samedi 2 février 2013

Goodyear, énième épisode de l’effondrement industriel


Après Pétroplus, Sanofi, Arcelor-Mittal (Gandrange, puis Florange), PSA et Renault, mais aussi des centaines d’autres sites industriels, c’est au tour de Goodyear d’annoncer son intention de fermer une usine de la Somme. A défaut de vraies solutions, le gouvernement communique et essaie de bricoler…

Une autre victime de l’Europe

Les raisons de la fermeture de ce site semblent proches de celles des plans sociaux de nos constructeurs automobiles. Le marché européen est déprimé et ouvert à tous les vents de la concurrence internationale. Il est donc tristement logique que les industriels réduisent la voilure, licencient et ferment des sites. En outre, il ne faut pas oublier ici que la Commission Européenne, contrairement aux Etats-Unis, a laissé entrer les pneus chinois. Cela devait bien avoir des conséquences.

Le rapport de l’association des producteurs européens de pneus donne des informations précieuses. Page 14, il montre qu’en 2001, l’Europe importait 55,9 millions de pneus (véhicules particuliers et utilitaires) et en exportait 30,5, soit un solde négatif de 25,4. En 2010, les importations avaient doublé, à 108,3 millions (39% du marché du remplacement) et les exportations sont passées à 49,6 millions, soit un solde négatif de 58,7 millions. La Chine représente 30% des importations en valeur…

Comment fermer un site industriel en France

Naturellement, la direction du groupe a indiqué qu’elle perd de l’argent sur ce site, environ 50 millions d’euros. Cependant, il faut noter que Goodyear continue à être profitable, même si le bénéfice net du groupe a reculé de 40% en 2012. Ensuite, même si on ne peut pas sous-estimer le surcoût de la production en France dans le cadre de la mondialisation, il faudrait être naïf pour ignorer les grandes capacités créatives des multinationales pour bien répartir leurs profits…

Mais plus globalement, ce cas montre aussi qu’il n’est pas très compliqué pour un groupe de pousser la fermeture d’un site. Il suffit de réduire la voilure petit à petit (l’usine d’Amiens ne produit plus que 3000 pneus par jour pour une capacité de 23 000, comme le souligne cet article de 20 minutes). Forcément, le site finit par perdre de l’argent, ce qui justifie sa fermeture. Soit dit en passant, c’est ce qui est arrivé (et qui arrive aujourd’hui) à certaines usines automobiles du pays…

Un gouvernement aux abonnés absents

Evidemment, Arnaud Montebourg a estimé qu’il était « possible d’éviter le pire », mais quelle crédibilité accorder au ministre de l’effondrement productif ? Comme le groupe possède également une usine Dunlop dans la même ville, il y a fort à parier que cela se soldera par un engagement à la maintenir ouvert pendant quelques années, avec des reclassements de l’usine qui aura été fermée. Comme pour PSA et Renault, le gouvernement va laisser faire car il ne se donne pas le choix.

Pourtant, il ne serait pas compliqué de faire comme les Etats-Unis et mettre des barrières douanières contre les pneus chinois, libérant 10% du marché pour nos industriels… Du coup, la question de la fermeture de nos usines serait peut-être remise en question. De toutes les façons, il est bien évident que le libre-échange avec des pays où les salaires peuvent être 10 à 20 fois moins élevés que chez nous est totalement suicidaire pour notre pays, mais cela le PS ne veut pas le voir.

C’est pourquoi Nicolas Dupont-Aignan a bien raison de souligner qu’il s’agit d’un « énième symbole de l’échec du gouvernement » et que « pour l’instant, seul le chômage est made in France ». François Hollande s’acharne à essayer de réagir aux conséquences des causes qu’il chérit.

14 commentaires:

  1. Chercher la cause des causes http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=oN5tdMSXWV8#!

    RépondreSupprimer
  2. Laurent, j'ai visionné votre vidéo du 29/01 sur l'euro, je l'ai trouvée très didactique mais je ne vous ai pas entendu dire que la France devait en sortir et comment (polémique art 50 du TFUE)
    merci d'éclairer ma lanterne!
    cdlt

    RépondreSupprimer
  3. Bien entendu, Hollande et le PS mènent la même politique que Sarkozy. La seule différence entre les deux concerne leur communication politique sur le rapport au temps : le présent, l'instantanéité pour l'un et le futur pour l'autre.

    Alors que Sarkozy s'agitait en permanence, prenant une décision par jour pour ne pas l'appliquer ou se dédire dès le lendemain, Hollande nous demande de faire preuve de patience, reprenant le slogan d'un autre François : "laisser le temps au temps".

    Au final, il ne s'agit là que de communication politique.

    RépondreSupprimer
  4. La Yen serait déjà sous évalué selon l'indice Big Mac.

    http://www.latribune.fr/actualites/economie/international/20130201trib000746361/l-indice-big-mac-confirme-la-realite-de-la-guerre-des-monnaies.html

    Et avec leur politique monétaire actuelle, il va encore baisser. La France est donc prise en étau entre les pays du sud ZE qui baissent les salaires et ceux du nord ZE dont les prix sont moins élastiques auxquels vient se rajouter le Japon qui a des produits de même type. C'est un scénario similaire à une sortie des sud ZE de l'Euro.

    Selon cet indice Big Mac, la situation est donc encore pire que prévue.

    Peu de chances que 2014 soit meilleure que 2013 en France.

    RépondreSupprimer
  5. La situation serait réglée par une réforme fiscale à la baisse.

    RépondreSupprimer
  6. @ Flo Pat

    Il faudrait bien plus : sortie de la monnaie unique, monétisation, protectionnisme, réforme monétaire, bancaire et financière...

    @ Olaf

    L'Europe est, comme toujours le dindon de la farce. Malgré tout, je persiste pour dire que 2014 sera meilleur que 2013 (même si ce ne sera pas difficile).

    @ Démos

    Complètement d'accord, ce n'est que de la communication.

    @ Thierry

    Merci. Pour les modalités, voici le lien vers un papier qui détaille mon point de vue sur l'article 50 :

    http://www.gaullistelibre.com/2012/10/la-fausse-bonne-idee-de-larticle-50.html

    RépondreSupprimer
  7. Bonsoir Laurent,

    Vous devriez prendre connaissance des raisons de la fermeture du site Goodyear : http://www.latribune.fr/entreprises-finance/industrie/automobile/20130128trib000745336/rideau-a-amiens-nord-comment-goodyear-en-est-arrive-la.html

    C'est édifiant de voir cela en 2013 ...

    Cordialement,

    JP

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Encore et toujours la faute de ces "salauds" de méchants syndicalistes face à des gentils patrons désintéressés...

      Supprimer
    2. Et sinon, y'a moyen d'avoir un article sans partis pris -qui plus est caricaturaux-, et qui présenterait les deux sons de cloches :
      - l'avis des vilains syndicalistes,
      - et l'avis des gentils patrons boursouflés d'abnégation qui ne vivent que pour la gloire du travail bien fait ?

      Supprimer
  8. POUR UNE RELANCE INDUSTRIELLE EN FRANCE !(1ere partie)

    Déclin de l'activité industrielle sur le total de la valeur ajoutée

    La part de l'industrie (hors construction) dans la valeur ajoutée, en France, est passée de 18% en 2000 à un peu plus de 12,5% en 2011. La France se place en 15e position, sur les 17 pays qui composent la zone euro, bien loin derrière l'Allemagne (26,2%) et la Suède (21,2%).

    • Dégradation de l'emploi industriel

    En 1980, les emplois dans le secteur industriel (hors construction) représentaient 26% de l'emploi salarié total. L'an dernier, cette proportion était passée à 12,6%. La France perdant ainsi plus de 2 millions d'emplois industriels en 30 ans.

    • Perte de parts de marché à l'exportation

    En Europe, la part de marché des exportations françaises est passée de 12,7% en 2000 à 9,3% en 2011, alors que sur la même période, l'Allemagne a vu ses parts de marché à l'exportation intracommunautaire progresser d'un point passant à 22,4%.

    • Des marges de l'industrie rognées

    Pour préserver leur compétitivité prix, les industries françaises ont été contraintes d'abaisser considérablement leurs marges entre 2000 et 2011. L'industrie manufacturière les a par exemple fait passer de 30 à 21% selon l'INSEE. Dans le même temps en Allemagne, ces marges ont progressé en moyenne de 7 points.

    • Des investissements privés insuffisants

    En 2010, la dépense de R&D par les entreprises françaises n'a représenté que 1,4% du produit intérieur brut. Les crédits publics de soutien à la R&D sont proportionnellement moins orientés vers le développement économique que nos principaux compétiteurs, toutefois la France demeure parmi les pays les plus actifs de l'OCDE en matière de R&D publique.

    Frédéric IZARD (Adhérent de DLR-31)

    RépondreSupprimer
  9. ...POUR UNE RELANCE INDUSTRIELLE EN FRANCE ! (2EME PARTIE)

    Quelques pistes nationales pour sortir de cette ornière ;

    - Diviser par deux l'IS des PME pour les bénéfices réinvestis
    - Revenir à la TVA à taux réduit à 5,5% sur la restauration et le batiment
    - Supprimer l'ISF
    - Financer autrement les charges sociales par une taxe anti-délocalisation
    - Relancer l'investissement industriel
    - Soutenir l'innovation et la recherche
    - Accroitre la commande publique de l'Etat auprès de nos entreprises nationales
    - Inciter à la consommation citoyenne patriotique, grace à un label tricolore
    - Etudier une prime pérenne à l'achat pour l'automobile qui avait boosté le marché automobile Français
    - Diriger l’épargne, le crédit et le capital vers le financement des PME/TPE en autorisant la déduction de l’impôt sur le revenu de la moitié des sommes investies par les particuliers dans l’économie productive pour des entreprises investissant en France
    - Mettre en place un nouveau Commissariat au Plan chargé de définir une vision de long terme du développement économique de notre pays
    - Définir avec le Plan quelques filières prioritaires (énergies renouvelables, transports non polluants, recyclage, biotechnologies, nanotechnologies…) et en faire des pôles de compétitivité majeurs pour les vingt ans à venir. Y développer des champions mondiaux sur le modèle de ce qui a été fait dans l’aéronautique, le nucléaire, les trains à grande vitesse ou l’aérospatiale dans les années 60 par l’association des industriels, de la recherche et de l’enseignement supérieur
    - Utiliser la Caisse de Dépôts et Consignations pour le financement de projets sur les filières prioritaires définies par le Plan
    - Encadrer les mécanismes d’aide aux entreprises innovantes pour garantir le maintien en France des entreprises ainsi aidées
    - Protéger le travail, c’est mettre un terme à la dissociation du capital (qui prospère à Paris) et du travail (qui part en Chine). Développer l'actionnariat des travailleurs Français dans les entreprises cotées afin de les associer aux résultats et de lutter contre la dissociation perverse entre salariés et actionnaires.
    - Protéger le travail, c’est aussi favoriser l’émergence d’un patriotisme d’entreprise. Pour cela, établir un actionnariat populaire universel pour nos 20 millions de salariés Français qui défendent leur entreprise en vue de freiner les délocalisations.

    Voilà ces pistes productrices de richesses à explorer, à exploiter, telle sont les conditions préalable pour sortir notre pays de ces handicaps structurels et lui permettre de rivaliser avec ses concurrents Allemands et autres voisins en Europe qui nous dépassent ! Il est temps de retrouver une ambition industrielle !
    Tous les secteurs stratégiques industriels Français doivent plus que jamais redevenir la priorité de l'Etat !

    Il faudra par la suite se libérer du joug bruxellois pour etre en mesure ensuite de proposer des réformes à l'échelle européenne, comme la sortie de l'Euro et l'application d'un protectionnisme négocié, mais déjà lever nos handicaps nationaux qui nous sont propres et directement imputables serait salutaire. Aussi, l'insuffisance de compétitivité des entreprises françaises est du au fait qu'elles payent 160 milliards d'Euros par an de prélèvements obligatoires de plus que les entreprises allemandes.

    Frédéric IZARD (Adhérent DLR-31)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @ Monsieur Izard,

      Vous parlez comme si les grandes entreprises ne faisaient pas de profits... alors que le problème, c'est : que font-elles avec leurs profits ?

      - pas de l'investissement, en tout cas ;
      - pas de Recherche & Développement, en tout cas ;
      - pas payer des impôts, surtout pas ;
      - pas payer des salaires ou financer des formations en interne, quand même pas !

      Et cessez de vous laisser influencer par la folie ultra-libérale ! par pitié. Les 160 milliards d'euros de prélèvement sont notre richesse. C'est la reconnaissance de la valeur travail et de la dignité humaine.

      Y'a pas que les patrons et les investisseurs qui ont le droit de faire des profits.

      Supprimer les prélèvements sociaux, c'est tuer la demande encore davantage, et c'est nourrir les requins de la finance et les encourager à réclamer encore et toujours plus de sacrifices... pour les autres.

      Supprimer
    2. P.S. : Monsieur Izard,

      Vous parlez comme si les grands patrons et les gros investisseurs en avait quelque chose à foutre d'un pays ou d'un autre.

      Les patrons et investisseurs sont sans frontières, leur patrie, c'est leur compte en banque.
      C'est le seul territoire qu'ils souhaitent développer et aménager.

      Supprimer
  10. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

    RépondreSupprimer