samedi 10 janvier 2026

Mercosur : le nouveau massacre de notre agriculture par l’UE

L’UE, c’est un désastre industriel, illustré par l’effondrement de la production automobile, au plus bas depuis 70 ans en Italie, et depuis 60 ans en France. Mais l’UE maltraite aussi de plus en plus son agriculture, qui subit les vents contraires de règles plus restrictives et d’une ouverture toujours plus grande aux importations, et donc à une concurrence déloyale. Une mauvaise pente que le Mercosur amplifiera.


 

Maltraiter ceux qui nous font vivre

 

Quel contraste avec l’approche de l’agriculture par bien des pays asiatiques, dont ceux qui se sont le plus développés. Malgré un modèle de développement s’appuyant sur les exportations et l’ouverture économique, bien des pays asiatiques ont choisi un modèle sélectif, où, s’ils s’ouvraient sur certains secteurs, ils se sont toujours gardés la possibilité d’être extrêmement fermés sur d’autres. Et l’agriculture en fait partie, sans doute en suivant le modèle du Japon. Pourtant ce pays très dense, devenu rapidement riche, où le chômage est resté faible, aurait pu faire le choix d’acheter sa nourriture moins chère à l’étranger, dans des pays proches. Mais non. Comme le pointaint The Economist il y a une dizaine d’années, le Japon affichait des droits de douane de 318% sur le riz, la Corée du Sud de 218% et l’Inde 74% !

 

Mieux, The Economist pointait que les tarifs n’étaient qu’un des leviers de protection des pays asiatiques, avec 7 autres leviers de protection (prix minimum, subventions, restrictions aux exportations ou aux importations, achat et stockage du gouvernement) et constatait un usage très large parmi neuf des principales économies asiatiques. Bien sûr, les prix tendent à être plus élevés, mais les agriculteurs vivent mieux, et le pays est bien plus souverain pour son alimentation. Pour qui prend un peu de recul, c’est assez proche du modèle de la PAC jusque dans les années 1980, avant les vagues d’ouverture commerciale, de dérèglementations et de baisse des aides décidés par des dirigeants européens qui ont détruit un des rares succès du projet européen. Et en Europe, c’est le choix de la Suisse de protéger son agriculture.

 

Bref, non seulement il est possible de protéger fortement son agriculture et de vouloir être indépendant, mais cela n’est en aucun cas pénalisant économiquement puisque le Japon, la Corée du Sud, la Chine, l’Inde, ou plus près de nous la Suisse, parviennent à le faire, sans conséquences négatives globales. On peut faire le choix de s’ouvrir de manière ciblée et partielle. Il n’y a que les fous de l’UE pour adopter une démarche aussi indifférenciée, où tout doit être ouvert, avec le moins de nuances et de différences possibles. C’est tout le problème que pose un accord comme le Mercosur. Bien sûr, dans le magma du traité, il est toujours possible de trouver des mots qui semblent indiquer un minimum de protection. Mais dans une UE qui laisse tout entrer avec un minimum de contrôle, les failles sont toujours béantes.

 

Un exemple effarant, ce sont justement les bananes dites Bio venues d’Amérique du Sud. Nos producteurs antillais, pointant que leur production standard n’utilise pas 14 pesticides autorisées pour le Bio outre-Atlantique, voulaient faire une campagne pour vanter leurs bananes, « mieux que bio ». Cela a été interdit, sans que les bananes américaines semblent véritablement contrôlées. D’innombrables études démontrent la permissivité de nos frontières, orchestrée par l’UE, en charge du commerce. Il est bien évident qu’une grande partie des produits venus du Mercosur ne satisferont pas nos règles, comme nous avons pu le voir avec les produits vendus sur Shein, à 25% non conformes selon les Douanes (et même 69% sur un échantillon plus restreint selon l’UFC Que Choisir), sans que cela ait fait fermer le site…

 

Les gesticulations de l’exécutif sur le Mercosur sont dérisoires et mensongères. La prétendue interdiction des produits qui ne satisferaient pas nos normes, annoncée par Sébastien Lecornu, et rappelée par Emmanuel Macron dans un tweet où il défend le Mercosur, tout en annonçant voter contre, est largement inapplicable. Notre pays n’a plus de frontières, des moyens dérisoires pour contrôler, et ceux qui veulent importer des productions de moindre qualité et moins chères peuvent toujours profiter des failles offertes par l’UE, tel Shein qui échappe à la taxe sur les petits colis en ouvrant un entrepôt en Pologne. C’est une pure posture non opérante, un attrape-gogo. La majeure partie des prétendues précautions sont contournées dans un espace qui se définit par le laisser faire et le laisser passer et refuse les frontières.

 

En réalité, l’exécutif, qui ne se soucie que des intérêts de l’oligarchie globale, était favorable au Mercosur, et est sans doute satisfait d’une issue où il peut afficher son opposition sans freiner la marche délétère de l’UE. Pourtant, ne serait-il pas plus sain que les pays européens qui le souhaitent signent le Mercosur, et ceux qui n’en veulent pas, ne le signent pas ? Aujourd’hui, la seule issue, c’est le Frexit.

3 commentaires:

  1. Sur cette question existentielle, qui dépasse de beaucoup la sécurité alimentaire et le commerce extérieur, la France se retrouve en minorité et doit subir des décisions désastreuses pour elle.
    La nécessité du Frexit est démontrée, s'il en était besoin.
    Merci à vous pour ces chroniques.

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    1. N’importe quoi! La France n‘est qu‘un des 27 pays de l‘UE et si elle est en minorite sur un sujet, il faut accepter la democratie.

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  2. Vous semblez ne pas comprendre les raisons qui ont poussé la majorité des pays européens à signer l'accord du Mercosur, et à juste titre.
    Les marchés traditionnels pour ls biens européens sont les USA et la Chine, les plus grands et plus riches marchés du monde. La Russie également.
    Mais depuis quelques années la situation a changé radicalement. La Chine a développé une industrie tout aussi avancée que l'industrie européenne, et le marché chinois devient difficile. Trump a rendu plus difficile et moins lucratif le marché US, et quant à la Russie, nous préférons lui faire une guerre économique.
    Quels sont alors les débouchés possibles pour les biens européens ? L' Amérique du Sud, sans doute, mais à condition qu'ils puissent nous payer en nous vendant leurs produits agricoles (à défaut d'autres biens).

    Fermez le marché européen aux denrées brésiliennes et autres, et ils fermeront le leur à vos Clios et autres Audi.
    Et on verra bien à qui on les vendra. Certes on peut toujours vivre en autarcie comme le faisait l'URSS sans importer et sans exporter. Combien de temps ont-ils résisté ? C'est cela que vous proposez ?

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