La polémique
n’en finit plus de rebondir au gré des réactions à l’exil fiscal de Gérard
Depardieu. Même si on peut penser que ce fait divers prend trop de place dans
l’actualité, il est extrêmement symptomatique de l’évolution vers une
dissociété, pour
reprendre le terme de Jacques Généreux.
Désertion
fiscale et conséquences
Tocqueville
disait que « préoccupés du seul
soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la
fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous ». Cette
citation démontre bien la connexion qui existe entre tous les membres d’une
société, connexion qui semble se dissoudre en partie dans la société
d’aujourd’hui avec l’affaire Depardieu, d’une manière proche de celle décrite
par Jacques Généreux dans son
livre de référence « La
dissociété ».
En effet, les
discours actuels correspondent au diagnostic de l’économiste. D’une part, un
acteur (suivant d’autres personnalités), qui quitte la France parce qu’il
estime indidividuellement qu’il paie trop d’impôts, oubliant non seulement que
le niveau d’imposition est un choix collectif démocratique (et
que le niveau de prélèvement moyen dépasse 40% pour presque tous) mais
aussi que ce qu’il a gagné vient en grande partie de cette collectivité
nationale à laquelle il ne veut plus contribuer.
Si je pense
que son comportement est une forme de « désertion
fiscale », pour reprendre le mot également
employé par Laurent de Boissieu, certaines critiques, même si elles sont en
grande partie légitimes, par leur agressivité, finissent par creuser plus
encore un fossé entre les Français, créant un climat finalement néfaste pour
tout le monde. D’une part, les plus riches finissent par se sentir stigmatisés,
pour ne pas dire plus, ce
qui accentue le phénomène de « désertion
fiscale ».
De l’autre,
la grande majorité de la population assiste de manière stupéfaite à ces départs
qu’elle peut juger dignes de la fuite de Varenne. Ce faisant, cela rejoint
l’analyse philosophique
et politique
de Généreux pour qui, « à la limite,
la dissociété parfaite tend vers une sorte de fédération dissociée
d’hypersociétés (des communautés) ». D’une part des élites
mondialisées qui en profitent parce qu’elles en ont les moyens et de l’autre,
des peuples de plus en plus hostiles et révoltés.
Cinéma et
solidarité