« 1914-2014, l’Europe sortie de
l’histoire » est un livre majeur, absolument remarquable. Dans un
premier temps, l’auteur
démonte de manière implacable la fausse interprétation qui domine au sujet des
causes de la première guerre mondiale, tout en expliquant les raisons de cette
interprétation.
Aux
sources de la première guerre mondiale
La cause
communément admise est le nationalisme des nations européennes, mais, pour
Chevènement « ses causes
profondes sont plutôt à rechercher dans les contradictions de la première
mondialisation ». Il cite Tony Judt pour qui le XXème siècle glisse
« dans l’obscurité de la mémoire
approximative (pour devenir) un palais de la mémoire morale, un musée des
horreurs historiques pédagogiquement utiles (…) Le problème de cette
représentation lapidaire du siècle dernier comme un temps d’horreurs uniques
(…) est le message qu’elle charrie : que tout cela est désormais derrière
nous, que le sens en est clair et que nous pourrons maintenant avancer,
délestés des erreurs passées, dans une époque meilleure et différente ».
Pour l’auteur,
il y a une question de l’hegemon de la mondialisation. L’Angleterre déclassa
les Pays-Bas au XVIIème siècle, puis fut contestée par l’Espagne et la France.
Début du 20ème siècle, l’Allemagne contestait cette position comme
la Chine conteste aujourd’hui celle des Etats-Unis, dans un même contexte
de « retour à une forme de
capitalisme dur, essentiellement financier ». Il cite Suzanne Berger,
qui parle de la période avant 1914 comme de « la première mondialisation », sous l’égide de la
Grande-Bretagne, alors talonnée, voir dépassée par l’Allemagne, pendant que la
France décroche. De 1871 à 1914, la France est restée stable, à 40 millions
d’habitants, alors que l’Allemagne est passée de 40 à 65 millions. Mais notre
pays garde une forte puissance financière. Le partage colonial était achevé.
L’Allemagne,
responsable du déclenchement de la guerre