mardi 24 juin 2014

Alstom : la grosse arnaque de Montebourg et Hollande


Comme beaucoup, en apprenant la prise de participation de l’Etat dans Alstom, je me suis réjoui, imaginant que l’entreprise échappait au dépeçage. Mais la création de co-entreprise avec GE m’a rendu suspicieux et la lecture du détail de l’accord laisse apparaître une véritable embrouille.


Les arbustes qui cachent la forêt

Il faut dire que le traitement de l’information par une partie des médias est parfois bien superficiel. Bien sûr, l’Etat doit reprendre la participation de Bouygues et GE propose la formation de coentreprise à 50-50 dans les turbines nucléaires et les énergies renouvelables. Du coup, étant donné le succès de l’association de l’entreprise étasunienne avec Safran dans les moteurs d’avion et sa présence de longue date en France, l’accord peut sembler être un immense progrès par rapport aux plans initiaux, d’autant plus qu’il cède son activité de signalisation. Mais les péripéties de l’accord à trouver entre l’Etat et Bouygues pour le rachat de sa participation dans Alstom et les questionnements ridicules sur les moyens de l’Etat détournent le débat des vraies questions.

En effet, quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai découvert le détail de l’accord ! D’abord, il faut remettre à sa juste place la cession des activités de signalisation de GE, qui ne réalisent que 370 millions d’euros de chiffre d’affaire, à peine 6% de l’activité transport d’Alstom (5,9 milliards de CA). Ensuite, il faut bien noter qu’Alstom cède 50% de ses turbines à vapeur nucléaires, des réseaux électriques, de l’éolien en mer et de l’hydroélectricité (qui deviendront des co-entreprises). Pire, GE reprend 100% des turbines à gaz, des turbines à vapeur hors nucléaire (sauf en France) et même 100% de certaines énergies renouvelables (éolien terrestre, solaire et géothermie). D’où le fait que l’entreprise étasunienne débourse quand même 6,7 milliards.

La synthèse à la Hollande

Bref, même si le dépeçage ne va pas aussi loin que ce qui était envisagé originellement, il y a quand même dépeçage d’Alstom, dont l’activité énergie est charcutée et largement reprise par GE, même si l’Etat a pu assurer le maintien d’une participation à 50% dans quelques domaines et quelques protections techniques dans le nucléaire. Mais il est proprement effarant d’accepter de céder 100% des turbines à gaz étant donné le développement rapide de cette source d’énergie (d’ailleurs, significativement, Siemens était prêt à casser sa tirelire pour cette activité). Car même si le sort de l’entreprise est un peu plus enviable qu’originellement, il est difficile de ne pas y voir qu’une amélioration marginale. En réalité, en procédant de la sorte, Alstom renonce de facto à jouer un rôle dans l’énergie et y perd toute taille critique du fait de ces cessions.

Nous sommes loin, très loin du plan C évoqué par Arnaud Montebourg il y a quelques semaines, ce plan visant à créer un champion national dans l’énergie. Malheureusement, le gouvernement accepte un accord à peine moins mauvais que le plan initial quand on étudie les détails, où le diable se cache si souvent. Il est difficile de ne pas voir ici une synthèse à la Hollande, où, en cherchant à contenter tout le monde, il finit par y avoir un loup. La seule chose qu’a vraiment réussi le gouvernement, c’est sa communication : la complexité de l’accord fait que les éléments de progrès peuvent camoufler les éléments qui démontrent qu’en réalité, le gouvernement accepte un dépeçage d’Alstom, qui cède de facto la majeure partie de son activité énergie à GE.

Le diable est dans les détails. Bien sûr, il est positif que l’Etat n’hésite pas à prendre une participation dans Alstom, mais cette participation camoufle un démantèlement massif de la filière énergétique de notre pays et sa cession à GE. Et si l’accord est moins mauvais que prévu, ce n’est que marginal…

10 commentaires:

  1. Ceci dit, la plupart du temps qu'un gouvernement français met ses pattes dans une grosse boite de façon directe ou indirecte en parachutant un énarque, ça foire. GE s'est développé en gros conglomérat sans que les divers gouvernements US s'en mêle. Faut arrêter de pousser des oh et des ah à chaque fois que des achats de boites se font, c'est la dynamique normale de l'économie depuis au moins 2 siècle. Les boites françaises font tout autant des rachats à l'étranger.

    RépondreSupprimer
  2. Gilbert Perrin a partagé un statut.
    il y a environ une heure
    REFLEXION ?

    Pour qui MONTEBOURG nous prend il ????

    L'état aurait passé un accord avec BOUYGUES pour racheter ses actions mais aucun pris n'a été FIXE. Tenez vous bien ? l'accord dit : " quand le prix sera le plus favorable ?" mais quand le sera t'il en supposant que l'action s'envole ? ALORS quand le bouclage sera t'il réalisé ? Il nous prend vraiment pour des gugusses.....

    RépondreSupprimer
  3. L'Allemagne n'a pas de CIR et pourtant... #étatstratège :

    Pour la majorité des grands groupes, le CIR c’est du vol

    Comme nous l’avons montré (http://sncs.fr/spip.php?article3439), avec 1,42 %, la France n’est qu’en quinzième position quant à l’effort de R&D des entreprises par rapport au PIB.

    Du point de vue dynamique, depuis que le CIR a explosé en 2006, l’effort de R&D des entreprises versus le PIB a progressé de 0,09 points de PIB de 2006 à 2011.

    http://blog.educpros.fr/henriaudier/2014/06/22/meme-lu-e-emet-a-son-tour-de-serieux-doutes-quant-a-lutilite-du-cir/

    RépondreSupprimer
  4. Montebourg ferait mieux de s'occuper des technos émergentes au lieu de faire le pompier à la petite semaine :

    A propos de la faible utilisation de l'épargne française pour financer l'économie, Philippe Pouletty témoigne de son agacement :

    Je demande la même réforme depuis 10 ans : qu'une fraction des stocks des assurances vie, qui représentent 1500 milliards d'euros au total je crois, soit dirigée vers entreprises qui vont renouveler le tissu industriel. Les jeunes entreprises innovantes pourraient devenir très grosses très vite à condition qu'elles aient le carburant pour le faire. Il faut faire la typologie des entreprises susceptibles de se développer, celles qui fabriquent des produits à très forte valeur ajoutée car sans concurrence.

    http://www.latribune.fr/opinions/la-tribune-tv/20140624trib000836665/si-vous-dominez-les-brevets-vous-pouvez-dominer-le-marche-contre-des-gros-acteurs-pouletty-truffle-capital.html

    RépondreSupprimer
  5. Vous ne comprenez pas les enjeux energétiques, les turbines à gaz et autre éolien, c'est foutu. Il restera qq acteurs à terme dont GE. C'est un marché miniscule désormais. L'Etat a mis sous protection les activités nucléaires indépendance energetique oblige. Elles seront mariés à celle d'Areva à terme. Mon cher Laurent, les enjeux energétiques sont determinant aujourd'hui dans un contexte de peak oil et d'explosion de l'energie solaire. A terme ce sera la seule energie majeure avec un appoint en fonction de ses moyens (nuke en France, charbon+gaz en Allemagne

    RépondreSupprimer
  6. Anonyme24 juin 2014 19:49

    LP comme toute la classe politique française est resté bloqué aux années 60, toujours en retard d'une guerre, il conduit en regardant le rétroviseur, prêt à cramer du brouzouf pour les trucs en déclin au lieu de regarder ce qui émerge et permettre de les développer en France. Du coup, ce qui correspond aux multi-nationales juteuses de demain se barre ailleurs pour trouver du financement et s'y développer, y payer des taxes et des salaires. Quand DLR et les politocards français parlent d'état stratège, c'est la grande bouffonnerie.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai que les gens n'ont plus besoin d’électricité maintenant...

      Supprimer
  7. TeoNeo24 juin 2014 23:41

    Ils te l'ont coupé chez toi ?

    RépondreSupprimer
  8. « Sergent ! interroge Camember, et la terre du trou ? — Que vous êtes donc plus herméfitiquement bouché qu’une bouteille de limonade, sapeur ! Creusez un autre trou ! — C’est vrai ! » approuve Camember.

    RépondreSupprimer
  9. @ Anonymes

    Renault n’en a pas trop souffert… Et je suis contre le laisser-faire sur le rachat des entreprises françaises.

    D’accord sur le financement des entreprises technologiques innovantes.

    Pas du tout d’accord. Ces activités semblaient trop désirées par Siemens et GE pour ne pas être intéressantes. Et pourquoi laisser GE récupérer 50 à 100% de la partie énergie d’Alstom ?

    Il faut faire les deux : défendre nos industries actuelles et pousser les nouvelles.

    RépondreSupprimer