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lundi 27 novembre 2017

Ce qu’il y a de détestable dans ce vendredi noir

Hier, s’est terminée cette célébration commerciale anglo-saxonne qui a envahi nos enseignes, les publicités et les réseaux sociaux. Certains notent que cela peut représenter un gain de pouvoir d’achat bienvenu à cette période de l’année. Mais je persiste à penser que c’est un raisonnement malheureusement trop partiel, outre tous les aspects culturels détestables de cet « événement ».


Le pire de la globalisation marchande ?

vendredi 1 janvier 2016

Ne l’appelons plus néolibéralisme !

Depuis le début du blog, j’apporte ma petite pierre à la critique du néolibéralisme, mais, finalement, je me demande de plus en plus si le nom que beaucoup d’entre-nous utilisons pour dénommer ces idées est bien choisi. Par ce vocabulaire, ne combattons-nous pas avec un bras dans le dos ?



Le vocabulaire, clé des débats politiques

C’est Eric Hazan, avec son livre LQR, qui m’avait sensibilisé à un aspect fondamental du débat politique : le choix des mots. Celui qui parvient à gagner la bataille du choix des mots pour qualifier les différents tenants d’un débat fait souvent un grand pas vers la victoire idéologique. Ce n’est pas pour rien que les partisans des politiques monétaires européennes parlaient de franc « fort » puis d’euro « fort ». De facto, cela affaiblit la position des critiques qui deviennent implicitement partisans d’une politique de monnaie « faible ». Voilà pourquoi il était important d’utiliser le terme d’euro « cher », qui place le débat d’une manière plus favorable à nos idées, sans pour autant travestir la réalité. Sur ce sujet, c’est ce que je fais depuis assez longtemps, comme peuvent l’attester les liens vers mon premier blog.

Cela est aussi vrai pour le débat fiscal : ce n’est pas la même chose de dénoncer un « parasite » fiscal plutôt qu’un « paradis » ou la « désertion » fiscale plutôt que « l’évasion ». Les premiers donnent immédiatement une connotation négative à ces pratiques, quand les seconds sous-entendent de facto qu’il existe un enfer ou une prison dont on veut s’évader, les légitimant un peu de facto. Idem, le terme inversion fiscale trouble le débat alors que l’on pourrait parler de magouille, voir même de vol. Voilà pourquoi il est important de parler de « camisole » budgétaire pour bien qualifier les effets des traités européens sur nos démocraties. De même, il faut déconstruire les arguments néolibéraux en faveur du traité transatlantique, et globalement, tous les arguments des partisans du néolibéralisme.

Le bien mal nommé néolibéralisme ?

samedi 28 mars 2015

La mobilité comme injonction totalitaire du néolibéralisme

C’est une charactéristique marquante de notre époque : en cas de crise, les chômeurs sont sommés de déménager pour trouver un emploi, y compris hors de leur pays, l’apprentissage des langues étrangères devenant alors indispensable. Cette injonction à la mobilité est révélatrice.


La course à la mobilité

Bien sûr, comme le montrent Emmanuel Todd et Hervé Le Bras, la France est aussi le produit de la mobilité sur notre territoire, qui apporte un brassage qui fait que notre pays est ce qu’il est aujourd’hui. Cependant, les choses ont bien changé, ne serait-ce que depuis vingt ans. Dans les années 1990, on faisait encore souvent toute sa carrière dans la même entreprise. L’apprentissage des langues étrangères, même si on peut encore le regretter, restait quelque peu accessoire. Chaque entreprise gérait en général l’intégralité de ses affaires dans chaque pays où elle opérait. De manière plus anecdotique, on pouvait être diplômé d’une école de commerce en passant seulement trois mois à l’étranger.

En seulement vingt ans, nos sociétés ont profondément évolué. La mobilité professionnelle devient désirée, les entreprises souhaitant « aérer » leurs équipes par des personnes ayant travaillé ailleurs, et à l’étranger. On reste moins longtemps à son poste. Les bureaux clôts laissent de plus en plus leur place à des espaces ouverts où les salariés n’ont même plus forcément une place assignée. On apprend les langues étrangères de plus en plus tôt, comme le fait la majorité actuelle. Les services généraux et clients des entreprises sont de plus en plus délocalisés vers des pays à bas coûts. De manière plus anecdotique, il faut passer près d’un an à l’étranger pour obtenir son diplôme d’école de commerce.

Le sens de cette course

vendredi 6 mars 2015

Fessée : le conseil de l’Europe et le Monde en mériteraient bien une !




Ubu s’occupe des fesses des autres

Le traitement du sujet par le Monde est assez biaisé. Cela commence par le dessin, qui, quand on y fait attention, n’est pas neutre : y est représenté un enfant extrêmement jeune et une femme aux mains totalement disproportionnées, surtout avec un si petit enfant, rendant la fessée encore plus effrayante. Le papier évoque des études qui montreraient la nocivité des « coups reçus dans l’enfance ». Outre le fait qu’il n’y a aucun lien vers une étude qui démontrerait la nocivité de la fessée, le glissement sémantique (avec le choix du terme « coups »), créé un amalgame entre les parents qui battent leurs enfants, et leur donnent des coups et ceux qui se contentent parfois de donner une gifle ou une fessée.

Bref, entre mauvaise foi et amalgame, le Monde semble prendre le chemin de Libération dans l’affaire d’il y a un an et demi où un père avait été condamné pour avoir donné une fessée à son fils de 9 ans. Pour aller plus loin, se pose aussi la question du rôle de ces institutions européennes qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, même si je reconnais que cela est aussi la conséquence de traités votés par nos politiques. Voici l’exemple de la complexité que créé cette Europe qui éparpille les responsabilités et fait perdre du temps sur des sujets sans objet (plus de 80% des Français sont contre l’interdiction). Et cela montre aussi la tendance bureaucratique d’une construction qui prétend tout réguler.

Les paradoxes de ce débat

vendredi 12 septembre 2014

L’Ecosse face aux esprits animaux du régionalisme


La semaine prochaine, les Ecossais vont voter dans un référendum qui pourrait décider de leur sécession du Royaume-Uni. Devant des sondages très sérrés, les principaux dirigeants politiques se sont unis pour tenter d’éviter un tel désastre, dont il est difficile de ne pas voir le lien avec le néolibéralisme.



Un produit du néolibéralisme ?

Bien sûr, certains rétorqueront sans doute que je cède à la facilité en accusant le néolibéralisme d’être à l’origine des velléités d’indépendance de l’Ecosse. Et pourtant, à ceux-ci, je conseillerai la lecture du livre remarquable de Jacques Généreux, « La disociété », qui analyse sur toutes les dimensions (économique, politique, mais aussi sociétal), comment le néolibéralisme affecte nos sociétés, en poussant les hommes à ne plus que se regarder à travers l’être soi et non l’être avec. Car la tonalité de la campagne à Edinbourg comme à Londres l’illustre terriblement. La politique n’est plus ici un débat sur un destin collectif mais réduite à des récriminations financières des uns contre les autres.

Les partisans de l’indépendance veulent garder pour eux la manne pétrolière de la Mer du Nord, argument pourtant très court-termiste. Les opposants soulignent que l’Etat dépense beaucoup en Ecosse, qu’une partie de la dette sera transférée, qu’ils ne pourront pas forcément utiliser la livre sterling, et que cela pourrait pénaliser les ventes de whisky. Bref, au lieu de parler de destin commun, de communauté culturelle et d’identité, de projets à construire ensemble, le débat tourne à une négociation de marchands de tapis. Les chefs des trois principaux partis, dans un dernier effort désespéré, qui ressemble à un coup de poker, se sont mis d’accord pour proposer un nouveau projet qui renforcerait plus encore l’autonomie de l’Ecosse, pour proposer, selon eux « le meilleur des deux mondes ».

Un aboutissement égoïste et communautaire

dimanche 27 avril 2014

Aurélien Bernier développe sa vision de la « désobéissance européenne »



Après avoir fait une synthèse bien balancée de toutes les carences de cette Europe, Aurélien Bernier analyse les propositions des autres partis puis détaille sa vision de « la désobéissance ».

L’Europe dans le débat public

Pour lui, « la social-démocratie utilise l’Europe pour justifier son inaction, après l’avoir construit telle qu’elle est », et ironise sur le programme du PS qui dit que : « nous ne voulons plus du dumping social et de la casse des services publics imposés par les gouvernements de droite au pouvoir à la Commission Européenne », comme si Lionel Jospin n’avait pas signé ces directives … Il n’est pas plus tendre pour les Verts, dont il dénonce les « réactions irrationnelles » sur une Europe aux mains des lobbies.

Pour lui, le PS et les Verts devraient indiquer dans leur programme : « nous prenons acte du fait que le droit européen s’impose aux Etats, et que bon nombre de nos propositions ne sont pas compatibles avec les textes communautaires. Nous voulons changer l’Europe de l’intérieur, ce qui prendra un temps certain, pour ne pas dire quelques décennies. D’ici là, nous renonçons à appliquer le programme que nous soumettons au vote des électeurs. Nous nous en excusons d’avance auprès du peuple ».

Par rapport au texte initial, l’auteur a remis à jour la partie concernant DLR, même s’il conserve la référence à un texte de 2006. Du coup, dans cette nouvelle mouture, il propose une analyse plus à jour du programme du mouvement, même s’il en sous-estime sans doute un peu la radicalité dans la rupture avec le néolibéralisme (protectionnisme, taxe sur les transactions financières, monétisation… etc), même s’il faut reconnaître qu’il a raison de dire qu’il ne s’agit pas d’une rupture avec le capitalisme.

La désobéissance européenne en pratique

mercredi 25 décembre 2013

53 livres pour mieux comprendre la crise


Depuis cinq ans, j’ai publié de nombreux résumés de livres d’économie. Pour faciliter la recherche de ces notes, voici des liens vers l’ensemble de ces papiers :




Les progressistes

Frédéric Lordon
-        « Jusqu’à quand » : partie 1 et partie 2
-        « La crise de trop » : partie 1 et partie 2
Jacques Sapir
-        « Le nouveau 21ème siècle » : partie 1 et partie 2
-        « La démondialisation » : partie 1 et partie 2
-        « Faut-il sortir de l’euro ? » : partie 1 et partie 2
-        « Comment sommes-nous dépossédés de la démocratie ? » : partie 1, partie 2 et partie 3
Jacques Généreux
-        « La dissociété » : partie 1, partie 2 et partie 3
-        « La grande régression » : partie 1 et partie 2
Jean-Claude Michéa
-        « L’empire du moindre mal » : ici
-        « Les mystères de la gauche » : partie 1 et partie 2
Emmanuel Todd :
-        « Après la démocratie » : partie 1 et partie 2
-        « Le mystère français » (avec Hervé Le Bras) : partie 1, partie 2 et partie 3
Paul Jorion :
-        « L’implosion » : ici
-        « La crise » : ici
-        « Le capitalisme à l’agonie » : partie 1, partie 2 et partie 3
Olivier Berruyer, « Les faits sont têtus » : partie 1, partie 2 et partie 3
F. Dedieu, B Masse-Stamberger & A de Tricornot, « Inévitable protectionnisme » : partie 1 et partie 2
Régis Debray, « L’éloge des frontières » : ici
C.Landais, T.Piketty et E.Saez, « Pour une révolution fiscale » : partie 1 et partie 2
Jean-Pierre Chevènement, « Sortir la France de l’impasse » : ici

Les libéraux humanistes

Maurice Allais, « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance », partie 1, partie 2 et partie 3
Jean-Luc Gréau :
-        « La trahison des économistes » : ici
-        « L’avenir du capitalisme » : partie 1 et partie 2
-        « La grande récession » : partie 1, partie 2 et partie 3
Pierre-Noël Giraud, « Le commerce des promesses » : partie 1 et partie 2
Patrick Artus, « Globalisation, le pire est à venir » : ici
Gérard Lafay, « 12 clés pour sortir de la crise » : partie 1 et partie 2
A-J. Holbecq et P. Derudder
-        « La dette publique, une affaire rentable » : partie 1 et partie 2
-        « Manifeste pour que l’argent serve au lieu d’asservir » : ici
Jean-Claude Werrebrouck, « Banques centrales : indépendance ou soumission » : partie 1 et partie 2
Morad el Hattab et I. Silverschmidt, « La vérité sur la crise » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
Morad el Hattab et P.Jumel, « Kriz. D’une crise à l’autre » : ici
Christian Saint Etienne, « La fin de l’euro » : partie 1 et partie 2
Jean-Jacques Rosa, « L’euro, comment s’en débarrasser » : ici
Alain Cotta, « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu » : ici
François Lenglet :
-        « Qui va payer la crise ? » : partie 1, partie 2 et partie 3
-        « La fin de la mondialisation » : partie 1 et partie 2
Nicolas Dupont-Aignan :
-        « L’arnaque du siècle » : ici
-        « Les voleurs de la République » : ici

Un autre regard

Christophe Deloire et Christophe Dubois, « Circus Politicus », partie 1 et partie 2
Philippe Coussedière, « L’éloge du populisme », partie 1 et partie 2
Eric Juillot, « La déconstruction européenne », partie 1 et partie 2
Eric Hazan, « LQR, la propagande au quotidien », ici

Depuis l’étranger

Paul Krugman :
-        « L’Amérique que nous voulons » : partie 1 et partie 2
-        « Pourquoi les crises reviennent toujours » : partie 1 et partie 2
-        « Pour en finir dès maintenant avec la crise » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
Joseph Stiglitz :
-        « La Grande désillusion » : partie 1, partie 2 et partie 3
-        « Le triomphe de la cupidité » : partie 1, partie 2 et partie 3
-        « Le rapport Stiglitz » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
-        « Le prix des inégalités » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
Robert Reich, « Supercapitalisme » : partie 1 et partie 2
James Kenneth Galbraith, « La crise économique de 1929 » : partie 1, et partie 2
Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, « Vers un nouveau capitalisme » : partie 1 et partie 2

jeudi 17 octobre 2013

Les paradoxes de la fessée





Revendications libérales-libertaires

Ces activistes, partisans de la libéralisation économique, construisent une société toujours plus violente, où la protection sociale est de plus en plus limitée, les droits des travailleurs déconstruits, tout en essayant de faire de la vie des enfants un cocon ultra protecteur. Car les mêmes qui refusent les fessées sont souvent ceux qui veulent que l’école s’adapte à l’enfant ou supprimer les notes. Ne se rendent-ils pas compte qu’ils construisent un monde totalement schizophrène qui rend de plus en plus violent le passage à l’âge adulte, générant des souffrances bien plus grandes que celles d’une fessée.

Ce faisant, voici un nouvel exemple de cette « dissociété » qu’a bien analysée Jacques Généreux. Et, on y retrouve aussi tous les travers de cette société néolibérale, gouvernée par le seul droit, comme si la vie en société ne pouvait être envisagée que par un droit normatif et froid, où les traditions et la volonté arbitraire et culturelle d’une société particulière n’auraient plus leur place. Bien sûr, les opposants de la fessée se feront les avocats des « droits de l’enfant » mais que font-ils pour qu’ils apprennent à lire, à écrire et à compter à l’école, puis trouvent un emploi à la fin de leur parcours scolaires ?

Une tradition justifiée ?

samedi 9 mars 2013

Jacques Sapir dénonce la fétichisation de l’état de droit


Après avoir dénoncé la dépossession de la démocratie que représente la constitutionnalisation version néolibérale des politiques économiques (notamment en Europe), Jacques Sapir propose une réflexion sur l’état de droit et l’articulation entre la légaité et la légitimité politique.

Le fétichisme du droit contre la démocratie

En fait il souligne que « la fétichisation de l’état de droit comme état de légalité, est certainement une des tendances les plus dangereuses pour la démocratie elle-même ». En résumé, il faut savoir distinguer la légalité et la légitimité : transmis aux cabris de l’article 50 du Traité de Lisbonne. Il souligne bien que pour « exclure toute action discrétionnaire et ne se laisser guider que par la loi, il faut que cette dernière ait intégré la totalité des états du monde présents et à venir ». Pour lui « admettre l’incomplétude des lois implique donc de définir qui pourra contester ainsi que les principes au nom desquels la modification ou l’interprétation pourra avoir lieu. Devoir déjà discuter de l’esprit d’un acte législatif fait sortir du cadre de l’application mécanique et dépersonnalisé qui est celui de l’Etat Législateur. On sort d’un système de normes pour revenir vers un système de décisions politiques ».

Pour lui, ne s’appuyer que sur les lois revient à rentrer dans la logique anti-Etat des néolibéraux. Il souligne également le grand danger de cette logique qui consiste à dire qu’à chaque problème correspond une et une seule solution en soulignant que cela retire tout sens au débat et au pluralisme. Au final, la légitimité politique est effacée par un légalisme totalitaire. Il critique violemment les normes économiques en soulignant qu’elles devraient théoriquement reposer sur un accord permanent de la part des agents. Il souligne que la norme ne « peut pas être discutée, car elle relève de la croyance, le mécanisme de la conviction prend nécessairement la forme d’une opposition croyants / incroyants, avec tout ce qui peut en découler ». Pour lui, la contestabilité des règles est essentielle en démocratie.

Les experts et les juges contre la démocratie

vendredi 8 mars 2013

Jacques Sapir fustige la remise en cause de la démocratie


Jacques Sapir a livré fin janvier une série de quatre papiers philosophiques assez longs (un, deux, trois et quatre) mais essentiels qui proposent une réflexion sur la démocratie et les règles juridiques, pour aboutir à une contestation des tyrannies modernes qui affaiblissent la démocratie.

La dépossession de la démocratie

Emmanuel Todd avait livré une analyse plus politique dans « Après la démocratie ». Dans cette série de quatre textes, qui constituent un véritable essai, Jacques Sapir nous fournit une analyse plus philosophique, assez proche de celle de « La dissociété » de Jacques Généreux, dont il complète, en un sens, la thèse. L’auteur critique « le développement d’instances de décision économiques (comme la BCE), qui sont déconnectées de tout contrôle démocratique, l’idée aujourd’hui répandue qu’un gouvernement par les règles pourrait se substituer à un gouvernement du peuple ».

Et il est vrai que son propos de est particulièrement actuel. Car les pays européens s’organisent de plus en plus de cette manière. Non seulement, le pouvoir est toujours plus dans les mains d’organismes non élus (BCE, Commission Européenne, Cour de Justice), mais le « constitutionnalisme économique », également à l’œuvre dans les règles mêmes de fonctionnement de la BCE, qui permettent beaucoup moins de souplesse d’interprétation que celles de la Fed étasunienne par exemple, l’est aussi dans toutes les règles de cette Europe austéritaire (TSCG, six pack, two pack…).

Pour lui, « le pouvoir a cessé d’être celui des hommes pour devenir celui des lois, mais les lois ne règnent pas, elles s’imposent comme des normes générales. On est bien en présence d’une dépolitisation totale » car « le légalisme est imperméable à toute contestation ». Il y voit une critique de la démocratie même : « Schmitt considère ainsi que le parlementarisme libéral créé les conditions pour que la légalité supplante la légitimité, et le pouvoir de la majorité, le droit », anticipant une tyrannie de la majorité. Pour ce dernier, « si le peuple n’est ni bon, ni uni, ni homogène, alors la règle majoritaire est la fin de la raison et de la justice. Il faut donc brider l’action des majorités par une référence à un idéal intangible ».

Une remise en cause néolibérale

mardi 8 janvier 2013

Gérard Depardieu, symptôme de la dissociété


La polémique n’en finit plus de rebondir au gré des réactions à l’exil fiscal de Gérard Depardieu. Même si on peut penser que ce fait divers prend trop de place dans l’actualité, il est extrêmement symptomatique de l’évolution vers une dissociété, pour reprendre le terme de Jacques Généreux.

Désertion fiscale et conséquences

Tocqueville disait que « préoccupés du seul soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous ». Cette citation démontre bien la connexion qui existe entre tous les membres d’une société, connexion qui semble se dissoudre en partie dans la société d’aujourd’hui avec l’affaire Depardieu, d’une manière proche de celle décrite par Jacques Généreux dans son livre de référence « La dissociété ».

En effet, les discours actuels correspondent au diagnostic de l’économiste. D’une part, un acteur (suivant d’autres personnalités), qui quitte la France parce qu’il estime indidividuellement qu’il paie trop d’impôts, oubliant non seulement que le niveau d’imposition est un choix collectif démocratique (et que le niveau de prélèvement moyen dépasse 40% pour presque tous) mais aussi que ce qu’il a gagné vient en grande partie de cette collectivité nationale à laquelle il ne veut plus contribuer.

Si je pense que son comportement est une forme de « désertion fiscale », pour reprendre le mot également employé par Laurent de Boissieu, certaines critiques, même si elles sont en grande partie légitimes, par leur agressivité, finissent par creuser plus encore un fossé entre les Français, créant un climat finalement néfaste pour tout le monde. D’une part, les plus riches finissent par se sentir stigmatisés, pour ne pas dire plus, ce qui accentue le phénomène de « désertion fiscale ».

De l’autre, la grande majorité de la population assiste de manière stupéfaite à ces départs qu’elle peut juger dignes de la fuite de Varenne. Ce faisant, cela rejoint l’analyse philosophique et politique de Généreux pour qui, « à la limite, la dissociété parfaite tend vers une sorte de fédération dissociée d’hypersociétés (des communautés) ». D’une part des élites mondialisées qui en profitent parce qu’elles en ont les moyens et de l’autre, des peuples de plus en plus hostiles et révoltés.

Cinéma et solidarité

dimanche 7 octobre 2012

41 livres pour mieux comprendre la crise


Depuis quatre ans, j’ai publié de nombreux résumés de livres d’économie. Pour faciliter la recherche de ces notes, voici des liens vers l’ensemble de ces papiers :


Les progressistes

Frédéric Lordon
-        « Jusqu’à quand » : partie 1 et partie 2
-        « La crise de trop » : partie 1 et partie 2
Jacques Sapir
-        « Le nouveau 21ème siècle » : partie 1 et partie 2
-        « La démondialisation » : partie 1 et partie 2
-        « Faut-il sortir de l’euro ? » : partie 1 et partie 2
Jacques Généreux
-        « La dissociété » : partie 1, partie 2 et partie 3
-        « La grande régression » : partie 1 et partie 2
Jean-Claude Michéa, « L’empire du moindre mal » : ici
Emmanuel Todd, « Après la démocratie » : partie 1 et partie 2
Paul Jorion :
-        « L’implosion » : ici
-        « La crise » : ici
-        « Le capitalisme à l’agonie » : partie 1, partie 2 et partie 3
Régis Debray, « L’éloge des frontières » : ici
C.Landais, T.Piketty et E.Saez, « Pour une révolution fiscale » : partie 1 et partie 2
Jean-Pierre Chevènement, « Sortir la France de l’impasse » : ici

Les libéraux humanistes

Maurice Allais, « La mondialisation, la destruction des emplois et de la croissance », partie 1, partie 2 et partie 3
Jean-Luc Gréau :
-        « La trahison des économistes » : ici
-        « L’avenir du capitalisme » : partie 1 et partie 2
Pierre-Noël Giraud, « Le commerce des promesses » : partie 1 et partie 2
Patrick Artus, « Globalisation, le pire est à venir » : ici
Gérard Lafay, « 12 clés pour sortir de la crise » : partie 1 et partie 2
A-J. Holbecq et P. Derudder, « La dette publique, une affaire rentable » : partie 1 et partie 2
Morad el Hattab et I. Silverschmidt, « La vérité sur la crise » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
Morad el Hattab et P.Jumel, « Kriz. D’une crise à l’autre » : ici
Christian Saint Etienne, « La fin de l’euro » : partie 1 et partie 2
Jean-Jacques Rosa, « L’euro, comment s’en débarrasser » : ici
Alain Cotta, « Sortir de l’euro ou mourir à petit feu » : ici

Un autre regard

Christophe Deloire et Christophe Dubois, « Circus Politicus », partie 1 et partie 2
Philippe Coussedière, « L’éloge du populisme », partie 1 et partie 2
Eric Juillot, « La déconstruction européenne », partie 1 et partie 2
Eric Hazan, « LQR, la propagande au quotidien », ici

Depuis l’étranger

Paul Krugman :
-        « L’Amérique que nous voulons » : partie 1 et partie 2
-        « Pourquoi les crises reviennent toujours » : partie 1 et partie 2
-        « Pour en finir dès maintenant avec la crise » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
Joseph Stiglitz :
-        « La Grande désillusion » : partie 1, partie 2 et partie 3
-        « Le triomphe de la cupidité » : partie 1, partie 2 et partie 3
-        « Le rapport Stiglitz » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
« Le prix des inégalités » : partie 1, partie 2, partie 3 et partie 4
Robert Reich, « Supercapitalisme » : partie 1 et partie 2
James Kenneth Galbraith, « La crise économique de 1929 » : partie 1, et partie 2
Muhammad Yunus, prix Nobel de la paix, « Vers un nouveau capitalisme » : partie 1 et partie 2