L’oubli
de 90% de la population
Le fait que
50% des revenus vont à seulement 10% de la population est un fait dont
l’importance est sans doute sous-estimée. Il faut rappeler ici qu’en France, selon
les travaux de Piketty, Landais et Saez, ce chiffre est de 31% (et 64% du
patrimoine est détenu par le 10% le plus riche). Le chiffre étasunien est
intéressant car il est une sorte de cap malheureux vers lequel les autres
sociétés semblent se diriger. Curieusement, peu de personnes semblent s’être
penchés sur les conséquences systémiques d’un monde où 10% de la population a
la moitié des revenus et deux tiers du patrimoine.

En effet,
cela signifie que pour certains marchés, en ne ciblant que 10% de la
population, on parvient à toucher 50% du potentiel de chiffre d’affaire. Mieux,
ce chiffre d’affaire est bien plus intéressant que l’autre moitié pour trois
raisons. Tout d’abord, cette partie du marché est beaucoup plus rentable
puisque la cible dépense 10 fois plus que les 90% restants, ce qui lui permet
de choisir des produits ou des services nettement plus chers, généralement à
plus forte marge. Mieux, la part de cette cible dans le marché tend à croître
puisque leurs revenus progressent plus que la moyenne Enfin, le ciblage
marketing est rendu plus aisé par le fait qu’il suffit de cibler un nombre
restreint d’individus.
Même si
certaines entreprises prospèrent en servant les besoins des classes populaires,
il ne s’agit que d’une minorité. Le bas de gamme est un marché beaucoup plus
ingrat, où les marges sont faibles, les volumes importants mais peu valorisés,
le CA stable ou en baisse, où l’innovation est plus difficile. Dans les grands
groupes, ce sont rarement les priorités, la stratégie étant généralement de
monter en gamme pour dégager plus de valeur et de croissance. Sans que l’on
s’en rende bien compte, l’économie tourne de plus en plus pour satisfaire les
besoins de 10% de la population seulement.
Des
élites coupées de la réalité