dimanche 23 octobre 2022

OATi : le scandale des emprunts d’Etat indexés sur l’inflation

15 milliards d’euros au moins : c’est le surcoût pour le budget de l’Etat en 2022 des OATi par rapport à ce qui avait été prévu ! Pour remettre en perspective, c’est deux fois plus que le coût de la revalorisation de 3,5% du point d’indice des fonctionnaires cette année. En 2022, la France subit une forte hausse des charges de la dette, dont près de 90% du montant vient uniquement des titres dont les taux sont indexés sur l’inflation. Pire, notre pays continue à émettre de tels titres, comme ce jeudi !

 


Sont-ils capables de bien gérer quoique ce soit ?

 

Avec un Inspecteur des Finances à la tête de l’Etat, on pourrait s’imaginer notre dette bien gérée. Ce n’est même pas le cas, comme l’ont révélé Charles-Henri Gallois et Génération Frexit au début de l’été. Plus de 90% de notre dette est aujourd’hui constituée de bons du trésor à taux fixes, et la baisse continue des taux jusqu’à 2021 (au point d’être négatifs), a permis à la charge de la dette de baisser malgré l’augmentation de l’encours. Et même si les taux longs ont très fortement remonté cette année, à près de 3% sur les emprunts à 10 ans, taux jamais vu depuis 2012, l’impact sur notre charge est lissé dans le temps par une maturité moyenne de 8 ans : les emprunts à 10 ans souscrits il y a un an ou deux, parfois à taux négatif, ne seront pas refinancés avant 2030, ce qui réduit l’impact actuel de la hausse des taux. Cette hausse de la dette et des taux n’augmente la charge de la dette que de 2 milliards en 2022.

 

Mais sur les près de 3000 millilards de dettes publiques, il y a aujourd’hui plus de 250 milliards indexés sur l’inflation, un type de dette qui existe depuis 1998 et qui offre un taux qui varie avec l’inflation, garantissant le pouvoir d’achat des émetteurs. Pire, 70% de ces titres sont indexés sur l’inflation de la zone euro (10%), et non l’inflation de la France (5,6%), ce qui explique le surcoût de 15 milliards sur la seule année 2022 pour le budget de la France, autant d’argent qui n’ira pas dans le salaire des professeurs ou des infirmières… Interpellé par Jean-Philippe Tanguy et Philippe Brun à l’Assemblée cet été, Bruno Le Maire a répondu que ce type de bons répondait à une « demande très précise des banques et assurances ». Mais ce n’est pas parce que les banques souhaitent que la France émette des bons indexés sur l’inflation qu’il faut le faire. Un ministre doit définir ce qui est l’intérêt de la France, pas des banquiers.

 

En supposant que la France ait du mal à placer les titres à taux fixes, il pourrait être utile d’émettre des titres plus attractifs pour les investisseurs. Mais ce n’est même pas le cas ici, ce qui explique que ces titres ne représentent que 10% des émissions. Mieux, les titres non indexés sont largement sur-souscrits, au point où il est clair qu’il n’y a aucun besoin d’émettre des bons indexés sur l’inflation. Certes, on peut reconnaître que jusqu’à mi-2021, le niveau de l’inflation depuis 35 ans pouvait lever les craintes sur de tels titres. Mais depuis 15 mois maintenant, et l’envolée de l’inflation, le coût de tels titres les rend extrêmement nocifs pour nos finances. Et dans une configuration où nous pourrions nous financer sans ces OATi, Bercy aurait dû stopper toute émission de titres indexés sur l’inflation, quelles que soient les demandes des banques, comme le pointe la saisine de la Cour des Comptes par Génération Frexit.

 

Il y a ici une véritable, et très coûteuse, faute professionnelle de Bercy, de la Cour des Comptes et de l’Agence France Trésor à avoir continué à émettre ces titres depuis 15 mois. Le contexte économique aurait dû les pousser à suspendre l’émission de ces titres dès l’an dernier, ou, a minima, dès le déclenchement de la guerre en Ukraine, qui a provoqué une envolée de l’inflation. Tout aussi révoltante la réaction de Bruno Le Maire, Pierre Moscovici ou du gouverneur de la Banque de France, qui semblent découvrir le sujet, alors que le dérapage du coût pour les finances publiques est massif, et ne remettent pas en cause ces titres, malgré son coût. De manière totalement contradictoire, nos dirigeants laissent filer le coût de la dette alors même qu’ils sont les premiers à vouloir tailler dans des budgets pourtant essentiels, comme le montre l’état calamiteux de notre éducation nationale ou notre système de santé.

 

La France n’a pas besoin d’émettre de tels titres pour se financer. Le coût des bons du Trésor indexés sur l’inflation est beaucoup trop élevé pour continuer à en émettre (15 des 17 milliards de hausse de la charge de la dette pour moins de 10% de l’encours). Il serait temps que nos « grands financiers » finissent par l’admettre et cessent toute émission. Car à chaque émission, c’est de l’argent en moins pour payer de manière plus juste nos professeurs, nos infirmières… La dernière était prévue ce jeudi 20 octobre

3 commentaires:

  1. Le Mozart de la finance... Et Bruno Lemaire, qui, à défaut d'être un bon à rien est un mauvais à tout.

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  2. Grand moment comique dans Le Monde. Macron qui se plaint que Berlin fasse cavalier seul en Europe? Mais pourquoi n'entendait-on personne le dire du temps de Merkel? A cause de l'aura du bilan économique (dû aux réformes Schroder) de la Chancelière? Parce que Berlin était une contrainte extérieure bien pratique pour faire passer la pilule réformiste? Parce que la crise des pays du Sud avait fait de Berlin le leader de l'UE? Donc grosso modo les intérêts de la France ne méritent d'être défendus que lorsque Berlin se porte un peu moins bien?

    JZ

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