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dimanche 18 septembre 2016

Elections autrichiennes, sondages et perspectives 2017 (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus



Ainsi donc, dans une quasi-torpeur médiatique, les dernières élections autrichiennes ont-elles été invalidées. Nonobstant les rhétoriques on ne peut plus douteuses tenues par le parti d’extrême-droite autrichien (bien mal nommé « parti de la liberté »), il y a fort à parier que l’invalidation se fût faite en sens inverse (c’est-à-dire invalidant une victoire obtenue par un candidat eurosceptique, quel qu’il soit), l’européisme militant des grands médias se serait répandu à gorges déployées pour hurler à l’atteinte démocratique de l’ogre fasciste. Mais tout ceci n’est guère une surprise. Par contre, de cette élection controversée peuvent être tirés deux enseignements intéressants dans la perspective des échéances électorales françaises.

lundi 31 août 2015

De Sapir et du front des opposants à l’euro

Cela a été une des polémiques de la semaine denière : les média ont affirmé, abusivement, que Jacques Sapir préconisait un rassemblement allant du Front de Gauche au Front National contre l’euro. Ce faisant, ils sont passés à côté du sens, et surtout de l’essentiel de sa réflexion.



Mauvaise polémique pour très bon texte

Il est assez effarant que les nombreuses et passionnantes questions soulevées par Jacques Sapir, qui fait suite au débat lancé par Stefano Fassino, ancien membre du Parti Démocrate Italien, auquel appartient Matteo Renzi soit réduit à la seule question du Front National, abusivement raccourcie qui plus est. Car les quatre textes de Sapir sont remarquablement riches et intéressants : de l’interview pour Figarovox, suivie par « Sur la logique des ‘fronts’ », «  A nouveau sur les ‘fronts’ », puis « Inconséquences ». Il note que la crise Grecque a tranché la question de savoir si un pays de la zone euro peut mener une politique alternative, ce qui fait de la « question de l’euro une question éminemment politique ». Jacques Sapir a bien raison de dire que « l’euro n’est pas seulement une monnaie » aujourd’hui.


Comment on sort de cette impasse ?

lundi 17 août 2015

Avec la Grèce, la gauche de la gauche s’est discréditée

On ne saisit sans doute pas toutes les conséquences de l’incroyable choix du gouvernement Grec, qui a donné la priorité au maintien dans l’euro plutôt que de mettre fin à la tutelle austéritaire du pays en dehors. Les nouvelles souffrances que les Grecs vont s’infliger auront des répercussions ailleurs.



Le Front de Gauche dans une impasse

Jacques Sapir a déjà analysé longuement les mensonges et les angles morts du PCF et de la gauche de la gauche dans trois textes : « Grèce, la gôche, la gauche », « Pierre Laurent, la Grèce et les mensonges » et « La Grèce et la direction du PCF ». Il y note que la gauche de la gauche s’est souvent opposée aux traités mais refuse en général toute rupture, notamment avec « la religion de l’euro », car c’est de cela qu’il s’agit. Et s’il note le progrès de Jean-Luc Mélenchon sur le plan B, il fustige sa volonté illusoire de changer l’UE de l’intérieur. Il ne rate pas le secrétaire national du PCF, qui reprend le raisonnement de Margaret Thatcher en affirmant que Tsipras « n’avait pas d’autres choix », et en faisant beaucoup d’arrangements avec la vérité avant d’exécuter le document de synthèse de la direction du parti.

Beaucoup à la gauche de la gauche continuent à incriminer les dirigeants européens de droite qui seraient les vrais responsables de la crise et continuent à plaider pour une renégociation des traités, comme Alexis Corbière sur Europe 1. Mais dans Marianne, Paul Conge note que « changer l’euro, c’est rompre par la négociation avec le fond des traités constitutifs de l’Europe. C’est peut-être là le problème majeur du Front de Gauche, que d’avoir fait croire à ses électeurs qu’un tel miracle était finalement possible ». Ce faisant, cette séquence confirme ce qu’a écrit Aurélien Bernier, qui a théorisé la « désobéissance européenne », en s’appuyant sur la souveraineté nationale, concept qui semble si tabou à la gauche de la gauche qu’elle lui préfère la tutelle euraustéritaire, comme la « social-démocratie »…

Quelles conséquences politiques ?

mercredi 22 juillet 2015

Ce que la Grèce dit du démontage de l’euro




Une possibilité largement sous-estimée

En fait, les raisons du choix de la Grèce sont complexes. Comme je l’ai détaillé il y a une semaine, on peut y voir des raisons psychologiques profondes, qui tiennent au rapport du pays à l’Europe, et à la proximité de la Turquie. Et il en fallait des raisons puissantes pour qu’une telle proportion de députés Syriza choisisse de soutenir un texte pourtant totalement contraire aux promesses de leur récente campagne électorale et qui était encore pire que le texte que les Grecs avaient rejeté il y a quelques jours. Cela doit nous amener à nous interroger sur les raisons qui font que des sociétés persistent autant dans l’erreur. Et il sera trop facile de seulement incriminer les médias (après tout, les citoyens savent voter contre eux) ou les mensonges du camp que nous dénonçons. Nous avons une part de responsabilité.

Car dans l’absolu, nous avons tous les ingrédients pour démonter leurs arguments. Le projet européen, tel qu’il est conçu aujourd’hui, est complètement en échec. Il ne produit ni puissance, ni croissance. Il affaiblit les démocraties, quand il ne les nie pas. Et la monnaie unique est critiquée par la majorité des économistes : pas moins de 9 « prix Nobel d’économie », de gauche comme de droite, ont dénoncé cette construction et bon nombre affirment que la solution serait la sortie de la Grèce, notamment Krugman et Stiglitz. Et toutes les études sur les fins d’union monétaire, fréquentes au 20ème siècle, démontrent que le démontage d’une monnaie unique est quelque chose de parfaitement connu, dont les troubles sont courts, et qui permettent aux pays ainsi libérés de retrouver rapidement la croissance.

Une idée qui en sort temporairement affaiblie

mercredi 1 avril 2015

Tripartisme et conséquences

C’est le fait politique majeur des élections européennes et départementales, qui confirment de facto le bilan de l’élection présidentielle de 2012. Notre pays voit s’installer une forme de tripartisme, où 3 partis dominent notre vie politique. Une nouvelle équation qui n’est pas neutre pour l’avenir.



Trois points cardinaux

L’élection présidentielle de 2012 reposait sur une dynamique différente. Après que les médias aient renoncé au quintette avec l’effondrement du vote écologiste, la campagne s’était centrée sur quatre partis : PS, UMP, FN et FG. Nicolas Sarkozy, François Hollande, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon étaient les principales figures de cette élection, les deux premiers se détachant vite des deux suivants, après quelques sondages à l’automne 2011 plaçant la candidate du FN au second tour. Un temps, le FG semblait en mesure de prendre la troisième place au FN. Les résultats des européennes et des cantonales, où le second pèse 4 fois plus que le premier, signe l’échec actuel de la gauche radicale en France.

Alors qu’en Europe, l’alternative est incarnée par la gauche dite radicale, en Grèce ou en Espagne, dans notre pays, Jean-Luc Mélanchon ne semble pas réussir à date. L’incarnation de l’alternative aux deux partis qui dominent notre vie politique depuis si longtemps est de plus en plus clairement le FN. La vie politique de notre pays s’organise depuis 2012 autour des trois pôles dominants que sont le PS, l’UMP et le FN. Cela ne signifie pas que les Français en sont satisfaits ou même qu’ils ont une bonne image de ces partis, y compris ceux qui votent pour eux, comme le montrent les sondages. Ce faisant, les résultats des départementales pourraient bien démontrer que ces trois partis font le vide autour d’eux.

L’UMP en position centrale ?

mercredi 2 avril 2014

L’étrange bienveillance de certains médias pour le FN


Bien sûr, le FN a signé son meilleur résultat aux municipales, avec une dizaine de villes conquises. Mais en prenant du recul, comme rue 89, on constate qu’il bat à peine les scores de 1995 et ne fait pas mieux que le FG. Du coup, pourquoi en a-t-on parlé dans une proportion sans la moindre commune mesure avec le poids électoral du parti d’extrême-droite de la famille Le Pen lors de ces élections ?

Rien de nouveau sous le soleil

Bien sûr, jamais le FN n’avait présenté autant de candidats, participé à autant de seconds tours ou gagné autant de villes. Du coup, on pourrait le traitement médiatique logique. Mais, chiffres en main, on en vient à la conclusion inverse. D’abord, il faut rappeler qu’il a réuni moins de 5% des suffrages et qu’il était présent dans 2% des villes (et moins de 1% au second tour). Ensuite, il faut prendre en compte le facteur temporel. La base de référence, 2008, était la plus basse depuis 1983, comme le montre Laurent de Boissieu. Et les résultats globaux ne sont pas si éloignés de ceux de 1995, il y a tout de même 19 ans. Fallait-il autant parler d’une si faible progression depuis pourtant près de 20 ans ?

L’autre facteur relativisant est la comparaison avec les résultats du FG, comme développé dans un papier publié sur le site Figarovox. Certains soulignent que le FG bénéficie d’une implantation plus ancienne et d’un jeu d’alliance important. Mais le FN n’est pas un nouveau parti. Il a eu 42 ans pour s’implanter localement… Et le remplacement du père par la fille à sa tête est un signe de continuité, tout comme la place gardé par le père, les déclarations de la fille aux rapatriés sur la guerre d’Algérie, ou son rappel que le FN n’est pas gaulliste. Et si le jeu d’alliance a aidé le FG, le fait que le FN ne bénéficie pas d’une telle situation en dit aussi très long sur la nature et les limites de ce parti d’extrême-droite.

Magie noire médiatique

vendredi 28 mars 2014

(Scoop) Dimanche, le Front de Gauche était au niveau du FN


Si la nouvelle vous a échappé depuis dimanche soir, ce n’est pas à cause d’un déficit d’attention, mais plus d’un traitement ubuesque des résultats du premier tour des municipales, donnant l’impression que Marine Le Pen et ses troupes étaient sur le point de s’emparer du pouvoir dans le pays.


L’arbre FN masque l’arbre FG

Les chiffres (rapportés par le yetiblog) sont édifiants : le FG a présenté autant de listes que le FN. Il faut aussi rappeler, comme le note Laurent de Boissieu, que sur les villes de plus de 9000 habitants, le parti lepéniste n’a pas présenté plus de candidats qu’en 1995. Plus incroyable, le FG a obtenu quatre fois plus d’élus au premier tour, et peut opposer 67 villes à l’unique Hénin-Beaumont. Enfin, le FG a dépassé 10% dans 308 villes contre 316 pour le FN. Les résultats du FN sont visuellement améliorés par la comparaison avec le désastre de 2008, mais les commentateurs oublient de rappeler qu’il y avait obtenu 88% d’élus de moins qu’en 1989, il y a déjà un quart de siècle…


En fait, le FN ne fait que revenir à ses plus hauts de 1995. On pourrait soutenir que le FG comble en partie son écart de la présidentielle grâce à une meilleure implantation et conclure qu’il le rattrape… Le blog l’Espoir produit une analyse moins optimiste mais intéressante. Bien sûr, l’implantation locale du FG est ancienne, s’appuyant sur l’appareil du PCF et ses militants. Mais cet argument a-t-il du sens par rapport à un Front National qui affiche plus de 40 ans au compteur et dont les résultats ne dépassent pas vraiment ceux d’il y a près de deux décennies, en 1995 ? Ne peut-on pas considérer que le parti de la famille Le Pen a eu plus que le temps nécessaire pour s’implanter localement ?

Résultats et relativité

lundi 21 octobre 2013

Jean-Claude Michéa fusille la gauche


La déconstruction du néolibéralisme n’est pas le premier objectif de ce livre de Jean-Claude Michéa. La thèse principale est d’expliquer comment ce qu’on appelle la gauche est passée d’un idéal des Lumières au capitalisme absolu. Et sur ce sujet, il se fait saignant.



Le faux magistère moral de la gauche

A l’origine, cet essai est issu d’un dialogue avec Florian Gulli, militant du Front de Gauche surpris qu’il (Michéa) ne « convoque pas sous le signe exclusif de la gauche l’indignation grandissante des ‘gens ordinaires’ (Orwell) devant une société de plus en plus amorale, inégalitaire et aliénante » malgré « le discrédit aux yeux des catégories populaires (…) après trente années de ralliement inconditionnel au libéralisme économique et culturel ». Michéa réplique en dénonçant « l’utilisation des questions sociétales comme le masque politique privilégié sous lequel la gauche moderne entend désormais dissimuler sa conversion intégrale à l’économie de marché (comme si, en d’autres termes, la volonté d’abandonner ceux qui produisent la richesse collective au bon vouloir des prédateurs de la finance mondiale pouvait être ‘compensée’ par le fait qu’ils pourront, en échange, fumer librement du cannabis devant les portes de ‘Pôle Emploi’ » !

Il dénonce un culte aveuglant de la gauche pour le progrès et ce qui est grand (par opposition aux petits agriculteurs, aux petites entreprises, aux commerçants ou aux artisans). Provoquant, mais sans doute très juste, il pointe « qu’un militant de gauche est essentiellement reconnaissable, de nos jours, au fait qu’il lui est psychologiquement impossible d’admettre que, dans quelque domaine que ce soit, les choses aient pu aller mieux avant ». Il note un rejet des classes moyennes par la bourgeoisie de gauche, qui les considère comme conservatrices et réactionnaires. Il dénonce cette gauche qui ne fait plus attention « aux souffrances quotidiennes des gens ordinaires ». Pour lui, cela explique que « les classes moyennes se soient réfugiées sous l’aile protectrice de la droite conservatrice de l’époque ».

Il dénonce également « l’idéologie de la pure liberté qui égalise tout ». Pour lui, depuis 1815, « le nom de gauche n’a plus jamais cessé de couvrir, pour l’essentiel le simple refus philosophique (et psychologique) de toute tentation ‘conservatrice’ ou ‘réactionnaire’ ainsi que l’exhortation perpétuelle des individus et des peuples à faire table rase de leur encombrant passé (ou, à défaut, à ne pas devoir s’en souvenir que sur le mode religieux de la ‘repentance’) ».

Une trahison prévisible

dimanche 11 août 2013

En visant la 5ème République, le Front de Gauche se trompe de cible


Il faut sans doute y voir un reste de l’opposition originelle du PCF à la Cinquième République. C’est une marotte du Front de Gauche : pour changer de système, il faudrait passer à une 6ème République. Sur son blog, Clément Sénéchal affirme que « la 5ème République n’a jamais été ni républicaine ni compatible avec quelque visée socialiste que ce soit ». Une affirmation qui appelle réponse.



Un préalable nécessaire ?

Clément Sénéchal soutient qu’il est « illusoire » de coire qu’il n’y aurait « nul besoin en somme d’un changement de régime pour amorcer un virage social ». Nos institutions seraient « taillées pour maintenir en ordre un capitalisme autoritaire ». Cette vision des choses est totalement fausse. Passons sur l’incohérence qu’il y a à dénoncer dans la partie précédente la trop grande concentration des pouvoirs dans les mains du président de la République pour dire ensuite que nos institutions ne permettraient pas d’amorcer un virage social. A priori, c’est soit l’un, soit l’autre. Si le président de la République a beaucoup de pouvoirs, c’est justement pour pouvoir amorcer des changements importants.

D’ailleurs, l’histoire de la Cinquième République infirme complètement ce prétendu biais. Il n’y a pas besoin de remonter très loin pour le comprendre : en 1981, la France a connu un vrai coup de barre à gauche, qui démontre que nos institutions sont suffisamment plastiques (et neutres politiquement) pour permettre des changements importants dans la direction politique du pays. De même, quand Clément Sénéchal évoque le vote récent de l’ANI pour justfiier son point de vue, il fait un hors-sujet. Que je sache, l’ANI ne fait pas partie de la constitution. Le propre de bonnes institutions est justement de permettre des politiques très différentes, en fonction du souhait du peuple : c’est ce que permet la 5ème République. Il n’y a aucune démonstration solide du fait que nos Institutions freineraient le changement économique. Une autre preuve est que toutes les critiques que fait le FG du système économique actuel peuvent aussi s’appliquer aux autres pays européens, dont les institutions sont pourtant très différentes des nôtres. Le problème actuellement, c’est le système économique, pas nos institutions.

Un exécutif fort pour une démocratie forte

lundi 1 octobre 2012

Le vent de la révolte souffle contre l’Europe de la régression sociale


On ne mesure sans doute pas bien l’importance de la manifestation d’hier contre le TSCG, l’un des trois traités qui instaurent une camisole budgétaire pour les Etats. Par cette première manifestation d’opposition à cette Europe, le peuple français rejoint la Grèce, l’Espagne, le Portugal et l’Italie dans la contestation.

Les peuples européens se soulèvent

Jour après jour, mois après mois, la situation se tend en Europe. Les peuples se révoltent contre les politiques inhumaines menées par des gouvernements qui ne pensent qu’à sauver la délirante construction monétaire qu’est l’euro, fût-ce au prix de souffrances monstrueuses infligées à leurs citoyens. La révolte de la population peut aboutir à une solution démocratique. En Grèce, il s’en est fallu de peu pour que Syriza gagne les législatives de juin et suive la voie de l’Islande.


Au Portugal également la situation se déteriore. Samedi, plus de cent mille manifestants se sont rassemblés à Lisbonne pour protester contre la politique du gouvernement et les nouvelles mesures d’austérité à venir pour combler les déficits. La population avait déjà fait reculer le gouvernement qui souhaitait transférer un quart des cotisations patronales sur les cotisations salariales, pour baisser le coût du travail, ce qui aurait baissé le pouvoir d’achat de 7%, comme le rapporte The Economist.

L’impasse de l’austérité arrive en France