lundi 14 septembre 2020

Cet ensauvagement que certains refusent de voir

Cela aura été une des polémiques de la rentrée : le débat sur l’utilisation du terme « ensauvagement » par le nouveau ministre de l’intérieur, et la droite, terme qu’une grande partie de la gauche, et le ministre de la justice contestent. Une polémique extraordinairement révélatrice de notre société et de la coupure effarante d’une certaine gauche avec la réalité de la vie des français.

 


Taisez cette insécurité que je ne saurais voir

 

Il y a quelque chose d’assez sidérant à lire ou entendre les réactions de personnes comme Samuel Gontier, de Télérama. En somme, il accuse les chaines d’information d’être responsables du sentiment d’insécurité et de promouvoir un discours d’extrême-droite. Les chaines d’information, si elles choisissent les sujets dont elles parlent, ne peuvent pas créer les faits dont elles parlent. Quand elles parlent d’insécurité, c’est bien parce que l’actualité charrie malheureusement des horreurs, comme la personne égorgée à la Gare du Nord. Leur choix éditorial reflète aussi largement le flux de l’actualité. Et il est clair qu’après plus de 7 mois passés à parler du coronavirus, elles doivent bien parler d’autre chose, et ce n’est pas le plan daté et très convenu du gouvernement qui peut remplir longtemps l’actualité.

 

Ce discours est totalement effarant par ses implications. Faudrait-il que les chaines d’information taisent les violences que charrie l’actualité et n’en débattent pas en plateau ? Parler d’insécurité serait un discours d’extrême-droite ! Toutes les personnes qui subissent l’insécurité et osent en parler seront heureuses d’apprendre qu’elles tiennent un discours d’extrême-droite ! Ce faisant, Samuel Gontier disqualifie trop systématiquement le fait de parler d’insécurité pour être honnête. Il y a une forme de totalitarisme à disqualifier par principe tout discours sur un sujet qui fache, une extraordinaire fermeture d’esprit de la part de ces gens qui se considèrent pourtant comme les partisans de l’ouverture. N’est-il pas juste normal de discuter d’insécurité en démocratie quand cela fait l’actualité ?

 

Le discours sur le « sentiment d’insécurité » est assez biaisé, même si on accepte qu’il y a une distinction entre insécurité et sentiment. Néanmoins, ceux qui en parlent tendent trop souvent à disqualifier ce sentiment pour ne pas être de parti pris. Ce sont aussi souvent ceux qui refuse d’utiliser le terme « ensauvagement » et y voit bien sûr l’influence de l’extrême-droite, alors que c’est à Chevènement que l’on doit le retour de ce vocabulaire dans le débat public. De plus, cette référence sématique semble assez adaptée, en ce que la société civilisée s’oppose à l’état de nature, sauvage, où il n’y a plus de règles. Pourquoi refuser de qualifier d’ensauvagement les actes de violence extrêmes comme celui de la Gare du Nord ou l’état de quartiers où la police ne peut plus venir ?

 

En outre, les chiffres montrent bien la réalité de cet ensauvagement, avec la forte progression des crimes et des délits les plus violents. De 2009 à 2019, le nombre d’homicides par habitant a quasiment doublé ! Les coups et blessures volontaires ont plus que doublé depuis 2000, comme les séquestrations, les violences contre dépositaires de l’autorité ou les menaces et chantages. Débattre du terme pour qualifier l’explosion de la violence dans notre société en semble d’autant plus ubuesque que les chiffres sont graves. Soit dit en passant, le bilan de Sarkozy n’en apparaît que plus superficiel, les lois et les déclarations martiales n’ayant guère produit de résultats sous son magistère, de 2002 à 2012. Et pour finir pas moins de 70% des Français jugent que le terme « ensauvagement » est justifié

 

De manière intéressante, même 47% des partisans de la France Insoumise, 59% de ceux du PS et 61% de ceux des Verts jugent le terme justifié. Nul doute qu’une plus grande majorité encore jugerait probablement que réfléchir au moyen de faire reculer la violence de notre société est bien plus utile que le débat sur ce terme. Ce qui excessif, ce n’est pas le terme, c’est la violence qu’il qualifie.

22 commentaires:

  1. Basta, ça commence à bien faire ces conneries sémantiques et le déni du réel. Inévitablement la Dictature devra être instaurée en France pour en finir avec toutes ces minorités agissantes, les politiciens pourris et la bien-pensence.

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  2. Ensauvagement signifie que nous redevenons des sauvages. Or les actes de violence et de barbarie ont toujours existé, à toutes les époques. Le siècle dernier a été marqué par le fascisme, le stalinisme, les génocides. Le monde était-il moins sauvage qu'aujourd'hui ?

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  3. L'ensauvagement, ce n'est pas tout le monde bien sûr. D'accord pour dire que la violence n'est pas nouvelle. Néanmoins, comme le montrent les statistiques que j'évoque, un doublement des actes violents les plus graves démontre qu'il y a malheureusement quelque chose qui se passe. Aujourd'hui n'est pas complètement comme il y a 20 ans. La violence grave a malheureusement fortement progressé. Déjà, sur les chiffres, parler d'ensauvagement me semble justifié.
    Et j'ai l'impression que derrière, il y a une forme de refus des règles de vie en société, un retour à une forme de sauvagerie de l'état de nature. On peut reprendre le cas des pompiers attaqués qui subissent de des embuches. On pourrait même dire que les violences (y compris policières) lors des manifestations des Gilets Jaunes marquent une forme d'ensauvagement tant cela contraste avec la retenue plus civilisée des forces de l'ordre en 2005 par exemple, sans qu'il semble y avoir forcément une proportionnalité avec la violence des manifestants (certains soutiennent que, de ce côté, 2005 était plus dur que 2018-2020 au contraire).

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    1. C'est parce que les émeutes de 2005 se déroulaient dans des banlieues populaires et pas sur les Champs-Élysées, et qu'elles n'étaient pas « politiques », car elles ne remettaient pas en cause le pouvoir exécutif, au contraire des manifestations des Gilets Jaunes, ce qui explique que la répression a été plus dure envers ces derniers.

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    2. @Laurent Herblay
      « il y a malheureusement quelque chose qui se passe. Aujourd'hui n'est pas complètement comme il y a 20 ans. »

      Mais il y a 20 ans, on disait déjà la même chose. Souvenez-vous qu'en 1999, Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'Intérieur, avait déclenché une polémique en parlant de « sauveageons. »

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    3. @Laurent Herblay
      Permettez-moi de ne pas être d'accord avec vous lorsque vous parlez de la « retenue civilisée » de la police en 2005. Moi, j'appelle ça du laisser-faire. Pendant plusieurs semaines on a laissé la population des banlieues populaires subir la violence des émeutiers. Et à l'époque, c'était Sarkozy le ministre de l'Intérieur. On pouvait déjà savoir, avant 2007, qu'il ne ferait rien, sinon de la gesticulation, pour garantir la sécurité des Français, malgré ses petites phrases-chocs du genre « karcher. »

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    4. @ Moi

      Je suis d’accord sur l’interprétation du différentiel entre 2005 et les Gilets Jaunes, mais ici je pointe plutôt une forme d’ensauvagement des forces de l’ordre dans la violence que certains ont eu à l’égard de certains manifestants. Probablement d’accord sur l’excès de laisser-faire en 2005, même si 15 ans après, il est difficile d’être définitif sur la question.

      Bien sûr, il y a 20 ans, on en parlait déjà. Je ne sais pas s’il y avait les mêmes statistiques qu’aujourd’hui, mais le fait qu’on peut constater une dégradation factuelle de la situation, qui peut correspondre au terme ensauvagement à mon sens.

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  4. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  5. "Ensauvagement" ne signifie rien d'autre que de ne pas vouloir décrire une société qui se délite, aboutissement de 40 ans de libéralisme, de glorification de la compétition, du chacun pour soi (d'où le retour des tribus, des ethnies,etc), de la lutte ou tous les coups sont permis. Quand la seule valeur d'une société c'est l'argent il n'y a plus de société. Mais il ne faut pas le dire.

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  6. Quant aux hurlements de la goooche c'est pour cacher le fait qu'elle est en grande partie responsable de ce état de faits ( vive la crise, vive la différence, fin des solidarités...).Mais la "droite" n'est pas innocente...

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  7. "Depuis plus de vingt ans, toutes les statistiques démontrent que les violences et le taux de criminalité sont plutôt en baisse. Cela est confirmé tant par les chiffres qui traduisent l'activité policière (venant du ministère de l'Intérieur), que par les enquêtes de victimation (réalisées par l'INSEE auprès de la population, que des plaintes aient été déposées ou non)."

    "Les personnes qui dénoncent un «ensauvagement» de la société, en contradiction avec la réalité, reflètent l'ensauvagement de la pensée. Une pensée non rationnelle, incapable de prendre un recul indispensable et d'envisager le réel au-delà du spectacle médiatique."

    http://www.slate.fr/story/194756/darmanin-ministere-interieur-ensauvagement-mensonge-violence-criminalite-baisse-pensee-sauvage

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    1. Un chiffre qui additionne petits et grands délits, ainsi que des violences aux personnes ne peut pas être analysé seul. La baisse des vols déclarés (les voitures sont beaucoup plus sûres) explique la baisse globale, mais en revanche, comme je le soulignais, les actes les plus violents sont malheureusement en forte hausse. Et il est bien naturel que la hausse des délits et crimes les plus violents alimente un questionnement de la société.

      Bon papier : https://www.lefigaro.fr/vox/societe/insecurite-les-chiffres-ne-disent-pas-tout-20200915

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    2. Non, les actes les plus violents sont en baisse, c'est largement documenté.

      "Depuis plus de vingt ans, toutes les statistiques démontrent que les violences et le taux de criminalité sont plutôt en baisse."

      Un vol de voiture n'est pas classifié de violence physique, bref vous racontez comme toujours des conneries.

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    3. Tellement documenté que vous ne mettez aucun lien... Je vous renvoie à l'article du Figaro en lien dans le papier ainsi qu'à celui que j'ai rajouté.

      Le nombre d'homicides a presque doublé en dix ans. Les coups et blessures volontaires ont plus que doublé depuis 2000.

      J'ai du mal à comprendre pourquoi on peut nier la réalité à ce point.

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    4. Il y a 20 ans, on comptait 1 600 meurtres par an, aujourd’hui on en dénombre deux fois moins. Le taux d’homicides a baissé de 3 à 1,3 pour 100 000 habitants entre 1993 et 2017.

      http://www.observationsociete.fr/modes-de-vie/de-moins-en-moins-dhomicides-en-france.html

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    5. Taux pour 100 000 habitants
      (sachant que la population monte)

      Homicides et tentatives d’homicides :
      3,56 en 1999
      5,32 en 2019

      Coups et blessures volontaires
      181,6 en 2000
      416,3 en 2019

      Violences contre dépositaires de l’autorité
      25,4 en 2000
      57,5 en 2019

      Séquestrations
      2,7 en 2000
      57,5 en 2019

      Menaces et chantages
      82,3 en 2000
      210,9 en 2019

      Source (incluse dans le corps de mon article) : https://www.lefigaro.fr/actualite-france/insecurite-les-actes-de-violence-gratuite-ont-explose-en-vingt-ans-20200906

      Ma source évoque un recul, bien plus léger (on peut jouer sur les années pour dire des choses différentes, surtout quand les homicides et tentatives d’homicide progressent de 15% depuis 2017, et plus encore, de 70% depuis 2013), des homicides, en effet, mais Alain Bauer soutient qu’il faut additionner homicides et tentatives.

      OK, vous pouvez trouver une statistique de violence grave, de 1993 à 2017, qui contredit mon discours. Déjà, remonter aussi loin a un intérêt limité : la baisse de la violence dans les années 1990 est un peu hors sujet.

      Le problème, c’est qu’il y a beaucoup plus de statistiques qui confirment ce que j’écris, comme je viens de le démontrer. Et ce qui est frappant, c’est que toutes ces statistiques démontrent une grave dégradation depuis 6/7 ans (cf les 70% de hausse des homicides et tentatives d’homicides).

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    6. Et je passe sur la violence, certes relative, mais tout de même, du commentaire que j'ai supprimé. Il est assez paradoxal qu'une personne qui tienne un tel discours soit aussi violente derrière son clavier. On en parle de l'ensauvagement des trolls anonymes ?

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    7. Et d'autres nombreuses qui les infirment. Avez vous fait une méta analyse des stats ? Non.

      "«L’idéal, en bon méthodologue, c’est de ne jamais changer l’instrument. Mais en même temps il faut le modifier pour faire face aux nouvelles réalités», glisse Renée Zauberman, du Cesdip, qui reconnaît que les ruptures statistiques de ces enquêtes – notamment lors du passage d’EPCV à CVS – sont «gênantes» et doivent amener à considérer avec précaution leurs résultats."

      https://www.liberation.fr/checknews/2020/08/21/peut-on-dire-qu-il-y-a-de-plus-en-plus-de-violences-en-france-depuis-trente-ans_1797192

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    8. Anonyme du 18 septembre 2020 à 15:51

      Vous commencez par affirmer péremptoirement que tout ce qui ne va pas dans votre sens n'est que tissu de conneries et que les chiffres le prouvent sans aucune contestation possible. Puis, lorsqu'on vous montre que bien des données semblent contredire votre vision, vous appelez à la prudence dans l'interprétation des statistiques, du fait de changements récents dans les procédures d'enquête... Peut-être seriez-vous plus crédible si vous appliquiez à vos conclusions les précautions méthodologiques que vous préconisez pour les autres.

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    9. Anonyme19 septembre 2020 à 08:03

      En tous cas les stats officielles que j'ai citées ne confirment une montée des homicides, ce qui a l'air de bien vous énerver et m'amuse beaucoup de vos petits jappements de roquet frustré. Au mieux, les stats ne veulent rien dire donc on peut rien en conclure.

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    10. - Début de post : "les stats officielles que j'ai citées ne confirment...".
      -Une vingtaine de mots à peine plus tard : "Au mieux les stats ne veulent rien dire donc on ne peut rien en conclure".

      Cool... En gros les stats sont valides lorsqu'elles semblent vous donner raison, mais on peut se payer le luxe de les ignorer dès lors qu'elles paraissent vous contredire. Aucun risque que je m'énerve : vous vous faites passer tout seul pour un bouffon.

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  8. @ Troll de 15h51

    Article intéressant, mais même des changements de méthodologie ne peuvent pas cacher une incontestable augmentation des violences les plus graves, comme le montrent les courbes (il n'y a pas une année avec une très forte hausse du fait du changement, qui casse une tendance baissière)... Cette hausse est trop régulière

    @ Anonyme 8h03

    Merci

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