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mercredi 30 avril 2014

La mauvaise foi des partisans de l’euro


De plus en plus d’intellectuels prennent position contre l’euro : journalistes de l’Express et l’Expansion, pas moins de neuf « prix Nobel d’économie », d’innombrables économistes. Mais il reste encore quelques partisans à la monnaie unique européenne. Leur argumentation n’est vraiment pas solide.


Déni de réalité caractérisé

Challenges a réussi à dégoter une économiste pour essayer de défendre l’euro : Anne-Laure Delatte, vue à la télévision. Elle soutient que « si la France récupérait sa souveraineté monétaire, nous ne serions pas plus forts, mais bien plus vulnérables face à la spéculation ». La Grande-Bretagne, malgré des déficits supérieurs aux nôtres, démontre le contraire, comme la Suède, les Etats-Unis ou le Japon, du fait des interventions de leur banque centrale. Ensuite, elle nous fait le coup de la menace inflationniste, évoquant les années 1970, en oubliant juste de noter le rôle de l’explosion des prix du pétrole… Là encore, l’exemple des quatre pays plus hauts démontre qu’il est parfaitement possible de dévaluer et monétiser sans provoquer un cataclysme inflationniste. Les taux n’y sont pas plus hauts que dans la zone euro.

Quelle malhonnêteté d’évoquer le cas de l’Allemagne des années 1920 pour la monétisation alors même que le cas britannique montre que cela est possible à large échelle (375 milliards de livres en 5 ans) sans gros dérapage inflationniste. Cette argumentation rappelle celle d’Henri Weber, du PS, corrigé par Jacques Sapir, qui prédit lui aussi une catastrophe en cas de fin de la monnaie unique. Le problème est que ce qu’ils prévoient s’est réalisé, mais pour les pays qui sont restés dans l’euro. De manière intéressant, ils n’évoquent aucun des nombreux exemples de fin d’union monétaire, qui démontrent l’exact contraire de ce qu’ils souhaitent démontrer. L’euro est un boulet et non pas une bouée.

Peur (injustifiée) sur la dette

dimanche 20 avril 2014

Casser l’euro pour sauver l’Europe d’une impasse démocratique et sociale


Outre le fait d’avoir exposé tous les mécanismes qui font de la monnaie unique un monstre économique, les auteurs du livre présente une synthèse très convaincante de l’après-euro, mais le livre est également une intéressante réflexion politique sur l’Europe.


Le difficile problème allemand

Si l’euro a « des fondations bancales », c’est parce qu’il est « made in Germany », une copie du mark sur tous les plans. Et l’obsession allemande de l’inflation et des déficits des voisins les a poussé à promouvoir la libéralisation, qui impose la surveillance des marchés. Sur la base de nombreux témoignages, ils détaillent la genèse de la monnaie unique. Le journaliste du Financial Times, David Marsch confirme les propos de l’ancien président de la Bundesbank, Karl Otto Pöhl : « je pensais qu’il était très peu probable que les autres européens adoptent simplement le modèle de la Bundesbank ». Ce serait la chute du mur de Berlin qui aurait poussé la France à accepter les conditions drastiques des Allemands.

Comme Sapir, ils notent que « l’Allemagne obtient un droit d’accès sans restriction tarifaire à des marchés voisins qui ne peuvent plus dévaluer » et ils le citent en notant cela « leur offre la possibilité de s’endetter à bon compte pour… acheter des produits allemands ». Mais ils ne blâment pas l’Allemagne, qui ne fait que défendre ses intérêts dans le cadre que nous avons accepté. Ils notent aussi que la hausse des prix de l’immobilier, pousse Berlin à refuser l’assouplissement de la politique monétaire, qui n’est pas adapté à la situation du pays. Ils notent néanmoins la logique très culpabilisatrice et superficielle du pays en citant Angela Merkel qui disait fin 2013 : « la vie n’est pas juste : si vous avez trop mangé et trop grossi, mais que d’autres personnes sont toujours minces, je vous aiderai à payer le docteur ».

Un problème démocratique et social

samedi 19 avril 2014

Quand des journalistes de l’Express et de l’Expansion décryptent le démontage de l’euro


Dans « Casser l’euro pour sauver l’Europe », outre le fait de présenter une bonne synthèse des raisons pour lesquelles la monnaie unique européenne provoque un tel cataclysme économique, les auteurs ont le mérite de présenter une synthèse très recommandable de toutes les questions que l’on peut se poser sur le retour aux monnaies nationales, en s’appuyant sur les nombreuses études disponibles.


L’impasse des variantes de la monnaie unique

Ils citent Michel Aglietta pour qui la zone gagnante « tend à agglomérer les activités les plus productives dans les mêmes pôles et à désertifier les régions (…) les moins industrialisés ». Ils notent que 150 années d’unification italienne n’ont pas permis la convergence du Nord et du Sud et que le fait que les salaires soient la seule variable d’ajustement de la compétitivité mène à une concurrence suicidaire. Ils citent de larges extraits de l’étude réalisée par Jacques Sapir et Philippe Murer pour Res Publica et notent qu’ils prévoient une augmentation de 4 à 10% du PIB des pays du Sud au bout de deux ans seulement (et une baisse de 3,5% du PIB de l’Allemagne). Ils défendent le principe des dévaluations en montrant comment elles ont contribué à la réussite de la Corée du Sud et de Samsung au détriment du Japon, et que Tokyo utilise cette arme à profit depuis l’arrivée de Shinzo Abe au pouvoir.

Ils étudient l’option de scinder l’euro en deux : un euro du Nord et un euro du Sud mais cela reviendrait à créer les mêmes problèmes à des échelles différentes. Ils citent une étude des économistes de la banque centrale Polonaise sur le démontage contrôlée de la zone euro qui évoque la possibilité que l’Allemagne prenne l’initiative de sortir de la monnaie unique. Pour eux, il faut passer d’une monnaie unique à une monnaie commune et ils se désolent que Marine Le Pen en ait fait un de ses chevaux de bataille, souillant l’idée dans le débat public. Pour eux, un retour aux monnaies nationales a deux avantages : économique, en permettant d’adapter le taux de change à la situation de chaque pays, et démocratique, en permettant de redonner aux citoyens une prise sur le cours des choses.

Le démontage de la monnaie unique en pratique

mercredi 16 avril 2014

Quand des journalistes de l’Expansion et l’Express veulent « casser l’euro »


Franck Dedieu et Benjamin Masse-Stamberger s’étaient déjà distingués en écrivant un livre réhabilitant le protectionnisme, à l’échelle européenne néanmoins. Ils récidivent sur un sujet encore plus tabou dans un nouveau livre où ils proposent de « casser l’euro pour sauver l’europe ». Bienvenue !


Un rêve bien peu crédible…

Quoi de plus réjouissant que des journalistes sérieux de l’Expansion, l’Express, du Figaro ou du Monde Diplomatique rejoignent la cohorte grandissante des intellectuels euro-critiques. Y-a-t-il seulement aujourd’hui un intellectuel sérieux capable de produire une argumentation solide en sa faveur ? Et attention, je ne parle pas des « arguments » des évêques de l’UE, pour qui l’europe est une religion déconnectée du rationel. Les barrières du politiquement correct semblent de plus en plus friables…

Les auteurs dénoncent « les censeurs qui veillent » et le fait que le « système euro se soit mué en dogme (…) s’éloignant toujours plus de la réalité à mesure que s’agrandissait le fossé séparant le projet de sa réalisation concrète ». L’euro est devenu une religion qui rend aveugle aux avis des prix Nobel d’économie qui « expriment les plus grandes réserves vis-à-vis de la monnaie unique ». Ils citent notamment Milton Friedman : « les différences vont s’accumuler dans les divers pays et les chocs asymétriques vont les affecter. L’Irlande a besoin d’une politique monétaire différente de l’Espagne ou l’Italie. Il est difficile de croire que cela restera un système monétaire stable pendant très longtemps (…) Les pays de la zone n’ont pas la même homogénéité politique, sociale et culturelle que les cinquante Etats américains (…) La possibilité la plus vraisemblable est qu’il y aura des chocs asymétriques frappant les différents pays. Cela signifiera que le seul mécanisme d’ajustement dont ils pourront se satisfaire sera budgétaire et fiscal, avec du chômage : pression sur les salaires, pression sur les prix ». Bien vu…

Les promesses des partisans de la monnaie unique n’en sont que plus ridicules. Pierre Moscovici soutenait que « la force de la monnaie unique est de pouvoir contribuer à créer l’environnement monétaire et financier plus stable dont l’économie mondiale a besoin ». Jean-Claude Trichet vantait l’exemple irlandais en 2005. Jean Quatremer vantait la protection offerte par l’euro fin 2008. Ils font un sort à Yves Thibault de Silguy et Jacques Delors qui vantaient l’effet positif que l’euro devait avoir sur la croissance.

L’euro se heurte au mur de la réalité

lundi 14 avril 2014

Le vent tourne dans l’opinion sur l’Europe, même dans les élites


Le dernier soutien de l’UE pourra éteindre la lumière. Cette construction antidémocratique et antisociale n’a jamais été très populaire, mais les choses s’accélèrent depuis quelques mois. De nombreuses personnalités rattrapent l’opinion publique dans leur critique de la tour de Babel bruxelloise.



Feu sur l’Union Européenne !

La critique de l’Union Européenne n’est pas nouvelle. Les gaullistes, aujourd’hui représentés par Nicolas Dupont-Aignan, Jean-Pierre Chevènement ou une gauche plus radicale (Frédéric Lordon, qui publie un nouveau livre « la malfaçon, monnaie européenne et souveraineté démocratique » où il critique l’euro, au M’PEP, Jacques Nikonoff ou Aurélien Bernier, qui a théorisé le concept de « désobéissance européenne » ou enfin François Ruffin, du Monde Diplomatique, qui a publié « Faut-il faire sauter Bruxelles ? » aux éditions Fakir) ainsi que des intellectuels critiques contre l’UE, notamment Jacques Sapir et Emmanuel Todd ont toujours été en pointe dans ce combat,. Mais depuis quelques mois, il semblerait que quelque chose se soit passée car les rangs des UE-critiques ne cessent de grandir.

Et le plus intéressant, c’est qu’une frange plus modérée semble virer sa cuti. Il y a le très bon livre de Coralie Delaume « Europe : les états désunis », qui pointe toutes les défauts de l’UE. Olivier Berruyer, le blogueur N°1 en économie, dénonce la monnaie unique dans son dernier livre. Paul Krugman, comme de nombreux autres « prix Nobel d’économie », éreinte la monnaie unique dans son dernier livre. François Lenglet n’est guère plus indulgent dans son dernier livre. Et, après avoir réhabilité le protectionnisme, Franck Dedieu, de l’Expansion, et Benjamin Masse-Stamberger, de l’Express, ont publié « Casser l’euro pour sauver l’Europe » (bientôt en résumé). Et Bernard Maris vient de rallonger cette liste.

L’UE rencontre le mur des réalités

vendredi 10 mai 2013

Le protectionnisme doit-il être européen ?


Après avoir fait un constat robuste sur les limites du libre-échange pour les pays dits développés comme le nôtre et un plaidoyer pour plus de protection, les auteurs rentrent dans la politique pour expliquer l’évolution du débat public puis de proposer comment mettre en place un protectionnisme.



Le débat qui dérange

Les auteurs se demandent « si la croyance dans la théorie dominante était devenue trop puissante pour imaginer qu’elle puisse produire autre chose qu’un progrès indéfini ? Et si le dogme du libre-échange était devenu si prégnant qu’il s’est mué en parole d’Evangile » ? Ils notent que ces idées ont été défendues par toutes les élites à quelques exceptions près (Maurice Allais), oubliant de noter le rôle du contexte historique porteur. Ils soulignent que le débat public est compliqué par les anathèmes portés contre les défenseurs du protectionnisme, traités de fascistes. Ils soulignent que les élites tendent à penser que « le peuple est victime d’une illusion ; il croit s’appauvrir, alors qu’en fait, il s’enrichit ».

Ils notent que Paul Krugman a changé d’opinion en écrivant en 2007 qu’« on ne peut plus affirmer, comme il y a une douzaine d’années, que les effets du commerce sur la répartition des revenus dans les pays sont modérés. On peut considérer au contraire qu’ils sont significatifs, voir importants et qu’ils pourraient bien le devenir plus encore ». Ils citent également Paul Samuelson qui disait en 2004 que « les gains pour les Etats-Unis liés au commerce international ne sont pas nécessairement supérieurs aux pertes » et Michel Rocard : « la Chine et l’Inde sont capables de produire tout ce que nous fabriquons. Et comme leurs coûts sont moindres, ce sont tous nos emplois industriels qui sont menacés ».

Les auteurs font un historique passionnant des débats sur le libre-échange en France depuis deux siècles, qui montre que cette question s’est toujours posée et qu’elle traverse la gauche comme la droite. Au début du 19ème siècle, c’était plutôt la gauche qui était libre-échangiste, au nom de la défense des consommateurs, avant de devenir protectionniste dans la deuxième moitié du siècle. La vague néolibérale des années 1980 balaiera cette évolution et touchera tout le monde. De manière étonnante, les auteurs voient dans la mention du « juste échange » dans le programme socialiste de 2012 un véritable « aggiornamento idéologique », démenti par les faits depuis, malgré les dires de Montebourg et Bachelay.

Protectionnisme contre protectionnisme

jeudi 9 mai 2013

Quand le protectionnisme devient inévitable


C’est un livre important sorti pendant la campagne présidentielle. Franck Dedieu, de l’Expansion, Benjamin Masse-Stamberger, de l’Express et Adrien de Tricornot, du Monde, ont publié « Inévitable protectionnisme » l’an dernier. Le signe d’un basculement des médias sur la question du libre-échange ?



Le besoin de protectionnisme

Il y a quelque chose d’extraordinairement réjouissant à lire sous la plume de journalistes de l’Expansion, de l’Express et du Monde tous les constats poussés par Jacques Calvet, Emmanuel Todd, Philippe Séguin et Jean-Pierre Chevènement il y a vingt ans, rejoints aujourd’hui par Nicolas Dupont-Aignan, Jacques Sapir ou Jean-Luc Gréau. Ils rappellent justement la croyance qui a animé nos dirigeants depuis tant d’années : « moins on entrave les mouvements des acteurs privés, mieux se portent le système économique et les différents agents qui le composent ».

Deux constatations sont venus remettre en cause la vision du monde des auteurs : l’explosion des inégalités salariales et les heurts de plus en plus violents du cycle économique, rappelant cette belle citation du Général de Gaulle : « le laisser-faire et le laisser-passer appliqué à l’économie (…) a souvent donné (…) au développement une puissante impulsion. Mais on ne saurait méconnaître qu’il en est résulté beaucoup de rudes secousses et une somme énorme d’injustices ».

Ils font une belle comparaison avec la guerre, citant Paul Valéry : « la guerre est faite par de braves gens qui s’entretuent sans se connaître au profit de gens qui se connaissent, mais ne s’entretuent pas ». Pour l’Europe et les Etats-Unis, les auteurs affirment que nous sommes dans un processus de « destruction destructice ». Reprenant une étude de la Banque Mondiale, ils affirment que la mondialisation en cours ne profite qu’à la Chine puisque s’il y a 517 millions de pauvres en moins, il y en a 627 millions de moins en Chine, ce qui signifie qu’il y en a 110 millions de plus ailleurs. Ils soulignent, en outre, que les modèles gagnants (Corée du Sud, Chine) sont protectionnistes.

Les auteurs affirment que « non pas que la libéralisation des échanges soit systématiquement à proscrire. Mais l’idée que celle-ci soit toujours, dans tous les lieux et tous les temps, la meilleure solution nous est de plus en plus apparue comme une folie ». En effet, ils constatent que tout cela produit du chômage et une paupérisation des classes moyennes et soulignent la logique absolutiste (pour ne pas dire autoritaire et anti-démocratique) des marchés. Ils se réclament d’une forme de libéralisme humaniste, équitable et tempéré et appelle par conséquent à un protectionnisme européen.

Pourquoi le libre-échange est une impasse