En attendant la reprise de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public, le traitement du Mercosur par France Inter apporte de l’eau au moulin des critiques du prétendu service public. Alors que 70% des Français sont opposés à l’accord, et que rare sont les politiques à le défendre, le président tenant un double discours sur le sujet, France Inter entend, comme trop souvent, nous rééduquer…
Cohen, Seux et Baddou sur la ligne des Echos…
Le comparse de Thomas Legrand n’y est pas allé de main morte sur le sujet, en se demandant « qui vantera les mérites du Mercosur ? », comme s’il montait seul au front. Entre le prétendu service public et une partie non négligeable des médias des milliardaires, cela fait pourtant du monde. Bien évidement, le traité aurait été caricaturé… Je le renvoie aux livres remarquables de Danièle Favari sur les traités de libre-échange, qui permettent d’aller au-delà des arguments de comptoir bien-pensants pour se rendre compte des nombreux mécanismes en jeu pour ouvrir nos marchés. Il pointe que les quotas supplémentaires de boeuf et de volaille ne représentent qu’un peu plus d’1% de la consommation annuel.
Certes, mais un peu plus d’1% en plus, non seulement cela représente des volumes en moins pour nos éleveurs, mais cela représente une pression à la baisse sur les prix, qui peut être bien plus coûteuse. Qui plus est, comme le pointe l’économiste Maxime Combes, les importations porteraient surtout sur l’aloyau, une pièce à plus forte valeur ajoutée, et représenteraient 8 à 10% de notre consommation… Pire, il pointe que le quota évoqué par l’éditorial oublie un quota supplémentaire, dit Hilton, de 50 à 60 mille tonnes. Enfin, il rapporte que même la commission européenne a prévu une enveloppe d’un milliard d’euros par an pour indemniser les agriculteurs en position difficile suite à cet accord ! Il faut reconnaître à Patrick Cohen de mentionner l’enjeu des contrôles pour s’assurer que ce qui est interdit ne rentre pas.
Mais ici, il fait le service minimum, tant on sait que les contrôles sont négligeables dans l’UE. Et c’est un problème fondamental pour le commerce avec une région qui peut autoriser l’usage de 14 pesticides interdits en France pour la culture de banane biologiques locales… Quelques recherches, faites en utilisant Le Chat, indiquent qu’à peine un peu plus de 100 000 échantillons alimentaires ont été testés dans toute l’UE en 2023, pour la production locale et les importations. Il n’y a pas de chiffres publics disponibles sur le taux de contrôle des produits importés : il faut contacter la DGAL ou la Commission Européenne pour le savoir… Autant dire que la proportion des produits agricoles importés est probablement négligeable et ne permet pas de vérifier que ce qui nous est envoyé respecte nos législations. Et parallèlement, nos dirigeants décident de fermer 60 millions de consommateurs, qui nous alertait sur ces dérives…
Bien sûr, Patrick Cohen reprend le discours de l’UE sur les promesses de gains sur les ventes de produits industriels. Mais ce faisant, il accrédite largement la thèse d’un échange entre le sacrifice de l’agriculture française, pour ouvrir des marchés industriels, pour l’Allemagne. Bien évidemment, l’éditorialiste cosmopolite de France Inter, n’y voit pas de problème… En outre, ces promesses de gain sont minimes, de l’aveu même de l’UE, et aléatoires face aux formes subtiles de protectionnisme qui existent dans ces pays, alors que les règles de l’UE ne rendent pas toujours nos produits très intéressants ou compétitifs à l’extérieur de notre marché… L’exemple du CETA est sensiblement biaisé par le différentiel de dynamisme économique, le Canada ayant une croissance plus forte que l’UE : leurs achats progressent structurellement plus vite que les nôtres, ce qui devrait être rappelé pour estimer l’impact du CETA.
Mais le problème fondamental que pose une nouvelle fois France Inter, c’est son uniformité et son manque de diversité idéologique. Sur l’économie, France Inter tient la même ligne que les Echos, alors qu’un service public digne de ce nom devrait donner à entendre de manière équilibrée différents points de vue, bien plus largement que la vignette d’un débat hebdomadaire souvent biaisé…

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