samedi 21 mars 2020

Coronavirus : une nouvelle ligne au passif de Macron (1/2)


Bien sûr, les macronistes en appellent à l’unité nationale et demandent d’éviter les critiques en cette période de crise. Mais cela se heurte à deux limites. D’abord, il faudrait qu’ils soient plus exemplaires en la matière, eux qui sont si prompts à incriminer l’opposition ou les français, quand ce n’est pas l’ancienne ministre de la santé qui rompt les rangs le lendemain des municipales. Ensuite, c’est cette pression critique qui permet aussi d’avancer, comme le montre le report des municipales…




Parapluie et boucs émissaires



Bien sûr, gérer une telle crise est extraordinairement complexe et dure. Mais ce qui frappe depuis quelques jours, c’est à quel point la majorité cherche à se protéger et à se défausser de ses responsabilités en incriminant les uns et les autres. Dès l’intervention du 12 mars, Macron s’est ainsi abrité de nombreuses fois derrière l’avis des scientifiques pour justifier le maintien du premier tour des municipales, alors que beaucoup plaidaient pour un changement de direction, comme dans le Quotidien du Médecin le 6 mars, ainsi que l’a rapporté le site Les Crises. Et parallèlement, fuitait l’opposition du président du Sénat et de Laurent Fabius à tout report, relayée par des députés de la majorité. Mais ces deux épisodes posent des problèmes de cohérence, et globalement de crédibilité.



D’abord, les deux versions sont contradictoires : pourquoi donc le président aurait proposé un report à Gérard Larcher si les scientifiques ne voyaient pas de problème à l’organisation du premier tour ? Les deux versions se contredisent et révèlent en creux, logiquement, qu’une bonne partie du conseil scientifique était opposée au maintien des élections du dimanche 15 mars. Et quelle farce de vouloir nous faire croire que Macron aurait reculé face au président du Sénat sur un tel sujet. Il a tout de même démontré une capacité à avancer comme un bulldozer malgré l’opposition des partis adverses et de l’opinion en de nombreuses occasions depuis son élection ! Ne peut-on pas plutôt imaginer qu’il préférait politiquement que les élections aient lieu pour solder un épisode politique peu en sa faveur ?



Le tour de passe-passe qui a été réalisé sur le sujet a seulement pour but d’exonérer le président de sa responsabilité dans la tenue du premier tour, au mépris de la lutte contre la propagation de l’épidémie. Le rôle d’Agnès Buzyn n’est pas très clair non plus. Sa déclaration post-élection où elle incrimine président et Premier ministre la met également en porte-à-faux par rapport à ses déclarations rassurantes du mois de janvier. En outre, pourquoi avoir accepté de prendre la tête de la campagne municipale à Paris et avoir abandonné son ministère si elle pensait que les municipales n’auraient pas lieu ? Décidément, Macron semble avoir un don pour s’entourer de personnes de petite qualité…



C’est encore le cas avec Olivier Veran, qui clame de manière orwellienne sa transparence. Son interview dans le Figaro daté d’hier est un monument de tout ce qui est exécrable en politique, digne des infox de Trump. Sur le manque de masques, il incrimine les majorités précédentes en détaillant tout ce qu’il a fait, démontrant de facto que l’Etat a agi bien tard, étant donné le manque actuel de masques. Il soutient également que « les masques sont inutiles pour se protéger », ce qui est faux puisque cela protège les autres. Ne serait-il pas plus honnête de simplement dire que nous manquons de masques et que nous privilégions les usages les plus importants ? Et sur le manque de tests, il ose dire que la non-systématisation « suivrait scrupuleusement les doctrines de l’OMS », un énorme mensonge.



Le retour des Gaulois réfractaires



Depuis dimanche dernier, les français sont devenus l’autre bouc-émissaire de la macronie, les images des parcs et marchés le dimanche ayant généré de nombreuses réactions. La majorité serait donc contrainte de prendre des mesures plus strictes du fait de l’irresponsabilité des français, qui n’auraient pas bien pris la mesure de l’épidémie et tarderaient à adopter le bon comportement, en somme un retour du discours sur les Gaulois réfractaires... Mais là encore, ceux qui tiennent un tel discours sont mal placés pour le faire… En effet, pas plus tard que le 6 mars, Macron allait au théâtre et le faisait savoir. Pourtant, la situation italienne était déjà critique et des voix se levaient en France pour appeler à des mesures de confinement… De même, son discours du 12 mars restait d’autant plus modéré qu’il ne voyait pas de problème à appeler plus de 40 millions de français à aller voter trois jours plus tard



Bien sûr, samedi soir, le Premier ministre changeait de registre, mais là encore, le message manquait de clarté du fait du maintien des municipales. Si les images des foules de dimanche à Paris peuvent être choquantes, l’urgence de rester chez soi ce jour-là n’était pas évidente quand 47 millions d’électeurs, personnes âgées incluses, étaient appelés à voter le lendemain… Il est assez injuste de s’en prendre de la sorte aux français alors que le discours officiel était si peu clair et à mille lieues du discours tenu en Italie par exemple. Un Michel Cymes, dont le discours semble surtout influencé par la position de Macron, n’était guère inquiétant début mars, affirmant que les virus « font partie de la vie (…) je ne suis absolument pas inquiet », ou même le 10 mars lors de son passage dans Quotidien. Il faut lui reconnaître d’avoir admis cette semaine avoir probablement été trop rassurant. En somme, le comportement des français a plus à voir avec la façon dont les élites politico-médiatiques ont traité la crise sanitaire qu’avec une pseudo-inconscience. Des semaines de réassurance et de manque de mesures fortes ne pouvaient malheureusement pas créer un sentiment d’urgence dans la population.



Sur la forme, la succession des trois interventions du jeudi 12, samedi 14 et lundi 16, et le durcissement des mesures montre surtout que le président n’a pas pris les bonnes décisions le jeudi et que, devant son erreur, il a tergiversé, imposant deux ajustements à deux jours d’intervalle, pour aboutir à un dispositif correct. Même si la dernière intervention semble avoir été appréciée (encore que 85% des Français pensent que le confinement vient trop tard), on peut se demander comment sera perçue la séquence globale. En outre, comme l’a bien noté un David Desgouilles peu enclin à suivre l’injonction d’unité nationale derrière le résident de l’Elysée, certains aspects de l’intervention n’étaient guère réussis. Conseiller aux français de lire a un côté maternant et condescendant davantange digne d’un autocrate. Et le rabâchage du terme « guerre », suivi par Trump, fait communication un peu grossière



Pour finir, le discours quasiment alter-mondialiste tenu par le président ces derniers jours n’était guère crédible. D’abord, le grand écart avec le promoteur de la « start up nation » est un peu trop grand. Ensuite, cela rappelle les discours de Sarkozy il y a dix ans, qui n’ont abouti à rien, comme sur les parasites fiscaux. Bien sûr, notre modèle économique doit être profondément revu, cette crise étant bien une crise de la globalisation, pour aller dans le sens de l’analyse de Michel Onfray. Mais pour l’instant, nous en restons aux grandes déclarations de principe plus destinées à la communication qu’autre chose. Il reste difficile de croire que quoique ce soit de concret pourra aboutir à l’avenir tant cela remet en cause les fondements du modèle globalisé défendu par l’UE et soutenu par nos dirigeants.



Bref, la gestion de la crise sanitaire par Macron et sa majorité est d’autant plus critiquable qu’ils ne se cessent d’incriminer les uns et les autres alors que les variations de leur ligne devrait inciter à plus de modestie. Et comme les critiques semblent faire bouger les choses, il est essentiel de poursuivre à développer un regard critique également sur le fond des dossiers, comme je vais essayer de le faire dans le prochain papier qui sera publié lundi matin.

24 commentaires:

  1. Très bonne initiative de votre part. Certes, on ne change pas de capitaine pendant la tempête. Alors on va garder notre capitaine de pédalo mais une fois au port, ça va chauffer.

    RépondreSupprimer
  2. On nous parle de foules de promeneurs, de marchés bondés... Je suis dubitatif. Lorsque je sors de chez moi pour aller me ravitailler, je ne vois que des rues désertes. J'ai l'impression que les médias sont en mode propagande et cherchent déjà à justifier des nouvelles mesures de restriction de nos libertés.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Votre remarque est un peu naïve et m'étonne, car je suis habituellement plutôt d'accord avec vos analyses. "Lorsque je sors de chez moi"... Vous avez donc récemment visité toutes les villes de France, déambulé sur tous les marchés, arpentés tous les quartiers ? Renseignez-vous sur ce qui arrive dans certains quartiers (je dis bien CERTAINS, je ne généralise pas) à forte population immigrée/issue de l'immigration. On n'y respecte pas habituellement beaucoup la loi. Que croyez-vous qu'il s'y passe ? C'est le fait d'une minorité, mais ce n'est pas une consolation, parce que c'est le cas de la plupart des problèmes qui empoisonnent la vie de ces quartiers en temps ordinaire. Le Rassemblement national va en faire des gorges chaudes. Dommage peut-être, puisque je ne vote pas pour eux. Mais à qui la faute ? Les lepenistes vont encore nous citer Bossuet sur les inconséquents qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes. Qualifier cela de rhétorique réactionnaire ne va pas suffire. Si vous ne voulez pa un jour être gouverné par les gens du RN, ne traitez pas à la légère les problèmes qu'ils dénoncent comme cruciaux.

      Supprimer
    2. J'habite dans la banlieue parisienne, dans un quartier à "forte population immigrée" comme vous dites.

      Supprimer
    3. Alors, on va dire que tout ne se passe pas partout de la même manière. Renseignez-vous sur ce qui s'est passé dans certains arrondissements à Lyon, par exemple. Mon intervention ne portait pas d'autre message : je ne me vois pas sortir de chez moi, observer ce qui se passe dans mon quartier et en conclure que les médias nous enfument parce que je ne reconnais pas ce qu'il disent dans mon expérience quotidienne limitée.

      Supprimer
    4. Ce n'est pas seulement mon expérience personnelle, c'est ce que j'entends autour de moi. Alors je veux bien que dans certains endroits, les gens ne respectent pas les consignes de sécurité, mais dans l'ensemble je pense qu'elles sont bien respectées.

      Supprimer
    5. Tout à fait d'accord avec vous sur la formule "dans l'ensemble". Mais je n'ai pas eu l'impression que les médias nous matraquaient de fausses nouvelles alarmistes sur ce point particulier : ils ont attiré l'attention sur des quartiers où les choses se passaient mal, ce qui est leur métier après tout. Par ailleurs j'avoue que ce que Pénicaud est de faire passer dans le droit du travail, sous prétexte d'urgence économique, m'inquiète au moins autant que les possibles atteintes aux libertés.

      Supprimer
    6. Correction d'un oubli : "est en train de faire passer"

      Supprimer
  3. Si vous croyez que fermer les frontières empêche ce genre de pandémie, alors c'est que vous n'avez rien compris. Certaines régions de France sont plus atteintes que d'autres, vous les mettez où vos frontières à la con ? Il s'agit de clusters de pandémie, pas de pays. L'épidémie vient d'une consommation de chauve souris, nids à virus inventifs, en Chine qui n'applique pas correctement les normes agro-alimentaires qui sont pourtant diffusées mondialement. Aux chinois et aux autres de ne pas manger n'importe quoi sur le plan sanitaire. Vos frontières n'empêcheront aucune pandémie, pas plus qu'au moyen-âge quand les épidémies de peste étaient autrement plus meurtrières que le Cov 19.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Intéressant de noter que contrairement à vos dires, la lutte contre la pandémie passe partout par des restrictions aux mouvements de personnes. S'il n'y avait pas d'échanges avec la Chine, l'épidémie ne serait pas chez nous... Après, aujourd'hui, cela ne règle pas tout (ce que je n'ai jamais dit), mais cela fait partie des mesures clés.

      Supprimer
    2. Curieusement, Macron affirme que « le virus n'a pas de passeport » puis annonce, dans sa seconde allocution, la fermeture des frontières de l'espace Schengen !

      Supprimer
    3. "la lutte contre la pandémie passe partout par des restrictions aux mouvements de personnes"

      Je n'ai pas dit le contraire, je dis juste que vos frontières nationalistes n'ont rien à voir avec la géographie d'une pandémie qui se fait par clusters, ville ou régions. Votre stupidité est sidérante, vous êtes con à bouffer du foin.

      Supprimer
    4. Si les gens ici étaient d'accord avec vous, avouez donc que vous en seriez tout peiné, n'ayant plus personne à insulter...

      Supprimer
    5. "vos frontières nationales rien à voir avec la géographie d'une pandémie". FAUX. Cas extrême, un pays qui vivrait en autarcie l'aurait évité. Et les pays moins ouverts semblent en tirer bénéfice (cf Japon malgré sa proximité géographique et économique avec la Chine). Bon appétit pour le foin !

      Supprimer
    6. Même The Economist, pas vraiment de mon bord politique, est d'accord : https://www.economist.com/finance-and-economics/2020/03/12/throughout-history-pandemics-have-had-profound-economic-effects

      Supprimer
    7. Et donc avec des hôpitaux alsaciens surchargés qui envoient des malades dans des hôpitaux en Allemagne proches de la frontière, ça vous scandalise ? Je confirme, vous êtes un sinistre crétin, voire un criminel !

      Supprimer
  4. Le problème, c'est la sous-estimation des conséquences de l'intensification des flux (touristiques, migratoires, allers-retours entre pays pour raisons familiales) induite par la mondialisation. Il y a une quinzaine d'années, le SRAS était resté limité à Hong Kong et deux pays d'Asie du Sud-est. Mais en quinze les choses ont eu le loisir de s'intensifier. A la limite, le pouvoir en place peut être critiqué pour un aveuglement sur une globalisation qu'il défend comme indispensable à la France (comme Sarko en 2007, comme Hollande à mots couverts). Sauf qu'il n'est même pas sûr qu'il aurait réagi en cas de mini-crise type Corée 2015 (un homme d'affaires avait ramené de Dubaï une variante du COVID, l'effet fut limité mais le pouvoir en tira les conséquences). Car on parle de personnes qui étaient en partie là au moment de la crise des Bonnets Rouges et qui n'ont pas prévu celle des Gilets Jaunes. Un peu comme si le culte du présent des médias avait atteint nos élites.

    JZ

    RépondreSupprimer
  5. Cher Laurent,

    Merci de poursuivre ce blog. Vos réflexions qui nourrissent le débat sont plus que jamais indispensables.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci. Long papier demain sur le fond.

      Supprimer
    2. Je me doute que vous avez beaucoup à lire, mais les remarques de l'économiste néochartaliste William Mitchell sur les conséquences de la pandémie pour la pensée économique méritent le détour : http://bilbo.economicoutlook.net/blog/?p=44507

      YPB

      Supprimer
    3. Sur la question des tests, il semble que personne ne croie plus les mensonges du gouvernement consistant à présenter leur faible nombre comme relevant d'une stratégie cohérente conforme aux demandes initiales de l'OMS : "La limitation, à ce jour, des tests aux seuls personnels de santé présentant des symptômes du virus résulte d’une insuffisante disponibilité des matériels" vient d'estimer le Conseil d'État (https://www.conseil-etat.fr/actualites/actualites/statuant-en-urgence-le-conseil-d-etat-rejette-la-demande-de-confinement-total-et-enjoint-au-gouvernement-de-preciser-la-portee-de-certaines-interd).

      Supprimer
  6. @ YPB

    Merci pour le lien. Très intéressant. Il a un style plaisant pour ne rien gâcher.

    @ Anonyme

    D'où le changement de doctrine d'hier annoncé par Olivier Véran, mais qui va mettre du temps à être mis en pratique.

    RépondreSupprimer
  7. Les frontières n'arrêtent pas les particules fines qui contribuent à la transmission de virus... Mais comme n'avez aucune culture scientifique, vous racontez vos âneries.

    https://www.rtbf.be/info/societe/detail_le-coronavirus-pourrait-rester-plusieurs-heures-dans-l-air-a-cause-de-la-pollution-atmospherique?id=10464049

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. @ Troll de service

      L'étude italienne qui a prétendu démontrer le lien entre pollution de l'air et transmission du Covid-19 a été accueillie avec beaucoup de scepticisme, du fait de nombreux biais méthodologiques : https://www.marianne.net/societe/le-covid-19-transmis-par-les-particules-fines-l-etude-italienne-n-est-pas-une-demonstration

      Les zones les plus affectées par l'épidémie en Italie du Nord sont les plus polluées par les particules fines, certes. Mais ce sont aussi des zones à très fortes densités de population, dans lesquelles l'épidémie a forcément le plus de chance de se répandre.

      Quand on prétend avoir de la culture scientifique, on ne confond pas hypothèses et certitudes validées.

      Supprimer