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dimanche 4 mai 2014

Contrevérité libérale sur l’idée « le Protectionnisme tue l’emploi » (billet invité)


Billet invité d’Enfant de la Patrie

Les partisans du libéralisme et défenseur du libre-échange - dont l'UE s'est faite la bonne élève du monde, quitte à en subir les conséquences néfastes – ont désigné pour ennemi juré, tous ceux demandant un minimum de protectionnisme. L'un de leur argument premier, est de dénoncer les effets négatifs que cela engendrerait sur l'emploi.
Les bases du commerce internationales

Pourtant, face à l'épreuve des faits, cette argumentation ne semble pas être démontrée. Une firme transnationale (FTN) - qui a donc vocation à commercialiser ses produits dans le monde entier - s'arrête rarement à des barrières protectionnistes. Les entreprises voient essentiellement le potentiel qu'offre un nouveau marché, et les profits qu'elles pourront en tirer. Elles cherchent donc à contourner les mesures protectionnistes, en investissant localement : soit par le biais de fusion-acquisition, de création d'unités de production, ou encore de partenariat. Les FTN peuvent ainsi contourner les barrières commerciales en s'implantant directement dans le pays, et ont tout intérêt à y rester, si elle souhaite pouvoir continuer de profiter du potentiel du marché.

C'est l'ouverture anarchique des frontières économiques qui les pousse à la délocalisation, et à pratiquer des prises de participation agressive. Les objectifs étant diverse, que ce soit : les transferts technologiques, une meilleure connaissance du marché, profiter d'un réseau de distributions (très courant dans le secteur automobile, et probablement la stratégie de Dongfeng avec PSA), ou encore purement et simplement éliminer un concurrent. Pas besoin de chercher loin pour trouver des exemples. Souvenons-nous du drame de Florange, racheté par Mittal. Ainsi, le géant Indien s’est retrouvé libre de se débarrasser d’un concurrent européen, et d’importer en France sa production Indienne et d’autre pays aux normes salariales et sociales avantageuses. Le système capitaliste n’a que faire des préceptes libéraux – qui prônent un système concurrentiel – mais au contraire utilise le libre-échange, pour produire à bas coût, en mettant en concurrence les États. La hausse des salaires en Chine, pousse certaines industries à se délocaliser, comme l'entreprise Adidas, qui désormais s'installe au Laos.

Ouvrons nos yeux, plutôt que nos frontières

lundi 1 juillet 2013

Quand les multinationales mettent les Etats en concurrence


Compétitivité, compétitivité, compétitivité : les hommes politiques et la plupart des médias n’ont plus que ce mot à la bouche, oubliant que le salaire minimum est de 1,77 euro par jour en Inde… Dans cette globalisation inhumaine, tout semble permis pour les multinationales.



Aux Etats-Unis, la guerre des aides

Le néolibéralisme, ce n’est pas seulement une grande course au moins-disant fiscal, social, salarial et environnemental. Cela peut être également une grande course aux subventions pour les implantations d’entreprises, comme le montre les Etats-Unis depuis quelques décennies, ainsi que le rapporte The Economist. En effet, outre-Atlantique, les multinationales ont compris depuis longtemps tout l’intérêt qu’il y a à mettre en concurrence les Etats pour choisir leurs implantations.

Le phénomène n’est pas nouveau. Dans les années 1980 et 1990, les Etats s’étaient fait une concurrence féroce pour attirer les usines des constructeurs japonais ou allemands, valorisant non seulement un contexte réglementaire favorable aux entreprises d’un point de vue social, mais n’hésitant pas également à ouvrir leur carnet de chèques… C’est ainsi que Nissan a obtenu une subvention de 244 millions de dollars pour son usine du Tennessee ! Volkswagen, également dans le Tennessee, Mercedes, en Alabama, ou BMW en Caroline du Sud ont largement profité de ces largesses.

Pire, ces subventions à l’installation (crédits ou exemptions d’impôts, comme aides directes) sont de plus en plus courantes. Les grandes entreprises parviennent même à les obtenir pour maintenir un site : Sears a ainsi obtenu 275 millions de dollars de l’Illinois en 2012 et Prudential Insurance 250 millions du New Jersey en 2011. Certes, il y a souvent des conditions mais elles sont limitées dans le temps, et dès que cela est possible, les multinationales reprennent les négociations.

Une logique infernale

mardi 12 février 2013

PSA, Renault, Goodyear, Arcelor-Mittal, Pétroplus : victimes de l’anarchie commerciale



Des marchés européens offerts

En effet, il y a un point commun entre toutes ces entreprises, par-delà la baisse des marchés provoquée par l’euro récession. En effet, les secteurs sur lesquels ces entreprises opèrent sont largement ouverts à la concurrence internationale, mais que les pays concurrents n’ouvrent pas de manière symétrique. Du coup, outre les écarts de salaires, ces entreprises sont en plus victime d’une concurrence déloyale et ne font que tirer les conclusions des mauvaises règles du jeu européennes.

En effet, il faut savoir que contrairement aux Etats-Unis, qui ont interdit l’importation de pneus chinois, l’Europe leur a ouvert grand les portes, au point qu’ils représentent 30% de nos importations de pneus, qui ont doublé en dix ans, pour peser 40% du marché du pneu de remplacement… Les importations chinoises représentent plus de la moitié de notre déficit commercial et sans elles, l’Europe devrait produire plus de 10% de plus. Le sort du site d’Amiens serait sans doute différent.

Idem pour Arcelor-Mittal : alors que les Etats-Unis protège leur sidérurgue de la concurrence internationale (en acceptant que les prix soient un peu plus élevés, mais reste sans grande conséquence sur le prix des voitures), nous laissons le marché européen ouvert. La Fédération Français de l’Acier a montré la dégradation continue de notre solde commercial, passé dans le rouge depuis 2011. Aujourd’hui, notre marché intérieur est approvisionné à plus de 50% par les importations…

Des marchés étrangers protégés

dimanche 6 janvier 2013

Florange, le Vilvoorde de François Hollande


Le 15 janvier, une pétition demandant la nationalisation de Florange à l’initiative des syndicats du site doit être remise à l’Elysée. Ce nouveau développement, bien défendu par Coralie Delaume, démontre que ce dossier symbolique risque d’être l’épine dans le pied du gouvernement pour longtemps.

Le symbole d’un renoncement

En politique, il est des décisions, qui marquent durablement un mandat. Cela avait le cas de Lionel Jospin, quand, premier ministre, il avait renoncé à sa promesse de campagne de sauver l’usine Renault de Vilvoorde. Nicolas Sarkozy, lui, n’a pas pu se défaire de l’image de président des riches, véhiculée par la soirée du Fouquet’s, le séjour sur le yatch de Vincent Bolloré et les baisses d’impôts du paquet fiscal, puis de l’ISF, très favorables aux ménages les plus aisés.

On peut se demander si Florange ne va pas jouer ce rôle pour François Hollande. Bien sûr, aujourd’hui, le site semble sauvé, mais la gestion du dossier et le lourd passif de Mittal font que la solution décidée par Jean-Marc Ayrault ne convainc pas. Et cela est bien logique. Arnaud Montebourg avait menacé de nationaliser le site et évoqué des repreneurs potentiels avant que Mittal n’emporte la décision, signifiant un recul du gouvernement dans son bras de fer avec l’industriel.

Car l’option Mittal est fortement contestée. Tout d’abord, l’industriel indien n’a pas tenu ses promesses dans le passé et a fermé le site de Gandrange, malgré la pression de Nicolas Sarkozy, venu plusieurs fois sur le site, avant et après son élection. Mais surtout, le court accord obtenu par Matignon a déjà été remis en questions puisqu’il évoquait la participation au projet Ulcos, et que, quelques jours après, Mittal a annoncé le retrait de la candidature de Florange au projet européen…

Le renoncement à deux plans B

vendredi 7 décembre 2012

A Florange, Mittal enterre les illusions socialistes


Après l’épisode désastreux de l’usine d’Aulnay de PSA, les allers-retours du gouvernement sur le site de Florange d’Arcelor-Mittal montre une nouvelle fois la démission de l’exécutif à l’égard d’une mondialisation qu’il continue de laisser-faire, quelqu’en soient les conséquences pour les Français.

Paroles, paroles, paroles

Déjà, quand PSA avait annoncé la fermeture de l’usine d’Aulnay, on allait voir ce qu’on allait voir. Arnaud Montebourg était allé au journal de 20 heures pour critiquer (abusivement) les choix de la direction du groupe, feignant de ne pas comprendre que la fermeture de cette usine était la conséquence du libre-échange et des politiques austéritaires menées en Europe, qui ont fait s’effondrer le marché automobile. Il avait annoncé un grand audit et que le gouvernement ferait plier PSA.

On sait ce qu’il en est advenu : le site fermera, le nombre de suppressions d’emplois restera le même. Puis, le gouvernement s’est engagé dans un bras de fer avec ArcelorMittal au sujet de la fermeture de l’usine d’une partie de l’usine de Florange. L’aciériste a déjà un lourd passif à sa charge puisque Nicolas Sarkozy avait promis, en vain, de sauver le site de Gandrange. Arnaud Montebourg a fait feu de tout bois, évoquant une reprise du site par un autre industriel ou une nationalisation.

Mais vendredi, le Premier Ministre a rendu son arbitrage et a décidé de laisser le site à ArcelorMittal, qui se serait engagé à y conserver une activité pendant 6 ans,  y investir 180 millions d’euros, sachant qu’en plus, il pouvait accueillir le projet européen Ulcos de production d’acier à faible impact carbone. Déjà, les syndicats et la classe politique avaient réagi de manière très négative à cet accord, Nicolas Dupont-Aignan y voyant une « gauche couchée » et Jacques Sapir « une honte et une trahison ».

Le changement, ce n’est pas pour maintenant

dimanche 2 décembre 2012

Arcelor Mittal, l’Europe et le protectionnisme


Voici la version originale de l’entretien que j’ai donné à Atlantico sur Arcelor Mittal, l’Europe et le protectionnisme. Il fait partie d’une série d’entretiens croisés « Quand les emplois français dépendent de capitaux étrangers à la Mittal : la nationalité des investisseurs est-elle vraiment une donnée neutre ? » avec également Sylvie Goulard, députée européenne Modem, et Michel Fouquin, directeur adjoint du CEPII.  

Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif, a menacé de nationaliser le site de Florange pour le sauver. En 2006, Mittal a mené une OPA hostile pour absorber Arcelor, fleuron européen de la sidérurgie. A l’époque beaucoup d’observateurs avaient pronostiqué ce qui est en train de se passer aujourd’hui. N’était-ce pas à ce moment-là que la France et l'Europe aurait dû réagir ?

Bien sûr. C’est d’ailleurs ce qu’avait pronostiqué Nicolas Dupont-Aignan en juin 2006, un des seuls parmi la classe politique à s’opposer au rachat d’Arcelor par Mittal. En outre, il y avait de nombreuses raisons de s’opposer à un tel rachat, puisqu’Arcelor et Mittal étaient alors les N°1 et N°2 de l’acier. Par-delà le patriotisme économique (qui avait poussé le gouvernement à refuser à l’avance un éventuel rachat de Danone par PepsiCo), la politique de concurrence pouvait parfaitement justifier le refus de cette OPA. Il n’est pas sain pour la concurrence que les N°1 et N°2 d’un marché fusionnent.

Quand l'Europe comprendra-t-elle qu'un investisseur étranger n'est jamais neutre et qu'il arrive avec ses propres intérêts et son propre système de valeur ?

Si l’on se fie aux traités, jamais. L’intégralité des traités signés depuis 1986 ont un biais néolibéral caractérisé qui empêche toute forme de protectionnisme ou de protection des intérêts nationaux ou même européens. Par exemple les traités européens précisent que les mouvements de capitaux doivent être totalement libres, non seulement au sein de l’UE, mais également avec le reste du monde, ce qui condamne théoriquement l’intervention des Etats contre les investissements étrangers.

Cette naïveté congénitale de l’Union Européenne se retrouve dans les négociations commerciales. Si on prend le secteur de l’automobile, nous avons signé un accord d’ouverture aux importations venues du Japon en 1991, puis un accord d’ouverture aux importations venues de Corée du Sud en 2011. Pourtant, il n’y a pas eu la moindre contre-partie à l’égard des constructeurs européens au Japon et en Corée du Sud ! Dans ces deux pays, les marchés automobiles restent totalement fermés (plus de 95% des véhicules vendus sont produits localement), ce qui les met à l’abri de la concurrence internationale et leur assure des profits qu’ils investissent ensuite dans les autres pays pour prendre des parts de marché aux constructeurs nationaux. Il est probable que cette Europe finira par ouvrir nos marchés aux véhicules chinois dans quelques années, même si la Chine continue à fermer ses frontières aux importations.

Les pays émergents, qui ont besoin des technologies européennes pour progresser, ont intérêt à investir dans des pays européens endettés. Mais à quel prix ? Les valeurs sociales de l’Europe sont-elles menacées ?