mercredi 1 mars 2017

DECODEX : Le niveau zéro de la déontologie – partie 1 (billet invité)

Billet invité de Marc Rameaux, auteur de « L’homme moderne »


Bombardement d’Alep

Méthodologie à la façon du Decodex :

Fact-checking : un hôpital d’Alep Est, zone tenue par la résistance à Bachar El-Assad, a été bombardé par l’aviation russe et par les forces loyalistes. Plusieurs dizaines de malades alités ont été tués, parmi lesquels des enfants en cours de soin, y compris pendant des opérations chirurgicales.

Commentaire : Les troupes russes et les forces de Bachar El-Assad se livrent à des atteintes fondamentales aux droits de l’homme en Syrie, en état de catastrophe humanitaire. Ils ciblent directement et volontairement des populations civiles dans la guerre visant à écraser la rébellion contre le régime syrien.

Evaluation : Pastille rouge ou à minima orange à l’encontre de ceux qui auraient des réserves quant à l’information précédente, purement factuelle. Ceux qui nient cette réalité sont des affidés de Bachar El-Assad ou des Poutiniens en mal de régimes autoritaires, à l’encontre de nos sociétés ouvertes et démocratiques.


Méthodologie proposée par « l’Orque » :

Fait observé à l’origine : un hôpital d’Alep Est, zone tenue par la résistance à Bachar El-Assad, a été bombardé par l’aviation russe et par les forces loyalistes. Plusieurs dizaines de malades alités ont été tués, parmi lesquels des enfants en cours de soin, y compris pendant des opérations chirurgicales.

Faits interdépendants du premier fait :

- La « résistance » située dans les quartiers Est d’Alep est constituée en grande partie de combattants se réclamant de Daesh, d’Al Quaïda ou d’autres factions islamistes dures.

- Les populations civiles de ces quartiers sont prises en otage par les précédents « résistants », qui mélangent à dessein des zones civiles sensibles (hôpitaux, écoles, …) avec leurs postes militaires, selon la technique éprouvée des « boucliers humains ».

- Ces situations de prise d’otages ont déjà été rencontrées par les forces militaires occidentales, à Mossoul ou en Afghanistan. Celles-ci n’ont pas fait mieux que les forces militaires russes, occasionnant des pertes civiles importantes, y compris dans des hôpitaux et touchant des enfants.

- Les zones touchées à Alep représentent au maximum un tiers de la ville (et non la totalité d’ « Alep qui se meurt »). Quelques mois auparavant, les populations d’Alep Ouest ont subi d’importantes frappes tuant aveuglément des civils, notamment les quartiers chrétiens de la ville, de la part des « résistants » d’Alep Est.

- L’Arabie saoudite mène actuellement des raids militaires au Yémen, commettant des violations humanitaires au moins aussi graves et aussi massives que celles perpétrées en Syrie. Les réactions des gouvernements occidentaux et de leurs chancelleries sont de bien moindre portée, s’agissant de l’Arabie saoudite : peu ou pas de protestations, aucune sanction, blocus ou veto. L’ONU avait inscrit la coalition militaire arabe opérant au Yémen sur sa liste noire de pays et organisations violant les droits des enfants, … avant de la retirer sous la pression diplomatique de Riyad.

Interprétation proposée ou « story-telling » : La situation actuelle de la Syrie est le résultat d’actions menées par les puissances occidentales visant à déstabiliser le pouvoir en place, comme cela a été le cas en Irak et en Lybie. L’objectif était de mettre fin à des dictatures, mais aucune véritable mesure d’accompagnement n’a été prise, ni analyse préalable des différentes forces en présence ou de l’équilibre fragile des communautés au sein du pays.

Il n’y a pas eu non plus de tentative de conserver quelques hommes du précédent régime s’étant repentis, afin de maintenir un minimum de structure pendant la phase de transition : comme le montre l’excellent film « Green Zone », il en a été de même en Irak, où un compromis trouvé avec d’anciens cadres baasistes aurait évité de faire sombrer le pays dans le chaos. On peut n’avoir aucune sympathie pour Bachar El-Assad mais se rappeler que la politique est l’art de la moins mauvaise solution.

Après avoir provoqué intégralement le chaos dont nous nous indignons, et restant dans une inaction larmoyante proportionnelle à l’activisme que nous avons démontré pour mettre à genoux un pays, nous crions d’autant plus fort que nous nous savons entièrement responsables de ce que subissent aujourd’hui les populations civiles syriennes, leurs enfants au premier chef. Pour consacrer cette bonne conscience qui en déguise une très mauvaise, nous laissons les Russes faire le « sale travail », pourtant le seul responsable et réaliste, nous permettant de les charger de nos propres fautes.


Evaluation : Aucune. L’honnêteté intellectuelle ne consiste pas à prétendre avoir le point de vue « objectif » contre les idéologies, mais d’admettre la partialité de son propre point de vue pour le confronter à la réalité, à égalité de ceux des autres. Il faut faire confiance au libre arbitre des hommes qui jugeront d’eux-mêmes l’interprétation qui semble la plus solide et la plus résistante aux secousses de la réalité.


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