Affichage des articles dont le libellé est Camille Landais. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Camille Landais. Afficher tous les articles

lundi 25 décembre 2017

Une nouvelle contribution au débat sur les Inégalités

C’est un sujet fondamental dont je parle depuis les débuts du blog : la montée des inégalités depuis des décennies est non seulement profondément injuste, mais également dangereuse pour la stabilité de nos sociétés. Un groupe d’économistes vient de publier la première étude mondiale sur le sujet, portant de 1980 à 2016. Une contribution majeure à un débat plus que nécessaire.


Toujours plus haut, notamment aux Etats-Unis…

« Préoccupés du seul soin de faire fortune, les hommes n’aperçoivent plus le lien étroit qui unit la fortune particulière de chacun d’eux à la prospérité de tous », Tocqueville

dimanche 12 octobre 2014

L’effarante campagne du Monde pour les plus riches


Décidémment, les Décodeurs du Monde se distinguent une autre fois par un manque de précisions et une absence de mise en perspective criante, alors qu’en général leurs éclairages sont de bonnes factures. Pour un peu, on croirait presque lire le Figaro Magazine en pleine révolte fiscale



Décoder les décodeurs

Le titre est sans doute ce qu’il y a de plus choquants dans ce papier : « les 20% de foyers les plus aisés ont absorbé 75% des hausses d’impôts ». Ce titre est un raccourci choquant puisque s’il s’agit d’une étude de la commission des finances de l’Assemblée, elle ne concerne que l’Impôt sur le Revenu, 67 milliards de recettes fiscales en 2013, soit un peu plus de 7% des prélèvements obligatoires. Il ne serait pas inutile de rappeler également que 50% des ménages ne paient pas l’IR, ce qui concentre mécaniquement les recettes de l’impôt sur le revenu sur les ménages aux plus forts revenus. En outre, si on se plonge dans les statistiques de Piketty, Landais et Saez, on déduit que les 20% les plus riches touchent environ 65% des revenus de ceux qui paient l’IR, ce qui relativise aussi grandement les 75%.

Et cela concerne seulement les 8 milliards de hausses de l’IR, sur 60 milliards de hausses d’impôts décidées depuis 2011 ou des 28 décidés par la nouvelle majorité, détaillées par le Monde il y a seulement un an. Bref, si on prend de recul, la véritable information, c’est qu’environ un tiers des hausses d’impôts décidées depuis 2012 portent sur l’impôt sur le revenu et que les 20% qui gagnent le plus, qui représentent environ 65% des revenus de ceux qui paient l’IR, en ont acquitté 75%. Pas de quoi aller s’exiler au Luxembourg. En outre, le Monde oublie de rappeler que le taux d’imposition global baisse en haut de l’échelle, comme l’ont révélé Piketty, Landais et Saez, et que les gains de revenus sont aussi très inégaux (aux Etats-Unis, 1% des ménages accaparent 95% de la hausse des revenus depuis 2009).

La mythique oppression fiscale des riches

samedi 17 mai 2014

Thomas Piketty, superstar néomarxiste du 21ème siècle





L’aboutissement d’un long travail

Ce livre, que j’espère pouvoir lire cet été, dont Emmanuel Todd avait dit beaucoup de bien dans Marianne, n’est pas un coup d’essai. Thomas Piketty travaille avec Camille Landais et Emmanuel Saez depuis des années sur la question des inégalités et ils ont publié de nombreux documents faisant état de leur explosion dans la plupart des pays depuis quelques décennies. En France, ils avaient publié tous les trois un très bon ouvrage, « La révolution fiscale », dont la première partie étudiait précisément la répartition des revenus et de la richesse en France, avant de proposer une réforme fiscale d’ampleur, dont la plupart des principes étaient très intéressants et auxquels on pouvait souscrire.

Emmanuel Saez a publié il y a quelques mois des chiffres effarants démontrant que 95% de la croissance des revenus depuis 2009 aux Etats-Unis est allée au 1% le plus riche : la hausse moyenne de 6,1% des revenus se décompose en 31,4% pour le 1% le plus riche et 0,4% pour les autres ! Dans son livre, Thomas Piketty reprend une analyse développée par Joseph Stiglitz dans son dernier livre, où ils les avaient cités, à savoir que les inégalités sont revenus à un très haut niveau historiquement et qu’elles minent la société et doivent donc être combattues. Pour cela, l’auteur propose un système fiscal plus redistributeur, tant au niveau de l’impôt sur le revenu qu’avec un impôt sur le capital.

Un combat éminemment politique

mardi 26 novembre 2013

Oui à une révolution fiscale !


Après avoir suscité un « ras-le-bol fiscal », le gouvernement essaie de reprendre la main sur ce dossier, en exhumant une promesse de campagne du candidat François Hollande : une grande réforme fiscale. Si le principe est intéressant, en revanche, tout dépendra de ce qui sera mis en place.

Le joker du gouvernement

Il y a quelques jours, le gouvernement était au plus mal après des semaines de polémiques sur Léonarda, les hausses d’impôt ou l’écotaxe. Sans même en informer ses ministres semble-t-il, Jean-Marc Ayrault a décidé d’essayer de reprendre la main en annonçant une réforme de la fiscalité, qui faisait partie du programme du candidat Hollande. Hier, le premier ministre a donc reçu les partenaires sociaux pour discuter du cadre de la réforme, sans la présence de Pierre Moscovici, retenu par un autre engagement. Le Monde a consacré un papier assez complet et intéressant sur le sujet.



Après, il y a réforme fiscale et réforme fiscale. Le gouvernement osera-t-il la révolution prônée par Thomas Piketty, Camille Landais et Emmanuel Saez dans leur très bon livre ? L’oubli de cette promesse électorale a été sévèrement jugé par le premier, qui critique souvent le gouvernement. Rien n’est moins sûr quand on voit la capacité de cette équipe à reculer juste après avoir avancé, devant les protestations des uns et des autres. En outre, les Français sont assez sceptiques, beaucoup craignant, logiquement, que cela aboutisse à une nouvelle hausse des impôts, comme l’explique le Figaro.

Ce qu’il faudrait faire

mardi 12 novembre 2013

Une société à deux vitesses


Les Etats-Unis sont l’exemple le plus criant de la montée des inégalités. Deux chiffres synthétisent ce phénomène  De 2009 à 2012, 95% de l’augmentation des revenus est allée au 1% le plus riche. Deuxième chiffre : près de la moitié des revenus revient à seulement 10% de la population.



L’oubli de 90% de la population

Le fait que 50% des revenus vont à seulement 10% de la population est un fait dont l’importance est sans doute sous-estimée. Il faut rappeler ici qu’en France, selon les travaux de Piketty, Landais et Saez, ce chiffre est de 31% (et 64% du patrimoine est détenu par le 10% le plus riche). Le chiffre étasunien est intéressant car il est une sorte de cap malheureux vers lequel les autres sociétés semblent se diriger. Curieusement, peu de personnes semblent s’être penchés sur les conséquences systémiques d’un monde où 10% de la population a la moitié des revenus et deux tiers du patrimoine.



En effet, cela signifie que pour certains marchés, en ne ciblant que 10% de la population, on parvient à toucher 50% du potentiel de chiffre d’affaire. Mieux, ce chiffre d’affaire est bien plus intéressant que l’autre moitié pour trois raisons. Tout d’abord, cette partie du marché est beaucoup plus rentable puisque la cible dépense 10 fois plus que les 90% restants, ce qui lui permet de choisir des produits ou des services nettement plus chers, généralement à plus forte marge. Mieux, la part de cette cible dans le marché tend à croître puisque leurs revenus progressent plus que la moyenne Enfin, le ciblage marketing est rendu plus aisé par le fait qu’il suffit de cibler un nombre restreint d’individus.

Même si certaines entreprises prospèrent en servant les besoins des classes populaires, il ne s’agit que d’une minorité. Le bas de gamme est un marché beaucoup plus ingrat, où les marges sont faibles, les volumes importants mais peu valorisés, le CA stable ou en baisse, où l’innovation est plus difficile. Dans les grands groupes, ce sont rarement les priorités, la stratégie étant généralement de monter en gamme pour dégager plus de valeur et de croissance. Sans que l’on s’en rende bien compte, l’économie tourne de plus en plus pour satisfaire les besoins de 10% de la population seulement.

Des élites coupées de la réalité

samedi 5 octobre 2013

Les chiffres effarants de l’inégalité aux Etats-Unis





Quand la moyenne n’a plus de sens

C’est un fait aussi avancé par Jacques Sapir, mais qui trouve une illustration particulièrement criante ici. En effet, on constate que les revenus ont progressé de 6,1% de 2009 à 2012. Problème, ce chiffre ne veut rien dire puisque pour les 90% des moins riches, il a baissé de 1,6% ! Et si l’on monte aux 99% du bas, la hausse n’est que de 0,4% ! En clair, la hausse de 31,4% des revenus du 1% le plus riche parvient à distordre la moyenne. La hausse atteint 15% pour les 10% les plus riches. Bref, 90% de la population, il n’y a absolument aucune reprise, puisque leurs revenus baissent.

Pire, quand on commence à regarder l’évolution sur une série longue, les chiffres deviennent encore plus hallucinants. Les revenus réels moyens ont progressé de 17% depuis 1973. Déjà, ce n’est pas beaucoup. Mais dans le détail, les revenus des 90% les moins riches ont baissé, eux, de 13% sur la même période ! Ils ont même atteint, en 2012, le point le plus bas depuis… 1965 ! Il est beau le rêve étasunien. Le revenu des 99% les moins riches stagne depuis 40 ans. En revanche, c’est le champagne pour le 1% le plus riche, dont les revenus ont progressé de 187% (381% pour le 0,1%) !

Une reprise pour le sommet de la pyramide

samedi 20 juillet 2013

Choc de simplification : un petit pas dans la bonne direction


Mercredi, le Premier Ministre a annoncé un train de mesures de simplification de l’Etat, conformément aux souhaits formés par le président de la République en mai. Pour beaucoup, des mesures de bon sens et bienvenues, même s’il faudrait sans doute aller beaucoup plus loin.



Un petit choc de simplification

Même quand on est dans l’opposition, je crois qu’il faut savoir reconnaître quand un gouvernement va dans la bonne direction. Et pour le coup, sur ce sujet, c’est le cas. Il est étonnant que ce soient des socialistes qui s’en chargent après dix années de pouvoir de la droite (même si elle n’avait pas rien fait sur le sujet, on ne peut pas dire que la France soit plus simple aujourd’hui qu’en 2007). En regardant le verre à moitié plein, on se dira que le gouvernement sait écouter. En regardant le verre à moitié vide, on pourra toujours dire que ce n’est pas assez ou qu’il vaudrait mieux réglementer la finance

Le projet comporte plusieurs chapitres. Le premier est une simplification de la vie des citoyens avec une extension de la durée de la carte d’identité et une dématérialisation de nombreuses procédures (carte grise, solde du permis, tickets restaurants) mais aussi le principe que le silence de l’administration vaut accord, un renversement bienvenu. Les entreprises ne sont pas oubliées avec pas moins d’une centaine de mesures pour simplifier leur création, leurs déclarations de TVA ou sociales, les obligations de publication des comptes. Les frais d’immatriculation seront baissés de 50%.

Le projet présenté comporte également des mesures d’économie pour des administrations publiques avec des fusions ou des réorganisations destinées à éviter les doublons ou limiter les aides des collectivités locales aux entreprises. Enfin, il y a plusieurs mesures destinées à faire 3 milliards d’économies : il s’agira pour moitié d’économies (baisse du quotient familial, apprentissage) et pour l’autre moitié, d’une chasse aux niches fiscales. Sont visées des subventions pour le gazole, une petite niche de l’immobilier ou les exonérations de charges sociales des entreprises outre-mer.

Un besoin de plus de simplification

samedi 18 mai 2013

La bible économique d’Olivier Berruyer sur la crise


Olivier Berruyer est un des blogueurs de référence en matière d’économie. Son blog, Les crises, est une source inépuisable de données et de faits qui permettent de faire progresser la réflexion. Dans son dernier livre, il propose son analyse globale de la crise. Indispensable.



Vers la fin de la croissance ?

Dans son premier chapitre, il commence par un graphique inquiétant qui montre la baisse régulière de la croissance du PIB par habitant, passée de 4,8% par an dans les années 1960 à seulement 0,6% dans les années 2000. Il commence par détailler précisément la méthodologie de calcul du PIB pour en souligner toutes les limites. Il souligne le rôle majeur joué par la croissance de la productivité pour créer de la richesse en rappelant que l’industrie et l’agriculture sont les secteurs où ces gains de productivité sont historiquement les plus forts, représentant encore 50% des gains globaux (mais 15% du PIB seulement). Depuis 1950, la productivité de l’agriculture a ainsi été multipliée par 31, celle de l’industrie par 14 contre seulement 5 pour les services marchants et 3,2 pour la construction.

Il détaille aussi le problème des ressources énergétiques et note que l’efficacité énergétique, qui s’est fortement améliorée dans les années 1980 et 1990, stagne depuis. Il rappelle que l’envolée des prix depuis le tournant du siècle est bien supérieure à la croissance du PIB (+100 à 250%) : le prix du fer a quadruplé en 10 ans, celui du plomb et du cuivre a été multiplié par 5 ! Il rappelle que selon le Global Footprint Network, nous consommons 156% des capacités annuelles à notre disposition (contre 58% en 1961), que nous avons doublé la concentration en CO2 de l’atmosphère, dont Lyndon Johnson avait déjà conscience du problème, et que 97% des climatologues valident la thèse du réchauffement climatique.

Pour lui, « la croissance ne peut physiquement pas être durable » et prend exemple sur le Japon, dont le PIB a atteint un pic en 1996. Il soutient que « tout concourt désormais à une croissance faible ». Il est favorable à une diminution du temps de travail, moyen pour lui de réduire le chômage, même s’il note que tout se complique « si les entreprises sont en concurrence mondialisée avec des pays à temps de travail et croissance plus élevés ». Il note que notre temps de travail effectif moyen, le plus élevé du monde pendant les trente glorieuses (43h hebdomadaire), est tombé à 30h, la moyenne européenne, contre 34h au Japon et aux Etats-Unis. Il souligne que nous avons perdu 56% de nos emplois industriels depuis 1973 et 90% de nos emplois agricoles depuis 1950.

Il dénonce « le drame du chômage » et souligne qu’en réalité, nous avons plus de 5 millions de demandeurs d’emplois. Il note que près de 20% des salariés non agricoles sont demandeurs d’emplois, un niveau historiquement extrêmement élevé. Après retraitement de l’indice du chômage aux Etats-Unis, il arrive à la conclusion que le taux de chômage, au lieu d’être à 8%, dépasse 11% et qu’au sens large, en prenant en compte les personnes découragées, il est proche de 18% (et non sous les 15%). D’ailleurs, il montre que le nombre de personnes bénéficiant de bons d’aide alimentaire continue à augmenter et dépasse les 46 millions, contre 26 avant la crise…

L’explosion des inégalités

jeudi 2 mai 2013

Cette révoltante augmentation des inégalités qui continue


La croissance des inégalités est une caractéristique du second âge de l’anarchie néolibérale. Mais à la différence de ce qui s’était passé après la crise de 1929, qui avait vu le reflux des inégalités, les inégalités poursuivent leur course folle, tant aux Etats-Unis qu’en France.

Toujours plus d’inégalités

C’est un très bon papier du Figaro qui synthétise deux études. La première, du cabinet Pew Research, rapporte l’évolution des patrimoines outre-Atlantique. Le résultat est assez stupéfiant : « entre 2009 et 2011, le patrimoine moyen des 7% les plus riches a progressé de 28% là où il a duminué de près de 4% pour le reste de la population (…) Les 8 millions de ménages les plus aisés possédaient en moyenne 3,2 millions de dollars en 2011, contre 2,5 millions en 2009. A l’inverse, (…) les 111 millions de familles ont vu leur patrimoine passer de 140 à 134 mille dollars ».



Ces évolutions représentent un gain total de 5 600 milliards de dollars pour les plus riches et une perte de 600 milliards de dollars pour le reste de la population. Ces chiffres sont révoltants à plus d’un titre. Tout d’abord, il est profondément injuste qu’une petite minorité s’enrichisse à ce point quand l’immense majorité s’appauvrit. Ensuite, il est difficile de ne pas imaginer ce qui aurait pu être fait avec une partie des 5 600 milliards de dollars, sans compter les profits démesurés des entreprises…

En France, c’est l’INSEE qui a fait une étude sur l’évolution des revenus de la population en 2010 : les revenus des 5% plus riches ont progressé de 1,3% quand ceux des 30% les plus pauvres ont baissé de 1,3 à 1,6%. Le niveau des inégalités est moins important qu’outre-Atlantique : 7% de la population détient 63% du patrimoine aux Etats-Unis en 2011 (contre 56% en 2009), en France, 10% en détient 48%. Ce panorama peut être complété par le très bon livre de Thomas Piketty et Camille Landais, « La Révolution fiscale » ou le dernier livre de Joseph Stiglitz, « Le prix des inégalités ».

Un système d’ors et déjà condamné

lundi 5 novembre 2012

Pourquoi il faut réformer le financement de notre protection sociale


Le papier sur la hausse possible de la TVA dans la restauration a provoqué un débat animé dans les commentaires au sujet du financement de la protection sociale. L’importance du sujet m’amène donc à y consacrer deux textes pour essayer de répondre à toutes les questions posées.

La TVA sociale est-elle anti-sociale ?

La réforme du mode de financement de la protection sociale est un sujet tabou. Il est réputé avoir fait perdre pas moins de 50 députés à l’UMP aux élections législatives de 2007, ce qui fait que Nicolas Sarkozy n’a pas souhaité entamer de véritable réflexion sur le sujet pendant la très grande majeure partie de son mandat, hormis dans la toute dernière ligne droite, dans une dernière manœuvre politicienne de bas étage où la hausse de la TVA était programmée après les élections !

Il faut dire que vouloir transférer les cotisations sociales vers la TVA peut apparaître injuste. Visuellement, cela revient à demander aux ménages de payer à la place des entreprises. Pour un peu, cela reviendrait à faire les poches des citoyens pour épargner celles des patrons. Mais ce raisonnement est à courte vue. En effet, les cotisations sociales sont un coût comme un autre pour une entreprise. In fine, ce sont les consommateurs qui les paient, au même titre qu’ils paient indirectement l’ensemble des coûts des produits ou services qu’ils achètent aux entreprises.

Bien sûr, la TVA est un impôt régressif, comme l’ont montré Piketty et Landais. Mais tout d’abord, il ne faut pas oublier que leurs travaux montrent aussi que les cotisations sociales sont une imposition régressive, dans des proportions extrêmement proches, ce qui signifie que le transfert de l’un vers l’autre ne modifierait que très marginalement la justice de notre système fiscal. Et, rien n’empêche d’accompagner cette réforme d’autres ajustements pour en assurer la justice.

La question du coût du travail

mercredi 5 octobre 2011

Quand The Economist défend maladroitement les riches

Difficile pour l’hebdomadaire libéral de ne pas réagir durement contre les projets de hausses d’impôts pour les plus riches, tant par conviction idéologique que souci de sa cible de lecteurs. Mais l’exposé du journal de référence des élites globalisées est à double tranchant.

« La chasse aux riches »

Il faut voir la une du journal pour le croire : une chasse à courre menée par Barack Obama et un ministre britannique, à cheval, suivi de chiens, à la poursuite de riches courant avec leur argent sous le titre de « La chasse aux riches ». Le journal liste les nombreuses initiatives qui visent à augmenter les impôts des plus fortunés, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne ou en France et dénonce l’attitude politicienne des gouvernements, qui en feraient un symbole politique.


dimanche 25 septembre 2011

Quand le philosophe Paul Jorion dépasse l’économiste

C’est une des choses que j’avais particulièrement apprécié dans « L’implosion », la capacité de l’auteur à développer une réflexion philosophique sur notre société, sa déshumanisation et son retour à l’état de nature. Il la prolonge largement dans ce nouveau livre.

Paul Jorion, post-marxiste


Il souligne que théoriquement, les salariés devraient être de vrais parties prenantes dans la production d’une entreprise et, à ce titre, se partager avec les autres acteurs (actionnaires, capitalistes et dirigeants) les profits de la vente. Mais il note qu’aujourd’hui, ils ne sont qu’un frais de production comme un autre. De manière totalement asymétrique, la rémunération des traders se fixe en fonction des commissions qu’ils rapportent, ouvrant la voie à des salaires énormes.


La révolution fiscale de Piketty, Landais et Saez (2/2)


Après avoir fait un constat extrêmement détaillé, les auteurs ne s’arrêtent pas là et proposent une réforme clé en mains, tout en admettant qu’elle n’est pas parfaite et qu’il s’agit notamment de susciter un débat tout en donnant les moyens aux citoyens de travailler sur une proposition alternative.


La proposition des auteurs


Soyons clairs, l’immense majorité des propositions me semblent très pertinentes. Les objectifs sont les bons : créer une fiscalité plus simple et plus juste, notamment en la rendant progressive et en égalisant l’imposition sur les revenus du travail et du capital. Les Français ont (à raison) des doutes sur la justice de notre système fiscal : ils proposent donc une simplification radicale en supprimant un maximum d’impôts et d’aides pour les fusionner dans un dispositif global.


La révolution fiscale de Piketty, Landais et Saez (1/2)


Thomas Piketty et Camille Landais se sont fait connaître depuis dix ans par des études qui montrent bien que le système économique actuel provoque une augmentation des inégalités. Dans ce livre, ils vont plus loin, analysant notre fiscalité et proposant une saine révolution.


Les inégalités en France


Autant le dire tout de suite : voici sans doute l’ouvrage de référence pour une réflexion sur la répartition des revenus et notre fiscalité. Associé au site www.revolution-fiscale.fr, les auteurs donnent en plus la possibilité aux citoyens ou aux partis de refondre totalement notre fiscalité et d’en mesurer précisément l’impact sur les recettes de l’Etat et sur sa progressivité globale.


Frédéric Lordon décrypte la crise

Dans « Jusqu’à quand », publié en septembre 2008, Frédéric Lordon livrait une analyse passionnante des mécanismes de la crise. Dans « La crise de trop », il affine son analyse et développe ses propositions.


Les causes de la crise


Pour l’auteur, il y a deux raisons principales à la crise économique que nous traversons, deux contraintes à laquelle nos économies se sont soumises, « celle de la finance, qui exige la rentabilité actionnariale, et celle de la concurrence qui veut la compétitivité-prix, qui ont écrasé les salaires et fait exploser les inégalités ». Une analyse proche de celle de Robert Reich dans « Supercapitalisme ».


Emmanuel Todd, sociologue des démocraties


Le brillant chroniqueur politique laisse souvent la place au sociologue et à l’anthropologue pour étudier alors les conséquences de cette décomposition politique et envisager les scénarios qui se présentent pour la société Français, entre République ethnique, fin de la démocratie ou sursaut protectionniste européen.


De la place de l’égalité et de la liberté dans les nations


Emmanuel Todd développe dans ce livre une théorie passionnante mais forcément difficile à restituer, sur la nature profonde des nations dans le monde, à savoir si elles privilégient plutôt l’égalité ou l’inégalité ou si elles préfèrent la liberté ou l’autorité. Il utilise pour cela son analyse des modèles de famille pour brosser à grands traits l’histoire des derniers siècles, en Europe, comme aux Etats-Unis ou en Asie. Son explication donne une perspective assez formidable et une lecture particulièrement éclairante des différences entre les nations et de leur rapport à l’égalité et la liberté.


Patrick Artus développe les dangers de la globalisation


En juin 2008, Patrick Artus et Marie-Paule Virard ont publié un ouvrage intitulé « Globalisation, le pire est à venir ». S’il ne traite naturellement pas des événements de l’automne, ce livre constitue un bon résumé des problématiques actuelles de la globalisation.


Une synthèse utile des limites de la globalisation


Ce livre ne s’adresse pas forcément aux plus spécialistes qui pourront le trouver un peu basique ou à ceux qui recherchent une analyse de la crise de cet automne. Néanmoins, alors que le débat dérive un peu trop sur des comportements individuels malhonnêtes comme ceux de Bernard Madoff, il est utile de se voir rappeler l’ensemble des problèmes que pose la globalisation, dans un petit livre de 150 pages, facile à lire et qui contient des explications très pédagogiques de l’ensemble des notions abordées.