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mardi 8 janvier 2013

Gérard Depardieu, symptôme de la dissociété


La polémique n’en finit plus de rebondir au gré des réactions à l’exil fiscal de Gérard Depardieu. Même si on peut penser que ce fait divers prend trop de place dans l’actualité, il est extrêmement symptomatique de l’évolution vers une dissociété, pour reprendre le terme de Jacques Généreux.

Désertion fiscale et conséquences

Tocqueville disait que « préoccupés du seul soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous ». Cette citation démontre bien la connexion qui existe entre tous les membres d’une société, connexion qui semble se dissoudre en partie dans la société d’aujourd’hui avec l’affaire Depardieu, d’une manière proche de celle décrite par Jacques Généreux dans son livre de référence « La dissociété ».

En effet, les discours actuels correspondent au diagnostic de l’économiste. D’une part, un acteur (suivant d’autres personnalités), qui quitte la France parce qu’il estime indidividuellement qu’il paie trop d’impôts, oubliant non seulement que le niveau d’imposition est un choix collectif démocratique (et que le niveau de prélèvement moyen dépasse 40% pour presque tous) mais aussi que ce qu’il a gagné vient en grande partie de cette collectivité nationale à laquelle il ne veut plus contribuer.

Si je pense que son comportement est une forme de « désertion fiscale », pour reprendre le mot également employé par Laurent de Boissieu, certaines critiques, même si elles sont en grande partie légitimes, par leur agressivité, finissent par creuser plus encore un fossé entre les Français, créant un climat finalement néfaste pour tout le monde. D’une part, les plus riches finissent par se sentir stigmatisés, pour ne pas dire plus, ce qui accentue le phénomène de « désertion fiscale ».

De l’autre, la grande majorité de la population assiste de manière stupéfaite à ces départs qu’elle peut juger dignes de la fuite de Varenne. Ce faisant, cela rejoint l’analyse philosophique et politique de Généreux pour qui, « à la limite, la dissociété parfaite tend vers une sorte de fédération dissociée d’hypersociétés (des communautés) ». D’une part des élites mondialisées qui en profitent parce qu’elles en ont les moyens et de l’autre, des peuples de plus en plus hostiles et révoltés.

Cinéma et solidarité