mardi 30 septembre 2014

Un pouvoir qui s’enfonce… Petit historique des présidents en difficulté (billet invité)


Billet invité du Blog Actualité

Bonjour à tous !

Sortons un peu de notre léthargie. La rentrée politique a eu lieu et elle ne fut pas de tout repos pour nos dirigeants politiques. Et pour la République aussi j’ai envie de dire. Seulement 13 pour cent des français ont confiance en François Hollande au point de vouloir le voir se représenter en 2017 et Manuel Valls et son gouvernement n’ont convaincu que 269 députés au vote de confiance hier. Le chef du gouvernement est à peine à 30 pour cent de confiance dans les sondages.


Avec ces chiffres éloquents mais peu glorieux, ce sont les fonctions même de l’exécutif de notre Vème République qui tremblent sur leurs bases. Or rappelons que la Vème République est justement censée reposer sur un exécutif fort. Comment un président de la République élu peu à ce point être remis en question ?

L’objectif de cet article n’est pas de critique le président, ni de le défendre. Il est de se demander si dans notre république vieille de 55 ans la situation s’est déjà présentée ? Poser la question c’est déjà y répondre me rétorquez-vous et c’est très juste. Néanmoins, on ne peut pas dire qu’aucun président n’a été épargné par des difficultés ou par une certaine impopularité. Voyons donc comment cela s’est passé pour les prédécesseurs de François Hollande et comment ils ont réussi (ou non) à s’en sortir…

Charles de Gaulle

Si aujourd’hui Charles de Gaulle est évoqué pour avoir été un des grands présidents de la République Française, il faut néanmoins rappeler que lui aussi a eu des difficultés pendant son mandat. C’est même sous le premier président de la Vème République qu’il y a eu les plus grandes manifestations ayant jamais existé en France. Les événements de mai 1968, plus ou moins décriés ou mis en valeurs de nos jours, ont bel est bien déstabilisé le pouvoir à l’époque. Si les étudiants du Mouvement du 22 mars n’inquiétaient personne au début, ils ont vite toutefois semé un trouble très important (occupation de la faculté de Nanterre puis de la Sorbonne, affrontement avec la police…), emmenant progressivement avec eux ouvriers, enseignants et autres contestataires souhaitant profiter des manifestations pour entendre leur voix dans ce que Charles de Gaulle appela la « chienlit ». Au pire de la crise, 8 millions de manifestants paralysent le pays, des pénuries se font ressentir et malgré les accords de Grenelle du 27 mai 1968 (hausse des salaires et du SMIG), l’ordre peine à revenir. Le président de la République n’est alors même pas en France puisqu’il est à Baden-Baden. A-t-il renoncé ?

Et bien non car le 30 mai la majorité silencieuse se réveille et les gaullistes défilent en contre-manifestation. De Gaulle garde son premier ministre et dissout l’Assemblée Nationale. Mieux, il renforce sa majorité en réalisant un score très élevé aux législatives remportant 294 siège avec la seule UDR (394 en comptant les autres partis de la majorité).

Peut-on comparer les difficultés gaullistes avec les difficultés hollandistes ? Pas vraiment ? D’une part parce que les raisons du mécontentement de mai 1968 dépassent la personnalité du président de la République (contestation de l’impérialisme américaine, guerre froide, volonté d’ouverture morale…). De même la France n’était pas encore en difficulté économique à cette époque et se situait toujours dans les fameuses Trente Glorieuses. La personne du président fut bien moins touchée même si les gauchistes et le Parti Communiste Français avaient l’habitude de comparer l’homme du 18 juin à un dictateur ou un président autoritaire. Ensuite, l’action politique d’Hollande face à ses difficultés diffère beaucoup de celle de De Gaulle : il a plutôt cherché à changer de premier ministre plutôt que de rechercher une vraie adhésion populaire (qui lui serait sans doute fatale quand on voit les résultats des dernières élections).  

Valéry Giscard-d’Estaing

Si la situation économique sous Charles de Gaulle était difficilement comparable avec notre contexte actuel, elle l’est plus en revanche sous Valéry Giscard-d’Estaing. En effet, depuis ce temps, du pétrole a coulé sous les ponts. Le prix du baril a fortement augmenté lors des deux chocs pétroliers (1973 et 1979) mettant fin à ce qu’on appelle maintenant les Trente Glorieuses, et entraînant des déséquilibres économiques et budgétaires. Un plan d’austérité est d’ailleurs adopté en 1976. Et surtout le chômage augmente jusqu’à 13 pour cent en 1979 et l’inflation est à 14 pour cent. Et si cela n’a pas eu de conséquence électorale du fait d’une division de la gauche, la fin approche pour VGE même si les sondages en 1980 ne le laissent pas présager.

Seulement voilà, tout ne se passe finalement pas comme prévu. En effet, suite aux révélations dans Le Canard Enchaîné, l’affaire des diamants de Bokassa nuit au président et son image et c’est amplifié par les groupes d’extrême gauche, notamment autour de la figure de Julien Dray.

L’étincelle a mis le président sortant dans une position inconfortable beaucoup moins sereine que son adversaire François Mitterrand qui le qualifie « d’homme du passif ». Ce n’est pas l’attitude ambiguë de Chirac et du RPR qui vont l’aider à se faire réélire puisque son ancien premier ministre ne donne pas clairement son report de voix.

Le 10 mai 1981, la messe est dite : François Mitterrand est élu à 51,76 pour cent des suffrages.
C’est sur le fameux « au revoir » du 19 mai et sur son départ à pied de l’Elysée (sous les huées de quelques socialistes) que s’achève son mandat.

Si les points communs sont nombreux entre la situation qu’a connu Valéry Giscard d’Estaing et celle que connaît François Hollande (notamment concernant l’économie), il faut pointer le fait que cela a eu des conséquences bien moins néfaste sur la popularité du président qui fut en tête dans les sondages jusque peu avant les présidentielles, alors que François Hollande a déjà avant même la mi-mandat battu des records d’impopularité.

François Mitterrand

Conformément à l’espoir suscité lors de son élection à la présidence de la République le 10 mai 1981, les débuts du premier septennat de François Mitterrand se passe sous les meilleurs hospices. Les promesses de nationalisation, les hausses de salaire, la 5ème semaine de congés payés ou encore l’abolition de la peine de mort rendent le pouvoir très populaire.

Mais le retour de bâton se fait rapidement. Dès 1983, c’est le fameux tournant libéral qui intervient suite aux grandes difficultés : hausse du chômage et de l’inflation, déficit des comptes sociaux… A cela s’ajoute aussi la forte contestation contre la loi Savary qui s’attaque à l’enseignement privé et sur laquelle il fallut reculer ensuite.

Et si Laurent Fabius a remis la France dans une posture plus favorable, quelques épisodes lui nuisent (entre autres le Rainbow Warrior et la révolte du FLNKS) : la droite remporte les élections législatives de 1986 malgré le mode de scrutin proportionnel ayant permis au Front National d’avoir 35 élus au Palais Bourbon.

On pourrait croire que c’est reparti pour la Droite et que la parenthèse de 1981 s’est refermée. Mais les difficultés de la cohabitation retombent plus sur Jacques Chirac et sa politique libérale. François Mitterrand réussit la performance de se faire réélire en 1988 avec plus de 54 pour cent des suffrages exprimés. Son deuxième mandat, plus prudent et aussi ponctué d’une cohabitation, fera moins de vagues.

François Hollande peut-il rêver de faire le même coup que l’autre François ? Si les deux sont socialistes et ont connu des difficultés assez rapidement dans leurs mandats respectifs, il faut souligner quelques différences. D’abord la durée d’un mandat a changé, passant de 7 à 5 ans. Ensuite il faut dire que François Mitterrand a pu « passer son tour » pendant la cohabitation de 2 ans qui a permis aux français de déverser leur mécontentement sur l’autre tête de l’exécutif : le premier ministre. Il apparaît beaucoup moins probable qu’une cohabitation se fasse actuellement : elle serait plus un aveu de faiblesse qu’autre chose. 

Jacques Chirac

Après une troisième tentative, Jacques Chirac parvient enfin à s’installer à l’Elysée en 1995. Imposant aussi son style (suppression du service militaire par exemple), il nomme Alain Jupée comme premier ministre. Mais ce dernier accumule des bourdes (appartements à Paris) les échecs (sur la réforme des régimes spéciaux de retraites). Le pays est paralysé par les grèves en 1995 et en 1996. Pour tenter de sauver sa majorité à l’Assemblée Nationale, le président tente alors de dissoudre celle-ci suite aux conseils de Dominique de Villepin. C’est un cuisant échec qui acte la baisse de confiance des français à l’égard de Jacques Chirac puisqu’il perd alors sa majorité au profit de la gauche et d’une nouvelle cohabitation. Celle-ci n’aura qu’un impact neutre, les relations entre Chirac et Jospin devenant de plus en plus tendues à mesure que les élections de 2002 approchent.

La cohabitation n’a pas été très productive mais cela a permis au président d’être assez épargné par l’impopularité. Profitant aussi d’une gauche particulièrement divisée et du passage du Front National au second tour face à lui, il est très facilement réélu.

Si la réélection est suivi d’une confortable victoire aux législatives grâce à la dynamique du nouveau parti (l’UMP), le second mandat n’est pas glorieux. La situation économique a été pire mais malgré le passage à l’UE des 25, le peuple français rejette le projet de Constitution Européenne par référendum en 2005, un projet que le président avait clairement soutenu. De même, la jeunesse se fédère contre le Contrat Première Embauche voulu par le nouveau premier ministre : Dominique De Villepin. Il est sans doute temps de passer la main…

Là encore, on voit que Jacques Chirac a connu une certaine longévité grâce à la pause de la cohabitation. Le duel contre Jean Marie Le Pen en 2002 a aussi bien facilité les choses. François Hollande peut-il espérer un 21 avril à l’envers avec Marine Le Pen ? Difficile à dire : le retour de Nicolas Sarkozy, s’il est réussit, pourrait faire baisser le Front National. Il est encore trop tôt pour se prononcer…

Nicolas Sarkozy

Ambitieux, fin politique, Nicolas Sarkozy est élu en 2007 sans doute pour le volontarisme qu’il a su montrer pendant sa campagne. Cela lui vaut une certaine popularité en début de mandat, d’autant que les idées fortes sont appliquées, notamment celle du « travailler plus pour gagner plus ». Cependant, le style people de l’omniprésident agace rapidement une partie de plus en plus grande de l’opinion. Il atteint ainsi 70 pour cent d’impopularité en 2010. L’épisode du « Casse toi pov’con » n’arrangera rien à l’affaire. Aussi la crise économique de 2008, puis la crise de l’euro et ses différentes convulsions rendent la conjoncture très instable. Certaines réformes (retraites, bouclier fiscal) passent très mal. Le retour dans le commandement intégré de l’OTAN, très en rupture avec une certaine tradition gaullo-mitterrandienne, suscite de nombreux débats dans la classe politique. Des affaires (Kadhafi, Woerth…) entachent aussi son mandant. Son omniprésence dans la gestion des crises européennes ne rattrape pas sa popularité et l’opinion est lasse. Dès 2010 puis 2011, les sondages le donnent perdant face à Dominique Strauss-Kahn. Il se présente finalement le 15 février 2012 pour un nouveau mandat et malgré une stratégie de conquête de l’électorat frontiste (qui progresse), c’est François Hollande qui est élu président. On peut penser que le style de Nicolas Sarkozy a beaucoup joué dans son impopularité. C’est sans doute pour cela que son adversaire a plaidé pour la normalité…

Nicolas Sarkozy est sans doute celui qui a eu le plus de points communs avec François Hollande : des espoirs en début de mandat rapidement balayés par des affaires, des désillusions et une plus forte contestation encore sous François Hollande, cristallisée dans les Manif’ Pour Tous ou encore celle des Bonnets Rouges. Ce n’est pas forcément de bon augure pour notre actuel président quand on sait que les français se sont débarrassés du précédent. Toutefois, il faut noter aussi des différences, notamment celle du style. Si on critique Nicolas Sarkozy pour son omniprésence et son style bling-bling, notre actuel président est vu comme plus impuissant.

François Hollande peut-il échapper à ce qui semble être inévitable, à savoir une défaite en 2017 ? Pour cela il faudrait une inversion certaine des sondages en sa faveur.



Sur ce graphique on voit bien que les débuts mandats pour chaque président sont difficiles. La chute de leur popularité est plus ou moins spectaculaire, notamment pour nos trois derniers chefs d’Etat. Cependant on remarque pour François Mitterrand et Jacques Chirac, les dégâts furent limités, ce qui a permis la réélection. Mais pour nos deux derniers, le fait que le mandat ne soit plus de que 5 ans a pu jouer sur la difficulté à remonter à temps dans les sondages. Remarquons tout de même que la tâche sera ardue pour François Hollande, étant celui qui est tombé le plus bas et le plus tôt dans les sondages (20 pour cent avant même la mi-mandat).
Finalement, la plus simple façon de ne pas être battu serait peut-être de ne pas se présenter. Nous verrons cela dans les mois à venir… si la question se pose…


Sources :
-Histoire des Présidents. Hémeret. Georges et Janine. EDL
-Les Présidents de la République. Philippe Valode. First Editions.

8 commentaires:

  1. Gilbert Perrin
    À l’instant ·

    à propos des professions "protégées"

    Ne sont elles pas des professions "protégées", car la politique aujourd'hui est réellement devenue une profession !!!!

    les ministres,
    les parlementaires,
    les élus
    les fonctionnaires....

    la question est simple ? Pourquoi pas alignement PUBLIC/PRIVE ?

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  2. Avec Sarko de retour en 2017, voilà le programme :

    Lors de son discours à Lambersart, Nicolas Sarkozy n’a pas évoqué les paradis fiscaux, la fraude fiscale, l’évasion fiscale, les fortunes démesurées qui s’engraissent chaque jour un peu plus, une politique de restriction du pouvoir d’achat, non, il a désigné les coupables : les victimes de la crise, leur contestant le droit à un minimum vital.

    http://blogs.mediapart.fr/blog/yves-faucoup/280914/sarkozy-designe-les-coupables

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  3. Quelques chiffres :

    Les estimations officielles situent la fraude aux prestations sociales à 1 %. Pour ce qui est du RSA socle, cela correspond à une somme de 85 millions d’euros. Les dépenses dites sociales (retraite, maladie, chômage) s’élèvent à 640 milliards d’euros, soit une fraude de 0,013 %. En admettant un chiffre extravagant de 5 % de tricheurs au RSA, on arrive à 0,066 % des dépenses sociales. Pas de quoi prétendre que la crise financière et la crise de la dette publique seraient dues, comme certains hommes politiques de premier plan l’ont affirmé, aux abus de l’assistance. D’autant plus que le non-recours aux minima sociaux est 70 fois supérieur aux éventuels abus.

    http://blogs.mediapart.fr/blog/yves-faucoup/240914/propagande-efficace-contre-la-solidarite

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  4. Or sujet, mais à voir : http://blogs.mediapart.fr/blog/raoul-marc-jennar/240914/ceta-tafta-des-traites-jumeaux-pour-detruire-la-souverainete-des-peuples

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  5. Gilbert Perrin
    À l’instant ·

    Thierry LEBRETON :président de la république ?
    Gilbert Perrin

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  6. gilco5630 septembre 2014 10:30

    Gilbert Perrin
    À l’instant ·

    à propos des professions "protégées"

    Ne sont elles pas des professions "protégées", car la politique aujourd'hui est réellement devenue une profession !!!!

    les ministres,
    les parlementaires,
    les élus
    les fonctionnaires....

    la question est simple ? Pourquoi pas alignement PUBLIC/PRIVE ?


    J'AJOUTE : la presse et les médias .....G.P.

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  7. Gilbert Perrin
    À l’instant ·

    LA PLACE est BONNE ....

    - La campagne pour les présidentielles est déjà engagée. Elle n'aura lieu que dans 32 mois maintenant ????

    - Les candidats sont déjà sur la ligne de départ et FONT la UNE des MEDIAS, n'auraient ils rien à se mettre sous la dent pour tomber à pieds joints dans le panneau ??....

    - QUI PEUT croire, les candidats, sur uniquement un constat du passé, un peu du présent et RIEN de PROSPECTIVE pour l'avenir ?

    - Décidément, les politiciens, tous les politiciens ONT PERDU l'ORIENTATION du BON SENS pour établir des programmes cohérents et efficaces !!! Comment peut on les croire ??? Pour moi aucun n'est crédible à 32 mois de l'échéance, il faut attendre ce que demain sera ?

    PAR CONTRE, sur des sujets immédiats, des échéances proches, les départementales et les régionales, il n'y a plus de temps à perdre, or, ils sont tous muets !!!

    CEPENDANT, nous avons besoin de connaitre avec précision leurs propositions sur le dégraissage du mille feuilles, nous sommes dans le vague, nous ne savons pas combien de mandats d'élus seront supprimés, combien d'emplois de fonctionnaires seront supprimés, quelle sera la structure proposée ? qui fera quoi ? etc...etc....

    Les intérêts des élus sont tels, que je vous le donne en mille, vous n'aurez aucune proposition précise, chiffrée (d'économie en rapport avec notre situation financière). Pourquoi ? à cause de leur système de protection et de solidarité. le SYSTEME !!!!

    C'est pourquoi, j'ai déjà suggéré que des candidatures en dehors des partis politiques sont souhaitables, même indispensables, dans l'immédiat pour les élections territoriales à venir, Candidatures de gens pragmatiques, indépendants et patriotes, soucieux de la sauvegarde d'une république UNE et INDIVISIBLE, dans la justice et l'égalité de tous les travailleurs PUBLIC ou PRIVE. et CONTRE le communautarisme, pour le protectionisme et la proportionnelle intégrale afin de rétablir démocratie et UNITE dans ce pays.

    Gilbert Perrin

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  8. Nous sommes artisans, fabricants et installateurs, spécialisés dans la pose en vitrerie et en miroiterie.

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