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samedi 4 septembre 2021

64 millions : le salaire d’une époque indécente

Papier publié sur le site de Marianne

 

Dans le cadre de la propagande contre le Brexit, l’AFP a exploité le départ d’une centaine de banquiers millionnaires de Londres en 2019. Mais outre qu’avec toujours 70% des banquiers millionnaires européens à domicile, la place de la Grande-Bretagne est loin d’être remise en question, cette dépêche fait aussi apparaître que le banquier européen le mieux payé a touché 64 millions d’euros en 2019 ! Un salaire qui en dit long sur notre époque, indécente et injuste pour ses inégalités extravagantes.

 


Le salaire de la vie de plus de 80 smicards

 

jeudi 16 mai 2019

Du bitcoin dans l’assurance-vie : dernière folie macronienne

La loi Pacte, c’est notamment la loi qui prévoit la privatisation d’Aéroports de Paris. Mais d’autres recoins peu connus de cette loi revèlent des décisions absolument abracadabrantesques, pourtant largement oubliées par les commentateurs de la vie politique. L’une des plus incroyable est probablement l’autorisation d’inclure des crypto-monnaies dans l’assurance-vie !


Contre-temps et idéologie délétère

mercredi 28 février 2018

Comme un goût d’avant un krach financier…

Outre l’improbable défense du plan de relance à destination des plus riches de Donald Trump, la lecture du The Economist daté du 10 février, après le grand coup de chaud des marchés du début du mois, donne aussi le vertige sur notre situation économique. Parfois, on se demande s’il ne s’agit pas d’une description des errements qui auraient déjà mené à un nouveau krach financier.


L’improbable synthèse de 2001 et 2008 ?

mercredi 21 janvier 2015

Inégalités, finance folle : comme un parfum d’avant la crise de 2008





Le retour de la finance folle

Bien sûr, les banquiers diront qu’ils subissent un alourdissement terrible de la réglementation et qu’ils ne sont plus aussi rentables qu’avant la crise de ce fait. Et il y a une part de vérité dans cette vision des choses. Néanmoins, quand on constate que Goldman Sachs réalise un profit de 8,5 milliards de dollars pour un chiffre d’affaire de 34,5 milliards, soit une marge colossale de 25%, on se dit que ce secteur d’activité bénéficie quand même d’une situation anormale… D’ailleurs, Thomson Reuters a rapporté une croissance des commissions de conseil en fusions-acquisitions de 6,8% en 2014, à 90 milliards de dollars : le secteur se rapproche de la barre des 100 milliards, passée en 2007.


Champagne en haut, misère en bas

jeudi 18 décembre 2014

Taxe Tobin : Hollande, l’ami de la finance


Bien sûr, je n’ai jamais cru le président alors candidat, quand il faisait de la finance son adversaire, quelques jours avant de rassurer la City. Malheureusement, sur le dossier de la taxe Tobin européenne, il démontre qu’il est, depuis qu’il est élu, l’un des meilleurs amis de celle qui était censée être son adversaire.



Histoire d’une trahison

Il faut remercier Marianne et Bruno Rieth, qui résume parfaitement l’incroyable histoire d’une trahison. Mais comment François Hollande a-t-il pu dire pendant la campagne électorale que « mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance » avant de mener une telle politique ? Il faut dire que quelques jours après, il confiait au Guardian : « la gauche a gouverné pendant 15 ans, pendant lesquels elle a libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n’y a pas de crainte à avoir ». C’est le second texte qui faisait foi, comme le démontre Bruno Rieth dans Marianne. Depuis deux ans et demi, l’Elysée et Bercy ne cessent de défendre l’agenda des banques et de la finance.

Et quelle meilleure illustration que la position de la France sur la taxe Tobin. L’idée a trouvé une seconde jeunesse avec la grande crise, soutenue par Joseph Stiglitz, qui y voit un moyen de réguler la finance mais aussi de davantage la faire contribuer à la collectivité, motivation qui semble d’autant plus juste aujourd’hui que les Etats ont déversé des milliards pour la sauver et qu’ils accumulent les déficits. Même l’UE, pourtant souvent influencée par les intérêts des multinationales, a fini par y céder et pousser un projet, farouchement combattu par le Royaume-Uni et les banques. Si la France fait partie du groupe de onze pays qui avancent, elle semble y être pour ralentir le mouvement et en réduire la portée.

Dépasser la droite par la droite

mercredi 27 août 2014

Hollande coupe l’arbre Montebourg, qui cachait la forêt Macron


Mardi a été nommé le nouveau gouvernement avec départ d’Arnaud Montebourg, Benoît Hamon et Aurélie Filipetti. Le candidat pour qui la finance était une ennemie nomme un banquier d’affaire à Bercy. Il assume toujours davantage le cap eurolibéral défendu depuis le début d’année.



La fin du grand écart économique

François Hollande était assez difficile à suivre sur les questions économiques. Pendant la campagne présidentielle, il faisait de la finance son ennemie, quelques jours avant d’aller à Londres pour rassurer le monde financier dans le Guardian, comme si l’information ne pouvait pas traverser la Manche. Arrivé au pouvoir, il nomme Pierre Moscovici à Bercy, en duo avec Arnaud Montebourg à l’Industrie, un couple de contradictions entre un représentant de l’aile la plus droitière du PS et de son aile gauche. Néanmoins, la ligne suivie par le gouvernement penchait déjà largement vers le premier, qui défendait les banques contre les timides projets européens de taxe sur les transactions financières, d’autant plus qu’Emmanuel Macron, à l’Elysée, appuyait déjà un cap économique plutôt libéral.

En début d’année, le président va plus loin dans un discours libéral avec sa priorité donnée à la compétitivité et à la baisse du prix du travail. Mais c’est Arnaud Montebourg qui remplace paradoxalement Pierre Moscovici à Bercy, même si la nomination de Laurence Boone pour remplacer Emmanuel Macron soutient le camp droitier au sein de la majorité. Le nouveau gouvernement clarifie la situation avec le départ d’Arnaud Montebourg et l’arrivée de l’ancien conseiller du président à Bercy. Désormais, l’aile droite du PS dispose de tous les leviers économiques, de Bercy à l’Elysée, en passant par l’Assemblée. La ligne est désormais claire alors même, paradoxalement, qu’elle est en échec. François Hollande a décidé de ne plus garder un fer alternatif au feu pour donner le change vis-à-vis de son aile gauche.

Confirmation du cap delorien

jeudi 7 août 2014

Ce qu’il faut retenir des pertes du Crédit Agricole au Portugal



Mardi, le Crédit Agricole a annoncé une charge exceptionnelle de plus de 700 millions d’euros pour tenir compte le plan de sauvetage de Banco Espirito (dont il était actionnaire à hauteur de 14,6%) par le Portugal. Une nouvelle affaire bancaire qui en dit long sur la nécessaire réforme de la finance.



Une nouvelle crise bancaire

Décidemment, l’actualité charrie toutes les semaines au moins un nouveau scandale bancaire, que ce soit la manipulation de cours comme le Libor, les condamnations sur les subprimes, les aléas de l’affaire Jérôme Kerviel, l’incroyable condamnation de BNP Paribas et les innombrables amendes qu’acceptent de payer les banques à la justice aux Etats-Unis ou en Grande-Bretagne principalement. Mardi, Lisbonne a annoncé un plan radical pour sauver de la faillite Banco Espirito, en la recapitalisant de 4,4 milliards d’euros, annihilant, pas illogiquement, les parts des actionnaires. La banque va être coupée en deux, entre une Novo Banco qui récuperera les bons actifs et une mauvaise banque pour solder le reste.

Bizarremment, les raisons de cette recapitalisation massive à l’échelle du Portugal ne sont que rarement évoquées, la plupart des médias se contentant d’évoquer les fraudes de la famille Espirito, qui était alors le premier actionnaire de la banque avec 20% du capital. Mais quelques recherches permettent de trouver cet article des Echos, qui évoque la cascade financière peu orthodoxe de la famille, qui détenait en réalité 100% d’un fond luxembourgeois, qui avait 100% d’un fond portugais, qui avait 49,6% d’un groupe luxembourgeois qui détenait 20% de la banque. La holding de tête a été placée en dépôt de bilan suite à la découverte de fraudes, ce qui a fait tomber le château de cartes du fait d’un jeu de prêts. C’est pour cette raison que les dirigeants du Crédit Agricole ont annoncé des actions en justice.

Une crise du laisser-faire et du laisser-passer

On pourrait ne retenir qu’une énième histoire de banquiers escrocs, mais la portée de cette affaire dépasse ce simple cadre, qui invite pourtant déjà à réfléchir sur l’organisation du système bancaire. Bien sûr, le Crédit Agricole professe sa bonne foi et on peut a priori ne pas trop en douter. Néanmoins, difficile de ne pas se dire qu’il n’a pas été un bon actionnaire, car la taille de sa participation impliquait une surveillance qui lui aurait permis d’éviter une telle fin. Ensuite, il est tout de même assez effarant qu’une banque accepte de prendre 14,6% du capital d’une autre banque en en laissant 20,1% à une famille qui utilise un montage financier qui lui permet d’en avancer à peine la moitié. Bref, même si le Crédit Agricole s’est fait arnaquer, on peut se demander s’il n’y a pas eu des erreurs de sa part.

Enfin, tout ceci amène à se poser la question de l’organisation de ce capitalisme sans frontière et sans limite qui permet tout et n’importe quoi. Le principe des cascades de holding ne semble tout de même pas très juste. Ne faudrait-il pas mettre en place un système légal empêchant cette forme d’abus de pouvoir ? Puis, tous ces bouillons pris par des banques en dehors de leur pays d’origine amène à se demander quel est l’intérêt de laisser ses banques s’exposer à l’étranger. Même si le contribuable français ne sera pas sollicité pour cette affaire, ces dernières années, des contribuables ont payé pour des errements qui ont eu lieu dans d’autres pays, ce qui est aberrant. Bref, l’organisation bancaire actuelle créé une forme d’irresponsabilité qui favorise tous les excès, d’autant plus que l’Etat est toujours là pour nettoyer.

Cette affaire démontre encore une fois, s’il était besoin, que le système bancaire doit être beaucoup mieux et davantage régulé. Et cela ne réussira qu’en démondialisant une finance qui utilise la mondialisation pour conserver ses profits et collectiviser ses pertes, comme même certains libéraux le reconnaissent.

mercredi 16 juillet 2014

Finance, code du travail : les blagues révélatrices de Michel Sapin


Michel Sapin occupe aujourd’hui le poste qu’il occupait en 1992 sous François Mitterrand, au ministère du budget. Il est sans doute un représentant parfait de ce PS qui n’a plus de socialiste que le nom, comme il le démontre peut-être malgré lui à travers deux sorties sous forme de boutades.



De la finance et du code du travail

Il y a quelques mois déjà, le ministre s’était fait remarquer par une réponse assez surprenante à une question sur la lourdeur du code du travail, en disant que pour en réduire le nombre de pages, il suffisait de diminuer la taille de la police de caractère. On reste perplexe devant une telle déclaration, pas très drôle et qui ne semble pas avoir sa place dans la bouche d’un ministre de la République dont on pourrait attendre qu’il explique que le code du travail permet aussi de protéger les salariés en ces temps de loi de la jungle économique, mais qui aurait aussi pu reconnaître qu’il était prêt à étudier des simplifications si celles-ci facilitaient la vie de tous sans déconstruire notre modèle social, et que, par conséquent, cela devait être fait d’un commun accord entre le patronat et les syndicats par exemple.

Il y a quelques jours, le ministre du budget a fait une étonnante déclaration en se déclarant « l’ami de la finance » mais en précisant qu’il parlait de « la bonne finance ». Cette introduction d’un qualificatif au terme « finance » est sans doute un moyen d’embrouiller le débat. Néanmoins, cela contredit une nouvelle fois la déclaration de campagne de François Hollande qui avait fait de la finance son ennemi. Certes, il n’y avait pas grand chose à y attendre puisque, quelques jours après, le candidat avait donné une interview au Guardian à Londres pour rassurer les milieux financiers en soulignant à quel point les gouvernements socialistes précédents avaient encouragé la libéralisation.

Ce que cela dit sur le gouvernement

mercredi 9 juillet 2014

La finance, vampire de l’économie


C’est le genre de papier qui montre tout l’intérêt qu’il y a à lire The Economist. Outre le fait d’être une fenêtre sur la pensée des élites globalisées sous influence anglo-saxonne, on y trouve aussi des pépites qui démontrent tous les failles du système que le journal promeut.



Le grand bond en avant de la finance

Le graphique d’illustration de ce papier synthétise en quelques courbes une partie non négligeable des problèmes de notre système économique. Il se base sur une étude de Guillaume Bazot, de l’Ecole d’Economie de Paris, qui propose une nouvelle méthode pour évaluer le poids de la finance dans le PIB. Alors qu’habituellement n’est pris en compte que la valeur ajoutée, basée sur les frais et les marges des établissements financiers, l’économiste y ajoute les gains en capital, en intérêts et en dividendes, qui représentent une part grandissante de leurs revenus. Les résultats sont frappants puisque le poids de la finance dans le PIB des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne et la France est passé de 2 à 3,5% du PIB en 1952 à 6 à 12,5% en 2007 !

The Economist commence par défendre la finance en soulignant que les coûts de transaction ont plutôt baissé mais rappelle que cette règle générale souffre de nombreuses exceptions (avec les fonds d’investissement). Pire, l’étude calcule un coût de la finance par rapport au montant des actifs financiers. Et là, le coût a tendance à augmenter (sauf en France), malgré les faibles taux d’intérêt. The Economist en vient à se demander « Qu’est-ce qui justifie les hauts revenus des banquiers et des gestionnaires de fonds ? On pourrait répondre qu’ils ont fait baisser le coût du capital pour les entreprises avec de faibles taux et une forte évaluation des actions. Mais c’est difficile à soutenir : les faibles taux sont davantage la conséquence de la politique de la banque centrale et de la faible inflation ».

Les vautours de la mondialisation

vendredi 4 juillet 2014

Finance : les ménages plus avisés que les professionnels


The Economist a consacré un papier passionnant à une étude de la Federal Reserve sur la pertinence du jugement des ménages et des professionnels de la finance sur l’évolution de l’activité. D’où il ressort que les ménages sont plus avisés, une forme d’hommage indirect à la démocratie.



Les moutons, ce sont les traders

The Economist commence par rappeller que pour les professionnels de la finance, l’opinion des ménages ne représente que du « bruit ». Parce que leur besoin ou disponibilité d’argent ne coincide pas forcément avec le bon moment « ils échangeraient trop souvent (…) et ils sont enclin à des biais comportementaux comme un excès d’optimisme et une allergie aux pertes », si on en croit Nate Silver. Malheureusement, la recherche menée par la Fed démontre au contraire que l’opinion des profanes a beaucoup plus de sens que celle des professionnels. Elle montre qu’une forte augmentation de la dispersion de l’opinion des ménages précède généralement toutes les récessions, alors que l’opinion des professionnels reste également dispersée et ne se disperse que dans la seconde moitié des récessions.

The Economist cite un financier pour qui « il n’y a aucun sens pour moi à prédire une récession. Si j’ai raison, personne ne me remerciera et si j’ai tort, je serai viré ». En clair, « les amateurs sont meilleurs pour prédire les récessions que les experts ». L’étude souligne que les ménages échangent davantage quand la divergence des opinions augmente, au contraire des professionnels, et conclut : « il est probable que les ménages ont collectivement des informations que les analystes professionnels n’ont pas, et contribuent donc à la formation des prix et à l’efficacité des marchés ». Pour The Economist, « c’est peut-être parce que les enquêtes interrogent des personnes de milieux et d’origine différents, quand les analystes en investissement sont un petit groupe qui pourrait souffrir d’un esprit moutonnier ».

Un bel éloge de la démocratie

mardi 22 avril 2014

Réforme de la finance : l’Europe encore plus conservatrice que les USA !


Fait trop souvent ignoré : outre le fait que la grave crise financière de 2008 n’a en aucun cas permis de mener une réforme suffisante du secteur, les pays européens avancent encore moins vite que les Etats-Unis sur le sujet, ce qui est en dit long sur l’incompétence notoire de nos dirigeants.


Une histoire d’effet de levier

Ici, c’est un papier de The Economist sur l’évolution des régles bancaires outre-Atlantique qui révèle le pot aux roses. De nombreux économistes ont souligne le rôle joué par l’utilisation de l’effet de levier dans les crises financières. Pour une même somme de capital, les banques prêtent et placent davantage, ce qui augmente mécaniquement les résultats mesurés en fonction de ce capital. Comme les banques privées peuvent créer de l’argent, il leur suffit de parier plus pour gagner plus… L’histoire des crises financières repose souvent sur ce simple mécanisme, rappelée par The Economist dans la même édition, qui n’a été que très partiellement remise en cause par les règles Bâle 3.

En effet, les règles Bâle 3 imposent un minimum de couverture de 3% : les banques doivent avoir un capital équivalent à 3% de leur bilan. Déjà, on reste stupéfait par un chiffre aussi bas, qui ne semble pas du tout à la hauteur des leçons du passé. Mais les Etats-Unis ont décidé d’aller plus loin que les règles de Bâle 3, en imposant un ratio de 5%, et même de 6% pour certaines unités. Du coup, les banques étasuniennes vont devoir lever entre 22 et 68 milliards de dollars de plus de capital, somme qualifiable de « faisable » par The Economist étant donnés leurs profits. Il note que depuis 2008, les banques US ont levé plus de 500 milliards, contre 324 pour les banques européennes, pourtant plus lourdes…

L’Europe, pire que les Etats-Unis

samedi 29 mars 2014

L’Europe : bonnet d’âne de la régulation financière


La dureté de la crise et la concentration du secteur dans des parasites fiscaux devraient pousser nos dirigeants à des réformes radicales. Las, ils se mettent d’accord sur une union banciare chétive et hors sujet et croient bon de relancer la titrisation qui a mené au désastre des subprimes.


Créer une nouvelle bulle de crédit

Michel Barnier, dont l’image avait grandi suite à sa passe d’armes avec Christian Noyer, de la Banque de France, au sujet de la réglementation financière, vient de faire une déclaration hallucinante. En effet, la croissance de la zone euro est encalminée par la diminution du volume de crédits au secteur privé (en baisse de 2,2% sur un an selon la BCE à fin février) quand Londres retrouve des couleurs avec l’envolée du crédit bancaire. Même si nos dirigeants devraient prendre en compte le caractère parfois artificiel et dangereux des bulles de crédit, le commissaire européen a fait son choix.

Il a déclaré que la titrisation « a le potentiel de débloquer des sources de financements supplémentaires pour l’économie réelle », notant que « beaucoup d’actions ont été menées par les autorités pour mieux standardiser et rendre plus transparentes les transactions titrisées ». Si la première partie est juste (en vendant la créance qu’elle a accordé, une banque gagne une nouvelle capacité à prêter), en revanche, la seconde est plus douteuse sachant que nos hiérarques européens osent affirmer que l’union bancaire nous protège d’une nouvelle crise financière alors même qu’il n’y aura création que d’un fonds de 55 milliards d’euros en 2025, somme largement inférieure au coût de la crise.

Un criant manque de régulation

samedi 24 août 2013

François Lenglet, critique féroce de la finance


Avec Des Paroles et Des Actes, François Lenglet est sans doute devenu le journaliste économique de référence, remplaçant avantageusement Jean-Marc Sylvestre. La lecture de son livre « Qui va payer la crise ? » est l’occasion de porter un nouveau jugement sur le nouveau chroniqueur de RTL.



Des plans européens scandaleux

Ce livre est une bonne surprise et j’en partage la majorité des constats. J’ai été étonné par la virulence des propos contre les plans européens. Il parle de « hold up des rentiers » et de « contribuables rançonnés par les plans de rigueur au profit des épargnants et de la finance », une analyse que j’évoquais il y a trois ans et que j’avais développée en 2011 en parlant du « scandale du rachat des dettes souveraines ». Pour lui, ces plans consacrent « l’enrichissement des rentiers au détriment de la prospérité collective, précipitant l’euro et l’Europe vers la ruine ». Il note que la crise de l’euro n’est que la variante de la crise mondiale de la dette.

Encore mieux, il dénonce également les politiques d’austérité menées par les pays « aidés » en disant que l’on « approfondit la blessure », que le niveau du chômage et l’émigration d’une partie de la population est le signe d’un échec. Il affirme qu’en Espagne, « l’amélioration des comptes extérieurs (est) obtenue au moyen de l’effondrement de la demande intérieure, qui a créé le chômage de masse ». Il dénonce le cercle vicieux de l’austérité, dénoncé dès 2010 par NDA (à l’Assemblée Nationale), Jacques Sapir ou moi-même : les hausses d’impôts et les coupes dans les dépenses pèsent sur la croissance, et donc les recettes fiscales puis sur les déficits, ce qui impose toujours plus d’austérité. Il souligne que la dette des pays « aidés » s’envole. Il souligne les conséquences désastreuses pour l’économie réelle, les faillites et le chômage.

Comme je l’avais fait dès 2010, il critique de manière virulente les euro obligations, qui ne font que défendre les intérêts du monde financier. Il souligne également le paradoxe qui consiste à vouloir traiter une crise de la dette en créant de nouvelles dettes. Comme je l’avais fait également et comme NDA, il dénonce le prêt de 1000 milliards à 1% de la BCE aux banques qui permet aux banques de prêter à 5 ou 6% aux Etats, « une usine à gaz scandaleuse » au profit du monde financier. Il souligne justement le problème démocratique qui consiste à faire que « les contribuables vont payer pour des bêtises faites en dehors de leurs frontières ». Pour lui, « les créanciers ont réussi le tour de force de nationaliser les dettes privées irrécouvrables ».

Une crise du laisser-faire et de la finance

mardi 20 août 2013

La bombe à retardement bancaire


Tout le monde dit que les banques européennes n’ont pas tiré les leçons de la crise financière de 2008. Un rapport du parlement européen révèle l’étendu des risques qui couvent et qui finiront tôt ou tard (il ne faut pas sous-estimer la capacité d’aveuglement du système financier) par se rappeler à nous.



Le château de carte européen

Il faut lire (ou au moins survoler, car il est long), le rapport Liikanen du parlement européen sur le secteur bancaire. Il est difficile de ne pas avoir des sueurs froides en y lisant que les actifs du secteur bancaire européen représentent 42 900 milliards d’euros, 3,5 fois le PIB européen, alors qu’aux Etats-Unis, il pèse 5 fois moins, 8 600 milliards d’euros, seulement 78% du PIB. Certes, le rapport évoque les différences de normes comptables qui expliquent une partie de la différence, mais on se demande bien ce qui pourrait justifier que le secteur bancaire européen soit aussi gros.

Reprenant également le rapport Liikanen, Georges Ugeux souligne que « les banques européennes rechignent obstinément à réduire leurs actifs » et rappelle que rien n’a changé depuis la crise. Il avait rappelé il y a un mois que la Deutsche Bank, à elle seule, devrait diminuer son bilan de 250 milliards d’euros, après une réduction de 255 milliards les 18 derniers mois. Pire, le système bancaire européen est menacé par la détérioration continue de la situation en Espagne, avec le nouveau record dans le taux de créances douteuses, qui a atteint 11,6% en juin (176 milliards).

Pourquoi l’explosion tarde ?

lundi 29 juillet 2013

Spéculation, profits : le casino bancaire continue !


Il y a bientôt cinq ans, on nous annonçait une moralisation du capitalisme. Même les libéraux dénonçaient les abus du système bancaire. Mais aujourd’hui, quand on voit les profits records des banques étasuniennes ou l’amplification des pratiques spéculatives, on constate que presque rien n’a changé.



L’anarchie bancaire continue

La lecture de l’actualité financière est effarante : on se croirait revenus en 2007 ! Les banques étasuniennes affichent des profits records, les particuliers ont accès aux pratiques spéculatives les plus toxiques, et le Luxembourg adopte un dumping législatif pour attirer les capitaux. Comme le rapporte ce papier d’Atlantico, le duché européen s’adapte aux nouvelles règles européens qui permettent de commercialiser ses produits dans toute l’UE. Le Luxembourg contourne les règles de transparence avec son nouveau statut de société en commandite simple, qui protège l’identité de ses dirigeants…

Outre-Atlantique, les banques ont annoncé des profits records : JP Morgan, +31% ; Citibank, +42% ; Bank of America, +63% ; Morgan Stanley, +74% ; Goldman Sachs, +101% ! En un petit trimestre, ces cinq banques ont amassé la bagatelle de près de 12 milliards de dollars de profits ! L’examen plus détaillé des comptes de résultat indique que les résultats nets représentent entre 10 et 20% du chiffre d’affaire, pas vraiment le signe qu’il s’agit d’une industrie très compétitive (demandez aux constructeurs automobiles qui se battent pour quelques pourcents) mais plus d’une oligarchie qui vit d’une rente.

Pour parachever ce sinistre tableau, le Monde a publié un dossier excellent et effarant sur les produits dérivés que les banques vendent désormais à leurs clients. Où l’on apprend que tout le monde peut désormais avoir accès aux produits créés par cette finance folle et inconsciente. En clair, alors que les précédents produits ne permettaient qu’un effet de levier de 50, les CFD (Contracts For Differences) permettent un effet de levier de 400 : avec un capital de 100 euros, on peut parier sur 40 000 euros ! Et il n’est même pas forcément nécessaire de posséder les titres !

Ils n’ont vraiment rien appris !

lundi 22 juillet 2013

Quand le modèle asiatique contredit le consensus de Washington


C’est un article passionnant de The Economist sur le livre de Joe Studwell « Comment l’Asie fonctionne : réussite et échec dans la région la plus dynamique du monde » qui l’affirme : le modèle de développement économique des pays asiatiques contredit la plupart des préceptes néolibéraux.



Le secret du développement économique asiatique

Joe Studwell s’oppose fermement aux dix politiques économiques que John Williamson, un économiste britannique avait rassemblées en 1989 avec le concours du FMI, de la Banque Mondiale et de quelques pays d’Amérique Latine pour former le « consensus de Washington », résumé par le tryptique « stabiliser, privatiser, libéraliser ». Après de longues études et de nombreux écrits sur la région, cet économiste, qui a travaillé pour The Economist, propose une recette bien différente : « réforme agraire ; industrie qui exporte et est soutenue par l’Etat et une répression financière ».

L’hebdomadaire néolibéral ne donne son satisfecit qu’au premier point, même s’il explique les trois. La réforme agraire consiste à expulser les grands propriétaires terriens pour partager les terrains en petites fermes, avec le soutien financier et méthodologique de l’Etat. Le faible niveau de productivité donne du travail à la population, comme cela s’est passé dans les années 1950 à Taiwan et en Corée du Sud. Puis, l’Etat couve les industries naissantes, en les protégeant de la concurrence extérieure, mais en les poussant à exporter pour repérer les meilleurs et les perdants.

Pour Joe Studwell, le dernier ingrédient du succès est un système financier modeste et peu développé, où les épargnants, parqués par les contrôles de capitaux, fournissent une épargne à bon marché pour les banques qui l’utilisent pour financer les entreprises industrielles. Pour l’auteur, cette recette n’est pas nouvelle et remonte même au Japon de l’empereur Meji, à la fin du 19ème siècle. Malgré le désaccord avec son analyse, The Economist reconnaît que le livre est « frappant et éclairant » et regorge d’anecdotes qui démontrent la grande connaissance de la région par l’auteur.

Les dangers de l’anarchie commerciale et financière