Billet invité de Joël
Halpern, que vous
pouvez retrouver sur son blog
Dans notre
précédent article, nous montrions que la formation de communautés
antagoniques, la marche au conflit ethnique, sont contenues dans les propriétés
de la présente crise économique et sociale. Les conditions sont favorables à la
double spirale du repli communautariste, de la stigmatisation et de la
discrimination. Elle inspire et se nourrit d’un discours politique qui fournit
ses concepts et sa légitimité aux communautarismes montants.
La vie sociale produit spontanément des frustrations, sentiments, formules qui restent confuses tant qu’elles ne circulent que dans les rapports privés. C’est leur énonciation par un discours structuré, légitimé par la représentativité prêtée aux porte-paroles, qui en assure la convergence et la force d’agrégation. Une configuration donnée ne permet pas n’importe quelle représentation, mais elle est susceptible d’interprétations contraires pour donner un sens au désordre initial des expériences. Comme le dit l’antisémite Gilad Altzmon : « Dieudonné est un artiste, son rôle est de refaçonner et de réviser notre vision du monde ».
Dans la lutte pour la définition d’une représentation
légitime de la société, les discours politiques s’organisent, avec une
efficacité variable, autour de stratégies de conquête d’une hégémonie
culturelle. Faire de l’ « intégration » de certaines
populations, de l’immigration ou de l’identité des thèmes dominants du débat
politique et intellectuel est d’ors et déjà un succès considérable pour les
entrepreneurs politiques communautaristes de tous bords. Leurs discours,
revendications, programmes, sont ajustés aux catégories dominantes de
l’entendement ; alors que les politiques contraires doivent au préalable
franchir l’obstacle considérable de la critique épistémologique avant d’attirer
l’attention, pour ne pas parler de l’adhésion.
