jeudi 12 juillet 2018

Réflexions sur le lien idéologique entre néolibéralisme et répression routière, partie 1 (billet invité)

Par Rodolphe DUMOUCH, enseignant de biologie-géologie et géographe ruraliste.

Le 80 Km/h, l’arbre qui cache la forêt
Le 1er juillet 2018 est la date du passage au 80 Km/h sur les routes de la France périphérique, évènement, en matière de transports, qui fait le plus parler de lui mais qui n’est pas le seul à mériter attention, loin de là… Il faut dire qu’ils nous y préparent depuis plusieurs années. Ils sont revenus régulièrement à la charge dans les médias. Cette nouvelle lubie a commencé à être exposée en 2014, avec des rééditions successives tous les trois ou quatre mois dans les principaux titres de presse et sur nos écrans.  C’est toujours mauvais signe, quand une obsession technocratique de cette nature réapparaît régulièrement. C’est qu’elle est déjà décidée…
Ce qui est stupéfiant, c’est l’acharnement mis pour imposer leur obsession : argumentaires fallacieux (on trouvera assez de débats ailleurs pour que j’y revienne), une « étude » pseudo-scientifique dont ils ont refusé de publier les résultats, un matraquage constant à la grand’messe du JT de 20h00, le refus de tout débat parlementaire, la surdité face aux contestations et l’autisme quand on leur mettait sous le nez le Danemark qui a fait marche arrière, revenant au 90. Ils ont, par ailleurs, mis au service de cette mesure tout un appareil de propagande, bien rôdé, en utilisant les principes de manipulation d’Edward Bernays. Il ne faut pas non plus sous-estimer l’importance du temps qui passera postérieurement à l’application de la mesure, ils comptent sur l’« intériorisation » cette décision. Ainsi devenue « normale », elle pèsera moins sur l’élection de 2022… Les Français ont la mémoire courte, disait De Gaulle…   
Le 80 Km/h, on en parle beaucoup mais c’est pourtant, la moins néfaste de toutes les dispositions passées cette année. Une avalanche de contraintes bureaucratiques beaucoup plus graves, en matière de transports, a été promulguée: il ne faut pas oublier, en effet, la privatisation du stationnement payant et l’explosion des amendes et il faut, encore moins, oublier le nouveau contrôle technique applicable depuis le 20 mai. Désormais, le contrôle technique, qui n’a cessé d’enfler, par petites touches presque chaque année, depuis sa création en 1992, s’apparente à un système mafieux de vente forcée au profit des lobbies.
Des promoteurs souvent néolibéraux
Ce contrôle technique européen a été inspiré par le technocrate Siim Kallas, un ancien apparatchik soviétique estonien qui, en 1991, est passé du côté de la clique d’Eltsine et Gaïdar, se convertissant –tel Saint Paul – subitement au néolibéralisme, avant d’intégrer la Commission Européenne dont il est l’un des pires idéologues.
Le néolibéralisme… C’est bien là que se situe le paradoxe apparent dans cette affaire. Dans la vulgate socialiste bien-pensante, ce n’est pas envisageable : «  un gouvernement ultralibéral défend l’individualisme donc est plutôt du côté des chauffards » pour reprendre la réponse que me fit un internaute de gauche bien formaté, comme on en trouve dans les innombrables fils sur le sujet.
Et ce n’est, en fait, pas une première… Les pays néolibéraux sont coutumiers du fait : répression routière aux Etats-Unis ; amendes démentielles de stationnement en Grande-Bretagne et au Canada ; premiers radars automatiques déployées, là encore, en Angleterre dès les années 1980 ; contrôle technique anglais qui est l’un des plus tatillons…  
S’y ajoutent les lubies et les résultats catastrophiques de Paris avec la reine des bobos, Anne Hidalgo… Il n’échappera à personne qu’il s’agit de la fausse gauche néolibérale, dont l’électorat est acquis à 90% à Macron. Il n’est guère besoin d’en rajouter.
La question se pose donc de ces liens idéologiques que l’on peut établir entre le néolibéralisme et les mesures répressives en matière de transports. On n’oubliera pas non plus l’européisme et l’euro-libéralisme, qui sont aussi pourvoyeurs de contraintes sans cesse grandissantes en la matière. Il y a un paradoxe apparent mais, en creusant un peu, il se révèlera que ce n’en est pas vraiment un.
Pour ce faire, on explorera plusieurs hypothèses, qui d’ailleurs ne sont pas incompatibles entre elles : prendre des mesures faciles, toujours tournées vers la répression et non l’aide aux citoyens, pour camoufler l’abandon de l’Etat dans les autres domaines ; faire diversion des problèmes profonds de société ; faire de l’ingénierie sociale (plutôt socio-spatiale) pour intérioriser les postures de soumission dont le management a besoin. Plus généralement, on rejoindra certaines réflexions de Béatrice Hibou dans son excellent ouvrage La Bureaucratisation néolibérale.
Suite dans les prochains jours

11 commentaires:

  1. Fort avec les faibles et faible avec les forts.
    Tout est dit.

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  2. Voilà ! Supprimons toutes les réglementations pour ne pas être bureaucrate néolibéral euroïnomane.

    J'ai bon ?!

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    1. Ah bon, il n'y avait pas de code de la route il y a 30 ans ?
      Il serait bon de supprimer, en effet, tout ce qu'ils ont accumulé depuis.
      Ou les obliger, quand ils décident une nouvelle réglementation, à en supprimer une autre en compensation.

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  3. Début vigoureux! Excellent description des méthodes de nos technocrates.
    Vivement la suite.

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  4. Bien d'accord sur le fait que les 80 km/h sont ce qu'il y a de moins grave dans les dernières mesures, et le contrôle technique ce qu'il y a de pire.

    Mais je crois qu'il faudrait aussi parler de l'alcool. Prenons l'exemple d'un jeune prêtre fraîchement émoulu du séminaire. Son évêque lui attribue sa première paroisse, 12 églises dans autant de villages.

    Il devra en faire au moins 3 chaque dimanche pour que chaque paroissien, chaque paroissienne ait eu l'occasion à la fin du mois de communier une fois dans l'église de son village.

    Après avoir bu son 1er verre de vin de messe il prend le volant pour se rendre dans l'église suivante. C'est limite, mais cela peut encore passer.

    Mais quand il reprend le volant pour se rendre dans la 3ème église, avec 2 verres de vin de messe dans le gosier et 2 hosties dans l'estomac, il est déjà fait comme un rat.

    Jeune conducteur, pas de point d'avance : retrait immédiat de permis ! Pour récupérer son permis plus vite ou moins cher il devra participer à un stage de rééducation avec autocritique en public comme dans toute dictature totalitaire qui se respecte.

    Et il n'a pas intérêt à nier qu'il a un problème avec l'alcool sous prétexte qu'il ne boit jamais en dehors de la messe. Comme dans toute dictature totalitaire qui se respecte le déni n'est pas accepté.

    Il devra donc faire comme tous les autres dangereux criminels réunis autour de la table, se confondre en excuses, battre sa coulpe, reconnaître sa responsabilité, jurer qu'il va s'amender et se soigner, et même remercier ses bourreaux !

    Mais cela ne règle pas le problème, car chaque dimanche il y a des paroissiens qui veulent aller à la messe.

    Ivan

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  5. Sur le Danemark et les 90 km/h :

    http://www.securite-routiere.gouv.fr/en-parler-agir/info-intox/vitesse/le-danemark-a-essaye-les-80-km-h-et-est-repasse-aux-90-km-h.-vrai-ou-faux

    Ivan

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    1. La limite de vitesse au Danemark est 80km/h sur les routes nationales. Si les conditions les permettent la police et les autorités administratives routières peuvent fixer une limite de vitesse au-dessus ou au-dessous des 80km/h. Par exemple, la vitesse peut être limitée à 60km/h ou 70km/h sur certaines portions si la nature de la route, les caractéristiques de l’environnement et les considérations envers les piétons et les cyclistes l’exigent.

      https://www.facebook.com/AmbassadeDeDanemarkEnFrance/posts/911995952307110

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  6. Un calcul simple basé sur les données statistiques nationales permet de démontrer que l’application de cette mesure va permettre d’éviter l’émission d’environ 1 million de tonnes de CO2 dans l’atmosphère chaque année.

    http://www.carbone4.com/limitation-a-80-kmh-fort-benefice-climat/

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  7. Cette mesure peut faire consommer plus de carburant, difficile de passer la 6e à seulement 80 km/h

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    1. Vous connaissez rien à la mécanique auto.

      Personne ne roule à 90 en 6 ème, à part les abrutis. Quand vous roulez en 6 ème à 90, vous encrassez votre carburation et polluez plus.

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  8. Savez-vous que les statistiques officielles sur la responsabilité de l'alcool dans les accidents de la circulation sont officiellement bidons, qu'elles ne valent rien ?

    "lorsque les forces de l’ordre arrivent sur les lieux d’un accident de la circulation, elles doivent contrôler l’alcoolémie de tous les conducteurs impliqués et le cas échéant des piétons (dépistage et mesure du taux d’alcoolémie par prise de sang pour les usagers décédés ou grièvement blessés, éthylotest pour les indemnes et les blessés légers). Ces informations sont consignées dans le BAAC."

    https://www.ofdt.fr/statistiques-et-infographie/sources-statistiques/fichier-national-des-accidents-corporels-de-la-circulation-routiere-alcool/#meth

    Oui vous avez bien lu, tous les conducteurs impliqués. Autrement dit vous êtes arrêté à un feu rouge, une voiture vous percute par derrière :

    Si votre alcootest est positif, peu importe que celui du conducteur fautif soit nul, peu importe qu'il n'y ait aucun doute ni aucune contestation sur la responsabilité de l'accident, voire qu'il se soit produit sous les yeux de la maréchaussée.

    Dans tous les cas vous devrez souffler dans le ballon, et l'accident apparaîtra dans les statistiques officielles comme impliquant l'alcool.

    On cherche seulement à savoir qui a bu et pas, on ne cherche jamais à savoir si cela a vraiment un rapport avec l'accident.

    Intéressant, non ?

    Ivan

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