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samedi 18 février 2017

mardi 28 avril 2015

Ce qui cloche dans le débat sur les migrants

Depuis le drame de la semaine passée, on débat de ce qu’il faudrait faire en réaction aux centaines de migrants africains morts dans la Méditerranée. Mais dans le flot des réactions, les contradictions et les analyses à courte vue ou totalement contre-productives se multiplient.



Déplorer les effets dont on chérit les causes

D’abord, comment ne pas voir que ces morts sont aussi le produit de la société construite depuis des décennies, où le laisser-faire et le laisser-passer favorisent justement l’immigration illégale en réduisant les contrôles aux frontières, quasiment effacées en Europe. Et si de nombreux Africains sont prêts à payer des fortunes pour traverser la Méditerranée, c’est du fait de l’écart de développement entre les deux rives, mais aussi à cause du modèle économique que nous y avons promu, plus instable, et donc plus dur pour des peuples dont une partie peut finir par préférer tenter une aventure chère et risquée, se couper de leurs racines et leurs familles, la marque d’une forme de désespoir.

Et il est tout de même effarant que Le Monde, Libération ou Daniel Cohn-Bendit évoquent comme solution l’ouverture plus grande des frontières, qui ne ferait qu’augmenter le nombre de bateaux sur la Méditerranée. Comment croire qu’une telle mesure pourrait réduire le nombre de victimes, à moins de ne mettre aucune limite à l’immigration venue d’Afrique, ce qui est inenvisageable ? L’UE, comme souvent, s’est contentée de promettre davantage de moyens pour patrouiller mais il est frappant de ne voir aucune mesure annoncée pour aider le développement de l’Afrique ou pour réduire l’intérêt des migrants de franchir la Méditerranée, ce qui représentent tout de même les deux enjeux majeurs ici.

L’immigré illégal, ce héros

jeudi 23 avril 2015

Drame des migrants : l’effarante réaction de Cohn-Bendit, le Monde et Libération

La mort en mer de centaines de migrants africains qui cherchaient à rejoindre l’Europe a logiquement suscité une énorme émotion. Aujourd’hui, se tient un conseil européen sur le sujet. Mais l’angélisme des réponses apportées par Daniel Cohn-Bendit, le Monde et Libération est une impasse.



L’illusion des frontières ouvertes et des emplois vacants

Pour Daniel Cohn Bendit, la solution à ce drame est simple : il faut davantage ouvrir les frontières. D’ailleurs, les pays européens auraient des besoins de main d’œuvre (pas moins de 7 millions de personnes en Allemagne à long terme). Libération et Le Monde ont dégoté des chercheurs qui soutiennent qu’une plus grande ouverture des frontières n’augmenterait pas le nombre de migrants puisque, de toutes les façons, ceux qui viennent sont prêts à risquer leur vie, ce qui ne semble pas vraiment avoir convaincu les lecteurs étant donnés les commentaires. Puis, parce que c’est une contre-vérité trop souvent répandue, comme L’œil de Brutus l’avait démontré sur le blog, il convient d’abord de faire un sort à l’idée selon laquelle il y aurait beaucoup d’emplois non pourvus en France.

D’abord, Alternatives Economiques montre que, nous avons un des plus faibles taux d’emplois non pourvus en Europe : 0,6% contre 1,6% dans l’UE. En outre, il ne faut pas oublier que toute offre d’emploi intégrée, alors que ne devraient être prises en compte que celles qui n’est pas possible de satisfaire au bout d’un certain temps, sans parler du fait que peuvent être prises en compte des offres de 2 heures de ménage par semaine… Bref, à quelques rares exceptions près (médecins, bouchers), nous ne manquons pas de travailleurs, comme le suggèrent les chiffres du chômage. Bien au contraire, cette situation plaide pour réduire au minimum l’immigration et ne pas déséquilibrer plus encore le marché du travail, au bénéfice des entreprises, comme le souligne Jack Dion dans Marianne.

L’humanisme, c’est de fermer les frontières

dimanche 25 janvier 2015

En Grèce, Syriza n’est-il pas bien moins extrémiste que le gouvernement ?


Aujourd’hui, les Grecs vont se prononcer lors d’une élection qui pourrait permettre l’accession au pouvoir de Syriza, qui avait perdu de peu en 2012. En France, le parti est qualifié au mieux de gauche radicale, au pire d’extrême-gauche. Mais n’est-il pas bien plus raisonnable que la coalition au pouvoir ?



L’extrémisme antisocial du gouvernement

Comme le note bien Jack Dion dans Marianne, où il dénonce « la fatwa du Monde contre Syriza », il est effarant de constater comment ce parti est traité dans la plupart des média français. Dans les faits, Alexis Tsipras ne fait que proposer la 3ème restructuration de la dette grecque depuis 2010, alors que la quasi totalité des économistes sont d’accord pour dire que dans le contexte actuel, la dette grecque n’est pas soutenable. Ceci démontre la faillite de la politique actuelle. Au final, ce sont ceux qui dénonçaient la folie de ces politiques qui ont malheureusement eu raison. La politique qui est déraisonnable, c’est justement celle qui a été menée par les dirigeants grecs depuis 2010.

Le PASOK et Nouvelle Démocratie ont mené une politique qui n’avait qu’un seul objectif : honorer la dette de la Grèce dans le cadre monétariste et semi-fédéral européen. Et ils n’ont pas fait les choses à moitié : baisse du SMIC de 22%, coupes monstrueuses dans le budget et les programmes sociaux. Tout ceci a envoyé un quart de la population au chômage, multiplié les suicides et provoqué une dégradation de la situation sanitaire dont Médecins du Monde s’inquiètait récemment ! L’extrémisme n’est-il pas du côté des gouvernements qui ont pris ces mesures et de ceux qui les ont demandé, dans l’absolu, et d’autant plus que tout ceci n’est même pas parvenu à atteindre leur objectif premier ?

Syriza, c’est la raison démocratique ?

samedi 18 janvier 2014

Les scandaleuses négociations du traité transatlantique


Les négociations commerciales sont un angle mort majeur de nos démocraties. C’est bien ce que montrent les négociations sur le traité transatlantique entre les Etats-Unis et l’UE, qui sont maintenues dans un secret suspect et dont ce qui nous parvient est extrêmement inquiétant.




Une remise en cause de la démocratie

Je vous recommande vivement de lire le papier de Lori M. Wallach, dans le Monde Diplomatique, qui révèle les enjeux de l’Accord de Partenariat Transatlantique (APT). Il révèle un aspect peu connu des négociations en cours. L’ATP serait un successeur de l’AMI (Accord Multilatéral sur les Investissements), négocié de 1995 à 1998, auquel j’avais consacré un long papier dans un journal étudiant il y a 16 ans… L’ATP pourrait en effet mettre en place un cadre juridique où les multinationales seraient placées sur le même plan que les Etats et où elles pourraient porter plainte contre eux dans des tribunaux spécialement créés, dont on peut craindre qu’ils ne leur soient pas très défavorables (aux multinationales).

En 1998, le scandale déclenché par la révélation du contenu de l’AMI avait fait capoter les négociations. Il est donc capital de faire connaître ce qui se passe et notamment l’article du Monde Diplomatique qui révèle que l’accord stipule que les pays devront assurer « la mise en conformité de leurs lois, de leurs règlements et de leurs procédures » avec les dispositions du traité. Et si les Etats ne s’y conforment pas, les entreprises pourraient alors les poursuivre si une législation rogne sur leurs « futurs profits espérés » ! Tout ceci rejoint complètement la réflexion de Jacques Sapir sur cette progression du droit qui finit par asphyxier la démocratie et le libre-arbitre des gouvernements et donc des peuples.

Le Monde diplomatique évoque le cas d’une société européenne qui a utilisé certaines dispositions de l’OMC pour engager des poursuites contre l’augmentation du salaire minimum en Egypte, et une autre, étasunienne, contre la limitation des émissions toxiques au Pérou, par l’ALENA ! Le volume d’affaires traité par ces tribunaux spéciaux a été multiplié par 10 depuis 2000. L’article évoque de nombreuses démandes de l’industrie étasunienne : la fin de la mention de la présence d’OGM en Europe, une plus grande latitude dans l’usage des données informatiques privées, mais aussi le refus de toute restriction aux mouvements de capitaux, comme le petit projet de Taxe Tobin étudié en Europe.

La résistance doit s’organiser !

vendredi 23 août 2013

Renault Trucks, motif d’espoir ou arbre qui cache la forêt ?


Volvo a annoncé il y a quelques jours qu’il rappatriait la productionde camions Renault qui était faite en Turquie dans une usine française. Faut-il y voir un motif d’espoir pour le « fabriqué en France », comme le soutient Jack Dion dans Marianne, ou s’agit-il d’une exception qui confirme la règle ?



Pourquoi Volvo a pris cette décision ?

Jack Dion a bien raison de souligner qu’il n’y a pas que le coût de la main d’œuvre dans les critères de sélection d’une implantation industrielle, tout comme quand il rappelle que « la France est à peu près au même niveau de revenus salariaux » que nos principaux partenaires européens. En effet, les entreprises s’attachent également aux infrastructures, au prix de l’énergie, à la qualification et la productivité de la main d’œuvre, au cadre de vie… Et sur tous ces critères, l’hexagone est en bonne position. En outre, notre pays est au cœur des 5 principaux marchés européens.

Cependant, à y regarder de plus près, il n’est pas sûr que ce soit cela qui ait motivé la décision de Volvo. En effet, ce papier du Figaro évoque des raisons différentes. Les camions produits en Turquie ne l’étaient pas par une usine Renault mais par un partenaire. Or, le marché européen a baissé de 13%, faisant chuter la capacité d’utilisation des usines, et donc la rentabilité. En outre, Renault commercialise une nouvelle génération de camions, qui a nécessité pas moins de 2 milliards d’euros d’investissement. Il est donc probable que ce choix est davantage une rationalisation industrielle, le partenaire turc étant une soupape de sécurité pour ne pas augmenter les capacités en interne.

Le « fabriqué en France » est-il condamné ?

samedi 1 juin 2013

La ridicule révolte de Hollande contre l’UE


« La Commission n’a pas à dicter ce que nous devons faire » : c’est par ces mots que François Hollande a réagi à la potion amère néolibérale proposée (imposée ?) par Bruxelles. Mais derrière le coup de menton du préfet de la France à ceux auxquels il se soumet, se cache bien l’agenda des années à venir…



La Commission présidente, c’est maintenant !

Comme le souligne justement Jack Dion dans Marianne, la feuille de route des eurocrates est un condensé, adouci cependant, des potions amères infligées aux pays « aidés » par l’Europe. L’inventaire de Bruxelles est assez stupéfiant tant cela ressemble in fine à un programme politique, tel qu’il aurait pu être présenté lors de l’élection présidentielle l’an dernier. Il y a quelque chose de révoltant à voir des technocrates non élus recommander de manière aussi précise des mesures, donnant ainsi l’impression que notre président est au mieux le préfet d’une région de l’Union Européenne.

Le Figaro a retraduit ces propositions en « Dix commandements de Bruxelles à Hollande » : une baisse des déficits à 3.9% en 2013, 3.6% en 2014 et 2,8% en 2015, une réforme de l’organisation territoriale, la réforme des retraites avant fin 2013 (sic), la simplification et la réduction de l’impôt sur le revenu et les sociétés, la baisse du coût du travail, la baisse des dépenses de santé, la libéralisation des professions réglementées, l’accord sur la flexibilité et de sécurisation (re-sic) de l’emploi, la réforme de l’assurance-chômage et la fin des tarifs réglementés du train, du gaz et de l’electricité.

Du coup, la présidence de la République a été contrainte de rectifier l’impression calamiteuse que pouvait donner cette publication, à savoir celle d’un pays sous tutelle, en recalibrant le message : « nous, nous avons à respecter les engagements européens par rapport à la réduction des déficits. En ce qui concerne les réformes structurelles, c’est à nous, et à nous seuls, de dire quel sera le bon chemin pour atteindre l’objectif ». François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont rappelé qu’ils avaient déjà lancé le processus pour réformer les retraites, sans attendre la Commission.

La double malhonnêteté de François Hollande