Après une pause (salutaire) de
presque un an, je reprends les publications sur l’œil de Brutus. Comme je
l’annonçais, je m’éloigne du suivi de l’actualité politique dont l’extrême
médiocrité a fini par lasser mon goût de l’écriture. Je reprends donc la suite,
entamée en septembre 2016, de la recension de l’un des ouvrages majeurs
d’Hannah Arendt : La Crise de la culture. Nous avions déjà vu les quatre
premiers chapitres : La tradition et
l’âge moderne, Le concept
d’histoire, Qu’est-ce que
l’autorité ? et Qu’est-ce que la liberté ?. Le cinquième chapitre, sans doute le plus important de
l’ouvrage, est consacré à l’éducation. Se basant sur les évolutions de
l’éducation dans l’Amérique des années 1950, Hannah Arendt anticipe, avec une
clairvoyance impressionnante, l’impact de la rupture avec toutes formes de
traditions (sur
ce sujet, relire le chapitre 1) sur l’éducation, et surtout sur la
déconstruction de l’éducation. Nous sommes en 1961 ; et déjà, Hannah
Arendt pressent la dégénérescence de la modernité en une postmodernité (même si elle n’emploie pas le terme) à l’intérieur de laquelle le règne de l’individu-roi (et
par voie de conséquence de l’enfant-roi) atomise tout fonctionnement social et,
à contrecourant de ses objectifs proclamés, aboutit à un entremêlement de
tyrannies : celle du petit Moi[i], celle de la
(supposée) majorité du camp du Bien et celle des minorités agissantes. Cette
anticipation est d’une telle actualité vis-à-vis du système éducatif français
d’aujourd’hui que je laisse, pour l’essentiel, le lecteur avec des citations
intégrales, généralement peu commentées.
Affichage des articles dont le libellé est Hannah Arendt. Afficher tous les articles
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mercredi 8 août 2018
dimanche 20 novembre 2016
Hannah Arendt : Qu’est-ce que la liberté ?
Billet invité de l’œil de Brutus
Suite d’articles sur La Crise de la culture,
d’Hannah Arendt.
Chapitres
précédents :
« Soulevez la question : qu’est-ce que la liberté ? semble une
entreprise désespérée » s’interroge Hannah Arendt.
« Tout se passe comme si des contradictions et des antinomies sans âge
attendaient ici l’esprit pour le jeter dans des dilemmes logiquement
insolubles, de sorte que, selon le parti adopté, il devient aussi impossible de
concevoir la liberté ou son contraire, que de former la notion d’un cercle
carré. »
dimanche 30 octobre 2016
Hannah Ardent : qu’est-ce que l’autorité ? (billet invité)
Billet invité de l’œil
de Brutus
Suite d’articles sur La Crise de la culture, d’Hannah
Arendt.
Chapitres précédents :
Hannah Arendt commence ce
chapitre par un simple constat : « l’autorité
a disparu du monde moderne », ou plutôt la conception de ce qu’est
l’autorité a disparue. En effet, « puisque
l’autorité requiert toujours l’obéissance, on la prend souvent pour une forme
de pouvoir ou de violence. Pourtant l’autorité exclut l’usage de moyens
extérieurs de coercition ; là où la force est employée, l’autorité
proprement dite a échoué. L’autorité,
d’autre part, est incompatible avec la persuasion qui présuppose l’égalité et
opère par un processus d’argumentation. (…) S’il faut vraiment définit
l’autorité, alors ce doit être en l’opposant à la fois à la contrainte par
force et à la persuasion par arguments ».
dimanche 16 octobre 2016
Hannah Arendt : Le concept d’histoire
Billet invité de l’œil
de Brutus
Suite d’articles sur La
Crise de la culture, d’Hannah Arendt.
Pour revenir à
l’article précédent : la
tradition et l’âge moderne.
Fort logiquement, Hannah Ardent
entame ce chapitre avec Hérodote, le « père de l’Histoire », pour qui
la fonction de l’histoire est de « sauver
les actions humaines de la futilité qui vient de l’oubli ». Il s’agit
alors d’échapper à la mortalité, de ne plus « se mouvoir en ligne droite dans un univers ou tout, pour autant qu’il
se meut, se meut dans un ordre cyclique ». Le thème des récits
historiques devient donc des cas particuliers, des gestes singulières, qui
perturbent le cycle : « la
substance de l’histoire est constituée par ces interruptions autrement dit par
l’extraordinaire ». Pour
les mortels, réussir à imprimer leurs actes, leurs œuvres, dans la trame
de l’histoire est alors le moyen de pénétrer la mémoire humaine, Mnémosyne – la
mère de toutes les muse -, et donc d’accéder à l’immortalité.
mercredi 28 septembre 2016
Hannah Arendt : La tradition et l’âge moderne (billet invité)
Billet invité de l’œil de Brutus
Cet article initie une série de recensions sur La Crise de la
culture d’Hannah Arendt. La lecture de cet ouvrage n’est pas des plus
accessibles. La pensée d’Arendt ne fait en effet pas système. Quand on constate
comment les systèmes de pensée uniformisée et se voulant une cohérence
d’ensemble ont pu dégénérer en totalitarismes de part une lecture réductrice du
monde, on ne saurait faire grief à celle qui fut l’une des plus grandes
critiques de tous les totalitarismes de ne pas s’être laissée enfermer dans une
case philosophique. Si Hannah Arendt entame son ouvrage par une allégorie de la
caverne de Platon, ce n’est pas pour rien : rien ne serait plus vain et
dangereux que de se laisser cloîtrer au fond d’une caverne avec quelques
schémas réducteurs (la lutte des classes, l’inégalité des races, la concurrence
« libre et non faussée », l’ « ordre spontané », la main
invisible, etc.) en guise de représentations du réel.
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