vendredi 15 février 2013

Le scandale de la viande, nouveau symptôme des dérives néolibérales


Cela fait une semaine que l’on parle du scandale des lasagnes au bœuf Findus à la viande de cheval. Depuis, tous les jours apportent leur lot de révélations sur de nouvelles fraudes. Sous nos yeux, sont démontrés tous les travers de la globalisation néolibérale.

Les folies de la globalisation néolibérale

Le scandale de cette viande de cheval vendue à la place de la viande de bœuf est le décalque absolu de la crise financière des subprimes. Dans les deux cas, au lieu d’avoir un circuit court et maîtrisé qui permet d’éviter les abus, on passe dans un système opaque et complexe, qui passe plusieurs fois les frontières, et où la recherche de profits pousse à des comportements délirants.

Comment ne pas voir le parallèle avec ces banques vautours qui faisaient des prêts dits NINJA (No Income, No Job & Asset) à des ménages qui n’en avaient pas les moyens en les attirant avec des mensualités réduites pendant deux ans aux seuls intérêts. Ces mêmes banques n’avaient que faire de la capacité réelle des ménages à rembourser puisqu’elles pouvaient soit s’assurer avec des CDS ou alors revendre la créance dans des MBS, ensuite revendues pour être incorporées dans des CDO achetées par des banques européennes sur la foi du jugement des agences de notation.



Ici, c’est la même chose. Pour des raisons financières (réduction des investissements), Findus a décidé de ne plus produire ses lasagnes et passe donc par un sous-traitant, Comigel, qui achète donc la viande à un grossiste, Spanghero. Spanghero achète sa viande à un intermédiaire chypriote, qui passe par un trader néerlandais, qui se fournit en Roumanie. Et de la viande de cheval, bien moins chère que le bœuf (2 euros le kilo) finit par remplacer une partie de la viande de bœuf. Il faut noter que l’intermédiaire néerlandais avait déjà été condamné pour une telle fraude l’an dernier.

L’urgence : réguler et déglobaliser !

Cette histoire montre deux choses. Tout d’abord, que la globalisation, quand elle est poussée à ce point, n’est en aucun cas une bonne chose. Qui peut croire qu’il n’aurait pas été plus sûr que Findus produise dans une usine français qu’elle possèderait ses lasagnes en s’approvisionnant auprès d’agriculteurs locaux. Ainsi, la responsabilité directe de la marque étant engagée, les risques d’avoir de la viande de cheval à la place du bœuf auraient été bien moindres. C’est la même chose qu’avec les banques vautours qui prêtent n’importe comment parce qu’elles peuvent ensuite transférer la responsabilité.

Et, on peut questionner la pertinence économique d’un tel modèle. Le nombre d’intermédiaires fait monter la facture, d’où l’écart croissant entre le prix payé aux agriculteurs et celui payé par le consommateur. C’est la logique financière qui pousse les entreprises à ne prendre en charge qu’une petite partie de la valeur ajoutée pour ne pas alourdir leur bilan. Pour Findus, le fonds financier qui l’a racheté a sans doute préféré vendre l’usine de production pour récupérer une partie de sa mise… Voilà pourquoi certaines entreprises finissent par ne plus contrôler ce qu’elles vendent.

Et comme les fournisseurs sont dans la même logique, on aboutit à des chaines logisitiques extrêmement fragmentées et parcellaires, où plus personne n’est responsable, ce qui favorise le remplacement du bœuf, cher, par du cheval ou du porc, moins cher. En cela, ce scandale est bien un scandale de la globalisation néolibérale portée par l’Union Européenne, comme Nicolas Dupont-Aignan l’a bien souligné dans une question au gouvernement, ou Périco Légasse sur Marianne. On en voit un autre exemple avec le combat mené par les grands semenciers contre les agriculteurs.

Les tests proposés par l’UE sont un rideau de fumée. En fait, il faut repenser notre industrie alimentaire, la sortir de cette mondialisation qui pousse à de tels comportements. Bref, il faut réguler de manière intelligente, plus légère pour les petits producteurs locaux, plus stricte pour les multinationales et surtout relocaliser le plus possible pour reprendre le contrôle sur notre alimentation.

21 commentaires:

  1. L'apathie des populations européennes devient inquiétante. Sommes-nous capables de vouloir quelque chose? On a l'impression d'une déliquescence acceptée.
    Jardidi

    RépondreSupprimer
  2. Le dressage télévisuel laisse des traces ..Résultat: de la servitude volontaire !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Comme dans l'Union soviétique du temps de Brejnev cela n'a pas empêché le régime de s'effondrer même s'il a fallu bien du temps.

      Supprimer
  3. Il semble bien que les responsables ne sont pas les roumains (qui ont vendu de la viande de cheval étiquetée cheval) mais les Ets Spanghero qui ont en définitive triché en mélangeant avec du boeuf et en modifiant l'étiquetage.
    Ceci dit totalement d'accord avec la conclusion de Laurent " L’urgence : réguler et déglobaliser ! "...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Démondialiser ét réglementer!

      Supprimer
  4. Parfaitement d'accord. Le cas est limpide et doit être exploité politiquement avec résolution.

    D'autant que l'opinion publique est très bien préparée à réagir sur ce genre de sujet.

    Emmanuel B

    RépondreSupprimer
  5. @Laurent Pinsole,
    comme disait Mongénéral, vaste programme :-)!
    A la vérité, dans cette histoire, tout le monde doit faire son examen de conscience, à commencer par les consommateurs, qui recherchent systématiquement les produits les moins chers: il semble que les dépenses pour l'alimentation ont spectaculairement baissé ces trente dernières années, pour n'occuper qu'un sixième du budget familial (à voir, mais je sais que c'est assez réaliste).
    Il ne faut pas oublier également que l'UE a été bâtie à la fois pour eux et pour les rentiers, au détriment des producteurs. Pour moi, si on revient à cette affaire de tromperie sur marchandise, la question est d'ordre politique: par exemple, le gouvernement pourrait exiger que tant qu'il n'y aura pas de circuits transparents de livraisons de viande, à savoir la mention du pays de production, la France devra exiger de n'utiliser que de la viande française! Bien entendu, c'est précisément au nom de la concurrence libre et non faussée que la mention du pays d'origine est interdite dans les traités européens. Ce qui veut dire que par conséquent, toute solution raisonnable nécessitera de violer les traités! C'est d'autant plus désespérant qu'au nom de la "construction" européenne, tous les services de contrôles sanitaires en France ont été drastiquement réduits, ce qui a grandement facilité la fraude. C'est ballot: on défait les organismes nationaux de contrôles, et on ne les remplace même pas par d'autres au niveau européen!
    Bref, cette affaire illustre parfaitement ce à quoi était destinée l'UE: faire un grand marché sans contrôle (qui sont des entraves à la liberté), sans protection des consommateurs et au seul profit des classes possédantes. De ce point de vue, c'est une vraie réussite!


    CVT

    RépondreSupprimer
  6. Ne doutons pas que cette chère (et qui nous coûte cher), UE a encore d'excellentes idées en réserve. Par exemple, la réintroduction des farines animales d'ici peu. Nos technocrates de la commission souffriraient-ils de creutzweld-jacob ? That is the question...

    RépondreSupprimer
  7. Même en ayant une production intégralement française le risque de truandage existe.

    La Sté Spanghero, en France, est à l'origine du problème.

    Et on a eu de beaux exemples franchouilles similaires avec les implants PIP, quelques médocs tel le Mediator...

    Dans une société française où je travaillais, j'ai vu la direction tranquillement, pas gênée, décider l'expédition d'une commande de produits médicaux défectueux, en toute connaissance de cause.

    RépondreSupprimer
  8. Alors la quel est le problème pour le consommateur la viande de cheval est bien meilleure pour la santé que le boeuf est coute en général plus cher c'est un produit gagnant gagnant ; bien sur il y a le cas de ceux qui se lèvent le matin et se regardent dans la glace voient un tête de cheval et ne veulent pas en manger idem pour ceux ceux qui voient une tête de porc .
    Le vrai scandale la dedans est que ce qui a été retiré de la vente va vraisemblablement être jeté et la le gâchis de nourriture est un véritable crime contre l'humanité un jour les gens de la corne de l'Afrique se rebellerons nous arracherons les boyaux et nous pendrons avec

    RépondreSupprimer
  9. @ Jardidi

    Pas d’accord sur l’apathie : au contraire, les élections sont presque toujours l’occasion de surprises, ce qui montre bien qu’il y a une révolte démocratique.

    @ Poussantg

    En même temps, quand on voit l’ampleur du débat, cela montre que les Français se révoltent.

    @ A-J H & Olaf

    Merci pour la précision. Attendons les conclusions de l’enquête.

    @ Emmanuel B

    Très juste.

    @ CVT

    Oui, mais les consommateurs cherchent les prix bas car leur pouvoir d’achat régresse… C’est tout à fait cela : un sixième des dépenses. Avec ce cas, l’UE scie la branche sur laquelle elle est assise.

    @ JJS

    En effet, l’autorisation des farines de porc et de poulet pour l’alimentation des poissons est incroyable.

    @ Patrice

    Il faut espérer que cette nourriture ne sera pas jetée en effet.

    RépondreSupprimer
  10. Le démantèlement de la DGCCRF par Sarko y est un peu pour quelque chose probablement. Problèmes similaires de sous effectifs à l'inspection du travail, à la justice...

    RépondreSupprimer
  11. @Laurent Pinsolle,
    pour ce qui est du pouvoir d'achat, je suis d'accord avec vous jusqu'à une certaine limite: la modération salariale a entraîné une perte de pouvoir d'achat, qui s'est répercutée sur l'alimentation. Or bizarrement, l'achat des produits de loisirs (ordinateurs, TV, smartphone, etc...) n'ont pas diminué! C'est que nos habitudes de vie ont changé, et ce justement à cause de la chute des prix des aliments, qui s'est faite souvent au détriment de leur qualité.
    C'est plutôt là-dessus qu'il faut jouer, car si les produits de loisirs sont souvent payés à crédit par les classes populaires (et beaucoup moins par les classes moyennes et possédantes), alors que l'alimentaire est souvent payé comptant et sert de variable d'ajustement du budget familial.
    C'est donc au consommateur de se rappeler qu'il est aussi un citoyen lorsqu'il recherche les prix les plus avantageux...

    CVT

    RépondreSupprimer
  12. C'est un message que peu de gens comprennent que de tout négocier en permanence pour payer moins cher , les vendeurs ajustent les produits a la demande se récupère sur un autre etc ... au final ne reste que des produits de merde que le consommateur paye très cher ; y compris dans les produits de loisir qui sont irréparable et durent 5ans au mieux quand ils ne sont pas obsolètes des qu’acheté

    RépondreSupprimer
  13. Le rapprochement que fait Laurent entre les méthodes de la filière agro-alimentaire et celles de la finance définit bien le système dans lequel nous vivons : loi de la jungle et profitabilité maximale. Pas question d'assurer le moindre contrôle (bye, bye la DGCCRF). Ainsi, l'étiquetage est et doit rester une "démarche volontaire". Pas question de nuire à "la concurrence libre et non faussée."

    Le plus saisissant est, dans cette affaire, l'attitude du gouvernement français, qui propose des tests, des analyses. Pourquoi pas une commission d'experts ou une table ronde ? Une attitude technocratique aussi incompréhensible qu'inadmissible quand on sait que les représentants de la filière bovine française sont favorables à la traçabilité de la viande bovine.

    Malheureusement, ce n'est pas encore aujourd'hui que les socialistes vont remettre en cause les Commandements de la Bible européenne.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Excellent article, en effet. Il est très intéressant de mettre en parallèle ces différents scandales et leur côté "systémique". On pourrait même théoriser toutes les aberrations économiques et sociétales dénoncées entre autres sur ce blog tellement on constate de similitudes et de prévisions hélas vérifiées...

      Supprimer
  14. Ceci dit, la viande de cheval est excellente.

    Un steak haché de cheval cuit à la poêle, des échalotes et du vin rouge en plus, c'est un délice.

    Le saucisson d'âne c'est très gouteux aussi.

    Et puis, finalement, nous finirons tous cadavres mangés par les vers ou les bactéries qui se régaleront de nos chairs mortes.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pourquoi gâcher en nourrissant les vers ? Il vaudrait mieux nous donner aux poissons en plus des farines animales ou en alternance. Le pire n'étant pas à exclure, l'histoire pourrait même se terminer comme dans ce merveilleux film, "soleil vert" par une séance de cinéma alimentaire.

      Supprimer
  15. Une bonne synthese du probleme dans ce texte.

    Finalement ce n'est pas les malheureux de chez Spanghero qui doivent porter toute la responsabilité. Ils sont soumis à la pression de ceux qu'on ne condamne jamais, les actionnaires. Notamment ceux de Findus. Même si ceux ci n'ont pas forcement demandé d'utiliser du cheval c'est en exigeant des rentabilités folles qu'ils se placent à la source du problème.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et Findus, qui vend du cheval pour du boeuf, appartient à Lion Capital. Une histoire pareille ne s'invente pas. Reste juste à savoir qui sont les dindons.

      Supprimer
  16. @ Olaf

    Merci pour le rappel

    @ CVT

    Bon point.

    @ Démos

    Merci. Complètement d’accord sur l’attitude du gouvernement : on traite les conséquences et non les causes des problèmes

    @ jyb

    Merci.

    @ TeoNeo

    Merci. C’est tristement juste sur ce qui en subiront les conséquences.

    RépondreSupprimer