L’UE, c’est un désastre industriel, illustré par l’effondrement de la production automobile, au plus bas depuis 70 ans en Italie, et depuis 60 ans en France. Mais l’UE maltraite aussi de plus en plus son agriculture, qui subit les vents contraires de règles plus restrictives et d’une ouverture toujours plus grande aux importations, et donc à une concurrence déloyale. Une mauvaise pente que le Mercosur amplifiera.
Maltraiter ceux qui nous font vivre
Mieux, The Economist pointait que les tarifs n’étaient qu’un des leviers de protection des pays asiatiques, avec 7 autres leviers de protection (prix minimum, subventions, restrictions aux exportations ou aux importations, achat et stockage du gouvernement) et constatait un usage très large parmi neuf des principales économies asiatiques. Bien sûr, les prix tendent à être plus élevés, mais les agriculteurs vivent mieux, et le pays est bien plus souverain pour son alimentation. Pour qui prend un peu de recul, c’est assez proche du modèle de la PAC jusque dans les années 1980, avant les vagues d’ouverture commerciale, de dérèglementations et de baisse des aides décidés par des dirigeants européens qui ont détruit un des rares succès du projet européen. Et en Europe, c’est le choix de la Suisse de protéger son agriculture.
Bref, non seulement il est possible de protéger fortement son agriculture et de vouloir être indépendant, mais cela n’est en aucun cas pénalisant économiquement puisque le Japon, la Corée du Sud, la Chine, l’Inde, ou plus près de nous la Suisse, parviennent à le faire, sans conséquences négatives globales. On peut faire le choix de s’ouvrir de manière ciblée et partielle. Il n’y a que les fous de l’UE pour adopter une démarche aussi indifférenciée, où tout doit être ouvert, avec le moins de nuances et de différences possibles. C’est tout le problème que pose un accord comme le Mercosur. Bien sûr, dans le magma du traité, il est toujours possible de trouver des mots qui semblent indiquer un minimum de protection. Mais dans une UE qui laisse tout entrer avec un minimum de contrôle, les failles sont toujours béantes.
Un exemple effarant, ce sont justement les bananes dites Bio venues d’Amérique du Sud. Nos producteurs antillais, pointant que leur production standard n’utilise pas 14 pesticides autorisées pour le Bio outre-Atlantique, voulaient faire une campagne pour vanter leurs bananes, « mieux que bio ». Cela a été interdit, sans que les bananes américaines semblent véritablement contrôlées. D’innombrables études démontrent la permissivité de nos frontières, orchestrée par l’UE, en charge du commerce. Il est bien évident qu’une grande partie des produits venus du Mercosur ne satisferont pas nos règles, comme nous avons pu le voir avec les produits vendus sur Shein, à 25% non conformes selon les Douanes (et même 69% sur un échantillon plus restreint selon l’UFC Que Choisir), sans que cela ait fait fermer le site…
Les gesticulations de l’exécutif sur le Mercosur sont dérisoires et mensongères. La prétendue interdiction des produits qui ne satisferaient pas nos normes, annoncée par Sébastien Lecornu, et rappelée par Emmanuel Macron dans un tweet où il défend le Mercosur, tout en annonçant voter contre, est largement inapplicable. Notre pays n’a plus de frontières, des moyens dérisoires pour contrôler, et ceux qui veulent importer des productions de moindre qualité et moins chères peuvent toujours profiter des failles offertes par l’UE, tel Shein qui échappe à la taxe sur les petits colis en ouvrant un entrepôt en Pologne. C’est une pure posture non opérante, un attrape-gogo. La majeure partie des prétendues précautions sont contournées dans un espace qui se définit par le laisser faire et le laisser passer et refuse les frontières.
En réalité, l’exécutif, qui ne se soucie que des intérêts de l’oligarchie globale, était favorable au Mercosur, et est sans doute satisfait d’une issue où il peut afficher son opposition sans freiner la marche délétère de l’UE. Pourtant, ne serait-il pas plus sain que les pays européens qui le souhaitent signent le Mercosur, et ceux qui n’en veulent pas, ne le signent pas ? Aujourd’hui, la seule issue, c’est le Frexit.

Sur cette question existentielle, qui dépasse de beaucoup la sécurité alimentaire et le commerce extérieur, la France se retrouve en minorité et doit subir des décisions désastreuses pour elle.
RépondreSupprimerLa nécessité du Frexit est démontrée, s'il en était besoin.
Merci à vous pour ces chroniques.
N’importe quoi! La France n‘est qu‘un des 27 pays de l‘UE et si elle est en minorite sur un sujet, il faut accepter la democratie.
SupprimerVous semblez ne pas comprendre les raisons qui ont poussé la majorité des pays européens à signer l'accord du Mercosur, et à juste titre.
RépondreSupprimerLes marchés traditionnels pour ls biens européens sont les USA et la Chine, les plus grands et plus riches marchés du monde. La Russie également.
Mais depuis quelques années la situation a changé radicalement. La Chine a développé une industrie tout aussi avancée que l'industrie européenne, et le marché chinois devient difficile. Trump a rendu plus difficile et moins lucratif le marché US, et quant à la Russie, nous préférons lui faire une guerre économique.
Quels sont alors les débouchés possibles pour les biens européens ? L' Amérique du Sud, sans doute, mais à condition qu'ils puissent nous payer en nous vendant leurs produits agricoles (à défaut d'autres biens).
Fermez le marché européen aux denrées brésiliennes et autres, et ils fermeront le leur à vos Clios et autres Audi.
Et on verra bien à qui on les vendra. Certes on peut toujours vivre en autarcie comme le faisait l'URSS sans importer et sans exporter. Combien de temps ont-ils résisté ? C'est cela que vous proposez ?
Superbe idee: il faut protéger les secteurs qui ne sont ni performants ni competitifs pour qu‘a l‘avenir, ils puissent continuer a ne pas être performants!
RépondreSupprimer5 pays de l‘UE ont vote contre le Mercosur et 21 pays ont vote pour. Comme d’habitude, les Français considerent qu‘ils sont plus intelligents que tous les autres! Mais quelle honte!
RépondreSupprimerL‘ouverture commerciale devrait être la regle et pas l‘exception!
RépondreSupprimer@ Jacques
RépondreSupprimerBien d’accord. Merci pour votre commentaire. Je crois que l’actualité charrie des informations qui devraient finir par convaincre les Français de la nécessité du Frexit.
@ Troll 2h06
Mais pourquoi faut-il avoir le même accord pour 27 pays ? Que ceux qui le veulent le signent, et ceux qui n’en veulent pas ne le signent pas. Et on verra ensuite qui va mieux économiquement. Ce serait plus démocratique
@ Anonyme 22h08
Juste titre ? Même la commission européenne chiffre les gains économiques à 0,05% du PIB d’ici à 2040. C’est dérisoire, et probablement contestable car ici la commission est juge et partie. Les Clios et les Audi m’intéressent peu : aucune n’est fabriquée en France…
Le choix n’est pas entre ouverture totale et autarcie. Ce que je préconise, c’est une approche à l’asiatique, mixte, avec des secteurs très protégés (notamment l’agriculture) et d’autres ouverts. L’UE est perdante car elle tend à s’ouvrir plus que les autres pays, sans exiger de réciproque. Il est effarant que nous soyons si ouverts avec les pays asiatiques comme le Japon, la Corée du Sud ou la Chine, alors qu’ils restent si protégés sur des domaines clés (agriculture, automobile).
Soit dit en passant, c’est le modèle économique qui s’est révélé le plus performant depuis 50 ans.
HERBLAY
RépondreSupprimerprotéger les secteurs où d'autres pays sont plus performants signifie subir la réponse de ces pays, qui vont protéger à leur tour les secteurs où l'Europe est plus perfomants (qu'eux). et donc accepter de ne plus vendre dans ces pays.
les pays de l'extrême orient peuvent se le permettre car ils produisent des biens vendus dans le monde entier et irremplaçables. Ce n'est pas le cas de l'Europe, qui a un besoin vital d'accéder aux marché d'Amérique du Sud, après avoir perdu la compétition pour les grands marchés US, et chinois.
vous ne pouvez mettre dans le même panier Chine et Japon.
La Chine a fortement progressé, mais certainement pas à cause de son protectionnisme (tout fait relatif, vu que 30% environ des véhicules circulant est non chinois, tout comme en Europe 30% environ des véhicules circulant n'est pas européen).
La Chine a progressé grâce à la compétitivité de sa force travail, disciplinée, compétente, et payée raisonnablement, trois choses qui font défaut en France
La situation au Japon et complétement différente. Depuis 35 ans, sa croissance est proche de zero, malgré un endettement astronomique et croissant
@ Troll
RépondreSupprimerComplètement faux : la Chine a fortement protégé son industrie automobile dans les années 1990 et 2000, alors que les pays occidentaux étaient beaucoup plus forts qu’elle (avec des droits de douane de 100%), mais nous nous sommes ouverts aux produits chinois.
Les pays européens, en très fort déficit par rapport à la Chine, peuvent parfaitement décider de protéger certains secteurs : si la Chine réplique, nous pouvons répliquer plus durement. Ils ont beaucoup plus à perdre que nous. Nous pouvons nous passer de voitures chinoises par exemple, ou stopper les produits venant de Shein ou Temu, ainsi qu’une bonne partie des produits textiles (il y a d’autres provenances).
Le besoin vital des marchés d’Amérique du Sud, c’est ridicule ! Même l’UE ne promet que 0,05% de PIB de plus à horizon 2040. Ce que vous dites n’a aucun sens et ne repose sur aucun fait.
La Chine a construit son industrie automobile avec un protectionnisme féroce (et n’en aurait pas eu sans protectionnisme), suivant en partie les modèles du Japon et de la Corée du Sud. A peine 3% des véhicules vendus en Chine sont importés (en comptant les importations du Japon et de la Corée du Sud), près de 10 fois moins que les chiffres européens.
Sur le Japon, encore une fois, vos dires sont ultra superficiels : la croissance par habitant est meilleure qu’aux USA ou dans l’UE (la croissance sans prendre en compte l’évolution démographique est un peu court…). Enfin, l’endettement n’est pas croissant, et il n’est astronomique qu’en surface, une grande partie de la dette est dûe à la Banque du Japon. Une grande partie de la dette est une dette que le Japon doit à lui-même…
HERBLAY
Supprimer"Nous pouvons nous passer de voitures chinoises par exemple, ou stopper les produits venant de Shein ou Temu, ainsi qu’une bonne partie des produits textiles (il y a d’autres provenances)."
Propos pathétiques. Je me limite à vous inviter à prendre n'importe quel objet chez vous et me dire où il a été fabriqué.
"Même l’UE ne promet que 0,05% de PIB de plus à horizon 2040. "
Source ?
"A peine 3% des véhicules vendus en Chine sont importés"
Faux. 35% des voitures circulant en Chine sont étrangères. Source:
"In the passenger vehicle segment, foreign brands' combined market share stood at 34.8 percent, down from 60.8 percent in 2019, according to statistics from the CAAM." https://www.chinadaily.com.cn/a/202501/20/WS678db0f5a310a2ab06ea8010.html
"Une grande partie de la dette est une dette que le Japon doit à lui-même…"
Cette phrase ne veut strictement rien dire, car le Japon n'est pas une personne (physique ou morale). Débiteurs et créditeurs ne sont pas les mêmes: les débiteurs sont (à travers l'état) tous les japonais, à hauteur de 75k€ par habitant (nourrissons compris). Les créditeurs sont les actionnaires des grandes banques.
Il est facile de faire de la croissance à la Sarkozy ou à la Macron, avec de "quoi qu'il en coûte" et en endettant les générations futures pour gagner un demi point de croissance inflationniste, mais le fait est que votre prochaine voiture viendra de Chine (pays ouvert où circulent 35% de voitures étrangères) et non pas du Japon (pays fermé où ne circulent que 5% de voitures étrangères)
Il ne faut pas protéger certains secteurs, il faut leur demander de faire enfin des efforts et de devenir compétitifs. S'il faut aligner les salaires des classes populaires aux salaires chinois, il ne faut pas attendre pour le faire....
RépondreSupprimerBonnne idée. Et on alignera aussi (ou le marché le fera tout seul) le prix de l'immobilier sur les niveaux chinois.
Supprimerpar exemple les 2000€/m² de Chongqing, agglomération de 9 million d'habitants.
Les constructeurs chinois vont commencer a produire en UE (mais pas en France), ce seront donc des voitures européennes et la question d‘une protection du marche ne se posera meme plus!
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