vendredi 26 avril 2013

Chômage : le Munich socialiste


Hier, le nombre officiel de chômeurs a battu le sinistre record de 1997 avec une nouvelle progression du nombre de demandeurs d’emplois de 36 900 en catégorie A et 34 400 en catégorie B et C. De manière stupéfiante, les socialistes continuent de faire le dos rond et d’amuser la galerie avec des mesurettes.



Quand les socialistes virent antisociaux

Frédéric Lordon a bien raison de dire que le Parti « Socialiste » est devenu la droite complexée, les collabos du capital. Il y a quand même quelque chose d’hallucinant à voir ceux que l’on positionne sur la gauche de l’échiquier politique, et donc sensés avoir un minimum d’intérêt pour les questions sociales, à assister sans broncher à une telle progression du chômage, si ce n’est en brandissant une « boîte à outil » totalement dérisoire et sans effet sur le développement de ce cancer de la société.

Le PS a choisi l’UE, les banques et l’austérité contre les peuples. Ce que des libéraux humanistes comme Maurice Allais ou Jean-Luc Gréau ont bien identifié comme la priorité des politiques économiques, ne semble guère importer pour un parti, qui, de toutes les façons, a théorisé l’abandon pur et simple des des classes populaires au FN pour les bénéficaires de la mondialisation. Les ouvriers de Florange ont bien eu raison de déposer une stèle en mémoire de la trahison du président.

Ce gouvernement ne fait presque rien pour l’emploi. Les nouveaux contrats aidés sont un gros échec et ne sont que des pis-aller pour limiter la hausse du chômage. L’efficacité du pseudo-plan de croissance européen se mesure aux chiffres de la croissance en  Europe. Le crédit d’impôt est une mesure dérisoire quand on peut trouver en Europe des pays où le coût du travail est 90% plus bas qu’en France, outre que son effet peut être annulé à tout moment par une appréciation de l’euro.

L’oubli des leçons de l’histoire

Il est profondément révoltant de voir que l’ensemble du continent (ou presque) s’enfonce dans une telle dépression, qui envoie des millions de personnes au chômage. C’est ainsi que le taux de chômage a atteint 27% en Espagne, plus de 6 millions de personnes, un niveau comparable à l’Allemagne du début des années 1930. Pourtant, les gouvernements continuent à mener des politiques austéritaires qui ne font que faire empirer le mal tout en ayant un effet nul sur la situation financière.

Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir les moyens de lutter contre ce fléau. Par-delà l’exemple du Japon qui montre qu’à tout moment, même un Etat très endetté et en déficit, peut, en monétisant, choisir de relancer son économie, cette Europe nous a montré qu’elle pouvait trouver de l’argent pour sauver les banques, quand, en décembre 2011 et en mars 2012, elle a créé la bagatelle de 1000 milliards d’euros à leur seul usage et sans contrepartie. Pourquoi ne fait-on pas de même pour l’emploi ?



Bien sûr, les traités l’interdisent. Mais ne serait-il pas temps de briser ces chaines de papier pour venir en aide à ceux qui en ont besoin ? Philippe Séguin disait en 1993 que « la préoccupation de l’emploi demeure seconde dans les choix qui sont effectués, reléguée qu’elle est après la défense de la monnaie, la réduction des déficits publics, le productivisme ou la promotion du libre-échange. En réalité, je pèse mes mots, nous vivons depuis trop longtemps un véritable Munich social ». Il est sidérant que PS comme UMP n’ait pas progressé d’un iota sur cette question depuis 20 ans.

L’abandon des chômeurs est le signe de la démission intellectuelle du PS. On ne peut pas se dire socialiste et se contenter de mesurettes indigentes uniquement destinées à donner le change et indiquer que l’on fait quelque chose même si cela est dérisoire. Pour cette raison, il mérite le destin du PASOK.

20 commentaires:

  1. Bilan accablant mais pertinent comme toujours. Il est clair que les socialistes ont fait le choix de l'Europe et des marchés depuis 83-85, et accepté (peut être non consciemment au début) de sacrifier la lutte contre le chômage.
    Pour positiver un peu, je signale juste un article intéressant du Blogdenico , qui fait la même analyse que vous sur Hollande, mais tente de voir des motifs d'espoir de changement dans quelques évènements du début d'année : contrôle des capitaux à Chypre, limitation des revenus en Suisse, protectionnisme dans le solaire, rejet de la Troïka en Italie ou au Portugal, etc.. Il appelle aussi à un nouveau CNR autour de Montebourg-Mélenchon-Dupont Aignan en cas de vrai tournant de politique éco, et je me demandais ce que vous en pensiez.

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  2. Pourquoi ne fait-on pas de même pour l'emploi ? Pour maintenir un rapport de force favorable au travail. Alors que le rapport de force logique et naturel est bien sûr inverse. Car c'est bien le travail qui crée le capital, et non l'inverse. C'est l'éternel combat de la droite : faire en sorte que le capital échappe à son statut inférieur. A long terme, ça ne marchera jamais (démonstration faite par Hegel puis Marx). A court terme, il y a des sociaux-traîtres pour faire le sale boulot. Mais en effet leur destin est de finir dans les poubelles de l'histoire.

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  3. Je me pose en faux de vos affirmations. Le PS a voté des lois importantes sur le mariage, le travail, les retraites, les banques. Avec des sujets de cette importante, qu'est-ce qu'il peut avoir à f... des chômeurs ?

    Mieux, les chômeurs fournissent des gens immédiatement utilisables, mettent la pression vers le bas pour les salaires, assurent que la gestion d'entreprise par le stress continue, justifient des coupes dans tous les budgets sociaux et des baisses d'impôts (pour la relance de la bourse). C'est du tout bon ça.

    Hou le vilain populiste que voilà !

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    1. Alors, Bernard, c'est pas parce que t'es la première fortune de France que tu dois te permettre d'écrire des choses comme ça ! Un peu de respect. Même tes amis, Buffett (pas Marie-Georges, hein) et Gates, ils n'oseraient pas écrire des trucs pareils. Les penser peut-être, mais les écrire certainement pas ! T'es pas politicaly correct.

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  4. @Laurent Pinsolle,

    juste une question: allez-vous participer à la prochaine manif du 5 mai prochain pour un changement de république? Ce serait l'occasion de discuter avec Mélenchon, Montebourg et cie... Pour ma part, je trouve que cette lubie de la 6è République est une vaste fumisterie tant que le peuple n'est plus souverain...
    Je fais partie des gens désespérés, car même si je ne me faisais pas d'illusions sur les résultats de la politique de Hollande, j'avais espéré qu'il instaurerait avec les Allemands un vrai rapport de force, quitte à brandir la menace d'une sortie de l'euro et/ou (soyons fou!) de l'UE. Mais non, il a préféré se coucher devant Merkel. Mais devant la menace brandie par les bien-pensants de...Germanophobie (après celles de l'islamo et de l'homo), les socialistes ont fini par se débander... C'est en cela que les socialistes sont des "munichois"!


    CVT

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  5. Excellente mise au point, Laurent. Votre citation de Philippe Séguin rappelle tout ce qui manque à ce pays en termes d'intelligence politique.

    Faut-il placer ses espoirs, comme le préconisent certains, dans l'éventuelité d'un front commun associant Montebourg, Dupont-Aignan et Mélanchon ? J'aimerais y croire, mais cela me semble relever de la politique-fiction. Ou il faudrait un tel effondrement du PS qu'il force les éléments les plus sains (ceux qui ont compris que la justice sociale est une des conditions du progrès économique à long terme autant que de la cohésion sociale) à rompre définitivement avec les autres. Une simple inflexion à gauche en vue de satisfaire une partie de l'électorat n'amènerait pas le PS à une politique de rupture — notamment dans les relations avec l'Europe — comme celle qui est indispensable aujourd'hui, mais à un simple rafistolage sur le plan idéologique, à un simple réaménagement des rapports de forces internes entre oligarques.

    Ceux qui souhaitent un vrai changement sont donc dans une attente paradoxale : seul un bouleversement en profondeur du système politique français permettrait d'éviter une catastrophe nationale ; mais il semble bien que justement seule une catastrophe nationale puisse entraîner cette recomposition politique…

    YPB

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  6. "mais il semble bien que justement seule une catastrophe nationale puisse entraîner cette recomposition politique".

    Oui. Malheureusement avant la fin du quinquennat de François HOLLANDE on devrait arriver à la catastrophe nationale. Ceux qui prendront la relève prendront la relève dans un champs de ruines.

    Saul

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    1. C'est aussi ce que je répète depuis que je connais ce blog.
      Sancelrien

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    2. Bien sur et la meilleure façon de s'en sortir rapidement est d’accélérer le processus et avec le Président Hollande nous sommes bien partis ; donc soutenons le !

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  7. Étonnante attitude, ils n'ont pas lu Sumner ?

    Pour le professeur Sumner, seule la stabilité de l’évolution du PIB nominal est à même de nous renseigner sur le caractère d’une politique monétaire. Il parvient ainsi lentement à démontrer qu’une politique monétaire trop restrictive est l’origine de la crise, et propose une alternative à la méthode employée : le NGDP TARGETING (Nominal Gross Domestic Product Targeting ou plus simplement objectif de PIB nominal).

    http://contrintuitif.com/?p=119

    http://www.themoneyillusion.com/?page_id=3447

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  8. @ Eric

    Je suis d’accord pour dire qu’il y a quelques signaux positifs (élections italiennes notamment), mais malheureusement, au Portugal, le gouvernement vient de mettre en place une politique de l’offre comparable à l’Irlande.

    Sur le nouveau CNR, nous verrons bien quand les circonstances se présenteront mais je crois que les anciennes chapelles voleront en éclats…

    @ Joe Liqueur

    Bien d’accord. Mais il est stupéfiant que la « gauche » laisse faire cela

    @ Anonyme

    Mais je ne pense même pas qu’il le fasse pour cela. Ils pensent simplement ne pas pouvoir faire autre chose.

    @ CVT

    A titre personnel, je pense que non car je ne pense pas que le problème soit institutionnel. D’ailleurs, le problème est le même dans tous les pays européens, ce qui montre bien que le problème est politique et non institutionnel. Et je crois que nos institutions facilitent davantage le changement que dans les autres pays.

    Je n’attendais rien de Hollande, d’où mon vote blanc du 6 mai face à Sarkozy.

    @ YPB

    Merci. L’effondrement du PS est probable avec la politique qu’ils mènent. Je pense qu’il n’y a aucune chance que ce parti fasse sa révolution. Bien d’accord sur la conclusion. C’est ce que j’avais prédit en janvier 2009… pour 2017.

    @ Saul

    Mais c’est parce que nous serons tombés plus bas que nous pourrons nous relever.

    @ Olaf

    Merci. Je ne connaissais pas. Il faut que je lise.

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  9. Le principe de Friedman est de larguer de la monnaie par hélicoptère en se fiant au marché pour bien l'utiliser, c'est la limite du principe. Chez Keynes, c'est l'état qui définit l'utilisation de cet accroissement monétaire, grands projets d'infrastructures.

    La différence entre un Friedman libéral monétariste et un Keynes se fonde sur qui décide de l'utilisation de la monnaie injectée. C'est bien là le dilemme actuel, pas l'austérité des libéraux non Friedmaniens, mais quel type de relance monétaire.

    Ca revient à poser la question de l'efficacité comparée entre le marché et l'état pour la bonne allocation des ressources monétaires, éternel débat de savoir qui prend les meilleures décisions d’investissement.

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    1. Tout le monde gagnerait a lire "l'ordre économique naturel" de Gesell qui représente une troisième voie, un libéralisme anti-capitaliste qui peut mettre d'accord les keynésiens et les ultras liberaux sincères(pas les neoliberaux qui sont des escrocs et ne visent aucunement l'interêt general, le monnaie fondante ne les interessera surement pas).

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    2. Oui, c'est le problème, une bonne part des libéraux ou des gauchistes sont soit truands, soit incultes, voire les deux en même temps. Les monnaies parallèles sont une option intéressante qui n'est absolument pas dans les discussions des partis. Ce qui montre leur conservatisme arriéré. Faudra attendre la mort de leurs leaders, ce qui va être long, vu les progrès médicaux actuels.

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  10. @Laurent Pinsolle,
    même au PS, les choses bougent :-)...un peu! Ils sont pitoyables, et surtout hypocrites...
    Le parti appelle désormais le président Hollande à aller au clash avec les Allemands! Le problème, c'est que c'est bien trop tard, il fallait tenir ce discours l'an dernier! C'était lors de l'élection de Hollande, nanti de l'onction du suffrage universel, qu'il fallait imposer une inflexion de la politique d'austérité à Angela Merkel, sous la menace à minima d'une non-ratification du TSCG, puis ensuite d'un retrait de l'eurozone et/ou de l'UE! Or Hollande s'est couché devant les Allemands et leurs laquais Bruxellois, et depuis, les socialistes en sont toujours à déplorer les effets dont ils chérissent les causes. Ils appellent désormais à défier les Allemands, alors qu'ils se sont privés dès le départ des moyens de pression qu'ils pouvaient avoir sur elle...
    Mais ils sont coutumiers du fait: ils ont participé en conscience à la construction d'une UE toujours plus ultra-libérale, et au lieu de l'assumer, ils vous promettent encore et toujours une Europe sociale. Et ça fait trente ans que ça dure, ça me révolte et ensuite ça me fatigue, :-(...
    Beaucoup de gens disent en France qu'il nous faudrait une Margaret Thatcher pour le pays, mais ils ont tort: nous en avons déjà eu la nôtre, j'ai nommé Jacques Delors. Il est à l'origine de la libéralisation du pays depuis 1983. La différence, c'est que là où la peu regrettée Dame de Fer privatisait crânement son pays, Delors lui, en bon social-libéral, n'a JAMAIS assumé l'ultra-libéralisme de l'UE; tout comme le PS, il a toujours fait mine de regretter qu'il n'était pas possible pour le moment d'avoir une Europe sociale, mais il a constamment appelé à poursuivre la construction européenne en nous promettant une UE meilleure et plus sociale dans une autre vie... Toujours la même méthode, donc: on se prive systématiquement des leviers pour changer de politique, et ensuite on vient réclamer du changement une fois désarmé!
    Comme quoi, le PS ne changera jamais: qu'il crève!!!

    CVT

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    1. Vous faites sans doute allusion à cet article :

      Le PS dénonce "l'intransigeance égoïste de la chancelière Merkel" :

      http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/04/26/le-ps-denonce-l-intransigeance-egoiste-de-la-chanceliere-merkel_3167068_823448.html

      A mettre en relation avec des déclarations récentes de responsables allemands :

      1 - La BCE envisage de baisser les taux, Angela Merkel préfèrerait qu'elle les remonte :

      http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130425trib000761723/la-bce-envisage-de-baisser-les-taux-angela-merkel-prefererait-qu-elle-les-remonte.html

      2 - La Bundesbank attaque la BCE :

      http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130426trib000761908/-la-bundesbank-attaque-la-bce.html

      La Bundesbank reproche à la BCE de trop en faire pour soutenir les pays en crise de la zone euro, alors qu’il n’y a pas longtemps le ministre français Arnaud Montebourg faisait à la BCE le reproche inverse:

      http://www.challenges.fr/economie/20130303.REU8739/arnaud-montebourg-critique-la-bce-pierre-moscovici-tempere.html

      Avec le temps la situation économique et sociale de la France dans la zone euro ne devrait pas cesser de se dégrader. Est-ce que ça pourrait conduire une partie du PS à mettre en cause la participation de la France à l’euro ? En tout cas même en situation économique et sociale de plus en plus mauvaises de la France, ça ne devrait jamais être le cas du Président Hollande et de son gouvernement, quoi que disent et quoi que fassent Mme Merkel et la Bundesbank, et il ne faut pas espérer de ces derniers qu’ils feront la moindre concession sur les intérêts nationaux allemands.

      Il restera alors toujours la possibilité que la BCE en décision majoritaire et en violation de de son propre mandat se mette à faire ce qui lui est normalement interdit et ce dont les allemands ne veulent pas. A mon avis ça devrait être la prochaine étape dans la crise de la zone euro. Dans l’étude de natixis « Qui va « craquer » avec la crise de la zone euro ? », je dirais d’abord la BCE, ensuite on verra.

      http://cib.natixis.com/flushdoc.aspx?id=69654

      Saul


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    2. @Saul,
      effectivement, je pensais bien à cet article. Le problème, c'est la médiocrité de Hollande et des "socialistes", adeptes de la politique du chien crevé au fil de l'eau...
      Ils sont totalement désarmés intellectuellement pour imaginer une France hors de l'euro (possibilité de plus en plus réaliste), voire hors de l'UE. J'ai même peur qu'ils sacrifient les Français pour sauver leurs idéaux (je n'ose pas parler d'intérêts personnels, car ils défendent des intérêts de classe, ceux des classes moyennes et possédantes...).

      CVT

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  11. La vraie question est la suivante : tout cela en vaut-il vraiment la peine? La réalité simple est que les logiques nationales ne disparaissent pas comme cela; que les pays européens se porteraient tous mieux, aujourd'hui, si la monnaie unique n'avait jamais été créée. Comme le disait James Tobin, il faut beaucoup de triangles d'Harberger pour remplir un output gap (les initiés reconnaîtront le jargon). Toutes les inefficiences économiques causées par l'absence d'une monnaie unique ne sont pas grand chose à côté de la dévastation de la conjoncture que nous observons à intervalles réguliers dans les pays européens depuis 1993. Il faut contempler cette question sérieusement, sous peine d'avoir en plus une dislocation de l'euro lente, brutale et douloureuse, avivant les pires extrémismes.

    http://econoclaste.org.free.fr/dotclear/index.php/?2011/11/09/1861-comment-sauver-la-zone-euro

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  12. La France est en faillite, l'Italie est en faillite, l'Espagne est en faillite, mais au moins l'Espagne, elle, elle a le mérite de truquer ses chiffres !

    Le problème, c'est que tout le monde sait que l'Espagne truque ses chiffres !

    Samedi 27 avril 2013 :

    Espagne : les chiffres officiels mis en doute.

    Peut-on encore croire les chiffres donnés par l'Espagne ? Le gouvernement espagnol a revu à la baisse ses objectifs de déficit et ses prévisions de croissance pour les trois prochaines années lors du conseil des ministres du vendredi 26 avril. Pour reprendre les termes de la numéro deux du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria, le gouvernement a "réordonné ses chiffres".

    Mais pour certaines données, comme le déficit prévu en 2014, (5,5 % selon Madrid), le gouvernement reste encore très au-dessous des prévisions de Bruxelles ou du Fonds monétaire international (FMI), qui l'estiment respectivement à 7,2 % et 6,9 % du PIB.

    Or l'expérience passée impose la méfiance. Les chiffres du déficit de 2011 ont été revus à la hausse à trois reprises l'an dernier. Le dérapage de trois régions et l'ajout de factures non payées avaient finalement porté le déficit de 8,5 % prévu initialement à 9,4 %...

    Pour 2012, il semble déjà que l'histoire se répète. Les chiffres que le gouvernement a publiés en février ont été contredits par Eurostat un mois plus tard : estimé à 6,7 % du PIB selon Madrid, le déficit serait en fait selon l'institut de statistiques européen de 7 %.

    L'opposition soutient qu'il n'est pas impossible que ce chiffre soit encore inférieur à la réalité. En mars, le porte-parole économique du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE), Pedro Saura, avait accusé le gouvernement de "maquiller les comptes" en gonflant de 10 milliards d'euros les revenus publics perçus en 2012. Selon lui, le gouvernement aurait notamment retardé les remboursements des trop-perçus d'impôts afin qu'ils soient comptabilisés sur 2013 au lieu de 2012.

    Ces accusations s'ajoutent aux doutes exprimés par certains économistes. La Fondation des études d'économie appliquée (Fedea) a relevé certaines données inexplicables, "bizarres" même, lors de la présentation du dernier rapport de l'observatoire fiscal des régions autonomes, le 18 avril.

    L'économiste Juan Rubio-Ramirez, professeur à l'université de Duke, s'est étonné que les dépenses courantes en biens et services aient chuté de 38 % en Cantabrie et de 26 % en Castille-La Manche et aux Baléares. Selon lui, pour parvenir à une telle réduction des dépenses, ces régions auraient dû fermer une grande partie de leurs établissements scolaires et hôpitaux, ce qui n'a pas été le cas.

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  13. Les régions dans leur ensemble sont parvenues à baisser leur déficit de 3,31 % à 1,73 % en 2012, selon le gouvernement.

    Plus étonnant est l'effort qu'aurait réalisé la Castille-La Manche, baissant son déficit de 7,8 % à 1,5 % en un an...

    Faute d'explications détaillées par le gouvernement, difficile de savoir si ces résultats sont bien réels, s'ils sont erronés ou si ce sont les résultats des années précédentes qui ont été gonflés.

    Quoi qu'il en soit, les doutes sont là, comme en témoigne l'avertissement de l'agence de notation Moody's. Le 9 avril, elle a maintenu la note de l'Espagne, Baa3, avec une perspective négative, en avertissant que "les révisions répétées des chiffres, ajoutées au manquement répété aux objectifs fixés, détériorent clairement la crédibilité du plan de rigueur espagnol."

    Vendredi, le ministre de l'économie, Luis de Guindos, a insisté sur la fiabilité des nouvelles prévisions macro-économiques, qu'il a qualifiées de "très conservatrices". Pourtant certaines données n'ont pas manqué d'étonner la presse.

    C'est le cas du taux de chômage prévu en 2013 : 27,1 %, un taux que le pays a déjà atteint au premier trimestre, selon l'Institut national de statistiques. Or si la récession est effectivement de 1,3 % du PIB cette année, comme l'affirme le gouvernement, il semble peu probable que le chômage n'augmente pas encore.

    "La chute de la croissance, le chômage qui ne cesse d'augmenter, tout cela témoigne que ce dont souffre l'Espagne n'est pas une récession mais une dépression, souligne l'économiste en chef d'Intermoney, José Carlos Diez. Le gouvernement devrait le reconnaître pour défendre auprès de ses partenaires européens la mise en place d'une politique de croissance."

    http://www.lemonde.fr/economie/article/2013/04/27/espagne-les-chiffres-officiels-mis-en-doute_3167715_3234.html

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