent Peillon et Pierre Moscovici, qui viserait un poste à la Commission. Et les nouvelles arrivées sont au nombre de deux : François Rebsamen et Ségolène Royal. Paradoxalement, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon prennent du galon, mais il est fort possible que cette montée en grade des deux principaux représentants de l’aile gauche du PS soit son chant du cygne. En effet, dans le détail, la nouvelle équipe est recentrée sur les proches du président, comme le montrent l’accession de Bernard Cazeneuve au ministère de l’intérieur, la nomination de Michel Sapin au budget ou le passage de relais entre Najat Vallaud-Belkacem et Stéphane Le Foll au porte-parolat du gouvernement.

Plus eurolibéral que jamais

mardi 1 avril 2014

Valls : le joker ordo-eurolibéral de Hollande




Entre vent et continuité

Ce n’est pas le président qui tourne, c’est le vent… Cette vieille expression qui caractérisait les radicaux va remarquablement bien au locataire de l’Elysée. Les Français sanctionnent le PS aux municipales et votent à droite ? Il décide de changer d’équipe en optant pour un premier ministre plus à droite. Les sondages indiquent que les Français veulent un remaniement et Manuel Valls comme premier ministre ? Il suit leur avis sans hésiter. Au final, François Hollande démontre une nouvelle fois qu’il suit le vent plutôt qu’il ne cherche à diriger quoique ce soit. Le choix aussi rapide de Manuel Valls, s’il démontre de la réactivité, revient uniquement à suivre ce que les enquêtes d’opinion disent.

Malgré tout, il faut bien reconnaître que ce choix est cohérent avec la ligne réaffirmée par le président de la République en début d’année. Qui mieux que Manuel Valls pour illustrer ce parti « socialiste » qui assume sa conversion au néolibéralisme et à la politique de l’offre ? Qui mieux que l’ancien ministre de l’intérieur pour coincer l’UMP trop à droite en vue de 2017 ? En outre, le futur locataire de Matignon est beaucoup plus dynamique que l’ancien et devrait davantage remplir le rôle de protection du président de la République qui échoit traditionnellement au premier des ministres depuis 1958.

Un pari déjà perdant ?

samedi 28 décembre 2013

Non à la charte européenne des langues régionales


Il y a quinze jours, en déplacement en Bretagne, le premier ministre, Jean-Marc Ayrault a annoncé la prochaine ratification de la charte européenne des langues régionales et minoritaires, promise par François Hollande. Encore un mauvais coup de cette mauvaise europe contre les Etats-nations.



Non, mais de quoi je me mêle !

Il est tout de même assez stupéfiant que personne ne se pose la question : pourquoi donc l’UE se mèle des langues régionales parlées dans les pays membres ? Selon le principe de subsidiarité, l’UE serait sensée gérer les domaines dont elle s’occuperait mieux que les Etats (principe contestable sur le fond, mais aussi la forme puisque l’UE est juge et partie). Et comment justifier qu’elle soit mieux à même de gérer la question des langues régionales ? Chaque pays a une culture différente et aussi un rapport différent à la question régionale. Par conséquent, une charte unique est totalement injustifiée.

Et comme le note bien Laurent de Boissieu dans une note détaillée et engagée sur son blog, « en réalité, cette charte a pour objet de permettre la reconnaissance de minorités (ou ‘groupes’ de locuteurs à l’intérieur des ‘territoires’ dans lesquels ces langues régionales sont pratiquées) jouissant de droits collectifs, notamment le ‘droit imprescriptible’ de pratiquer une langue régionale minoritaire non seulement dans la ‘vie privée’ (ce qui est bien entendu le cas actuellement) mais également dans la ‘vie publique’, c’est-à-dire dans les relations avec les administrations et les services publics ».

L’alliance UE – régions contre les Etats

mercredi 18 décembre 2013

Intégration : la faute de Jean-Marc Ayrault


C’est une des polémiques les plus vives de ces derniers jours : le rapport ubuesque sur l’intégration publié et commandé par Matignon. Une remise en cause profonde de notre modèle républicain qui a provoqué un tel tollé qu’elle ne devrait heureusement pas avoir des conséquences.



La France mise entre parenthèse

Heureusement qu’une grande majorité des commentateurs de la vie politique ont vivement attaqué ce rapport, de Malika Sorel Sutter pour l’Express ou Le Figaro à Nicolas Domenach pour Marianne. Tout doit être jeté. Malika Sorel Sutter dénonce « une rupture assumée avec l’héritage du peuple français (…) une multitude de mesures dignes d’une véritable police de la pensée ». Elle dénonce la remise en cause du français au profit de la langue parlé dans la famille, la volonté de renforcer le caractère culpabilisateur des programmes d’histoire, la remise en cause de l’interdiction du voile à l’école et le fait que le mot « devoir » n’apparaisse que 13 fois, contre 440 fois pour le mot « droit ».

Dans l’Express, elle affirme que « ce rapport part du principe que la France est coupable et raciste ». Voilà un bon résumé. Car ce rapport vise ni plus ni moins à détruire l’identité de notre pays, en promouvant non seulement ce qui n’est pas français en France, mais également en salissant tout ce qui est français. Pour reprendre l’analyse de Malika Sorel Sutter dans son premier livre « Le puzzle de l’intégration », comment espérer assimiler les immigrés si les seuls messages qu’ils reçoivent de l’Etat sont la critique de la France et une préférence pour leur culture d’origine. Au contraire, il faut valoriser notre pays et ce qu’il apporte (qui est immense) et les aider à apprendre notre langue et notre culture.

Le pied nickelé de Matignon ?

mardi 26 novembre 2013

Oui à une révolution fiscale !


Après avoir suscité un « ras-le-bol fiscal », le gouvernement essaie de reprendre la main sur ce dossier, en exhumant une promesse de campagne du candidat François Hollande : une grande réforme fiscale. Si le principe est intéressant, en revanche, tout dépendra de ce qui sera mis en place.

Le joker du gouvernement

Il y a quelques jours, le gouvernement était au plus mal après des semaines de polémiques sur Léonarda, les hausses d’impôt ou l’écotaxe. Sans même en informer ses ministres semble-t-il, Jean-Marc Ayrault a décidé d’essayer de reprendre la main en annonçant une réforme de la fiscalité, qui faisait partie du programme du candidat Hollande. Hier, le premier ministre a donc reçu les partenaires sociaux pour discuter du cadre de la réforme, sans la présence de Pierre Moscovici, retenu par un autre engagement. Le Monde a consacré un papier assez complet et intéressant sur le sujet.



Après, il y a réforme fiscale et réforme fiscale. Le gouvernement osera-t-il la révolution prônée par Thomas Piketty, Camille Landais et Emmanuel Saez dans leur très bon livre ? L’oubli de cette promesse électorale a été sévèrement jugé par le premier, qui critique souvent le gouvernement. Rien n’est moins sûr quand on voit la capacité de cette équipe à reculer juste après avoir avancé, devant les protestations des uns et des autres. En outre, les Français sont assez sceptiques, beaucoup craignant, logiquement, que cela aboutisse à une nouvelle hausse des impôts, comme l’explique le Figaro.

Ce qu’il faudrait faire

mercredi 30 octobre 2013

Le double fiasco de l’écotaxe





Le scandale de la collecte de l’écotaxe

L’UMP ferait bien de ne pas trop accabler le gouvernement actuel car les débats sur l’écotaxe ont également mis à jour le mode de collecte qui avait été mis en place en 2011. Et là, stupeur, ce n’est pas l’Etat qui devait assurer la collecte de la taxe ! En effet, les équipes Sarkozy avaient mis en place un partenariat public-privé pour le faire. Une entreprise spécialement créée, Ecomouv, contrôlée à 70% par Autostrade per l’Italia, puis par Thales, SNCF, SFR et Steria, a été chargée de l’administrer, pour une durée de onze ans et demie, pour un coût de 2,8 milliards et des recettes de 1,2 milliards par an.

Déjà, il est stupéfiant de créer une taxe dont les coûts d’administration se montent à 20%. C’est un chiffre extraordinairement élevé, largement supérieur au coût de gestion de la Sécurité Sociale. Quand on pense qu’une hausse de 3 centimes de la TIPP sur le gazole aurait eu le même effet, pour un coût marginal nul, on reste songeur. Et le choix d’un partenariat public-privé pour la collecte d’un impôt est scandaleux. Il revient à l’Etat de le faire, et non pas à des entreprises privées, dont le seul objectif est le profit. Et cela représente une rente payée par le contribuable pour une mission de service public.

Une gestion désatreuse du gouvernement

mardi 22 octobre 2013

Affaire Léonarda : regarder la gauche se suicider


Les mots manquent pour qualifier cette pitoyable affaire Léonarda. Certes, on en a beaucoup trop parlé, pour ce qui n’est finalement qu’un fait divers mineur. Mais sa gestion par la majorité et une partie de la gauche a dépassé toutes les bornes de l’incompétence, de l’inconséquence et de l’incohésion.



François Hollande, mauvais premier secrétaire

A tout seigneur, tout honneur. Le président de la République a voulu siffler la fin de la récréation samedi. Pour contenter une partie de sa majorité, il a proposé le retour de Léonarda. Mais pour montrer sa fermeté, il a posé une fin de non recevoir à sa famille. En faisant ce qui ressemble aux synthèses improbables de la rue de Solférino, François Hollande fait une grave erreur de jugement et fait preuve d’un amateurisme effarant. De la sorte, il parvient à déplaire à tout le monde, comme le montre le jugement négatif unanime de toute la presse, de Libération à Marianne, en passant par le Monde.

Les sans-papiéristes dénoncent (pas totalement à tort) l’inhumanité qu’il y a à demander à une fille de 15 ans de choisir entre des études en France et sa famille, qui resterait au Kosovo. Mais leurs revendications d’un retour de la famille a peu de chance d’être satisfaites étant donné l’état de l’opinion. Les tenants d’une ligne plus ferme sont effarés par une décision qui bafoue le droit, d’autant plus que la pseudo exemplarité de l’intégration de Léonarda a été sérieusement mise à mal par le rapport remis samedi. Pire, si elle venait en France, ne pourrait-il y avoir à terme un regroupement familial ?

Bref, alors qu’il touchait déjà les abîmes des sondages d’opinion, il devrait tomber encore plus bas dans les jours prochains du fait de sa gestion calamiteuse du dossier. Tout d’abord, il n’aurait pas du intervenir dans un dossier qui ne relevait pas du président de la République. Au pire, il revenait à Jean-Marc Ayrault de le gérer. L’affaire Léonarda nourrit légitimement le procès en incompétence, en indécision et en manque de ligne du président et son équipe. Il est probable que la majorité ira au désastre lors des élections à venir. Et ce n’est pas une reprise illusoire qui y changera quoie que ce soit.

Cette gauche qui a perdu tout sens commun

samedi 19 octobre 2013

Bretagne : plan de soutien conjoncturel pour problèmes structurels


Devant la montée des licenciements et des faillites, mercredi, le gouvernement a annoncé un plan d’aide de 15 millions pour la Bretagne, où la filière agro-alimentaire est particulièrement touchée par une concurrence déloyale. Une réponse d’affichage qui ne règle rien aux problèmes structurels de la filière.



Des problèmes structurels

Les problèmes de la filière agro-alimentaire ne sont pas récents. Les céréaliers s’en tirent bien aujourd’hui du fait du haut niveau des prix mondiaux. Mais en revanche, le reste de la filière souffre de prix souvent trop faibles en France pour permettre aux agriculteurs de gagner leur vie. De plus, nous affrontons de plus en plus la concurrence déloyale de l’Allemagne. En effet, notre voisin d’outre-Rhin dispose de deux armes majeures, bien décryptées par François Lenglet : l’absence de SMIC et l’emploi d’immigrés rémunérés 3 à 5 euros par heure, quand le SMIC horaire est de 10 euros en France.

Bref, notre voisin d’outre-Rhin nous taille des croupières sur certaines filières, notamment la filière porcine, qui est une spécialité de la Bretagne, comme l’a expliqué François Lenglet sur RTL. La France, qui était le 2ème exportateur mondial de produits agricoles et le 1er en Europe, est tombé au 5ème rang mondial, derrière les Pays-Bas et l’Allemagne. Mais du coup, il est clair que nos problèmes sont structurels et ne vont pas se régler demain car l’avantage coût de l’Allemagne (mais aussi des pays de l’Est) ne va pas disparaître. Les faillites risquent donc de continuer dans les années à venir.

Des réponses conjoncturelles

jeudi 26 septembre 2013

Budget 2014 : la rigueur et le bricolage, c’est encore maintenant


Hier, le gouvernement a présenté le projet de budget 2014 en conseil des milnistres. Un budget qui vise à réduire une nouvelle fois les déficits budgétaires par une collection de baisses de dépenses et de hausses d’impôt. Encore une fois, le gouvernement semble naviguer à vue.



Une politique de petits pas

Le Monde propose des visuels interactifs assez bien faits, présentant les grandes masses budgétaires et le détail des économies. Le budget affiche des coupes prioritairement ciblées sur les dotations aux collectivités territoriales, l’agriculture, les médias, la culture et l’aide publique. Les départements techniques (finances, diplomatie) sont touchés par les suppressions de poste. Enfin, la recherche et l’enseignement supérieur, le travail et l’écologie et, dans une moindre mesure, l’éducation nationale, la sécurité et la justice, bénéficient d’une progression des crédits dans le budget 2014.

Après les 30 milliards d’efforts des budgets 2012 et 2013, le montant de l’effort affiché sera de 18 milliards en 2014. Le gouvernement avance 15 milliards d’efforts sur les dépenses, 9 sur le budget de l’Etat (dépenses de fonctionnement et autres dotations) et 6 milliards sur la sécurité sociale (assurance maladie et réforme des retraites). Bercy annonce seulement 3 milliards de hausse des prélèvements, centrée sur la lutte contre la fraude et la désertion fiscale. Malheureusement, cette présentation des choses est naturellement un peu abusive étant donnée la liste des nouvelles taxes…

Bricolage fiscal

mercredi 4 septembre 2013

Syrie : les 5 fautes graves de François Hollande


Aujourd’hui a lieu un débat au parlement sur une possible intervention militaire en Syrie. Mais contrairement aux parlements britannique et étasunien, il n’y aura pas de vote. Une grave faute de François Hollande, qui gère le dossier syrien en dépit du bon sens, donnant un sentiment d’amateurisme confondant.



L’absence de vote au Parlement

Bien sûr, la constitution n’impose pas que le président de la République consulte les parlementaires. Mais étant donné que les deux autres principaux pays de la coalition putative le font et qu’il y a un vrai débat sur la question, il semble très cavalier de ne pas vouloir consulter les parlementaires, d’autant plus que notre pays n’est pas menacé par le régime syrien. Si on pourrait comprendre qu’en cas d’aggression, il faut que le Chef de l’Etat puisse réagir au plus vite, ici, nous sommes sur un autre contexte où la consultation semble nécessaire, comme l’a souligné Nicolas Dupont-Aignan avant même le vote britannique. Pire, François Hollande avait tenu le même discours en 2003 et en 2008. Du coup, les justifications des socialistes sont assez emberlificotées, Claude Bartolone évoquant les mensonges de 2003 de Londres et Washington pour soutenir que Paris, qui en est exonérée, peut alors ne pas voter !

Les contradictions sur le droit international

samedi 20 juillet 2013

Choc de simplification : un petit pas dans la bonne direction


Mercredi, le Premier Ministre a annoncé un train de mesures de simplification de l’Etat, conformément aux souhaits formés par le président de la République en mai. Pour beaucoup, des mesures de bon sens et bienvenues, même s’il faudrait sans doute aller beaucoup plus loin.



Un petit choc de simplification

Même quand on est dans l’opposition, je crois qu’il faut savoir reconnaître quand un gouvernement va dans la bonne direction. Et pour le coup, sur ce sujet, c’est le cas. Il est étonnant que ce soient des socialistes qui s’en chargent après dix années de pouvoir de la droite (même si elle n’avait pas rien fait sur le sujet, on ne peut pas dire que la France soit plus simple aujourd’hui qu’en 2007). En regardant le verre à moitié plein, on se dira que le gouvernement sait écouter. En regardant le verre à moitié vide, on pourra toujours dire que ce n’est pas assez ou qu’il vaudrait mieux réglementer la finance…

Le projet comporte plusieurs chapitres. Le premier est une simplification de la vie des citoyens avec une extension de la durée de la carte d’identité et une dématérialisation de nombreuses procédures (carte grise, solde du permis, tickets restaurants) mais aussi le principe que le silence de l’administration vaut accord, un renversement bienvenu. Les entreprises ne sont pas oubliées avec pas moins d’une centaine de mesures pour simplifier leur création, leurs déclarations de TVA ou sociales, les obligations de publication des comptes. Les frais d’immatriculation seront baissés de 50%.

Le projet présenté comporte également des mesures d’économie pour des administrations publiques avec des fusions ou des réorganisations destinées à éviter les doublons ou limiter les aides des collectivités locales aux entreprises. Enfin, il y a plusieurs mesures destinées à faire 3 milliards d’économies : il s’agira pour moitié d’économies (baisse du quotient familial, apprentissage) et pour l’autre moitié, d’une chasse aux niches fiscales. Sont visées des subventions pour le gazole, une petite niche de l’immobilier ou les exonérations de charges sociales des entreprises outre-mer.

Un besoin de plus de simplification

vendredi 5 juillet 2013

Delphine Batho, mauvaise perdante de la star académie gouvernementale


Hier, Delphine Batho s’est exprimée après son éviction du ministère de l’écologie. Qu’il semble loin le temps où les ministres étaient solidaires et savaient garder une réserve républicaine ! A l’heure de Twitter, elle s’est davantage exprimée comme une candidate de télé réalité venant d’être éliminée…



Epandage d’états d’âme et règlements de compte

Quand on pense qu’Alain Peyrefitte a attendu trente ans pour révéler ses discussions avec le Général, on mesure la détérioration considérable du comportement des ministres, qui, à peine la porte de leur ministère fermée, se répandent en états d’âme, politiques ou personnels, à la manière des candidats de télé réalité qui viennent d’être éiminés. François Fillon, en 2005, avait tourné le dos à la réserve républicaine que devraient observer les anciens ministres en dénigrant fortement Jacques Chirac. Aujourd’hui, la déliquescence atteint un nouveau palier avec la conférence de presse de Delphine Batho…

A quoi sont prêts les ministres aujourd’hui pour avoir leur quart d’heure de gloire médiatique ? Cet étalage de rancœurs et ce refus enfantin de la réalité sont les symptômes d’une classe politique qui n’a rien compris à ce qu’est la chose publique. Car Delphine Batho a bien eu du culot de dire « en aucun cas, je n’ai manqué à la solidarité gouvernementale », deux fois. Pour un ministre, dire de son budget qu’il est mauvais est un manquement élémentaire à cette solidarité et refuser de le voir est bien ridicule. Pire, elle a admis ne pas avoir plus poussé que cela pour voir Jean-Marc Ayrault sur les arbitrages !

Il y avait aussi quelque chose d’indécent à voir une ancienne ministre régler ses comptes avec le premier ministre, dont elle a critiqué la « crispation » et son absence lors de ses réunions. Elle a aussi dénoncé « le tournant de la rigueur qui ne dit pas son nom et qui peut mener l’extrême-droite au pouvoir », « la fin de la collégialité » du gouvernement et, de manière un peu dérisoire, le retard dans le dépôt par le gouvernement d’un texte à Bruxelles. Amère, elle a dénoncé le fait que Jérôme Cahuzac avait été remercié pour son travail à l’annonce de son départ, ce qui n’a pas été le cas pour elle.

Un story telling bien étudié

samedi 29 juin 2013

La France s’enfonce dans l’austérité au ralenti


Cette semaine a été remplie par des polémiques sur les déficits. Gilles Carrez, de l’UMP, a tiré le premier en annonçant que le déficit allait dépasser 80 milliards, ce que la Cour des Comptes, présidée par le socialiste Didier Migaud, a confirmé, alors que le gouvernement envoie des lettres de cadrage sévères.



Querelle sur les comptes publics

La question du déficit pubic pour l’année 2013 est une sacrée épine dans le pied de l’équipe au pouvoir. Elle avait promis de tenir les 3% de PIB de déficit en 2013. Mais le cocktail amer de hausses d’impôts, décrété par lui-même et son prédécesseur, a fortement pesé sur la croissance, pesant sur les recettes et limitant fortement la réduction des déficits malgré les fortes hausses d’impôt, dans le même cercle vicieux en œuvre en Grèce et en Espagne, dans une proportion moindre néanmoins. Il a fallu attendre le mois de mars pour que François Hollande reconnaisse qu’il ne serait pas tenu.

Puis, il a fallu attendre le mois de mai pour que Pierre Moscovici s’entende avec la Commission Européenne pour repousser de deux ans le délai de retour à un déficit à 3% du PIB, pour 2015. Du coup, le ministre de l’économie avait fini par lâcher que le nouvel objectif pour cette année était d’un déficit de 3,7% du PIB, ce qui aurait supposé que les efforts d’ajustement devaient surtout être réalisés cette année et que les années 2014 et 2015 permettraient de desserrer la contrainte budgétaire. Les dernières nouvelles infirment cela puisqu’il semblerait que le déficit 2013 soit plus haut que prévu.

Gilles Carrez a délenché l’offensive en faisant mine d’oublier que le gouvernement avait déjà annoncé un nouvel objectif à 3,7% du PIB et non à 3%, dénonçant un dérapage de plus de 20 milliards. Mais aux petits arrangements avec la vérité de l’UMP ont répondu ceux de Pierre Moscovici qui, peu à l’aise visiblement sur l’atterrissage pour cette année (qui devrait être à nouveau révisé à la hausse) a préféré critiquer l’opposition pour sa gestion passée, oubliant au passage sa piètre performance. Pire, la Cour des Comptes a annoncé qu’il faudrait un ajustement de 28 milliards d’ici à 2015.

Le vent glacé de l’austérité

mercredi 17 avril 2013

Pour Frédéric Lordon, le PS, c’est la droite complexée, les collabos du capital


Il faut lire Frédéric Lordon, un des meilleurs analystes de la crise que nous traversons, alliant rigueur de l’analyse, propositions (volontiers collectivistes) et un style très enlevé. Son sens de la formule en fait un éditoraliste particulièrement saignant, qui, dans sa dernière livrée, éreinte le PS comme jamais.

La contre-révolution du Parti Socialiste



Frédéric Lordon n’a jamais été tendre avec les « socialistes ». Dans un de ses précédents ouvrages, il montrait que le PS avait davantage contribué à la libéralisation de notre économie que la droite. Mais dans ce nouveau papier « Le balai comme la moindre des choses », il cogne dur, finalement bien plus encore que Jean-Luc Mélenchon sur le fond. Et le plus terrible pour l’équipe au pouvoir est que sa démonstration est cruellement bien argumentée et difficilement réfutable.

Il soutient que « c’est bien l’impressionnante continuité de la politique économique qui frappe n’importe quel regard, à commencer bien sûr par la reconduction telle quelle des grandes contraintes européennes – objectif insane des 3% en pleine récession et pacte budgétaire européen (TSCG) négocié-Sarkozy ratifié-Hollande, mais complétée par le déploiement intégral du modèle compétitivité-flexibilité, simplement rêvé par le prédécesseur, enfin réalisé par le successeur ». Pour lui « sans doute l’issue d’une trajectoire historique de long terme qui l’aura vu se déporter tendanciellement, et irréversiblement, vers la droite, le socialisme de gouvernement, après avoir abandonné la classe ouvrière pour se vouer aux dites ‘classes moyennes’, puis ‘moyennes-supérieures’, mais formellement, toujours ‘dans le salariat’, a maintenant fait, un cran plus loin, le choix de l’alliance… avec le capital ».

Frédéric Lordon s’appuie sur le discours de Jean-Marc Ayrault aux universités du Medef, l’ANI (Accord National Interprofessionnel), signé par le Medef (encore…) et la CFDT, l’affaire des Pigeons et le rapport Gallois pour appuyer son propos. Plus globalement, c’est l’agenda compétitivité du gouvernement, sur lequel je suis revenu plusieurs fois, qu’il met en cause. Pour lui, le PS est passé du service indirect des intérêts du capital (désinflation compétitive, monnaie unique, banque centrale indépendante) à des « politiques désormais très ouvertement passées du côté du capital ». Il va jusqu’à les comparer aux munichois, reprenant la phrase de Churchill pour dire que « le socialisme de collaboration – vrai nom du ‘socialisme de l’offre’ – aura l’échec en plus de la honte ».

Le contre-sens du « socialisme de l’offre »

mercredi 3 avril 2013

Cahuzac, Guérini : le PS pourrit par la tête


Quelques jours après la mise en examen de Jean-Noël Guérini, c’est au tour de l’ancien ministre du budget, Jérôme Cahuzac d’être sous les feux des projecteurs médiatiques et judiciaires avec ses aveux concernant ses comptes en Suisse et à Singapour.

Les tourments judiciaires de la majorité

C’est une véritable bérézina judiciaire qui rappelle la fin de règne mitterrandienne d’il y a plus de vingt ans, quand Edwy Plenel multipliait, dans le Monde, les révélations sur les pratiques obscures du Parti Socialiste et de l’entourage du président de la République. Tout d’abord, le sénateur et président du conseil général des Bouches du Rhône, Jean-Noël Guérini, a été mis en examen sur des passations de marchés publics.



Mais si cette affaire n’a pas trop occupée les unes des médias, il n’en va pas de même avec les aveux de l’ancien ministre du budget, Jérôme Cahuzac, qui, après avoir nié pendant quatre mois de manière catégorique, a fini par admettre avoir eu un contact de 600 000 euros dans une banque suisse, UBS, transféré dans un second temps à Singapour, dans une illustration parfaite de ce que permettent les parasites fiscaux quand les capitaux peuvent circuler librement.

Cette révélation est d’autant plus choquante que l’ancien ministre était en charge du budget, et donc en charge de la lutte contre l’évasion fiscale. Nicolas Dupont-Aignan a bien raison de souligner que « le capitaine de la caserne de pompiers était le pyromane ». Malgré tout, on peut croire que François Hollande et Jean-Marc Ayrault n’étaient pas au courant, tant un tel scandale est suicidaire pour la majorité. Et tout ceci s’ajoute aux tourments judiciaires de l’ancien président de la République et aux révélations sur l’élection de l’UMP.

Le PS suit le chemin du PASOK

mercredi 6 février 2013

Elkkabach et le gouvernement, valets de la mondialisation


Hier, Europe 1 a délocalisé sa matinale à Aulnay pour une émission spéciale sur les plans sociaux, qui pullulent en ce moment : Pétroplus, Goodyear, Renault, PSA. Jean-Pierre Elkabbach s’est illustré dans une défense sans nuance de la mondialisation, que même Arnaud Montebourg ne critique plus.

Le missionnaire de la mondialisation

L’interview du dinosaure de l’interview politique était incroyable. Il a commencé en parlant des « trois stars du syndicalisme de combat pour des industries mises à mal par l’inaptation à la compétition européenne et mondiale ». D’abord, on ne voit pas bien l’intérêt d’employer le terme « star », ensuite, présenter le débat de la sorte revient à le refuser, exactement ce qu’il a reproché ensuite aux syndicalistes d’Arcelor-Mittal et Goodyear, qui ont été bien patients devant ces réflexions...

Jean-Pierre Elkabbach a aussi avancé qu’Arnaud Montebourg « a compris qu’il n’y a pas grand chose à faire en dehors des plans de la direction de Peugeot ». Face au syndicaliste d’Arcelor-Mittal, il s’est contenté de dire qu’il « y a une mondialisation, une transformation des habitudes, des comportements ». En revanche, quand celui-ci lui a dit que si on suivait sa logique, alors « on ferme la boutique France et on part tous ailleurs, y compris vous les journalistes », alors là, il a dit qu’il n’en était pas question. Si la protection ne vaut pas pour les ouvriers, elle semble l’intéresser pour les journalistes…

Naturellement, il a évoqué le fait que les usines d’Aulnay et d’Amiens ne tournent qu’à 15% de leur capacité. Mais non seulement il a oublié de dire que l’usine PSA est plombée par l’effondrement de la demande du marché européen suite à la crise de la zone euro. Mais le représentant syndical de Goodyear a rappelé que la production européenne de l’entreprise est stable, ce qui signifie que la baisse de la production est en réalité un transfert vers des sites où le coût de production est inférieur. Si le site n’est pas rentable aujourd’hui, c’est parce que Goodyear a fait en sorte qu’il ne le soit plus…

Le gouvernement aux abonnés absents

jeudi 10 janvier 2013

La Chine, pirate du libre-échange


Les néolibéraux nous bassinent avec les bienfaits du libre-échange sur la base d’hypothèses plus irréalistes les unes que les autres. Mais l’exemple de l’Asie du Sud Est, qui bénéficie de l’ouverture des marchés des pays dits développés, tout en protégeant son marché, démontre l’inverse.

Pragmatisme chinois

La Chine est souvent brandie comme exemple qui devrait démontrer les bienfaits de l’anarchie commerciale. Mais c’est un mauvais exemple puisque si ce pays exporte largement, en revanche, il protège fermement son marché intérieur, comme le montre ce récent papier du Monde, qui indique que le ministre des finances a annoncé que le pays va réintroduire en 2013 des taxes sur l’importation des installations solaires, des gazoducs et des équipements ferroviaires.

En clair, dès que Pékin veut protéger une industrie nationale, il n’hésite pas à le faire, même si cela viole les règles de l’OMC. C’est ainsi que l’industrie automobile chinoise a été bâtie en instaurant dans un premier temps des droits de douane de plus de 100% sur les véhicules importées pour imposer l’assemblage en Chine (obligatoirement avec un partenaire chinois), puis en montant les droits de douane sur les pièces détachées pour imposer un rapatriement complet de la filière.

Confirmant les travaux de Maurice Allais dans « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance », des économistes de la Fed et de Yale montrent que le libre-échange avec la Chine a coûté aux Etats-Unis près de 30% de ses emplois industriels depuis 2000. Au lieu d’avoir perdu environ 20% de ses emplois dans le secteur, l’emploi industriel étasunien aurait cru de 10% en se protégeant de la Chine. Il y a fort à parier que cela est extrapolable au continent européen.

Entre naïveté et dogmatisme

lundi 7 janvier 2013

Jean-Marc Ayrault : quand c’est flou, il y a un loup


Depuis la rentrée, la majorité essaie de reprendre la main après un début de mandat tellement calamiteux que les électeurs de gauche étaient moins motivés pour voter lors des élections partielles que ceux de l’UMP malgré la guerre Copé-Fillon. Mais on cherche toujours une vraie ligne politique.

P’têt ben qu’oui, p’têt ben qu’non

Il faut lire la tribune de Jean-Marc Ayrault publiée dans le Monde pour constater à quel point la majorité est dans une totale impasse intellectuelle. Le texte accumule les prises de position, qui se voudraient être des synthèses raisonnables entre deux extrêmes et qui ne sont en réalité que des compromis qui ne mènent qu’à l’immobilisme. il soutient que « la compétitivité et la solidarité ne sont nullement antinomiques : une société se renforce en accordant à chacun de ses membres les moyens de s'accomplir, et les richesses ainsi créées servent à leur tour à financer des politiques sociales ambitieuses » alors qu’en Grèce ou en Espagne, la quête de la compétitivité se fait au prix de la solidarité.

Mais le ponpon est sans doute atteint avec son analyse économique, où il écrit que « la tentation est grande de reporter la responsabilité (de la crise) sur autrui, d'accuser la libéralisation des échanges commerciaux et financiers, la concurrence des pays à bas coûts et les politiques conduites en Europe. Il n'est pas question de nier les dangers du néolibéralisme et du capitalisme financier : oui, il faut renforcer la gouvernance internationale de l'économie, réguler la finance, promouvoir le juste échange (…) Mais n'oublions pas que la mondialisation est aussi l'occasion d'élargir la diffusion de nos produits, d'attirer des entreprises et des emplois et de bénéficier d'innovations venues d'ailleurs ».

Bref, difficile de savoir ce que veut le gouvernement avec cette prise de position qui ne cesse de ménager la chèvre et le chou. Il commence par dénoncer la critique de la mondialisation avant de dire qu’il faut plus de régulation pour finalement conclure que la mondialisation est une chance. Bref, rien de nouveau sous le soleil : sur ces sujets, le changement, ce ne sera pas maintenant. Et cela est d’autant plus vrai que le Premier Ministre fait deux nouvelles tirades sur les opportunités offertes par l’ouverture sur la planète. On aimerait l’envoyer en formation chez Sapir ou Généreux…

Enfin, il propose de « promouvoir la laïcité face à la montée des communautarismes, et renouer avec notre tradition d'intégration sans nier la riche diversité des cultures ». Mais, tout le problème est justement que le souci de la « riche diversité des cultures » a justement abouti à une remise en cause de la laïcité et une montée des communautarismes. Du coup, la ligne du gouvernement reste extrêmement floue.

Entre vœux pieux et gadgets de communication

dimanche 6 janvier 2013

Florange, le Vilvoorde de François Hollande


Le 15 janvier, une pétition demandant la nationalisation de Florange à l’initiative des syndicats du site doit être remise à l’Elysée. Ce nouveau développement, bien défendu par Coralie Delaume, démontre que ce dossier symbolique risque d’être l’épine dans le pied du gouvernement pour longtemps.

Le symbole d’un renoncement

En politique, il est des décisions, qui marquent durablement un mandat. Cela avait le cas de Lionel Jospin, quand, premier ministre, il avait renoncé à sa promesse de campagne de sauver l’usine Renault de Vilvoorde. Nicolas Sarkozy, lui, n’a pas pu se défaire de l’image de président des riches, véhiculée par la soirée du Fouquet’s, le séjour sur le yatch de Vincent Bolloré et les baisses d’impôts du paquet fiscal, puis de l’ISF, très favorables aux ménages les plus aisés.

On peut se demander si Florange ne va pas jouer ce rôle pour François Hollande. Bien sûr, aujourd’hui, le site semble sauvé, mais la gestion du dossier et le lourd passif de Mittal font que la solution décidée par Jean-Marc Ayrault ne convainc pas. Et cela est bien logique. Arnaud Montebourg avait menacé de nationaliser le site et évoqué des repreneurs potentiels avant que Mittal n’emporte la décision, signifiant un recul du gouvernement dans son bras de fer avec l’industriel.

Car l’option Mittal est fortement contestée. Tout d’abord, l’industriel indien n’a pas tenu ses promesses dans le passé et a fermé le site de Gandrange, malgré la pression de Nicolas Sarkozy, venu plusieurs fois sur le site, avant et après son élection. Mais surtout, le court accord obtenu par Matignon a déjà été remis en questions puisqu’il évoquait la participation au projet Ulcos, et que, quelques jours après, Mittal a annoncé le retrait de la candidature de Florange au projet européen…

Le renoncement à deux plans B