lundi 29 décembre 2014

Avec Podemos et Syriza, l’Europe va-t-elle suivre l’Amérique Latine ?


Aujourd’hui, les parlementaires grecs votent pour le 3ème tour de la présidentielle. Si le candidat du pouvoir ne recueille pas 180 voix, des élections législatives anticipées seront organisées, offrant une nouvelle opportunité à Syriza. Avec Podemos en Espagne, la gauche radicale a le vent en poupe en Europe.



Les dérapages du Monde

La couverture de la montée de la gauche radicale est extrêmement révélatrice du fond idéologique de ceux qui en parlent. Pour Le Monde « les mouvements d’extrême-gauche séduisent aussi des électeurs épuisés par une rigueur imposée ‘d’en haut’ depuis Bruxelles, et nostalgiques d’un Etat-providence généreux ». On ne peut sans doute pas faire plus déformé et donc révélateur dans le traitement de l’information. Le Monde alterne entre « gauche radicale » et extrême gauche, ce qui n’a pas le même sens. Puis, il parle de séduire, sous-entendant qu’il n’y a aucune démarche rationnelle dans le soutien à Syriza et Podemos, qui ne feraient que séduire et ne pourraient bien sûr pas convaincre les citoyens.

Passons également sur cette « nostalgie d’un Etat-providence généreux » si révélatrice d’une capitulation de cette gauche eurolibérale vis-à-vis des conquêtes que ces ancêtres ont défendues il y a des décennies. On y décèle également ce refus borné du débat qui consiste à dire que notre système de protection aurait forcément vécu, qu’il serait trop généreux et qu’in fine, il serait normal de le démanteler et que tous ceux qui le refusent seraient des nostalgiques archaïques. Ceci rejoint les déclarations de Jean-Claude Juncker et la visite de Pierre Moscovici à Athènes. Mais ces leçons suffisantes et superficielles pourraient finalement pousser les peuples européens plus encore dans les bras des alternatifs.

Une légitime révolte démocratique

Au final, la tournure des débats européens confirment ce sentiment que j’ai depuis quelques temps, à savoir que l’Europe finira par suivre l’Amérique Latine, Et la bonne nouvelle, c’est qu’elle semble se tourner vers des Lula et non des Chavez, car on ne décèle chez Syriza et Podemos qu’un véritable progressisme et en aucun cas les dérives autoritaristes de certains dirigeants de ce monde, rendant bien ridicule le qualificatif d’extrême-gauche utilisé par le Monde. Comme si refuser l’austérité (comme les « prix Nobel d’économie » Krugman et Stiglitz), vouloir réduire les inégalités ou remettre en cause l’UE étaient extrémistes ! Bien sûr, le Monde pointe le fait que Syriza veut renégocier la dette de la Grèce.

Mais il ne faut pas oublier que l’UE a déjà accepté deux fortes restructurations, que les niveaux actuels sont comparables à ceux qui avaient déclenché les premiers réaménagements. A moins que l’on pense que cela était des solutions extrémistes… Bref, ce que nous voyons sous nos yeux, avec Syriza et Podemos, c’est une réaction démocratique normale et bienvenue de citoyens qui pourraient bien renvoyer les deux grands partis qui ont été incapables de gérer leur pays (au point de laisser un quart de la population au chômage) et de donner les clés de leur destin collectif à de nouveaux venus qui, eux, se sont montrés capables d’exprimer leur révolte mais aussi de proposer une véritable alternative.

Merci aux Grecs et aux Espagnols de montrer qu’il y a une voie de sortie de cette impasse dans laquelle les dirigeants européens ont placé leurs pays. La solution, c’est le renvoi de ces partis décatis qui ne pensent plus, si ce n’est à leur ego et leur carrière, sans pour autant tomber dans l’extrémisme.

6 commentaires:

  1. En Europe du sud c'est la gauche radicale mais ailleurs comme en France ce sera, peut-être, la droite radicale comme le FN de Marine Le Pen tellement toutes les gauches sont incapables d'envisager une alternative sérieuse. En Suède la classe dirigeante s'est mise d'accord pour éviter des élections anticipées qui auraient vu la progression de l'extrême-droite. En Belgique une forte contestation sociale a dépassé les clivages traditionnels et un parti des travailleurs serait "en pointe". Rien de tel en vue en Italie dont la situation économique et financière est au point de rupture selon les analyses de Jacques Sapir.

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  2. Quand on voit le programme de Podemos, on se dit que les oligarchies euro-atlantistes ont encore de beaux jours devant elles. Cette impression ne peut être que renforcée par les récentes déclarations de Pablo Iglesias qui prend désormais sérieusement ses distances avec son modèle d'hier, le Venezuela.

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  3. Quoiqu'il se passe, même si Syriza obtient la majorité le 25 janvier et gouverne la Grèce, la narrative médiatique française n'en rendra jamais un compte-rendu impartial, et préférera montrer le déchaînement des marchés contre la Grèce, et imputer la baisse de la bourse et les attaques contre les dettes à cause de Syriza.

    Je suis comme vous Laurent, j'espère simplement que le peuple Grec pourra voter dans le cadre d'un débat digne de ce nom, et élire une représentation nationale déterminée à changer de cap.

    Un petit coup de pied de la fourmilière Euro-austéritaire est aujourd'hui le grand bienvenu.


    Olivier

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  4. @Laurent Pinsolle,
    en fait, le gros problème de Syriza et Podémos, c'est celui du Front de Gauche en France: convaincre les électeurs de la fin de l'austérité sans quitter l'UE ni l'euro-zone: plus démago tu meurs!
    Pour avoir milité un temps chez Mélenchon, je peux vous dire que tout cela ressemble à un attrape-couillon, car ces deux partis refusent l'essentiel: sortir de l'euro!
    Aucune des mesures qu'ils préconisent ne peuvent être appliquées sans violer les accords signés avec la Troïka; or, je parie ce qu'on voudra qu'arrivé au pouvoir, ou participant à de nouveaux gouvernements, ces deux partis finiront par plier car ils sont finalement pro-UE...

    CVT

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  5. Il paraitrait que la Grèce ne peut plus sortir de l’euro car elle est devenue trop dépendante des importations (voir article ci-dessous). Au vu des fermetures d’entreprises et de la hausse du chômage intervenus ces dernières pour rester dans l’euro, ce n’est sans doute pas faux. Il fallait sortir de l’euro au début de la crise en 2010, avant la saignée provoquée par l’austérité dans le cadre institutionnel de l’euro.

    http://www.atlantico.fr/decryptage/et-grece-faisait-exploser-europe-atlantico-business-jean-marc-sylvestre-1929220.html

    Même aujourd’hui dans une optique de long terme la sortie de l’euro, si elle était bien gérée, serait sans doute préférable contraiment à ce que prétend Jean-Marc Sylvestre.

    Saul

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  6. @ Anonymes

    On verra bien sur la France. Je crois que jamais la majorité de nos concitoyens ne voteront pour l’extrême droite.

    En même temps, le Vénézuela n’est pas un modèle en tout, loin de là…

    @ Olivier

    Bien d’accord sur le compte-rendu effarant du débat grec.

    @ CVT

    Syriza va tout de même loin sur la remise en cause des plans de la troïka et la restructuration de la dette. Je me demande si ce ne serait pas l’inverse qui arriverait : l’UE qui plierait…

    @ Saul

    En même temps, Jean-Marc Sylvestre… L’Argentine l’a géré, avec du protectionnisme

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