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mercredi 12 février 2014

La Suisse défie l’autocratie néolibérale européenne


Dimanche, les citoyens suisses ont décidé de reprendre le plein contrôle de leurs frontières et d’instaurer des limites au nombre d’immigrés qui rentrent chaque année dans le pays. Ce vote, et les réactions qu’il a déclenchées, sont extrêmement révélateurs sur l’état du débat public en Europe et en France.



La dictature du laisser-passer

Il est effarant que Le Monde évoque « la perception d’une immigration incontrôlée » quand  le solde net migratoire suisse, 80 000 personnes, est 5 à 10 fois plus important qu’en France, 1% de la population tous les ans ! L’UE a essayé de ne pas réagir de manière trop outrancière à la votation, constatant qu’elle « va à l’encontre du principe de libre-circulation des personnes entre l’UE et la Suisse » et dit examiner « les implications de cette initiative sur l’ensemble des relations (entre l’UE et la Suisse). Dans ce contexte la position du Conseil fédéral sera aussi prise en compte ». Mais la fin indique bien que l’UE essaie d’obtenir d’une main ce que les électeurs veulent lui reprendre de l’autre.

Cette Europe a la mauvaise habitude, totalement anti-démocratique, de vouloir remettre en question le vote des peuples, comme cela a été fait avec les votes de la France et des Pays-Bas en 2005, ou de l’Irlande en 2008. La commissaire de sinistre mémoire en France, Viviane Reding, a d’ailleurs déclaré que « les britanniques ne pouvaient pas prendre une décision informée sur la question de rester ou non dans l’UE ». En clair, si le peuple risque de mal voter, il ne faut pas le faire voter. Dans l’esprit de la Vice-Présidente de la Commission Européenne, il faudrait peut-être un permis de voter réservé aux citoyens informés… que pourraient sélectionner des agences européennes, tant qu’à faire.

Ce que cela dit sur l’UE et la France

lundi 1 avril 2013

De l’article 50, de l’Europe et de l’UPR


Mon papier de mercredi a déclenché une nouvelle polémique avec les partisans de François Asselineau. Même si elles n’ont un intérêt que très limité, les échanges ont permis de clarifier les différences entre les deux mouvements, comme l’illustre la réponse d’un responsable de l’UPR.

Du Général de Gaulle et des traités

Vous évoquez le Général, mais il faut rappeler qu’il était resté dans la CEE, en imposant le compromis de Luxembourg, et que cela ne lui avait nullement empêché de jouer la carte de la France à l’échelle de la planète entière. En cela, sa politique me semble bien plus proche de cellle que je défends que de la vôtre. Mieux encore, comme me l’ont rapporté des commentateurs du blog, plusieurs déclarations du Général de Gaulle indiquent qu’il ne tenait les traités que pour ce qu’ils étaient.

Dans « C’était de Gaulle », au sujet de la sortie de la CEE, il soutient : « C’est de la rigolade ! Vous avez déjà vu un grand pays s’engager à rester couillonné, sous prétexte qu’un traité n’a rien prévu pour le cas où il serait couillonné ? Non. Quand on est couillonné, on dit ‘je suis couillonné. Eh bien, voilà, je fous le camp !’ Ce sont des histoire de juristes et de diplomates, tout ça ». On ne l’imagine guère rester enchaîner deux ans à un traité qui nous « couillonnerait »…

Dans « La tragédie du Général » de JR Tournoux, publié en 1967, au paragraphe intitulé « Le fétichisme du droit », les propos suivants sont attribués à De Gaulle : « Je ne veux pas laisser la France mourir par respect pour le juridisme.

Ne faites pas du juridisme. Quand on veut en sortir, on en sort, même si les textes ne l'ont pas prévu.

Qu'on laisse éclater un conflit entre le juridisme et le bons sens, entre les hommes de loi et le bon sens, alors toujours le bon sens est roulé, à moins que les pouvoirs publics n'interviennent à temps pour donner un coup de main.

Trois choses comptent en matière constitutionnelle. Premièrement, l'intérêt supérieur du Pays, ce que les Romains appelaient Salus patria. Cela prime tout, et de cela, je suis seul juge. Deuxièmement, loin derrière, il y a les circonstances politiques, les convenances, les tactiques. Il faut en tenir compte. Sinon, on n'aboutit à rien. Troisièmement, beaucoup plus loin derrière, il y a le juridisme.

Alors vous comprenez, le juridisme, oui, certes, il faut y faire attention. Mais, c'est secondaire, même tertiaire.

Je n'ai jamais rien fait dans ma vie que parce que j'ai fait passer d'abord le salut de la Patrie, et que je ne me suis pas empêtré dans le juridisme, et cela dans plusieurs circonstances que vous savez ».

Clémenceau disait que « la guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires », vision à laquelle le Général de Gaulle adhérait dans les années 1930, quand des débats eurent lieu sur la conduite de la guerre. On pourrait dire la même chose sur les traités, qui sont des choses trop importantes pour être confiés à la seule évaluation des juristes. Comme le soutient le Général de Gaulle, l’intérêt supérieur du pays prime. Et à partir du moment où un dirigeant dispose d’un mandat pour mener une politique contraire aux traités européens, il n’y a aucune raison valable, à mon sens, pour ne pas la mener, surtout quand les politiques imposées par ces traités sont une calamité pour le pays.

Le fétichisme juridique de l’article 50

mercredi 27 mars 2013

Lettre ouverte à François Asselineau, bis


Les querelles entre DLR et l’UPR n’ont pas un grand intérêt. Il y a deux ans et demi, je vous avais déjà fait une lettre ouverte, suite à des attaques aussi grotesques que malhonnêtes à l’encontre de Nicolas Dupont-Aignan. Puisque vous persistez, je me résouds à vous écrire de nouveau.

De mauvais procès en mauvais procès

C’est le visionnage d’une de vos conférences à Toulouse avec 20 minutes intégralement consacrées à attaquer Nicolas Dupont-Aignan qui me fait reprendre la plume. Déjà, en novembre 2012, vous vous étiez illustré en publiant sur votre blog un papier, qui dénonçait le gravissime plagiat que Nicolas Dupont-Aignan aurait réalisé en reprenant l’image de copropriété ou syndic au sujet de l’Europe, terme que vous disiez employer fréquemment dans vos conférences.

Par delà le fait que cette image semble assez évidente quand on parle de l’Europe, et qu’il est donc assez ridicule d’en réclamer la propriété, Tythan a montré sur son blog que NDA emploie ce terme depuis plus longtemps que vous… Mais c’est une constante chez vous, dès que l’on a l’audace de dire quelque chose qui ressemble vaguement à ce que vous dites, c’est forcément un plagiat, comme si la terre entière avait les yeux rivés sur vos écrits. Pourtant, on pourrait retourner l’accusation en brandissant les écrits d’il y a 20 ans de Séguin, Chevènement, De Villiers et bien d’autres.

D’ailleurs NDA a pris position publiquement bien plus tôt que vous sur la plupart des sujets européens. Vous agitez aussi la profession de foi présidentielle, qui ne parle pas de l’euro, comme une preuve de duplicité… Mais c’est totalement délirant. Non seulement, nous n’avons jamais varié sur ce sujet, mais je vous signale que la première vidéo de DLR de présentation de nos idées (vues plus de 15 000 fois) est justement sur ce thème là. Sachant que les Français avaient bien en tête ce point précis de notre programme, mais pas les autres, il était logique de développer le reste.

Une vraie différence de vision sur l’Europe

samedi 9 mars 2013

Jacques Sapir dénonce la fétichisation de l’état de droit


Après avoir dénoncé la dépossession de la démocratie que représente la constitutionnalisation version néolibérale des politiques économiques (notamment en Europe), Jacques Sapir propose une réflexion sur l’état de droit et l’articulation entre la légaité et la légitimité politique.

Le fétichisme du droit contre la démocratie

En fait il souligne que « la fétichisation de l’état de droit comme état de légalité, est certainement une des tendances les plus dangereuses pour la démocratie elle-même ». En résumé, il faut savoir distinguer la légalité et la légitimité : transmis aux cabris de l’article 50 du Traité de Lisbonne. Il souligne bien que pour « exclure toute action discrétionnaire et ne se laisser guider que par la loi, il faut que cette dernière ait intégré la totalité des états du monde présents et à venir ». Pour lui « admettre l’incomplétude des lois implique donc de définir qui pourra contester ainsi que les principes au nom desquels la modification ou l’interprétation pourra avoir lieu. Devoir déjà discuter de l’esprit d’un acte législatif fait sortir du cadre de l’application mécanique et dépersonnalisé qui est celui de l’Etat Législateur. On sort d’un système de normes pour revenir vers un système de décisions politiques ».

Pour lui, ne s’appuyer que sur les lois revient à rentrer dans la logique anti-Etat des néolibéraux. Il souligne également le grand danger de cette logique qui consiste à dire qu’à chaque problème correspond une et une seule solution en soulignant que cela retire tout sens au débat et au pluralisme. Au final, la légitimité politique est effacée par un légalisme totalitaire. Il critique violemment les normes économiques en soulignant qu’elles devraient théoriquement reposer sur un accord permanent de la part des agents. Il souligne que la norme ne « peut pas être discutée, car elle relève de la croyance, le mécanisme de la conviction prend nécessairement la forme d’une opposition croyants / incroyants, avec tout ce qui peut en découler ». Pour lui, la contestabilité des règles est essentielle en démocratie.

Les experts et les juges contre la démocratie

vendredi 25 janvier 2013

Londres, le talon d’Achille de l’UE


Comme il l’avait sous-entendu à l’automne, David Cameron a annoncé publiquement qu’il organisera un référendum sur la sortie de son pays de l’UE s’il conserve le pouvoir en 2015. Une nouvelle faille dans le château de cartes qu’est cette Union Européenne.

La tentation du large

L’annonce de David Cameron est extrêmement intéressante. Tout d’abord, il convient de souligner que le référendum est un moyen de pression autant externe qu’interne. C’est un outil politique interne dans la mesure où cela vise à couper l’herbe sous le pied de UKIP, qui vient d’arriver second lors d’une élection législative partielle, derrière le parti travailliste, mais devant les conservateurs, et dont l’adn politique est justement la critique de cette UE. En musclant son discours, il espère sans doute limiter l’hémorragie, mais aussi reprendre l’avantage sur des travaillistes plus europhiles.

Mais cette annonce a aussi une utilité externe dans la mesure où elle doit contraindre les pays européens à entamer des négociations avec la Grande-Bretagne pour redéfinir sa participation à l’Union Européenne. Car l’objectif affiché de David Cameron n’est pas de quitter l’UE. Pour lui « quand nous aurons négocié un nouvel accord (…) nous offirons aux Britanniques un référendum avec un choix très simple : rester au sein de l’UE sur cette nouvelle base ou en sortir complètement ».

Ce faisant, les conservateurs rentrent dans une discussion plus virile avec les autres pays européens. En clair, soit ils obtiennent un aménagement de leur participation et ils soutiendront le maintien de leur pays dans l’UE, soit, s’ils n’obtiennent pas grand chose, il est probable que les britanniques choisiront alors de faire le chemin inverse à celui de 1973. Et étant donnée l’opinion publique du pays, la convaincre d’y rester ne sera pas une mince affaire : un récent sondage indiquait que 49% des britanniques étaient favorables à une sortie et seulement 28% pour un maintien.

Une Europe qui doute