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jeudi 15 juin 2017

La crise du SME (système monétaire européen) ou la préfiguration de l’euro (billet invité)

Billet invité de l’œil de Brutus

Cette analyse est pour l’essentiel issue de la lecture Jean-Pierre Chevènement, Un Défi de civilisation, Fayard 2016, pages 90 à 105


Début 1982, alors que l’application de son programme politique génère de fortes tensions sur les marchés de change (notamment des spéculations contre le Franc et des fuites importantes de capitaux),  François Mitterrand se trouve face à dilemme : sortir du SME pour restaurer la compétitivité de l’économie française ou y rester pour préserver cet « acquis » européen.

jeudi 10 décembre 2015

Le FN, meilleur ennemi du PS

Déjà, dans les années 1980, François Mitterrand avait sciemment utilisé le FN pour affaiblir l’opposition de droite. Il semble que plus de 30 ans après, celui qui était son conseiller à l’Elysée ait bien retenu la leçon et l’applique consciencieusement, en vue de préparer les élections de 2017.



Billard à trois bandes politiques

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la majorité instrumentalise le FN. Avant même le premier tour, de manière totalement incongrue pour un parti qui a la majorité à l’Assemblée, le Premier ministre avait évoqué publiquement la possibilité d’un retrait ou d’une fusion des listes socialistes dans les régions où le parti de la famille Le Pen est le plus fort. De telles déclarations contribuent à polariser le débat autour du FN, et aussi à décourager les électeurs de son propre camp, qui savaient avant même le 6 décembre qu’ils pourraient ne pas avoir de bulletin socialiste à mettre dans l’urne au second tour. Bien sûr, on peut y voir un moyen pour mobiliser son électorat, en leur faisant miroiter les conséquences de leur absence de vote, mais on peut aussi y voir une volonté de pousser les scores du FN.

En effet, le PS peut voir un intérêt à ce que le FN soit très haut. D’abord, Hollande pourrait alors affronter Marine Le Pen en 2017 au second tour, une candidate plus facile à battre que ceux de droite. Ensuite, le fort score du FN pourrait pousser les Républicains à préférer le plus droitier Nicolas Sarkozy au plus modéré Alain Juppé, sans doute plus dangereux pour le président sortant. Ensuite, les résultats de dimanche dernier pourraient bien pousser les autres partis de gauche à s’allier plus tôt avec le PS plutôt que de prendre le risque de devoir choisir entre la droite et l’extrême-droite. Enfin, en sacrifiant des régions entières, le PS parvient à la fois à polariser le débat sur le FN tout en se positionnant comme son premier opposant, un autre outil pour marginaliser les Républicains dans le débat.

La machine politique infernale

dimanche 6 décembre 2015

Affaire Tapie : merci à la justice d’avoir fait son travail !




Le bluff de Tapie pleinement révélé

Ce qui est extrêmement important dans le jugement de jeudi, bien expliqué par le Monde, qui, curieusement, oublie complètement cet aspect des choses dans sa vidéo de synthèse de l’affaire, qui se concentre sur les aspects seulement judiciaires, c’est l’invalidation du prétexte de toute cette affaire, comme je l’avais soutenu dès le début. Au départ de cette saga interminable, la demande de l’homme d’affaires d’une compensation sur les profits réalisés par ceux qui lui avaient racheté Adidas en février 1993, qui avaient réalisé un grand profit en la revendant en novembre 1994. Bernard Tapie pouvait d’autant plus plaider l’escroquerie que sa banque, à qui il avait confié la vente de l’entreprise, faisait partie des acheteurs, ce que le fait de confier un mandat de vente ne devrait pas permettre, normalement.


A quand le procès de nos dirigeants ?

mercredi 29 avril 2015

Bernard Tapie, escroc bonimenteur et pleurnicheur

Dimanche, l’homme d’affaires (nom bien trouvé pour lui) s’est répandu sur Europe 1 pour continuer à essayer de se faire passer pour une victime, entre argumentation juridique bancale et sentimentalisme destiné à émouvoir dans les chaumières. Quelle fraude !



Vis ma vie, romancée

Bernard Tapie a souvent construit son parcours sur la victimisation. Ses péripéties judiciaires lui fournissent une occasion en or pour continuer de la sorte. Il aurait donc été arnaqué par sa banque, qui lui aurait racheté à vil prix Adidas, alors qu’elle n’en avait pas le droit (ce qui est juste), pour faire ensuite un gros bénéfice sur son dos. D’ailleurs, l’ancien patron du Crédit Lyonnais, Jean Peyrelevade, serait un « escroc ». Puis, il serait victime d’un règlement de compte politique par des juges sous influence qui voudraient sa peau. Mais même si quelques médias tendent parfois à accréditer cette version de l’histoire, une étude un peu approfondie des affaires Tapie condamne cette interprétation.

D’abord, il est tout de même paradoxal que Bernard Tapie s’en prenne à Jean Peyrelevade, alors que la vente d’Adidas a été conclue avant qu’il arrive au Crédit Lyonnais. L’ancien patron de la banque n’a fait que vendre une entreprise que son prédécesseur avait rachetée à son créditeur dans des conditions douteuses. Dans un entretien donné en 2013, il note qu’Adidas et Bernard Tapie étaient au bord du dépôt de bilan fin 1992, et que l’entreprise avait été sauvée par une injection d’argent de ses créditeurs, démontrant de facto que sa valeur d’alors n’était pas très grande. D’ailleurs, le prix de session d’Adidas était conforme aux souhaits de Bernard Tapie, qui s’en tirait par une opération blanche.

Une double affaire d’Etat ?

mercredi 15 avril 2015

Epilogue mitterrandien pour la crise de famille des Le Pen ?




De la crise familiale à la passation d’héritage

L’histoire qui s’écrit depuis quelques jours est probablement trop idéale pour être honnête. Le président d’honneur du Front National dérape quelques jours après les cantonales et juste avant une affaire. Ainsi, il ne prend pas le risque de mobiliser les électeurs qu’il effraie, tout en assurant un nuage de fumée médiatique suffisamment épais pour faire complètement oublier ce qui est peut-être le Bygmalion du parti familial… Marine Le Pen en profite pour marquer à nouveau sa différence, et ainsi continuer à creuser le sillon de la dédiabolisation, puisque presque tous les média dissertent longuement sur les différences entre père et fille, et donc la relative modération de la seconde.

Mieux, la réponse du père, qui « renonce » à se présenter en PACA, en transmettant la région à sa petite fille, parvient à l’exploit de lui offrir une porte de sortie plus qu’honorable, puisqu’il renonce de lui-même et qu’il adoube celle qui lui succèdera à la tête de son parti dans cette région, sa petite-fille. En renonçant à la région, il pourrait échapper à toute autre sanction, écrivant une conclusion en douceur pour un épisode qui a pourtant fait couler beaucoup d’encre. Marine Le Pen poursuit sa stratégie, qui sort renforcée de ce conflit ouvert avec son père, en marquant sa différence. Et son père ne fait que renoncer à une candidature dont il est tout sauf évident qu’il la souhaitait vraiment, à 86 ans.

Les Le Pen, héritiers de Mitterrand ?

Ce nouvel épisode dans les déchirements de la famille Le Pen en fait les dignes héritiers du manipulateur qui les avait propulsés sur le devant de la scène il y a plus de trente ans. Déjà, le fait que ces conflits ouverts semblent profiter au parti familial devrait pousser à la vigilance. Ne dit-on pas qu’il faut toujours chercher à qui profite le crime ? Le timing trop parfait est une autre raison pour se méfier. Comme par hasard, les dérapages du patriarche n’ont jamais lieu dans la dernière semaine d’une campagne, mais à des moments bien plus neutres politiquement. Et enfin, la scénographie de ces incidents semble trop parfaite pour ne pas donner au moins de doute sur la sincérité des esclandres.

Ce nouvel épisode atteint l’exploit de bien marquer la différence entre le père et la fille, qui n’avait jamais été aussi dure à son égard, tout en lui offrant une porte de sortie plus qu’honorable. Car il est tout sauf certain que sa non candidature, à 86 ans, soit une renonciation. On peut raisonnablement penser que Jean-Marie Le Pen n’avait plus l’envie, ou la force, de faire une telle campagne et il trouve le moyen de présenter cela comme prix payé à sa fille pour avoir dérapé, tout en adoubant sa petite-fille, gardant de la sorte le statut du faiseur de reines de son parti, du moment qu’elles sont de sa famille… Le maintien du père rassure les plus extrêmes et les modérés peuvent croire à la modération de la fille.

Un autre indice amène à douter de la sincérité de ces esclandres trop parfaitement chorégraphiés, c’est le fait que Marine Le Pen trouve le moyen de concilier comme architectes de son programme l’étatiste Florian Philippot et un économiste en chef, Bernard Monot, libertaire

mercredi 11 mars 2015

Le FN : le meilleur ennemi du PS

Manuel Valls a créé un sacré phénomène médiatique avec ses déclarations sur le Front National, contre lequel la France pourrait se fracasser. Un effarant retour dans le passé, où le parti lepéniste était déjà le meilleur allié de François Mitterrand pour déstabiliser le camp adverse…



Mitterrand 2.0 ?

Déjà, dans les années 1980, le Parti Socialiste avait largement utilisé le FN pour affaiblir l’opposition d’alors, en lui donnant un plus large accès aux médias, en introduisant la proportionnelle, et en jouant avec l’idée du droit de vote des étrangers… L’émergence du parti lepéniste a probablement joué un rôle dans la victoire de 1988. Une leçon sans doute retenue par François Hollande, conseiller à l’Elysée avant 1988, après l’échec de Lionel Jospin en 2002. On constate depuis quelques mois que la majorité joue ouvertement le jeu du FN en cherchant à réduire le débat politique à une alternative entre eux et le parti lepéniste, poussant Nicolas Sarkozy à parler, pour une fois pas totalement à tort, de FN-PS.

Car la saillie de Manuel Valls n’est qu’un élément dans une stratégie globale, comme le montre la sortie du président de la République disant qu’il souhaite arracher les électeurs au FN. L’autre élément de la stratégie de François Hollande pour 2017, c’est la droitisation de son discours économique, illustrée par l’utilisation du 49-3 sur la loi Macron. L’idée des apprentis-sorciers de l’Elysée est d’asphyxier une UMP déjà peu fringante avec son président qui préfère courir les conférences que la diriger. Trop modérée, l’UMP se distingue trop peu du gouvernement. Trop dure, elle créé un pont vers le FN pour ses électeurs. L’espace politique de l’UMP n’est-il pas singulièrement réduit dans le contexte actuel ?

Jouer avec le feu…

mardi 30 septembre 2014

Un pouvoir qui s’enfonce… Petit historique des présidents en difficulté (billet invité)


Billet invité du Blog Actualité

Bonjour à tous !

Sortons un peu de notre léthargie. La rentrée politique a eu lieu et elle ne fut pas de tout repos pour nos dirigeants politiques. Et pour la République aussi j’ai envie de dire. Seulement 13 pour cent des français ont confiance en François Hollande au point de vouloir le voir se représenter en 2017 et Manuel Valls et son gouvernement n’ont convaincu que 269 députés au vote de confiance hier. Le chef du gouvernement est à peine à 30 pour cent de confiance dans les sondages.


Avec ces chiffres éloquents mais peu glorieux, ce sont les fonctions même de l’exécutif de notre Vème République qui tremblent sur leurs bases. Or rappelons que la Vème République est justement censée reposer sur un exécutif fort. Comment un président de la République élu peu à ce point être remis en question ?

L’objectif de cet article n’est pas de critique le président, ni de le défendre. Il est de se demander si dans notre république vieille de 55 ans la situation s’est déjà présentée ? Poser la question c’est déjà y répondre me rétorquez-vous et c’est très juste. Néanmoins, on ne peut pas dire qu’aucun président n’a été épargné par des difficultés ou par une certaine impopularité. Voyons donc comment cela s’est passé pour les prédécesseurs de François Hollande et comment ils ont réussi (ou non) à s’en sortir…

Charles de Gaulle

dimanche 13 juillet 2014

Quinquennat et déliquescence de la Ve République (billet invité)


Billet invité de l’œil de Brutus.

M. Jean Massot publiait il y a peu une tribune sur le site du Monde pour défendre le système de mandat à 5 ans du président de la République (Le quinquennat n'a pas à être le bouc émissaire de la désaffection à l'égard du politique).


Il faut bien l’avouer : une bonne partie de ses arguments en eux-mêmes sont justes.
Ainsi, l’hyper-présidentialisation et la personnalisation du combat politique ne sont pas des tares spécifiques au quinquennat. La médiatisation et la « people-isation » du politique y sont bien plus pour quelque chose. De même, la bipolarisation politique de notre pays est bien antérieure à l’instauration du quinquennat.

dimanche 6 avril 2014

L’arnaque de l’Europe sociale du PS


Mercredi, j’ai participé à un débat sur la chaine du Parlement Européen. Un débat intéressant sur lequel je souhaite revenir étant donné que Catherine Trautmann n’a cessé d’évoquer les positions protectrices que prendrait son parti, renaissant le mythe d’une Europe sociale.


Le mythe de l’Europe sociale

C’est le très bon livre de Vincent Coussedière qui rappelle que François Mitterrand disait en 1971 que « s’il est interdit d’envisager une Europe socialiste à court terme, à partie d’une France socialiste, l’évolution s’accélérera ». Il est assez ironique de constater que 43 ans après, toute la campagne du Parti Socialiste pour les élections européennes pourrait être construite autour de ce postulat. Selon eux, l’Europe ne serait anti-sociale que parce qu’elle serait dirigée par une majorité de gouvernements de droite. Et si jamais les amis du PS devenaient majoritaires, alors le projet européen deviendrait enfin plus progressiste et protecteur pour les citoyens. On imagine déjà le slogan « Votez pour l’Europe sociale ».

Mais qui pourrait gober de telles énormités, infirmées par tout ce qui s’est passé depuis des décennies ? C’était la promesse du PS lors de la campagne pour le traité de Maastricht. Depuis, l’UE n’a cessé d’aller dans la mauvaise direction. A la fin des années 1990, les partis de gauche étaient largement majoritaires en Europe et les traités qu’ils ont ratifiés n’avaient rien de social, certains ayant pour objectif affiché d’envoyer nos services publics français à la décharge (comme le montre la récente remise en cause par la Cour de Justice Européenne du statut de la Poste et de la SNCF), au mépris des utilisateurs et de ses salariés. Et il faut bien reconnaître que le PS a accepté tous les traités qui ont permis un affaiblissement ou une déconstruction de nos acquis sociaux, de l’Acte Unique à Lisbonne…

Grosses ficelles de communication

samedi 5 avril 2014

Un gouvernement entre reniements et machiavélisme


La composition du gouvernement de Manuel Valls a quasiment unanimement déçu. Le peu de nouveautés, le rassemblement façon synthèse des courants du PS et un certain clanisme sont les reproches les plus courants, mais deux autres aspects peuvent également être critiqués.


Reniements et communication

Pas grand monde ne s’illusionne sur la promotion de Montebourg, qui co-dirigera Bercy avec Michel Sapin. C’est le second qui tiendra les cordons de la bourse, ce qui veut tout dire. Le candidat à la primaire qui dénonçait (et dénonce toujours) l’euro cher, partisan de la démondialisation, favorable à une politique de la demande et qui dénonce les politiques de l’austérité, reste sur un bateau qui fait l’exact inverse de tout ce qu’il prônait économiquement lors des primaires socialistes. Plus avocat que ministre, il se contente du magistère de la parole, sans avoir la moindre prise sur le cours des choses. Montebourg accepte de ne rien pouvoir faire contre l’euro cher ou les vagues de délocalisations, si ce n’est faire des déclarations qui lui assurent un petit moment de gloire, à défaut de changer quoique ce soit.

Comme je l’avais exprimé jeudi, il y a quelque chose de tragique à ce que Michel Sapin ait été nommé ministre du budget, lui qui a développé une communication audacieuse pour défendre le bilan du gouvernement en matière d’emplois, malgré la non atteinte des objectifs présidentiels. Il restera à jamais le ministre qui a vanté la baisse de la hausse du nombre de demandeurs d’emplois à défaut de parvenir à le faire baisser. Bruxelles doit rire jaune sachant que la France ne parvient pas à réduire son déficit budgétaire à la vitesse à laquelle elle s’était engagée. Nul doute que Michel Sapin pourra trouver une manière positive de présenter la non atteinte des objectifs de son ministère…

Machiavélisme mitterrandien

samedi 11 janvier 2014

La stratégie de François Hollande pour 2017


On sous-estime toujours François Hollande. Et pourtant, sa victoire aux primaires puis à la présidentielle indiquent qu’il ne doit pas être pris à la légère (DSK était loin d’être sûr de gagner). La fin de l’année 2013 laisse entrevoir la possible stratégie du président pour être réélu en 2017.



Virage à droite et anti-racisme surjoué

Le « hollandisme révolutionnaire » est sans doute bien mort et enterré. Je n’y avais jamais cru, et les vœux du 31 décembre 2013 ont confirmé l’orientation eurolibérale de la majorité actuelle, au grand dam d’une partie de la gauche, qui espérait encore. Mais quand on ajoute à cela l’agitation de Manuel Valls sur Dieudonné, se dessine en creux la stratégie de François Hollande pour essayer de l’emporter en 2017. Si je pense qu’elle va dans la mauvaise direction et la trouve politicienne, il faut néanmoins reconnaître qu’elle a une cohérence et que le président a désormais un cap politicien.

Les deux faces du hollandisme seraient donc l’eurolibéralisme (la combinaison d’un discours à dominante libérale, où le social est seulement une posture, et favorable à toute intégration européenne, fût-elle sous domination allemande, austéritaire ou néolibérale) et un anti-racisme surjoué, quitte à attiser les tensions de notre société. C’est sans doute pour cette raison que la majorité en fait des tonnes sur l’affaire Dieudonné, depuis des semaines et que la lutte contre le racisme a été donnée comme une priorité de l’année le 31 décembre, en oubliant paradoxalement la question de l’insécurité.

En fait, François Hollande cherche à réaliser une triangulation assez machiavélique. En assumant un cap politique eurolibéral, il met en difficulté l’UMP, comme le note Sarkofrance, coincée entre un demi-soutien (le « chiche » que tous ses dirigeants avaient à la bouche avant les vœux de Jean-François Copé) ou un cap plus libéral, que semble préparer ce dernier, qui pourrait placer le mouvement trop loin du centre de gravité politique du pays. Et l’hystérisation du débat sur l’anti-racisme, après celui sur le mariage, peut imposer à l’UMP de choisir entre la position du FN ou le soutien à celle de la majorité…

Quel destin : Mitterrand ou Jospin ?

mercredi 3 juillet 2013

Bernard Tapie, bonimenteur de la République


Lundi soir, France 2 a accordé à Bernard Tapie une très longue interview qui lui a permis de se défendre et de faire la promotion de son livre. Si David Pujadas a passé un sale moment face à un invité très offensif et se battant pour sa vie, ce dernier a multiplié les nuages de fumée pour se défendre.



Entre victimisation et argument d’autorité

L’ancien ministre de la République (merci François Mitterrand !) a livré un grand numéro d’acteur hier soir. Sa prestation, sans doute parfaitement calibrée à l’avance (comme en témoignaient ses notes) a balayé un David Pujadas un peu tendre pour un tel bateleur. Bernard Tapie a joué de toute la gamme des sentiments pour s’imposer. Il a pafaitement endossé le rôle du petit persécuté par les gros. Il a ainsi dénoncé les médias et « le déferlement inédit pour une affaire financière » et a confié en avoir souffert. Son jeu semblait sincère, mais on ne savait s’il se battait pour la justice ou pour ses intérêts.

Maîtrisant bien les rouages complexes de cette affaire, Bernard Tapie n’a pas hésité à utiliser l’argument de l’autorité pour nier ce que le journaliste de France 2 avançait, affirmant qu’il avait lu le dossier, mais pas les médias. Mais la défense de l’homme d’affaires n’était pas aussi solide que son assurance. En effet, très souvent, il ne répondait pas vraiment aux questions qui lui étaient posées, pour parfois inventer des critiques mal ficelées auxquelles il était facile de répondre. En fait, cette bouillie argumentative donnait l’impression de vouloir noyer le poisson (et les angles morts de sa défense).

C’est ainsi qu’il a déplacé le débat ses liens avec l’abitre Pierre Estoup en affirmant que la faute (bénigne) d’orthographe qu’il avait faite sur son nom montrait qu’il ne le connaissait pas mais en étant très embrouillé sur la question des numéros de téléphone. Sur le fait que sa fortune est aujourd’hui principalement hors de France, il a le culot de dire à la fois que cela ne gênerait pas sa récupération et que de toutes les façons, il s’engageait à tout restituer. Mais alors, pourquoi mettre 200 millions en Belgique, son yatch sur l’île de Man, son jet à Malte, et sa villa de Saint Tropez au Luxembourg ?

Une affaire de plus en plus trouble

samedi 26 janvier 2013

Tapie-Adidas : une affaire d’Etat qui n’en finit pas


Connaîtra-t-on un jour la vérité dans les affaires Tapie ? Difficile de le savoir. Cela fait 20 ans que le Crédit Lyonnais a racheté Adidas à l’homme d’affaires. Après une procédure judiciaire pleine de rebondissements et un arbitrage décidé par Christine Lagarde, de nouvelles perquisitions relancent l’affaire.

Soupçons sur la procédure d’arbitrage

En 2008, après une procédure judiciaire débutée en 1995, une cour arbitrale de la République conclut largement en faveur de l’homme d’affaire et lui permet d’encaisser plus de 400 millions d’euros, dont 40 au titre de dommages et intérêts. Très rapidement, le jugement et la procédure sont contestés. En effet, la procédure choisie favorisait clairement Bernard Tapie puisqu’elle permettait de mettre fin rapidement aux poursuites tout en ne permettant pas d’appel.

Néanmoins, beaucoup de soupçons pèsent sur cet arrangement. En effet, Bernard Tapie a soutenu Nicolas Sarkozy en 2007, en ayant des mots très durs contre Ségolène Royal. Le Monde évoque plusieurs entrevues entre les deux hommes dès le début 2007. Du coup, certains se demandent s’il n’y a pas eu un arrangement entre eux. En août 2011, une instruction a été ouverte par la Cour de Justice de la République pour « complicité de détournement de biens publics » et « complicité de faux » à l’égard de Christine Lagarde, qui avait accepté l’arbitrage privé et refusé tout recours.

Le procureur général accuse l’ancienne ministre d’avoir « constamment exercé ses pouvoirs ministériels pour aboutir à la solution favorable à Bernard Tapie ». En revanche, une note blanche, qui avait été remise à François Bayrou, accuse directement Jean-Louis Borloo (ancien avocat de l’homme d’affaire) et Nicolas Sarkozy qui auraient imposé la décision. C’est dans ce cadre là que se sont faites les perquisitions aux domiciles de Bernard Tapie et de l’ex directeur de cabinet de la ministre.

Une triple affaire d’Etat ?