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samedi 28 novembre 2015

La Belgique, dure avec Dieudonné, tendre avec les djihadistes ?




Laisser faire les islamistes radicalisés

Il faut reconnaître qu’il semble que les révélations du rôle joué par le pays dans l’organisation des attentats ont provoqué une remise en question, illustrée par les trois reportages diffusés cette semaine sur la RTBF, un sur le parcours de deux terroristes, un autre sur la tristement célèbre ville de Molenbeek, puis un autre sur les parents de djihadistes belges. D’ailleurs, la presse internationale a accordé une forte attention à la situation de ce pays, au cœur de l’Union Européenne, comme le rappelle Courrier International. Le journal se demande même si le pays n’est pas « devenu un sanctuaire » rappelant que le phénomène est ancien et que l’on trouve des premiers signes il y a 20 ans. Pire, la presse espagnole souligne qu’un organisateur des attentats de Madrid en 2004, avait séjourné à Molenbeek.

Même si elles ne justifient en aucun cas les actes barbares des terrorstes, on évoque beaucoup de facteurs qui ont créé un terreau propice au développement de ces mauvaises herbes empoisonnés : ghettoïsation, chômage, communautarisme sans doute d’autant plus exacerbé que le pays vascille, ce qui est peu propice à un sentiment national fort. Ensuite, la suppression des frontières place la Belgique dans une position très stratégique puisque le pays peut être traversé en peu de temps, et il est possible de passer rapidement de pays en pays pour brouiller les pistes, tout en étant proche de grands pays. Il faut aussi se poser la question des islamistes radicalisés, de ce qu’on laisse faire et qui les pousse dans ce sens, et de ce qu’il faut faire pour en protéger la population, sans tomber dans l’excès.

Mais emprisonner un antisémite ?

mardi 3 juin 2014

Le discours néoraciste (billet invité)

Billet invité de Joël Halpern, que vous pouvez retrouver sur son blog




Dans notre précédent article, nous montrions que la formation de communautés antagoniques, la marche au conflit ethnique, sont contenues dans les propriétés de la présente crise économique et sociale. Les conditions sont favorables à la double spirale du repli communautariste, de la stigmatisation et de la discrimination. Elle inspire et se nourrit d’un discours politique qui fournit ses concepts et sa légitimité aux communautarismes montants.

La vie sociale produit spontanément des frustrations, sentiments, formules qui restent confuses tant qu’elles ne circulent que dans les rapports privés. C’est leur énonciation par un discours structuré, légitimé par la représentativité prêtée aux porte-paroles, qui en assure la convergence et la force d’agrégation. Une configuration donnée ne permet pas n’importe quelle représentation, mais elle est susceptible d’interprétations contraires pour donner un sens au désordre initial des expériences. Comme le dit l’antisémite Gilad Altzmon : « Dieudonné est un artiste, son rôle est de refaçonner et de réviser notre vision du monde ».

Dans la lutte pour la définition d’une représentation légitime de la société, les discours politiques s’organisent, avec une efficacité variable, autour de stratégies de conquête d’une hégémonie culturelle. Faire de l’ « intégration » de certaines populations, de l’immigration ou de l’identité des thèmes dominants du débat politique et intellectuel est d’ors et déjà un succès considérable pour les entrepreneurs politiques communautaristes de tous bords. Leurs discours, revendications, programmes, sont ajustés aux catégories dominantes de l’entendement ; alors que les politiques contraires doivent au préalable franchir l’obstacle considérable de la critique épistémologique avant d’attirer l’attention, pour ne pas parler de l’adhésion.


dimanche 19 janvier 2014

De l’affaire Dieudonné, de la liberté d’expression et de la censure


Le flot de l’actualité a (heureusement) fini par reléguer les spectacles de Dieudonné au second plan. Sans doute le bon moment pour se poser des questions sur le tourbillon politico-judiciaire qui a interdit plusieurs représentations du polémiste, contraint d’ajuster son spectacle.



Le retour de la censure ?

C’est la question qui peut en effet se poser au sujet de l’interdiction du spectacle de Dieudonné. Comme le soulignent de nombreux opposants au polémiste, comme Edwy Plenel, Maître Eolas ou Daniel Salvatore Schiffer sur Marianne, il ne fallait sans doute pas interdire les représentations, même si elles contenaient des remarques ouvertement antisémites. Ces dernières devaient être sanctionnées par la justice, selon les lois de la République, qui ont déjà sévi plusieurs fois à l’égard du récidiviste Dieudonné. Comme je l’avais souligné dans mon premier papier sur le sujet, la circulaire du ministre de l’intérieur ressemble beaucoup à une loi d’exception, qui rappelle clairement les temps de la censure.

Daniel Salvatore Schiffer démonte l’argumentation du ministre en soulignant qu’il n’y avait pas vraiment de danger pour l’ordre public. Et à partir de ce moment là, si on se base sur le respect de la dignité humaine, il est tout de même inquiétant de constater que le gouvernement fait pression sur la justice (malmenant la séparation des pouvoirs) pour interdire a priori à un polémiste de prononcer des paroles qui ne respectent pas la dignité humaine. Il s’agit d’un précédent délicat car on voit bien la mauvaise pente que cela peut faire prendre, à savoir une véritable censure. C’est une chose de sanctionner des propos qui contreviennent à la loi, c’en est une autre d’empêcher de les prononcer a priori.

Une manœuvre politicienne

dimanche 12 janvier 2014

Des anti-systèmes et de leurs critiques


La polémique sur les représentations de Dieudonné s’est terminée par une victoire à la Pyrrhus de Manuel Valls, avec la décision du Conseil d’Etat et l’impression d’une censure excessive, malgré la toxicité des propos du polémiste. Au final, dans ce débat, beaucoup semblent raccrocher leur cerveau.

Ennemis publics : quand la presse dérape


Contrairement à Politis, qui garde la raison, Le Nouvel Obs vient de faire une couverture absolument ridicule mettant sur le même plan Soral, Dieudonnée et… Zemmour ! Pour une fois, je suis d’accord avec Elisabeth Lévy, de Causeur, qui propose, dans un papier mesuré et bien argumenté : « fini de rire, si on pensait ». Il est absurde et même dangereux de mettre Zemmour sur le même plan que les deux autres. Si le journaliste de RTL a des idées très conservatrices, il ne verse pas dans l’antisémitisme ou la xénophobie. En assimilant droite conservatrice et extrême, le Nouvel Obs banalise (malgré lui ?) les extrêmes. Il est pourtant essentiel de bien les distinguer pour se protéger des extrêmes.


C’est un peu la suite logique du dossier du Point sur les « néo-cons », qui mélangeait, dans un gloubi-boulga indigeste, Chevènement, Le Pen, Montebourg, Guaino ou Rioufol. Le procédé est doublement malhonnête. Tout d’abord, le Point a repris un terme qui désignait un autre courant politique, celui des néoconservateurs étasuniens, personnifiés par Georges Bush ou Dick Cheney et leur vision impérialiste et interventionniste des Etats-Unis dans le monde… à laquelle une partie de ces « néocons » à la française s’étaient opposés ! En outre, si un rejet de la mondialisation et de l’Union Européenne les rassemble, il faut noter que Guaino et Montebourg servent des personnes qui ont construit cette Europe !

On retrouve beaucoup d’excès aujourd’hui avec le traitement de l’affaire Dieudonné. On peut, comme Jack Dion dans Marianne, suspecter que la vendetta de Manuel Valls avait une arrière-pensée politicienne. Bien sûr, il a gagné mais on peut juger que sa victoire est une victoire à la Pyrrhus, qu’il a fait une une publicité terrible à Dieudonné, que ce dernier est renforcé dans sa posture victimaire d’autant plus qu’il a fallu que le Conseil d’Etat casse une autre décision de justice, sur des motifs qui peuvent sembler exagérés. Il vallait sans doute mieux le laisser faire ses représentations, (et le sanctionner en cas de propos répréhensibles). Sur ce sujet, on peut lire le très bon papier de Maître Eolas.

Les délires de certains critiques du système

samedi 11 janvier 2014

La stratégie de François Hollande pour 2017


On sous-estime toujours François Hollande. Et pourtant, sa victoire aux primaires puis à la présidentielle indiquent qu’il ne doit pas être pris à la légère (DSK était loin d’être sûr de gagner). La fin de l’année 2013 laisse entrevoir la possible stratégie du président pour être réélu en 2017.



Virage à droite et anti-racisme surjoué

Le « hollandisme révolutionnaire » est sans doute bien mort et enterré. Je n’y avais jamais cru, et les vœux du 31 décembre 2013 ont confirmé l’orientation eurolibérale de la majorité actuelle, au grand dam d’une partie de la gauche, qui espérait encore. Mais quand on ajoute à cela l’agitation de Manuel Valls sur Dieudonné, se dessine en creux la stratégie de François Hollande pour essayer de l’emporter en 2017. Si je pense qu’elle va dans la mauvaise direction et la trouve politicienne, il faut néanmoins reconnaître qu’elle a une cohérence et que le président a désormais un cap politicien.

Les deux faces du hollandisme seraient donc l’eurolibéralisme (la combinaison d’un discours à dominante libérale, où le social est seulement une posture, et favorable à toute intégration européenne, fût-elle sous domination allemande, austéritaire ou néolibérale) et un anti-racisme surjoué, quitte à attiser les tensions de notre société. C’est sans doute pour cette raison que la majorité en fait des tonnes sur l’affaire Dieudonné, depuis des semaines et que la lutte contre le racisme a été donnée comme une priorité de l’année le 31 décembre, en oubliant paradoxalement la question de l’insécurité.

En fait, François Hollande cherche à réaliser une triangulation assez machiavélique. En assumant un cap politique eurolibéral, il met en difficulté l’UMP, comme le note Sarkofrance, coincée entre un demi-soutien (le « chiche » que tous ses dirigeants avaient à la bouche avant les vœux de Jean-François Copé) ou un cap plus libéral, que semble préparer ce dernier, qui pourrait placer le mouvement trop loin du centre de gravité politique du pays. Et l’hystérisation du débat sur l’anti-racisme, après celui sur le mariage, peut imposer à l’UMP de choisir entre la position du FN ou le soutien à celle de la majorité…

Quel destin : Mitterrand ou Jospin ?

jeudi 9 janvier 2014

De Dieudonné, de Manuel Valls et de la liberté d’expression


Depuis que la polémique a éclaté, je ne souhaitais pas parler de Dieudonné car en parler revient aussi à lui faire de la publicité. Mais au point atteint aujourd’hui, j’ai l’impression que cela a moins d’importance et que ne pas prendre position peut ne pas être compris. C’est donc ce que je fais aujourd’hui.



L’antisémitisme version 2014

Si j’ai tenu des propos assez durs contre l’Etat d’Israël (que je maintiens), en revanche, je condamne toute forme de racisme et donc l’antisémitisme. Même s’il soutient le contraire, Dieudonné tombe clairement dans l’antisémitisme, ce que montrent ce papier du Monde rapportant des propos tenus dans son spectacle « Moi, niveau président, je me suis arrêté à Pétain, je l’aimais bien, au moins il voyait où ça foire (…) Quand je l’entends parler, Patrick Cohen, je me dis, tu vois, les chambres à gaz… », sa chanson Shoananas, chantée avec un écrivain révisionniste, ou encore ses nombreuses condamnations.

Le blogueur Descartes a fait un papier intéressant qui dissèque pourquoi le cas Dieudonné a sans doute pris une telle ampleur médiatique. Il a bien raison de pointer la paranoïa qui peut pousser les hommes à de tels extrêmes. Le succès de Dieudonné a des raisons complexes. Outre un certain talent, le concert des critiques d’une élite trop souvent bien pensante peut le renforcer en le plaçant dans une posture victimaire et en justifiant a posteriori son positionnement anti-système (tout en utilisant toutes les ficelles de ce système pour gagner beaucoup d’argent et échapper au fisc, d’une manière très libertaire).

Son habileté consiste à mélanger anti-système et antisémitisme, comme avec la fameuse quenelle, dont on ne m’ôtera pas de l’idée qu’elle comprend une référence implicite et donc extrêmement choquante au salut nazi, même si tous ceux qui la font sont loin d’être néo-nazis. Enfin, pour reprendre l’analyse de Galaad Wilgos sur son blog, on peut aussi y voir le fruit de la désertion idéologique d’une grande partie de la gauche devant la question de la montée des inégalités ou de l’insécurité culturelle face à une extrême-droite polymorphe et opportuniste, qui n’hésite pas à recylcer ses références.

Arrières pensées politiques