vendredi 27 février 2015

Mythes et mensonges autour des emplois vacants (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus


C’est une ritournelle dans la logorrhée des éditocrates néolibéraux : la France regorge d’emploi non pourvus ; ce sont les chômeurs – ces assistés – qui ne se donnent pas la peine de les prendre. La solution est évidemment alors toute faite : tailler dans les allocations chômage[i].

On pourra, certes, toujours trouver des sans emploi qui ne se soucient guère d’en trouver. Mais, même en les comptant comme part non négligeable, même en élargissant au maximum la part congrue de ceux qui se satisfont de quelques centaines d’euros par mois (y en a-t-il vraiment ?),  ce « parasitage » est loin, très loin, du vol organisé du bien commun au bénéfice d’une oligarchie (lire Ces parasites qui vivent aux crochets de l’Etat). Ironie de la chose, ces bien-pensants prompts à dégoupiller en direction du faible, fustigeant au passage « l’Etat-mama », savent pourtant très bien et très vite retrouver la tétée nourricière du contribuable (lire Médias & subventions publiques : ces assistés qui s’ignorent).  

La rigueur et l’objectivité intellectuelles ne sont certes pas les caractéristiques majeures ni des éditocrates de bazar, ni des politiciens opportunistes en manque de coups de com’. Car le simple mode de calcul des « emplois non pourvus » suffit à générer une présomption de biais idéologique. En effet, ce calcul s’appuie sur le nombre d’emplois déclarés non pourvus par Pôle Emploi puis, considérant que Pôle emploi recense un tiers des offres d’emploi, multiple ce chiffre par trois pour obtenir, in fine, le nombre total d’emplois non pourvus en France. Sauf que, et c’est un truisme pour qui s’intéresse un tant soit peu à la structure du marché de l’emploi en France, les offres d’emplois du Pôle sont, par nature, celles qui ont le plus de mal à trouver preneurs (sachant de plus qu’il peut y avoir des doublons, voire des triplons, entre les offres déposées à Pôle emploi et celles déposées sur d’autres canaux[ii]). En outre, quand on regarde le détail de ces offres, il y a de quoi rester songeur : « nettoyage industriel, 1 heure par semaine, 9,75 euros l’heure », « aide-ménagère, 2 heures par semaine, 11 euros l’heure »[iii]. Gageons effectivement qu’il y a de quoi jeter l’anathème au chômeur qui ne sautera pas sur de telles offres !

Par ailleurs, même si l’on admet le chiffre de 400 000 emplois vacants régulièrement affiché par le Medef, il suffit de le mettre en regard des 21 millions de déclarations préalables à l’embauche déposées par les employeurs en 2012[iv]. Cela signifie tout simplement que 98% des offres d’emplois trouvent preneur !

Autre fantasme néolibérale du même type : la fraude aux allocations chômage. Autre manque flagrant d’objectivité : en France, la fraude aux allocations chômage[v] est nettement inférieure au montant des droits non perçus[vi].

Dans l’esprit des éditocrates de bazar et autres idéologues, la « logique de marché » ne fonctionne finalement qu’à sens unique. Car, en toute cohérence, si l’on estime que des emplois ne trouvent pas preneur, c’est peut-être également que les employeurs ne consentent pas à appliquer aux salaires une « saine » loi de l’offre et de la demande et, par voie de conséquence, à hausser les rémunérations au niveau qui trouvera preneur. Mais allez donc, si l’on suit ce type de raisonnement, on finirait même par s’intéresser au faramineux coût du capital[vii], au point, peut-être, d’en mettre un peu sous cape au sujet du coût du travail. Gageons toutefois que les employeurs des médias à penser unique (et peu) n’apprécieraient guère ce genre de raisonnements, peu conformes par nature à leur intérêts individuels. L’intérêt individuel, ce moteur de la pensée néolibérale …




[i] L’essentiel des éléments relatés dans ce billet sont issus de l’article Chômage, le mythe des emplois vacants, Hadrien Clouet, Le Monde diplomatique, février 2015.
[ii] Ainsi si une annonce est déposée simultanément à Pôle emploi, dans une chambre d’intérim et à la chambre des métiers, cela représente statistiquement trois emplois vacants, pour, finalement, un seul emploi réellement crée sans qu’aucun chômeur n’ait refusé les deux autres !
[iii] Hadrien Clouet, ibid.
[iv] Id.
[v] 0,84% du total de la fraude sociale … la grande part de celle-ci étant majoritairement le fait des employeurs !
[vi] Lire Philippe Watrin, La Face cachée de la fraude sociale, Le Monde diplomatique, juillet 2013 ; Theux, L’envers de la « fraude sociale » (Philippe Warin), L’Espoir, 15/10/2013.
Dans le même temps, la moitié des ayants-droits au RSA ne le demande pas. Cf.  RSA: la moitié des ayants droit ne le demande pas, Huffingtonpost, 08-juil-13.
[vii] Coût du capital, la question qui change tout, Laurent Cordonnier, Le Monde diplomatique, juil-13 ; Un débat, vite, sur le coût du capital!, Marianne, 27-mars-14 ; Une Europe en pilotage automatique néo-libéral ?, Michel Santi, Marianne, 26-mars-14.                                   

9 commentaires:

  1. Merci de tordre le cou à un certain discours.

    Je fais remarquer aussi qu'un certain nombre d'offres du pôle emploi sont bidons, avec aucun rdv d'embauche. Il y'a par exemple celles qui ne servent qu'a tester le marché du travail, ou bien celles qui sont émises alors que le poste est deja pourvu par un étranger hors U.E mais il faut pour des raisons légales avoir emis une annonce. Et probablement d'autres cas.

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  2. Hadrien Clouet a eu bien du mérite de se coltiner les chiffres pour démontrer ce que la simple logique permettait de savoir depuis le début. Les chômeurs qui ne cherchent pas de travail sont un faux problème pour des raisons connues de tous mais taboues :

    1) Il est impossible que des emplois restent vacants parce que les chômeurs préféreraient rester dans l'assistanat, pour la raison que la moitié des chômeurs ne touchent aucune indemnisation, et que les moins de 25 ans n'ont droit à rien, même pas au RSA,

    2 ) Il est impossible que des emplois restent vacants parce que les chômeurs préféreraient rester dans l'assistanat, pour la raison que ceux qui peuvent prétendre à une indemnisation n'ont pas le droit de snober le travail sous peine d'être radiés au bout du 2ème refus d'emploi,

    (On objectera que cela n'arrive quasiment jamais. Évidemment c'est difficile de démasquer les chômeurs qui refuseraient du boulot sans jamais leur en proposer aucun parce qu'il n'y en a pas...La question n'est plus comment les démasquer, mais pourquoi)

    3) Les chômeurs dits découragés parce qu'ils ne cherchent pas ou plus de travail rendent service aux autres. Quand je me présente à un entretien de recrutement tous les candidats qui restent dans leurs lits me rendent service, et mon rêve serait d'être le seul à venir (mais cela n'arrive jamais)

    4 ) Si un éleveur n'a pas assez d'eau pour abreuver les bêtes qui réclament à boire, il serait fou de se venger sur celles qui ne réclament pas en leur jetant du sel sur la langue pour leur donner soif,

    5) Je ne vois pas ce qu'on aura gagné quand on aura obligé les 10 chômeurs qui ne se présentent pas à l'entretien à venir s'ajouter aux 50 qui viennent déjà (sans compter que le nombre de ceux qui sont admis à l'entretien est fixé à l'avance) On aura bien sûr une bagarre encore plus féroce et plus sale entre les candidats pour le poste, mais cela ne fera ni un chômeur en moins ni un emploi en plus.

    Et cela fait 40 ans que cela dure. Il y a un vrai problème de tabou.

    Ivan

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  3. " C’est une ritournelle dans la logorrhée des éditocrates néolibéraux : La France regorge d’emploi non pourvus." C'est très bien que vous écriviez, comme vous le faîtes, sur le sujet. Malheureusement, il n'y a pas de débat, de polémique, de discussion dans l'espace public, qui fasse comprendre à nos concitoyens qu'il va falloir changer de paradigme et, surtout, qu'il va falloir que nous nous réveillions et que nous prenions notre destin en main.

    La propagande est à l'œuvre quotidiennement à travers des messages comme celui-là :" les assistés sont des fainéants, qui profitent du système" ou comme celui-ci : "nous allons faire baisser le chômage".
    Les éléments de langage occupent tout l'espace de façon à ce que nul ne réagisse.

    Est-ce cela, la démocratie ?

    DemOs

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