Le faux magistère moral de la gauche
A l’origine, cet essai est issu d’un dialogue avec Florian
Gulli, militant du Front de Gauche surpris qu’il (Michéa) ne « convoque pas sous le signe exclusif de la
gauche l’indignation grandissante des ‘gens ordinaires’ (Orwell) devant une
société de plus en plus amorale, inégalitaire et aliénante » malgré
« le discrédit aux yeux des
catégories populaires (…) après trente années de ralliement inconditionnel au
libéralisme économique et culturel ». Michéa réplique en dénonçant
« l’utilisation des questions
sociétales comme le masque politique privilégié sous lequel la gauche moderne
entend désormais dissimuler sa conversion intégrale à l’économie de marché (comme
si, en d’autres termes, la volonté d’abandonner ceux qui produisent la richesse
collective au bon vouloir des prédateurs de la finance mondiale pouvait être
‘compensée’ par le fait qu’ils pourront, en échange, fumer
librement du cannabis devant les portes de ‘Pôle Emploi’ » !
Il dénonce un culte aveuglant de la gauche pour le progrès
et ce qui est grand (par opposition aux petits agriculteurs, aux petites
entreprises, aux commerçants ou aux artisans). Provoquant, mais sans doute très
juste, il pointe « qu’un militant de
gauche est essentiellement reconnaissable, de nos jours, au fait qu’il lui est
psychologiquement impossible d’admettre que, dans quelque domaine que ce soit,
les choses aient pu aller mieux avant ». Il note un rejet des classes
moyennes par la bourgeoisie de gauche, qui les considère comme conservatrices
et réactionnaires. Il dénonce cette gauche qui ne fait plus attention « aux souffrances quotidiennes des gens
ordinaires ». Pour lui, cela explique que « les classes moyennes se soient réfugiées sous l’aile protectrice de la
droite conservatrice de l’époque ».
Il dénonce également « l’idéologie de la pure liberté qui égalise tout ». Pour lui,
depuis 1815, « le nom de gauche n’a
plus jamais cessé de couvrir, pour l’essentiel le simple refus philosophique
(et psychologique) de toute tentation ‘conservatrice’ ou ‘réactionnaire’ ainsi
que l’exhortation perpétuelle des individus et des peuples à faire table rase
de leur encombrant passé (ou, à défaut, à ne pas devoir s’en souvenir que sur
le mode religieux de la ‘repentance’) ».
Une trahison prévisible